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USA : Pourquoi Obama ?

La pr?campagne pr?sidentielle aux ?tats-Unis est terriblement incertaine. Si le candidat des R?publicains est connu depuis presque deux mois avec le succ?s de John MacCain, celui des D?mocrates est encore ? faire, pourtant ? quelques jours seulement de la fin des primaires (3 juin 2008).

Des D?mocrates divis?s

Depuis d?but janvier 2008, les deux s?nateurs candidats d?mocrates, Hillary Clinton et Barack Obama, sont dans une bataille sans complaisance, n’h?sitant pas ? utiliser les arguments parfois les plus bas pour obtenir quelques d?l?gu?s en plus.

De toutes fa?ons, ce n’est ni en Caroline du Nord (o? Obama devrait l’emporter) ni dans l’Indiana (rapport des forces plus impr?cis), ni d’ailleurs ? aucune autre prochaine primaire que l’un des deux candidats obtiendra le nombre n?cessaire de d?l?gu?s.

? la veille de ces primaires du 6 mai 2008, selon Real Clear Politics (site ind?pendant), Barack Obama totaliserait 1 747 d?l?gu?s (dont 256 ‘super-d?l?gu?s’) et Hillary Clinton 1 608 (dont 271 ‘super-d?l?g?’) et 268 ‘super-d?l?g?s’ n’ont toujours pas pris position (les ‘super-d?l?gu?s’ sont les apparatchiks et autres ?lus du Parti d?mocrate qui sont cens?s ‘temporiser’ la voix des urnes pour la d?signation du champion d?mocrate).

Et il faut 2 025 d?l?gu?s pour obtenir l’investiture alors qu’il n’y a plus que 404 d?l?gu?s ? ?lire (y compris ce 6 mai 2008) dans 8 ?tats (et leur d?signation ? la proportionnelle ne facilite rien).

Parmi les ‘super-d?l?gu?s’ qui ne se sont pas prononc?s, il y a l’ancien Vice-Pr?sident Al Gore (dans sa traditionnelle chronique id?alisante sur France Culture, Alexandre Adler avait imagin? le 22 avril 2008 un ticket artificiellement form? par Al Gore Pr?sident – Barack Obama Vice-Pr?sident lors de la Convention d?mocrate), le candidat qui a jet? l’?ponge John Edwards (qui a une cinquantaine de d?l?gu?s ? donner) et Howard Dean, le pr?sident du Parti d?mocrate.

Et que dit Howard Dean ? Qu’il faut absolument pr?server l’unit? du Parti, et donc, ne pas commencer la Convention du Parti d?mocrate divis?. Il propose donc qu’? l’issue de ces primaires du 6 mai 2008, l’un des deux candidats abandonne et contribue ? la r?unification du Parti d?mocrate face ? un John MacCain qui pourrait profiter de ces divisions (encore que Barack Obama ait trouv? que cela permettait de stimuler l’int?r?t des ?lecteurs d?mocrates et de renforcer leur mobilisation au moment crucial de l’?lection).

Exprimer une pr?f?rence

Mon but dans cet article, c’est d’expliquer pourquoi, ? mon sens, le choix de Barack Obama par le Parti d?mocrate, puis son ?lection en novembre comme Pr?sident des ?tats-Unis seraient un ?v?nement positif.

Il est ?vident que cette ?lection est am?ricaine et que seuls, les citoyens am?ricains sont habilit?s ? y participer. Cela n’emp?che pas chaque citoyen du monde, sachant l’importance politique, militaire, ?conomique, scientifique et culturelle des ?tats-Unis, d’avoir sa pr?f?rence.

Et la mienne va sans ambigu?t? vers la personnalit? de Barack Obama. Inutile de crier ? la mode fran?aise de vouloir le soutenir, je m’occupe peu des effets de mode dans mes propres r?flexions et sans doute que ceux qui cultivent cette m?me pr?f?rence le font avec des motivations tr?s diff?rentes voire divergentes.

Obama n’est pas un ange

?vacuons tout de suite l’id?alisme et l’ang?lisme.

Barack Obama est loin d’?tre un ange et son ?lection ne modifierait sans doute pas la majeure partie de la politique am?ricaine dans le monde. Son ?lection, comme celle de Hillary Clinton ou de John MacCain, ne changerait pas la face du monde, c’est ?vident. Ces trois personnages alimentent ? leur niveau un certain cynisme politique.

Si Obama en est arriv? ? son niveau, ? savoir, d’?tre sur le point de battre aux primaires la personnalit?, Hillary Clinton, dont on disait qu’elle serait forc?ment ?lue, c’est par son exceptionnel charisme, qui peut aussi faire peur (il y a peu de fronti?re entre populaire et populiste), sa capacit? ? mobiliser de nombreux ind?cis, indiff?rents et autres d?sabus?s, et par la nouveaut? qu’il peut inspirer.

Personne ne conteste l’intelligence de Hillary Clinton, ni le s?rieux de John MacCain. Ces deux personnalit?s sont des candidats classiques et de haute tenue. Mais Barack Obama, lui, est un peu ? l’ext?rieur. Il a un don de communication extraordinaire qui le fait parfois passer (? tort ? mon sens) pour un nouveau John F. Kennedy.

Il ?tait par exemple remarquable que lors de la derni?re Convention d?mocrate, en 2004, pour investir le candidat John Kerry, ce fut le discours d’un s?nateur local de Chicago, Obama, qui surprit tout le monde et qui resta dans les m?moires (ce dernier ne fut ?lu alors s?nateur de l’Illinois qu’en novembre 2004, apr?s ce fameux discours).

Obama, une ‘couleur’ inclassable

Pour moi, la nouveaut? d’Obama ne se situe pas dans un charisme bien ma?tris?, une aisance intellectuelle ind?niable et une grande capacit? ? mobiliser des fonds de soutien.

Sa nouveaut?, ce n’est pas non plus son origine, ou plut?t, c’est la mani?re dont il accorde son origine.

Barack Obama n’est ni blanc, ni noir.

Pour certains Blancs, il serait noir, car il aurait un p?re noir. On voit bien que dans un tel raisonnement, le Blanc est puret? et le Noir, tout le reste. Un discours qui fait curieusement penser ? l’antis?mitisme des plus sombres ann?es en Europe.

Obama est un m?tis, comme quasiment toute la population mondiale depuis toujours, et plus particuli?rement, comme l’est depuis sa naissance la soci?t? am?ricaine issue d’un fabuleux melting-pot.

C’est en lisant son discours de Philadelphie du 18 mars 2008 (voir en annexes) qu’on peut se rendre compte de son sentiment sur ce qui lui collerait ? la peau pendant sa campagne, sa couleur.

Une couleur de peau qui a ?t? l’une des attaques les plus d?cevantes du clan Clinton, prononc?e par une ancienne candidate ? la Vice-Pr?sidence (ticket avec Walter Mondale en 1984), Geraldine Ferraro (qui ?tait dans le staff de Hillary Clinton charg?e de collecter des fonds de soutien et qui a d? d?missionner ? la suite de ses propos) : « Si Obama ?tait un homme blanc, il ne serait pas l? o? il est maintenant. Et s’il ?tait une femme [de quelque couleur que ce soit], il ne serait pas l? o? il est. Il se trouve qu’il a beaucoup de chance d’?tre qui il est. ».

Des propos qui ont ? peine choqu? Hillary Clinton (seulement « pas d’accord ») mais surtout qui ne comprennent rien ? la ‘r?alit? Obama’.

Obama, un ‘a-communautariste’

Car justement, contrairement ? Jesse Jackson, contrairement ? Martin Luther King (oserais-je dire de fa?on hors contexte, contrairement ? Aim? C?saire ?), Barack Obama veut se d?partir de ce r?le du ‘Noir (ou m?tis) de service’.

D’ailleurs, il aurait bien du mal ? repr?senter les Noirs des ?tats-Unis, car n? d’une m?re blanche, originaire du Kansas et descendante du dernier Pr?sident des ?tats conf?d?r?s (sudiste) de 1861 ? 1865, d’un p?re noir originaire du Kenya, ?lev? d’abord en Indon?sie (chez un beau-p?re indon?sien et musulman) puis ? Honolulu chez ses grands-parents blancs, instruit dans l’un des meilleurs lyc?es et apr?s des ?tudes brillantes, avocats faisant partie de l’?lite intellectuelle (nouvel angle d’attaque de Hillary Clinton, le ‘trop intellectuel’), Obama n’a donc aucune disposition ? repr?senter les descendants d’esclaves noirs. En revanche, il a pu comprendre les conditions des Noirs d?favoris?s de Chicago en raison du choix de son d?but de carri?re.

Obama ne repr?sente pas la solution au probl?me des Noirs am?ricains, il en assure son d?passement.

L’atout d’Obama

Le principal atout, ? mon sens, c’est que, pour la premi?re fois, Barack Obama est un homme d’envergure nationale qui rompt avec le communautarisme si pr?n? par les Am?ricains.

Un mod?le ? bout de souffle qui cherche d’ailleurs de nouvelles solutions aupr?s du mod?le fran?ais diam?tralement oppos? (chaque individu se distingue seulement personnellement et ne fait partie que d’une seule communaut?, la R?publique) au moment o?, en France, certains (dont Nicolas Sarkozy qui a institu? une repr?sentation des musulmans de France, ou le CRAN qui revendique des droits sp?cifiques aux ‘Noirs’) cherchent ? reproduire le mod?le communautariste am?ricain (qui a cependant bien fonctionn? pour sortir l’Afrique du Sud de l’Apartheid).

Sa campagne se veut ‘universaliste’ et d’ailleurs, dans certains ?tats, c’est bien une majorit? de Blancs qui lui ont fait confiance, ce qui prouve que sa candidature n’est pas qu’un t?moignage communautaire, mais bien une ambition (d?mesur?e) d’?tre ?lu, et ?lu de tous.

Dans sa campagne, Obama s’adresse ? tout le monde, et notamment ? ceux qui sont en marge du syst?me politique (abstentionnistes, apolitiques…) et aussi aux jeunes.

Une victoire de la conception fran?aise de la vie en soci?t? ?

C’est cela la nouveaut? majeure. Obama n’est pas ‘tout blanc’, mais fait une campagne comme n’importe qui : pour gagner, comme n’importe quel candidat, avec cynisme, avec d?magogie, avec parfois des discours creux ou grandiloquents, avec ses rat?s parfois (notamment sur le Pakistan) mais comme les autres. Sans devoir sans arr?t revenir sur le th?me communautariste. Dans lequel certains voudraient l’enfermer.

Il a d? toutefois en parler ? Philadelphie ? cause des propos d’incitation ? la haine de son pasteur dont il a d? s’?loigner fermement car il reprenait des th?ses oppos?es aux siennes sur le sujet de la couleur de la peau.

Dans ce discours de Philadelphie, Obama prononce souvent le mot ‘race’, ce qui est un abus de langage dans la mesure o? il n’y a qu’une seule race humaine (mais les Am?ricains le savent-ils ?).

L’?lection d’Obama serait une victoire pour tous ceux qui refusent d’?tre rang?es dans des cat?gories humaines, ce serait la victoire du droit ? l’indiff?rence sur ceux qui misent tout sur leurs diff?rences, ce serait en quelques sortes la victoire de la conception r?publicaine de la France (qui ne diff?rencie les citoyens que sur leur seul m?rite et pas sur leurs origines) sur la conception g?n?ralement am?ricaine du communautarisme et de l’affirmative action (discrimination positive).

L’?ventuel pousseur de lignes

Par ailleurs, la tr?s forte personnalit? d’Obama (capable de pousser les lignes, sa perc?e d?s janvier aux primaires en est la preuve), son origine musulmane, me font l’imaginer le plus apte ? en finir une fois pour toute avec le conflit isra?lo-palestinien (Isra?l ?tant un alli? traditionnel des ?tats-Unis).

Et plus g?n?ralement, s’il y avait des id?es novatrices ? faire passer ? la communaut? am?ricaine ou internationale, Barack Obama serait le plus apte ? faire ?voluer les mentalit?s par son volontarisme.

Le fils de la mondialisation

Les Am?ricains ont l’opportunit? de changer compl?tement leur image internationale, en faisant ?lire un Pr?sident ouvert ? tous, capable de mieux ?couter ceux qui sont diff?rents de lui. Il serait le fils de la mondialisation. Le r?sultat politique d’un monde qui est sans cesse en mouvement et surtout, qui communique d?sormais globalement (commercialement, culturellement etc.).

Et uniquement pour cela, ce serait une ?norme avanc?e par rapport ? l’arrogance bushienne.

Je ne serai jamais d??u par Obama, car je n’ai pas attente particuli?re en ce qui le concerne. Mais si j’avais ? choisir, je n’h?siterais pas.

New America is back !

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 mai 2008)

Pour aller plus loin :

Discours de Barack Obama du 18 mars 2008 ? Philadelphie.

Vid?o int?grale du discours de Barack Obama du 18 mars 2008 ? Philadelphie.

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3 Commentaire

  1. avatar

    Obama : Cyber Oncle Tom ?

    Juste quelques pièces supplémentaires au dossier Obama qui me semble cruciaux …

    1) Ce que la gauche noire pense de la répudiation d’Obama de son funky pasteur.

    Obama’s ‘Race Neutral’ Strategy Unravels of its Own Contradictions

    2) L’appui de Wall Street pour Obama et ce qui grenouille sous le discours official…

    OBAMA’S MONEY CARTEL, By Pam Martens / How Barack Obama fronted the most vicious predators on Wall St

    REALITY CHECK : Pour célébrer les 40 ans de Civil Rignts in da good old US of A …

    In 1968, African Americans were making about fifty-four cents on every dollar that white Americans were making. And in 2005, African Americans were only making fifty-seven cents on every dollar that white Americans were making. So over those four decades, African Americans had only increased by three cents. And at this rate, it would take 537 years for African Americans to reach income parity.

    3) Et finalement mon clip à propos des conseillers d’Obama et Hillary… Same old, same old !

    So long as people believe that our so-called leaders are well-intentioned, they can, and do, get away with murder. Literally.

    OBAMA & HILLARY’S KILLING FLOOR

    « People who shut their eyes to reality simply invite their own destruction, and anyone who insists on remaining in a state of innocence long after that innocence is dead turns himself into a monster. » – James Baldwin

    Remarquez que les républicains sont encore plus tordus et sanguinaires…

    McCAIN’S KILLING FLOOR

    “When will the American people actually vote to give to the world more than bombs and missiles, sweatshops, dubious science, frankenfood, poverty and misery ?” – Cynthia McKinney

    Les causes profondes du malaise…

    HIGHEST BIDDER

    EXECUTIVE RESUME

    “Politics is the entertainment branch of industry.” – Frank Zappa

    PEACE !

  2. avatar
    François Marginean

    À mon avis, les trois principaux candidats sont pourrit à l’os. Clinton est une criminelle, McCain est complètement dérangé mentalement et Obama est menteur comme les autres.

    Ils sont tous contrôlés par le puissant lobby israélien et le complexe militaro-industriel.

    Mais la cerise sur le gâteau est qu’on ne peut même pas faire confiance au processus électoral et démocratique étant donné la quantité impressionnante de fraudes électorales et de manipulation des votes par des machines qui ne permettent pas de recompter les votes !!!!

    Ce n’est qu’un show, un cirque pour divertir la population et laisser croire aux gens qu’ils ont encore le pouvoir de choisir.

  3. avatar

    « L’élection d’Obama serait une victoire pour tous ceux qui refusent d’être rangées dans des catégories humaines, ce serait la victoire du droit à l’indifférence sur ceux qui misent tout sur leurs différences, …sur la conception généralement américaine du communautarisme et de l’affirmative action (discrimination positive). »

    Tu me fais rire ! Ce n’est pas le fin des politiques raciales, ni un autre commencement pour le politique américain, ni la fin de racisme (aux deux côtés, noir et blanc, et bén hispanique et asiatique) il est simplement un autre polichinelle des capitalistes. Il n’affectera rien sur la terre actuel. Et on doit noter que depuis les primaires hivernales il a perdu le soutien des travailleurs blancs, donc, son nature attirant à tous n’existe encore.