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Marine Le Pen (photo Reuters)

Voter Le Pen, c’est encore voter Macron ! Ou risquer la dictature.

Si l’on en croit les enquêtes d’opinion, Marine Le Pen possèderait de bonnes chances de gagner l’élection présidentielle de 2022. Nul doute qu’une telle victoire aurait une influence considérable sur l’image de la France au plan international. Pas sûr pourtant que cela changerait grand-chose à la gouvernance de notre pays. Et pour cause : la présidente élue ne disposerait probablement d’aucun véritable pouvoir. Sauf coup de force…

Les électeurs du Rassemblement National se bercent d’illusions s’ils pensent que la patronne de leur parti serait en mesure d’imposer sa politique dans le cas d’une victoire en mai prochain à la présidentielle. Telle qu’elle a été rédigée, la constitution de la Ve République donne en effet la presque totalité des leviers du pouvoir exécutif au leader du parti vainqueur des élections législatives. Or, et c’est là que le bât blesse pour le RN, le parti de Marine Le Pen devrait certes fortement progresser en 2022, mais sans avoir la moindre chance de donner à la présidente élue une majorité, même très relative, de députés à l’Assemblée Nationale.

Compte tenu de la répartition des votes RN dans le pays, le parti de Marine Le Pen ne peut, à quelques rares exceptions près, espérer gagner de nouvelles circonscriptions que dans des régions de forte implantation, notamment dans le nord, l’est et le grand sud-est. Et cela malgré le « vote légitimiste » qui, traditionnellement, induit une forte mobilisation des électeurs en faveur du parti présidentiel et de ses alliés, mais dont on peut penser que, s’agissant du RN, il ne s’exercerait que de manière très fragmentaire et sans doute très insuffisante. Pour mémoire, le nombre actuel des députés du Rassemblement national est de 6, et la majorité absolue s’établit à 289 sièges !

Ailleurs que dans les régions précitées du pays, il est probable que les candidats du RN aux législatives se heurteraient à des « fronts républicains » locaux à géométrie variable. Des alliances de circonstance plus ou moins hétéroclites, plus ou moins baroques, mais d’autant moins difficiles à mettre sur pied au 2e tour du scrutin que l’enjeu porterait sur le seul poste de député et pas sur l’opportunité pour chaque parti adversaire du Rassemblement national de disposer ou pas de conseillers territoriaux durant la durée du mandat.

D’aucuns avancent, fort lucidement, que La République En Marche subirait de très lourdes pertes en cas de défaite d’Emmanuel Macron. Cette hypothèse semble d’autant plus évidente que la grande majorité des députés LREM élus en 2017 l’ont été précisément sur la base du « vote légitimiste » évoqué ci-dessus. Le président sortant absent de la présidentielle – une hypothèse actuellement hautement improbable – ou battu, le vote législatif en faveur des candidats de l’ex-majorité présidentielle n’aurait plus de sens. Dès lors, les voix qui s’étaient portées sur LREM en 2017 se dissoudraient très largement au profit, pour la grande majorité d’entre elles, de leur camp politique d’origine, autrement dit sur l’ensemble de droite et du centre LRUDI ou sur l’ensemble socialo-écologiste PSEELV.

Marine Le Pen gagnant en mai 2022, ce ne sont pas 289 députés Rassemblement national qui se mettraient à son service, ni même 200 ou 150, mais plus probablement quelques dizaines d’élus, probablement moins de 100 députés dans le meilleur des cas. D’emblée, la cheffe de l’État RN se trouverait par conséquent confrontée à un problème de taille : tenter de mettre sur pied une alliance avec les Républicains pour ne pas être réduite à un rôle de présidente impuissante. Nul doute à cet égard qu’il puisse se trouver dans les rangs LR des personnalités prêtes à sauter le pas, à l’image de l’ultradroitier Éric Ciotti. Il est toutefois peu probable, à de rares exceptions près, que les caciques LR s’engagent dans cette voie. Pourquoi le feraient-ils alors que le nombre des élus de la droite modérée et du centre droit devrait fort logiquement leur donner une majorité suffisante pour assurer l’exercice du pouvoir sans avoir à le partager avec le RN ?

Bref, Marine Le Pen se trouverait en cohabitation comme l’ont été avant elle François Mitterrand avec Jacques Chirac (1986-1988) et Édouard Balladur (1993-1995), ainsi que Jacques Chirac avec Lionel Jospin (1997-2002). Et cela, sans la moindre possibilité d’y échapper, sauf à engager une épreuve de force avec le reste de la classe politique, au risque d’amener le chaos ou d’instaurer la dictature (voir ci-dessous). Le plus probable reste toutefois la cohabitation. Avec quel Premier ministre ? La belle affaire ! Qu’il, ou elle, se nomme (dans l’ordre alphabétique) Barnier, Baroin, Bertrand, Philippe ou Pécresse ne changerait rien à la politique de notre pays : peu ou prou, elle serait dans la continuité néolibérale de la ligne macroniste. Ce qui conduirait à constater qu’avoir voté Le Pen revenait de facto à voter pour l’un des clones de Macron.

Qu’à cela ne tienne, affirment les militants du RN en balayant les objections : si Marine Le Pen était élue, elle nommerait dès le lendemain de sa victoire un gouvernement de fidèles du Rassemblement National, augmenté, le cas échéant, de quelques transfuges des Républicains. Et faute de pouvoir faire voter le moindre texte législatif par une Assemblée Nationale hostile, ni recourir à des ordonnances, faute de « loi d’habilitation », Marine Le Pen procéderait par référendum comme le permettent les articles 11 et 89 de la Constitution.  Avec pour double objectif : d’une part, de réformer les éléments juridiques de nature à contrarier son action, à commencer par une modification du Code électoral en vue d’un nouveau scrutin législatif consécutif à une dissolution ultérieure de l’Assemblée Nationale ; d’autre part, de présenter au suffrage direct des électeurs des projets de loi relevant habituellement du débat parlementaire.

Nul doute qu’un tel bras de fer avec le reste de la classe politique et avec les représentants de la nation, dûment élus mais dont le rôle serait réduit à néant, entraînerait une situation de chaos sociopolitique et de fortes mobilisations populaires dont nul ne peut dire ce qu’il pourrait en sortir. Dès lors, la tentation serait grande pour la présidente élue, et à ce titre cheffe des armées, de faire appel aux forces de l’ordre et aux militaires – dont les enquêtes montrent qu’ils sont très largement en soutien du Rassemblement National – pour imposer, par tous les moyens à leur disposition, une gouvernance autoritaire. Ainsi pourrait surgir en France un état dictatorial dont nul ne peut savoir sur quelles outrances il pourrait déboucher ! Est-ce cela que nous voulons pour notre pays ?

A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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2 Commentaire

  1. avatar

    Pas d’accord du tout avec le titre « Voter Le Pen, c’est encore voter Macron  »

    il est fort maladroit, car il incite plus à voter LePen qu’autre chose, ce qui est le contraire de ce que vous affirmez après, Fergus… Dommage !

    En prime « Si l’on en croit les enquêtes d’opinion, Marine Le Pen possèderait de bonnes chances de gagner l’élection présidentielle de 2022 » dites-vous ?

    Elle n’a aucune chance : il existe un front anti FN qui sait se réveiller quand il le faut : souvenez-vous du deuxième tour avec le père et Chirac en 2002 : 82 % pour Chirac

    La gauche donnée perdante ne votera pas LePen, c’est sûr. Ce qui l’est moins c’est son vote dit « utile »: elle en a marre je pense qu’on lui demande de le faire. Mais entre cette folledingue incapable et Macron il faudra bien choisir. Le FN ce n’est même pas la dictature, c’est l’incompétence à tous les niveaux, du sous-Trump. c’est vous dire. Qu’elle rembourse d’abord les français de ce qu’elle a piqué au Parlement Européen d’abord, où élue elle n’a eu de cesse de flinguer l’Europe, cette idiote totale entourée d’imbéciles heureux à la Bardella. Un italien d’origine par sa famille qui en veut tous les jours aux émigrés et qui a fait ses études dans le privé chez les cathos pour venir parler de laïcité ; toute la connerie du FN résumée !!! Les cons ça ose tout, mais là on est gâté avec ceux-là !!! En plus ça reste un beau clan familial avec le petit vieux sucreur de fraise et négationniste en filigrane : Bardela n’est pas arrivé aussi haut au parti par hasard ; c’est le petit copain de Nolwenn Olivier, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen !!! C’est aussi un copain du néo-fasciste Chatillon … dont il a dragué la fille jadis !! Chatillon le voici : « le 16 juin 2020, le tribunal condamne Frédéric Chatillon à une peine de trente mois de prison dont dix ferme et 250 000 euros d’amende « pour plusieurs escroqueries ainsi que pour une longue série d’abus de biens sociaux au préjudice de son entreprise, estimée à 500 000 euros par le tribunal ». » Il est sous bracelet électronique !!

    Voter pour ça ???

    • avatar

      Bonjour, ghostofmomo

      Il ne faut pas s’en tenir au titre, mais lire le texte pour comprendre pour quelle raison un vote Le Pen à la présidentielle déboucherait en cas de victoire de sa part, et faute de majorité législative, sur un gouvernement de droite classique, par conséquent de poursuite d’une politique de type macronien.

      Cela dit, je crois comme vous qu’en cas de remake en 2022 du duel Macron / Le Pen, celle-ci serait une nouvelle fois battue. Sans doute moins largement, mais de manière claire.

      Le RN, c’est en effet « l’incompétence à tous les niveaux », à l’exception de quelques rares adhérents. On le mesure d’ailleurs à la grande difficulté que rencontre ce parti pour trouver des candidats aux élections locales. On imagine sans mal l’insigne médiocrité des 577 candidats aux législatives !

      Pour ce qui est des amitiés douteuses de Le Pen, je rappelle fréquemment ses relations avec les nostalgiques du IIIe Reich. Et sa participation naguère à un bal néo-nazi autrichien.

      Merci pour vos commentaires.

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