Accueil / T Y P E S / Billets / Vivre EN-DESSOUS de ses moyens
Il serait peut-?tre temps d'arr?ter de jalouser les baby-boomers. Oui, ils ont joui de bonnes conditions de travail et de vie, profitant de tous les avantages offerts par une soci?t? sensiblement plus ?galitaire. Ceci dit, le fait que la nouvelle g?n?ration ne puisse pas se permettre ces avantages n'est peut-?tre pas le signe que les baby-boomers vivaient au-dessus de leur moyen, mais plut?t que celle-ci n'a pas su redistribuer ad?quatement la richesse et s'assurer que l'ensemble des citoyens profitent des incroyables gains de productivit? des derni?res d?cennies.

Vivre EN-DESSOUS de ses moyens

Photo : Flickr ceebeeart
Photo : Flickr ceebeeart

Dans mon dernier billet, je parlais de l’aspect compl?tement st?rile d’une guerre interg?n?rationnelle. Les jeunes, les vieux, nous sommes tous dans le m?me train qui fonce on ne sait o?. J’ai trouv? vos r?actions int?ressantes, mais j’ai particuli?rement aim? la finale de Steph, qui reprend ? son compte un des mythes les plus tenaces de ce d?but de si?cle:

Et l?, je ne parle m?me pas du pique-nique que se sont pay?s les baby-boomers?

N’est-ce pas l? un genre de pens?e assez courante, de nos jours? On se prend ? jalouser les baby-boomers, ? les accuser de vivre au-dessus de nos moyens, voire de purger l’?tat de ses n?cessaires ressources pour accommoder un rythme de vie qui serait trop g?n?reux. M?me mon p?re, baby-boomer parmi les baby-boomers, me dit parfois ? quel point il se consid?re choy?. Il sait tr?s bien que je n’aurai pas sa chance.

Pourtant, s’il est indiscutable que les baby-boomers ont eu l’incroyable aubaine de pouvoir obtenir des salaires d?cents pour leur labeur, cela signifie-t-il pour autant qu’ils ont v?cu un v?ritable pique-nique dont nous payons les cons?quences? Cela veut-il dire que nous devrions rajuster nos espoirs et laisser tomber l’id?e d’une meilleure soci?t?, o? tous pourraient s’?manciper et ?tre suffisamment r?mun?r?s? Je ne crois pas.

Entre 1965 et 2007, la productivit? du travail a plus que doubl?, passant d’un indice de 48,9 ? 105,4 (( Statistique Canada, Productivit? multifactorielle, valeur ajout?e, facteur capital et facteur travail dans le secteur agr?g? des entreprises et ses principaux sous-secteurs, selon le Syst?me de classification des industries de l’Am?rique du Nord (SCIAN), annuel (indice, 2002=100 sauf indication contraire) )). Concr?tement, si un travailleur produisait une voiture en 100 heures en 1965, cela lui prend moins de 50 heures aujourd’hui. Nous pouvons, collectivement, produire deux fois plus de richesse avec le m?me nombre d’ouvriers.

Or, qui a profit? de ces avanc?es de la productivit?? La minorit? en haut de l’?chelle sociale. Louise Champoux-Paill?, membre du conseil d’administration du M?dac (Mouvement d’?ducation et de d?fense des actionnaires), a r?cemment soulign? dans une conf?rence de presse le fait que le ratio entre la r?mun?ration du plus haut dirigeant et le salaire d’un employ? moyen est pass? de 51, en 1965, ? plus de 821 aujourd’hui, aux ?tats-Unis. Auparavant, le patron ?tait riche, foutrement riche, et avait sa maison dans un quartier hupp? o? les travailleurs pouvaient parfois passer et r?ver. Aujourd’hui, sa richesse est pharaonique, il habite une villa priv?e et il ne met m?me plus les pieds ? l’usine. Qui a profit? de la hausse de productivit??

Parall?lement, les ?carts de richesse ne cessent de se creuser. Le coefficient de Gini, qui mesure le degr? d’in?galit? d’une soci?t?, est pass? de 0,447 en 1976 ? 0,507 en 2007 (0=?galit? parfaite et 1 in?galit? parfaite) ((Statistique Canada,Coefficients de Gini du revenu du march?, total et apr?s imp?t, selon le type de famille ?conomique, annuel (nombre) )). Pour la m?me p?riode, le revenu moyen en dollars constants de 2007 est pass? de 54 100$ ? 61 000$, une maigre hausse de 12,5% en 31 ans! ((Statistique Canada, Revenu moyen du march?, selon le type de famille ?conomique, dollars constants de 2007, annuel )). La proportion de particuliers ayant un revenu de 5 000$ ? 20 000$ (dollars constants de 2007) est pass?e de 43,2% en 1976 ? pr?s de 51,6% en 2007. Et ceux gagnant plus de 60 000$ sont pass?s de 12,2% ? 18,4%. (( Statistique Canada, R?partition du revenu apr?s imp?t des particuliers, dollars constants de 2007, annuel )). Les riches sont plus nombreux, et les pauvres aussi. Ils sont l?, les gains de productivit?. On disloque la classe moyenne et on s’envoie pa?tre les uns les autres.

Il serait peut-?tre temps d’arr?ter de jalouser les baby-boomers. Oui, ils ont joui de bonnes conditions de travail et de vie, profitant de tous les avantages offerts par une soci?t? sensiblement plus ?galitaire. Cela dit, le fait que la nouvelle g?n?ration ne puisse profiter des m?mes avantages n’est pas le signe que les baby-boomers vivaient au-dessus de leur moyen, mais plut?t que nous n’avons pas su redistribuer ad?quatement cette richesse et nous assurer que l’ensemble des citoyens profite des incroyables gains de productivit? des derni?res d?cennies.

Et si on cessait, nous, les jeunes, de vivre au-dessous de nos moyens? Si on se d?cidait enfin ? s’assurer que tous profitent de cette formidable richesse qui se cr?e avec de moins en moins d’efforts? Au lieu de se plaindre de ceux qui ont r?ussi, si on se solidarisait et qu’on contribuait ? am?liorer la soci?t?, que ce soit en se syndiquant ou en militant pour moins d’in?galit??

Texte original publi? ici.

A propos de

avatar

Check Also

Coke en stock (CCCLIX) : la machine turque à laver l’argent sale

La manne d’argent détournée par l’affaire du bio-carburant (voir nos épisodes précédents) était phénoménale, et ...

2 Commentaire

  1. avatar

    Louis Préfontaine,

    Article très intéressant, et vous direz au photographe Flikr ceebeeart, que sa photo est tout simplement extraordinaire.

    Au revoir de,

    Patricia Turcotte

  2. avatar

    Bon! Les baby-boomers!
    Je les hais…
    J’en suis un.
    Vous direz à Steph que ce ne fut pas aussi facile. Mon père, né en 1914, savait à peine lire et écrire. Il a trimé dur pour nous « élever ».
    Mais il y a certaines misères qui nous élèvent… Hélas! la vie n’est pas facile. J’ai deux enfants de 28 et 25 ans.
    C’est l’illusion des parent de croire qu’ils vont échapper à une certaine misère… Alors, on leur donne tout.
    Je ne sais pas si ce fut une bonne idée…
    Le marché du travail a été et sera encore difficile. Surtout avec les méthodes actuelles de gestion… Employé et esclave vont souvent ensemble.