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Y a-t-il encore un strauss-kahnien dans la salle ?

Dominique Strauss-Kahn est devenu une personnalit? politique ? part dans le microcosme fran?ais. J’aurais pu dire macrocosme mondial, avec le FMI, mais justement, il restait aussi un rep?re dans la politique franco-fran?aise.

Toutes les supputations qui tombent depuis quelques jours sur Dominique Strauss-Kahn ? propos de sa vie priv?e sont non seulement naus?abondes pour la politique, mais aussi pour les valeurs ?l?mentaires comme le respect de la personne, la pr?somption d’innocence etc. Un bon moyen de vendre ses canards.

Si Dominique Strauss-Kahn a maintenant beaucoup de personnes qui veulent lui nuire au niveau international, il y a encore quelques ?l?phants socialistes, plus ou moins vieux, qui ne seraient pas si m?contents de lever l’hypoth?que DSK, et ce sentiment pourrait m?me d?border jusqu’aux rives de l’UMP voire du MoDem.

Laissons de c?t? donc toute cette actualit? inutile et futile qui le vise sur des consid?rations qui, comme pour Rachida Dati, ne concernent que lui et ses proches.

Et tournons-nous vers un sujet qui ne doit pas plus r?jouir Dominique Strauss-Kahn : la bataille sans merci de ses indignes h?ritiers.

Le « strauss-kahnisme »

M?me si, ? l’origine, Dominique Strauss-Kahn faisait partie du jospinisme le plus orthodoxe, branche du mitterrandisme officiel parall?lement au fabiusisme, depuis presque dix ans, il repr?sente aussi le rocardisme.

Le rocardisme, c’est la Deuxi?me gauche, la Nouvelle gauche, la gauche moderne. Qui date des ann?es 1970. En 2006, Dominique Strauss-Kahn avait enfin os? donner un nom nouveau, ordinaire en Europe mais si difficile ? porter en France : la gauche sociale-d?mocrate.

Jusqu’alors, il n’y avait pas de « sociaux-d?mocrates » en France mais seulement des « d?mocrates sociaux » r?unis dans le Centre des d?mocrates sociaux (CDS) cr?? sous Val?ry Giscard d’Estaing pour r?unifier les centristes pro- et anti-pompidoliens (CDP et CD), mouvement devenu Force d?mocrate en 1995 puis fondu ? l’UDF et transform? apr?s bien des vicissitudes (UMP, Nouveau centre etc.) en MoDem.

Depuis 2001, la social-d?mocratie de gauche s’?tait organis?e sous le nom de « Socialisme et d?mocratie ». Il regroupait les jospinistes et les rocardiens dans le but de soutenir l’optique r?formiste qui ?tait ? la base du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002). Enfin, une partie des jospinistes, car ? ma connaissance, Martine Aubry, l’autre dauphine de Lionel Jospin, n’en faisait pas partie.

Ce courant est tr?s proche des r?seaux sociaux-d?mocrates europ?ens, dans la mesure o? il pense que les r?formes ne peuvent passer que dans un cadre europ?en. Et qu’elles doivent agir sur les causes des difficiles sociales, pas venir juste traiter leurs cons?quences.

C’est d’ailleurs de cette mani?re que Dominique Strauss-Kahn a r?ussi ? se faire d?signer en 2007 comme directeur g?n?ral du FMI, gr?ce ? l’entregent des principaux leaders sociaux-d?mocrates de l’Union Europ?enne. Nicolas Sarkozy y voyant aussi une bonne opportunit? ? sa politique d’ouverture a m?me r?ussi ? en capter l’initiative.

Mais aujourd’hui, que reste-t-il du strauss-kahnisme ? S’est-il fait cannibaliser ?

Quand papa DSK est absent

?loign? fonctionnellement de la France et du Parti socialiste, Strauss-Kahn restait cependant tr?s pr?sent dans les coulisses. M?me si son mandat au FMI devait se terminer apr?s la date de la prochaine ?lection pr?sidentielle en 2012, il gardait encore un œil sur cette perspective. Et esp?rait compter au congr?s crucial de Reims.

J’ai mis au pass? la phrase sur la fin de son mandat, car je doute qu’il ne soit pas contraint ? la d?mission (injustifi?e ? mon avis) comme avait d? d?missionner ?dith Cresson de la Commission Europ?enne (pour des affaires beaucoup plus s?rieuses).

Son aura devait d’autant plus influer Reims que les sondages lui ?taient encore favorables (mais feu Raymond Barre, ?douard Balladur et Lionel Jospin pourraient toujours rappeler que les sondages ne sont pas des ?lections), et dans une confrontation avec Nicolas Sarkozy au second tour, Dominique Strauss-Kahn avait encore quelques chances.

Mais peut-il partir dans une bataille sans troupe ?

Car l? est maintenant la question.

Depuis 2007, le strauss-kahnisme officiel ?tait anim? par deux d?put?s, Pierre Moscovici et Jean-Christophe Cambad?lis. Anim?, mais j’allais ?crire lamin?.

Guerres cambad?lo-moscoviciennes

On aurait pu penser que la strat?gie de Pierre Moscovici aurait ?t? la bonne : ? Moscovici le poste de premier secr?taire pour succ?der ? Fran?ois Hollande, laissant au cong?lateur la candidature ? l’?lection pr?sidentielle pour 2012, freinant les ardeurs de Bertrand Delano? et de S?gol?ne Royal. Et laissant DSK arriver en sauveur en 2011.

Ce qui aurait ?t? la m?me erreur qu’en 2007, ? savoir l’impr?paration du candidat socialiste face ? un candidat UMP connu depuis cinq ans (idem pour le candidat centriste).

D’ailleurs, Strauss-Kahn ne semblait pas vraiment d’accord avec ce type de strat?gie et devait juger que l’ambition de Moscovici pourrait aller bien plus loin que rue de Solferino. Apr?s tout, ce dernier n’est plus non plus un petit jeunot de la politique.

Du coup, les autres comp?res, derri?re Cambad?lis, d?cid?rent de soutenir Martine Aubry. La rivale de Dominique Strauss-Kahn dans l’h?ritage du jospinisme. Elle ne parle jamais d’ambition pr?sidentielle, mais c’est une femme politique tr?s ? l’aise avec les arcanes du PS. Et c’est la fille de Jacques Delors.

Moscovici renon?a alors ? pr?senter une motion (ce qui montre les limites du personnage) et… rejoignit in extremis Bertrand Delano? donn? comme favori dans les sondages. Comme Michel Rocard et ses derniers amis (Michel Destot, Alain Richard, Catherine Tasca…).

La famille s’est officiellement ?clat?e ? La Rochelle il y a pr?s de deux mois et le litige porta sur l’alliance ou pas avec Laurent Fabius. « On ?tait au royaume de Florence, entre la dague et le poison des M?dicis ».

Jugez-en par les mots doux ?chang?s ces derni?res semaines entre les disciples de DSK.

Les pro-Cambad?lis disent de Moscovici :

« Ce ralliement de derni?re minute ? Delano? est une rupture avec Dominique Strauss-Khan. »

« Moscovici a dans l’id?e de cr?er sa propre boutique. Il ne fait plus une priorit? du retour de DSK. »

« Certains se sont dit que c’?tait leur heure. »

Les pro-Moscovici r?torquent :

« Cambad?lis a fait exploser le courant que lui avait confi? DSK. C’est lui qui a tu? Socialisme et d?mocratie en associant Fabius aux reconstructeurs. »

« Intox, d?nigrement, rumeur, d?sinformation. L’id?e que je cr?e un nouveau courant ? mon nom est un scandaleux mensonge. »

Arr?t de l’aventure

Pourtant, Strauss-Kahn, en leur confiant les clefs de sa « boutique », leur avait bien dit : « Restez group?s » en juillet 2007.

Aujourd’hui, on d?pose le bilan : « Cette aventure-l? est finie, j’en prends acte avec tristesse » dit Moscovici.

Un autre de la famille d?plore : « Chacun va faire les gros bras et aligner ses g?n?raux chinois en terre cuite. Pas s?r que cela ait une capacit? d’entra?nement. ».

DSK, ancien espoir en perdition

Dominique Strauss-Kahn ?tait sans doute la seule parade du Parti socialiste pour contrecarrer le discours d’opposition centriste de Fran?ois Bayrou.

Ou mieux, la clef pour la mise en place, face ? l’UMP, d’un r?el courant d?mocrate, moderne, social, lib?ral et europ?en, en scellant une alliance historique entre Dominique Strauss-Kahn et Fran?ois Bayrou. Strauss-Kahn apporterait un appareil et des r?seaux, Bayrou un leadership et une (meilleure) popularit?.

Une alliance compl?tement irr?aliste, en raison de la trop grande fid?lit? au PS de Strauss-Kahn (et de sa d?sertion depuis 2007, on ne peut pas construire une opposition cr?dible ? 5 000 kilom?tres du peuple) et de la volont? de Bayrou ? en ?tre l’unique leader.

Lev?e d’une incertitude

En avril 2012, Dominique Strauss-Kahn aurait eu tout juste 63 ans. ? une ou deux ann?es pr?s, l’?ge qu’avaient Jacques Chirac et Fran?ois Mitterrand ? leur premi?re ?lection, et Lionel Jospin ? son dernier ?chec.

Cela aurait pu ?tre sa derni?re chance. Mais en fait, depuis 2006, Dominique Strauss-Kahn s’est rocardis?. Et il n’a pas su rebondir, ni apr?s la d?faite de Lionel Jospin en 2002, ni apr?s celle de S?gol?ne Royal en 2007.

Michel Rocard, Jacques Delors, Dominique Strauss-Kahn ? des graines de Pr?sidents de la R?publique, sans doute capables de belles r?formes, qui n’ont jamais r?ussi ? ?clore et ? atteindre la maturit?.

Et depuis 1993, le Parti socialiste meurt de cela.

Qui sera le suivant ?

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2008)

Pour aller plus loin :

Reims, ?a commence mal.

DSK a rat? le coche apr?s 2002.

Le courant DSK vole en ?clat.

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One comment

  1. avatar

    Excellente analyse.
    Mais on ne parle que des qualités de DSK, en passant sous silence par exemple la lamentable campagne interne au PS et les basses attaques contre Ségolène Royal dont il n’avait pas compris l’irrésistible ascension lors de cette mémorable triangulaire DSK-Fabius-Royal.