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URUK, une ville légendaire

Uruk fut redécouverte par le géologue anglais William Kennett Loftus, qui entreprend les premières fouilles en 1849. Les vestiges des époques récentes sont délaissés, pour explorer les niveaux anciens de l’Eanna. Les archéologues dégagent les deux secteurs des temples principaux, l’Eanna et le Bīt Resh, et y trouvent de nombreuses tablettes d’argile datant de différentes époques depuis les débuts de l’écriture jusqu’à la fin de la civilisation mésopotamienne.

La « première ville » (v. 3500-2900 av. J.-C.)

La ville couvrait 70 hectares au début du IVe millénaire (-4000 av J.C.), elle atteint les 100 hectares au début de l’Uruk final, puis 230 hectares à l’extrême fin de la période vers -3000 av J.C. Cependant aucun quartier d’habitation n’a été mis au jour : on ne sait rien du cadre quotidien des habitants de celle qui passe parfois pour être la « première ville ».

L’art de cette période apparaît dans les objets exhumés à Uruk, notamment les sceaux-cylindres, qui sont une innovation de cette période, et représentent alors beaucoup de thèmes religieux (il faut plutôt lire : Thèmes sur les Puissants), ainsi que la vie quotidienne.

C’est enfin sur ce site (avec celui de Suse) que sont représentés le plus clairement les progrès dans la comptabilité accomplis à cette période, et surtout les débuts de l’écriture, une autre des inventions majeures de la période d’Uruk. Le rayonnement de la cité au-delà des limites de la Basse Mésopotamie indique que la culture « urukéenne » exerce un rayonnement fort dans plusieurs régions du Moyen-Orient dans les derniers siècles du IVe millénaire (-3300 av J.C.), mais il est impossible de le faire correspondre à un éventuel « proto-empire » centré sur cette ville.

Le site est occupé à partir de la fin de la période d’Obeïd, vers la fin du Ve millénaire, qui correspond aux niveaux archéologiques d’Uruk XVIII à XIII (de -4200 à -3900 av J.C. en gros). Deux édifices (des temples ?) de cette époque ont été repérés dans le secteur d’Anu.

La période suivante, à laquelle la ville a donné son nom, la Période d’Uruk, couvre les niveaux XII à IV, plus le III pour la période dite de Djemdet Nasr qui est proche de celle d’Uruk. La chronologie de ces niveaux, qui couvrent en gros le IVe millénaire, est très approximative et débattue.

Les premières périodes, celles de l’Obeid final, correspondant à une phase formatrice de la période d’Uruk, voient l’introduction de nouveaux types de céramiques (grise et rouge), ce qui reflète peut-être l’arrivée de nouvelles populations.

La phase suivante, l’Uruk ancien (niveaux XII à IX, à situer dans la première moitié du IVe millénaire) est celle durant laquelle se constituent les types de céramiques caractéristiques de la période d’Uruk : d’abord les premières poteries réalisées au tour de potier, non peintes, de couleur grise ou à engobe rouge, puis les écuelles à bords biseautés (beveled-rim bowls) réalisées en série, à la main.

Le début de la phase d’Uruk moyen (niveaux VIII à VI) est marqué par une multiplication des formes de céramiques, des décors, qui traduisent manifestement de nouvelles mutations.

Le matériel céramique connaît à nouveau une série de changements au début de la période d’Uruk récent (niveaux V à IV, v. -3500 @ -3100 av J.C.), marquée par l’érection des bâtiments les plus monumentaux qui refléteraient l’apogée de la richesse de la cité au IVe millénaire.

Le dernier niveau correspond à la période de Djemdet Nasr (niveau III, v. -3100 @ -2900 av J.C.), une dernière phase de changements monumentaux tout aussi complexes à interpréter que les précédents ; en Mésopotamie, cette époque correspond à un retrait de l’influence de la civilisation d’Uruk et à l’émergence de cultures régionales.

Par la suite, la ville de Kish présente une plaque en pierre, datée entre -2750 et -2600 av J.C., qui mentionne 6300 prisonniers amenés au Sud venant de Subartu. Ce texte est la première mention connue de la région de Subartu.

Dès le niveau V (-3500 av. J.-C.) et certainement bien avant, l’agglomération d’Uruk n’est plus un village mais est devenue une ville. Il est impossible de décrire l’organisation de la ville dans son ensemble car les fouilles pratiquées dans le secteur de « l’Eanna » (d’après le nom du temple d’Inanna/Ishtar qui s’y trouve aux périodes postérieures) et dans celui du « Temple Blanc » ne donnent aucune indication sur la structure, ni sur les composantes de l’agglomération.

L’interprétation des bâtiments mis au jour est débattue, même s’il est manifeste qu’ils reflètent la présence d’un pouvoir de plus en plus fort qui souhaite y imprimer la marque de sa puissance. Il est capable de mobiliser bien plus de travailleurs que ceux mobilisés pour les constructions des périodes précédentes, ce qui illustre le niveau de richesse qu’il a atteint (richesse signifie, normalement, commerce). Ces constructions sont également l’occasion de diverses innovations architecturales et artistiques, les différents chantiers d’Uruk ayant été une opportunité pour les artistes de l’époque de mettre en œuvre leur imagination créatrice.

Le plus important groupe de constructions est celui de l’Eanna. Les restes d’au moins sept « temples » superposés ou juxtaposés, datant de la deuxième moitié de la période, ont été retrouvés au pied de la ziggurat bâtie à la fin du IIe millénaire (-1100 av J.C.). Ils sont remarquables par leur taille.

L’un des plus anciens édifices monumentaux est le « Temple calcaire » (Kalksteintempel), daté du niveau V (-3500 av J.C. donc 2000 ans auparavant), qui doit son nom au fait qu’il est construit sur un soubassement en blocs de calcaire extraits dans des carrières voisines d’Uruk. Son plan suit la forme tripartite développée à la période d’Obeïd, mais dans des proportions plus grandioses : 30 m sur plus de 80 m, avec une salle centrale large de 12 m. Une nouvelle étape a été franchie dans la monumentalité. Daté en gros de la même période (-3500 av J.C, peut-être plus ancien) et situé plus à l’ouest, le « Temple aux mosaïques » (Steinstifttempel, « Temple aux cônes de pierre ») est un édifice de plan tripartite protégé par une petite enceinte intérieure qui tire son nom de sa décoration en cônes de pierre de couleurs blanche, grisâtre ou rouge, formant une mosaïque.

La phase suivante, le niveau IV, voit la construction de plusieurs édifices monumentaux témoignant des capacités croissantes des institutions urukéennes. La chronologie de ces constructions reste encore émaillée d’incertitudes. On distingue couramment deux phases (B puis A), mais il faut peut-être en introduire une supplémentaire entre les deux. Parmi les constructions qui semblent les plus anciennes (le « niveau IVB ») se trouvent plusieurs bâtiments rectangulaires (bâtiments F, G, H, K et B) à salle centrale (Mittelsaal selon la terminologie des fouilleurs allemands), le vaste « Bâtiment E » ou « Bâtiment carré », centré sur une grande cour carrée bordée sur chacun de ses côtés par quatre unités organisées autour d’une grande pièce rectangulaire à deux piliers ; ce dernier édifice et certains autres pourraient en fait remonter au niveau V, suivant des estimations récentes.

Plus à l’ouest, à l’ancien emplacement du Temple aux mosaïques, est édifié vers cette période (si ce n’est à la suivante) le petit « Bâtiment en briquettes » (Riemchengebäude). Une autre construction située à l’est à l’emplacement de l’ancien Temple calcaire doit son nom de « Temple rouge » au badigeon qui recouvrait ses murs ; elle date de cette période ou du début de la suivante. Le « niveau IVA » voit la construction d’autres grands bâtiments, alors que d’autres de la période précédente continuent à être en service. Le « Temple C » et le « Temple D » présentent un plan tripartite. Le second est le plus vaste bâtiment de l’Eanna, avec des dimensions de 80 mètres sur 50. Le premier est plus petit (54 × 22 m). D’autres édifices, qualifiés de « halls », dateraient de la même période : le « Grand hall » (Hallenbau) et son voisin le « Hall aux piliers » (Pfeilerhalle, qui est bordé par des piliers) au nord-ouest, et le « Hall aux piliers ronds » (Rundpfeilerhalle) dans la partie est. Un dernier édifice important existant à cette époque et peut-être construit à la précédente est la « Grande Cour » (Grosser Hof) située à l’ouest, qui pourrait avoir été un jardin.

Au niveau III, correspondant à la période de Djemdet-Nasr datée des derniers siècles du IVe millénaire (-3000 av J.C.) et qui marque la transition entre la Période d’Uruk et celle des Dynasties archaïques, une grande rupture architecturale se produit. Les constructions sont arasées, et on y édifie une vaste terrasse de 2 mètres de hauteur, sur laquelle devait se trouver un édifice dont il ne reste plus rien, peut-être l’ancêtre de la ziggurat d’Inanna qui occupe cet emplacement un millénaire plus tard. Ce niveau archéologique a également livré des œuvres d’art remarquables, dont certaines dans un dépôt qui avait probablement une fonction culturelle (ou commerciale), nommé Sammelfund par les fouilleurs du site.

Les bâtiments des niveaux VI-IV de l’Eanna auraient été des temples selon les archéologues allemands (imbus de religiosité) qui les ont mis au jour. Cette identification a été mise en cause, car on ne sait rien de la nature exacte du pouvoir qui dominait Uruk à cette époque. Aucun des édifices dégagés dans l’Eanna ne présente la moindre installation cultuelle, et ils ont surtout été identifiés comme temples parce que les théories dominantes à l’époque de leur découverte voulaient que le pouvoir ait été exercé par une sorte de pouvoir théocratique (la « cité-temple » d’Anton Deimel). L’Eanna peut tout aussi bien être considéré comme le centre du pouvoir politique. L’étude architecturale des édifices ne permet pas de mettre en évidence des édifices ayant les traits caractéristiques des temples des périodes postérieures, même si la présence de dépôts votifs semble pouvoir indiquer la présence d’espaces cultuels. Il est probable que toutes les constructions n’aient pas une même fonction, et qu’on puisse y identifier autant des palais et des bâtiments administratifs que des temples. Quoi qu’il en soit, il est incontestable que le pouvoir qui dirige Uruk durant les derniers siècles du IVe millénaire est d’une importance bien supérieure à celui qui existait dans les périodes précédentes. Il a les moyens de mobiliser des ressources variées pour créer un vaste complexe monumental planifié, en stimulant le savoir-faire et la capacité d’innovation des artisans, qui peuvent y faire preuve de grande créativité dans le plan des édifices ou dans les techniques employées. Cet aménagement est sans précédent connu en Mésopotamie, et témoigne bien de la puissance d’Uruk à cette période. Les tablettes de la période indiquent que l’économie et la société sont déjà dirigées par des institutions disposant d’une administration complexe.

À 500 mètres à l’ouest de l’Eanna se dressait le deuxième groupe monumental de la période d’Uruk, dans le futur secteur du Bit Resh, le temple du dieu Anu à l’époque hellénistique, ce qui fait que ce complexe a pu être interprété comme un sanctuaire de cette divinité (ses découvreurs l’ont qualifié de « Ziggurat d’Anu »), sans autre indice. Sur une plate-forme de 13 mètres de hauteur et d’une quarantaine de mètres de côté avait été bâti un temple de 22,30 × 17,50 m surélevé par un socle de 30 à 40 cm, le « Temple blanc ». Il doit son nom au plâtre qui recouvre ses murs encore conservés sur trois mètres de hauteur, et daterait de la même période que le niveau V de l’Eanna (-3500 av J.C.). Organisé autour d’une salle centrale rectangulaire ouvrant sur plusieurs pièces situées sur ses deux côtés les plus longs, il comprend toujours un autel, ce qui est exceptionnel. Ces caractéristiques font que cet édifice peut probablement être considéré comme un temple. Les fouilles ont révélé que cet édifice recouvre toute une série d’édifices antérieurs, avec en dessous, une autre terrasse et deux très grands sanctuaires de la période d’Obeïd. Le « Bâtiment de pierre » (Steingebäude), datant apparemment du début de la période d’Uruk (-4000 @ -3500 av J.c.), situé au sud-ouest de la ziggurat, est celui dont les ruines sont encore les plus apparentes ; ses fouilleurs voulaient y voir un cénotaphe (une tombe sans dépouille), mais sa fonction reste énigmatique (un temple ?)

Les changements politiques et sociaux de la période d’Uruk récent ont été accompagnés par des changements dans les arts visuels, reflétant des évolutions de l’idéologie, notamment dans les domaines politique et religieux. La construction de plusieurs bâtiments de l’Eanna est l’occasion de la mise au point de décors de mosaïques réalisés avec des cônes d’argile peints.

La glyptique connaît un fort développement, avec la mise au point des sceaux-cylindres, permettant de dérouler des images plus complexes que les sceaux-cachets des périodes précédentes, notamment des frises se déroulant sans fin. L’art prend une tournure réaliste, avec la représentation des humains dans leurs activités quotidiennes, ou de rondes d’animaux. Les animaux sont également représentés par plusieurs statuettes. Les figures dominantes des différentes formes de gravure et de sculpture provenant d’Uruk sont de forme humaine. La période d’Uruk porterait les premières traces d’un anthropomorphisme des divinités mésopotamiennes. Le personnage majeur de l’art de cette époque est cependant le « roi-prêtre », un personnage barbu portant un bandeau, manifestement une figure royale, s’illustrant dans des scènes de combat ou de dévotion à la grande déesse. Des œuvres majeures montrant ces personnages ont été mises au jour dans le Sammelfund (dépot) du niveau III (-3100 av J.C.), comme le grand vase en albâtre mesurant 1,20 mètre de hauteur, sculpté sur trois registres, représentant notamment une scène d’offrande dirigée par le roi-prêtre faisant face à la grande déesse Inanna, représentée sous forme humaine et associée à son symbole, un double mât à l’extrémité recourbée. Une autre découverte de ce niveau, la tête de la « Dame de Warka », une sculpture grandeur nature d’un visage féminin très mutilé dont il ne reste que le masque de marbre, pourrait représenter cette déesse. Le « roi-prêtre » est quant à lui le personnage principal de la stèle de la chasse, qui le montre en train de chasser des lions, attitude caractéristique des rois mésopotamiens qu’on retrouvera chez les Assyriens plus de deux mille ans plus tard. Plusieurs statues en ronde-bosse représentent également cette scène.

C’est à Uruk qu’apparaissent les plus anciennes tablettes écrites en Mésopotamie. Cela concorde bien avec certains récits légendaires sumériens qui font de cette ville le lieu d’invention de l’écriture. C’est au niveau IV (période d’Uruk final -3500 @ -3100 av J.C.) qu’ont été exhumées les plus anciennes tablettes, avant tout dans le secteur de l‘Eanna, confirmant la vocation de celui-ci comme centre du pouvoir et de l’administration dans la ville. Près de 2 000 tablettes remontent à cette période. Elles avaient été réutilisées dans des constructions peu de temps après leur réalisation, ce qui fait qu’elles ont été retrouvées hors de leur contexte de rédaction. Il s’agit de textes de comptabilité avant tout, servant à l’administration d’une institution dont la nature exacte reste inconnue. Le niveau III (Période de Djemdet Nasr -3100 av J.C.) a lui livré plus de 3 000 tablettes, elles aussi avant tout comptables. Mais on trouve dès les premiers temps de l’écriture des listes lexicales à vocation plus intellectuelle. Le corpus de textes mis au jour dans les niveaux IV et III s’élève ainsi à plus de 5 000 tablettes, ce qui constitue de loin le plus important lot de la période des débuts de l’écriture.

Les tablettes se complexifient entre les périodes IV et III : elles sont plus grandes et comprennent plus de signes plus on avance dans le temps, les dessins se simplifient, et elles sont plus précises, contiennent plus d’informations. C’est également à la période de Djemdet Nasr que l’on commence à utiliser des calames à l’extrémité taillée en triangle pour inciser les tablettes, ce qui aboutit finalement à la graphie cunéiforme. R. K. Englund distingue trois types de tablettes pour le niveau IV : des étiquettes d’argile indiquant sans doute la personne recevant ou donnant un produit ; des petites tablettes avec des nombres associés à des pictogrammes représentant des objets ou personnes ; de plus grandes tablettes, divisées en plusieurs sections, comportant les deux mêmes éléments que le type précédent, mais plus nombreux, constituant sans doute des récapitulatifs (parfois le total numérique des objets est noté au revers de la tablette). Ce dernier type est celui qui est le plus courant au niveau III. Il est évident que tout ceci servait à un commerce important.

Les causes du début de l’écriture sont sujettes à de nombreux débats. L’écriture est précédée par l’apparition aux périodes antérieures de procédés que l’on identifie parfois comme de la « pré-écriture » : des sceaux servant à contrôler des biens entreposés ou transitant entre plusieurs endroits, dont les sceaux-cylindres qui apparaissent à la période d’Uruk ; des jetons (calculi) servant sans doute à indiquer quels étaient les produits contrôlés ; et des bulles d’argile contenant ces mêmes jetons. Plus tard, à la période précédant directement l’invention de l’écriture (Uruk V), la bulle est aplatie, et devient une tablette, comportant des signes rudimentaires (des chiffres) et/ou des empreintes de sceaux. Mais les liens entre les jetons et les signes qu’ils comportent, et les premiers signes écrits sont loin d’être probants, et faire du second le dérivé des premiers est sans doute trop hâtif. Il est en tout cas évident que l’écriture participe des innovations qui accompagnent à la période d’Uruk la constitution de plus grandes entités politiques, qui deviennent de véritables États. Les tablettes retrouvées sont probablement issues des archives d’une grande institution (temple ou palais) qui dispose d’un grand poids dans l’économie et la société d’Uruk au cours des derniers siècles du IVe millénaire. Les périodes suivantes voient le développement de l’écriture se poursuivre, mais le site d’Uruk n’a offert aucun témoignage de cela.

 

Le sanctuaire d’Inanna

Même s’il est difficile de retrouver des édifices assurément religieux parmi ceux fouillés pour les niveaux IV et III, il est évident dans les tablettes de ces périodes qu’Inanna, déesse sumérienne (plutôt : « Puissante sumérienne ») liée à l’amour et représentée dans le ciel, par la planète Vénus, est déjà la divinité (?) tutélaire du secteur de l’Eanna ; son « temple » se trouve donc probablement parmi le groupe monumental de ce secteur ; donc il n’est pas identifié. Elle devient alors une simple habitation luxueuse de l’époque.

Elle est désignée dans les textes par le signe mùš. Elle apparaît sous plusieurs formes : Inanna du matin (húd), Inanna du soir (sig), Inanna des Enfers (kur), et Inanna-NUN (sens indéterminé, peut-être « princière ») ; les deux premiers sens semblent faire référence à son caractère astral (Vénus étant l’étoile du matin et du soir). Comme cela a été évoqué plus haut, cette déesse apparaît vraisemblablement sous une forme anthropomorphe sur les bas-reliefs du « grand vase d’Uruk », et peut-être dans d’autres représentations de la période. Plusieurs de ces temples semblent mentionnés dans les tablettes administratives, notamment le « temple d’Inanna » (é-dInanna) mais aussi un « temple du Ciel » (é-an) (AN ou ANU) qui pourrait être la plus ancienne attestation du terme Eanna. Mais la lecture du signe AN, désignant le Ciel, pose problème à cette période car le Ciel est également la divinité sumérienne An, autre grand dieu tutélaire d’Uruk aux périodes postérieures ; ce même signe pouvant aussi désigner la « divinité » (dingir) en général, il est impossible de déterminer son sens précis dans les textes archaïques. On ne sait donc pas si An est déjà évoqué dans les textes archaïques. Quoi qu’il en soit, il apparaît dans la documentation administrative que les sanctuaires d’Inanna reçoivent régulièrement des offrandes, notamment lors de festivités.

Cette déesse a déjà un rayonnement qui dépasse Uruk, puisqu’elle se retrouve dans des tablettes de sites contemporains d’Uruk III, à Djemdet-Nasr et Tell Uqair qui mentionneraient des offrandes depuis ces villes vers son sanctuaire d’Uruk. Cela pourrait refléter selon P. Steinkeller l’existence d’une « amphictyonie » (mot datant de l’époque grecque. Je dirais plutôt : « d’une structure commerciale » impliquant plusieurs grandes cités du Sud mésopotamien qui assureraient conjointement le culte (commerce) d’Inanna, qui serait alors une divinité (Puissante) majeure du pays sumérien. Donc, au lieu d’un culte religieux, il est plus plausible que ces « Puissants » contrôlaient le « commerce » en Mésopotamie et que les dit « temples » servaient d’habitations et d’entrepôts.

La Liste royale sumérienne, montrant les souverains archaïques rapportés par la tradition mésopotamienne, attribue à Uruk une « première dynastie » qui aurait exercé la domination sur les royaumes voisins, vers une période que les historiens contemporains situent au Dynastique archaïque II (DA II, v. –2800-2600 ; donc 200 ans plus tard). Elle aurait enlevé la suprématie au royaume de Kish sous les rois Dumuzi le pêcheur (différent de Dumuzi le berger, « dieu » sumérien époux d’Inanna), qui aurait capturé le roi Enmebaragesi de Kish, et sous son successeur Gilgamesh. Ces deux souverains seraient en fait précédés par trois autres : le premier, Meskiangasher, est présenté comme étant le fils du dieu-soleil Utu, et ayant régné à Eanna ; son successeur Enmerkar est quant à lui présenté comme roi d’Uruk, qu’il aurait construite ; son fils Lugalbanda règne ensuite. Ce même texte fait de Gilgamesh le roi de Kullab, et non d’Uruk.

Trois de ces souverains sont connus par des cycles de récits épiques qui les mettent en scène. Enmerkar et Lugalbanda sont souvent présentés comme luttant contre la cité d’Aratta, un royaume situé vers l’Iran actuel, auquel ils disputent les faveurs d’Inanna, qui finit par devenir la déesse d’Uruk (ça dû être elle qui choisit parce que rien n’empêchait Aratta d’adopter tout autant la même « déesse imaginaire » si elle n’était pas un personnage existant).

C’est au cours d’un de ces conflits que le premier (Enmerkar) aurait inventé l’écriture. Je soupçonne qu’il se serait plutôt servi d’une invention déjà existante mais inconnue des « hommes » pour les nécessités de son expédition militaire.

Gilgamesh est quant à lui le héros de plusieurs récits sumériens, avant la rédaction de sa fameuse épopée au début du IIe millénaire. Certains racontent sa lutte contre le roi Agga de Kish, qui est, d’après la Liste royale, le dernier souverain de la dynastie de Kish vaincue par Uruk : le passage de témoin entre les deux hégémonies se ferait donc sous ces deux rois.

Mais la tradition sumérienne sur ces rois d’Uruk, connue par d’autres textes, est parfois contradictoire et on ne peut en tirer de certitude quant à la réalité historique des faits qu’elle rapporte ; d’autant plus que les récits mis par écrit ont souvent une visée politique (le cycle de Gilgamesh étant ainsi promu par les rois d’Ur III). On peut, au mieux, en tirer quelques traits généraux : a) l’importance du royaume d’Uruk durant les premiers siècles des Dynasties archaïques, avec apparemment des rois qui ont marqué l’histoire du pays de Sumer ; b) l’importance de la déesse (Puissante) Inanna dans la cité et dans son rayonnement ; c) divers conflits qui ont marqué l’histoire de la ville.

C’est à partir du DA III (-2600 @ -2340 av J.C.) que l’on dispose de sources plus fiables sur l’histoire du pays de Sumer, provenant avant tout de Girsu (Tello), dans le royaume de Lagash, et secondairement de Nippur. Quelques documents font allusion à des souverains d’Uruk ; en dépit de leur faible nombre, ils permettent de déceler la puissance de certains d’entre eux.

Si l’on se réfère à la Liste royale sumérienne, une nouvelle dynastie d’Uruk exerce la domination à Sumer, quand son roi Enshakushana (v -2370 av J.C.) vainc Hadanish de Hamazi (un royaume situé dans le Zagros). Ce roi est connu par des inscriptions de la période, dont une qui le présente dans une inscription comme le fils d’un roi d’Ur, Elili : les liens entre Uruk et la cité voisine semblent forts à cette période. D’autres documents indiquent qu’Enshakushana a réussi à atteindre à un moment de son règne une grande puissance, puisqu’il est le premier souverain connu à se proclamer « en (titre souverain) de Sumer (ki-en-gi) », et « roi du pays » (lugal kalam-ma). Il prétend avoir vaincu Enbi-Ishtar de Kish, non présent dans la Liste royale.

Lugal-kinishe-dudu, qui est sans doute son successeur, est connu par un clou d’argile commémorant un traité de paix qu’il conclut avec son homologue Enmetena de Lagash. Son fils Lugal-kisalsi monte ensuite sur le trône d’Uruk. Les inscriptions de ces deux rois indiquent qu’ils domineraient plusieurs grandes villes importantes de Sumer. Finalement, leur État tombe sous la coupe de Lugal-zagesi, originaire d’Umma vers -2350 av J.C. Ce dernier se constitue un royaume dominant toute la Basse Mésopotamie, dont il établit la capitale à Uruk : la Liste royale comme plusieurs de ses inscriptions le présentent comme un roi d’Uruk. Cela montre l’importance de cette ville en tant que capitale politique dans le sud de Sumer. Mais cette période est éphémère, puisque Lugal-zagesi est battu par Sargon d’Akkad, qui s’empare de ses possessions.

La ville d’Uruk atteint sa taille maximale au Dynastique archaïque, quand elle recouvre une surface de 400 hectares environ, la population de la région semblant se concentrer encore plus dans la ville-centre, si on en juge par la disparition de nombreux villages et hameaux. C’est de cette période que daterait la construction de sa vaste muraille de plus de 9 kilomètres de long, que la tradition attribue à Gilgamesh. Les sondages réalisés dans la surface enceinte indiquent que c’est à cette période que l’occupation du site est la plus dense, même si toute la surface n’est pas bâtie ; le Dynastique archaïque I (c. -2900 @ -2750 av J.C.) représente en particulier la période de la plus intense occupation ; c’est-à-dire de 300 à 400 ans avant les rois mentionnés plus haut.

Les textes de la période sont les premiers à fournir quelques indications sur sa topographie. Ils distinguent Uruk (Unug) et Kullab (ou Kulaba), entre lesquels la distinction n’est pas claire. La tradition postérieure (notamment la Liste royale sumérienne et les cycles des rois archaïques d’Uruk) a incité certains chercheurs à y voir deux villages qui auraient fusionné (Uruk situé dans le secteur de l’Eanna et Kullab à l’emplacement futur du Bit Resh), mais les textes n’indiquent jamais explicitement cela. Il semblerait plutôt que Kullab soit un quartier d’Uruk dont le nom serve parfois à désigner la ville entière. Kullab serait le centre « politique régionale » tandis que l’Eanna est le centre « commercial international ».

Le « sanctuaire » d’Uruk est célébré dans des hymnes aux temples exhumés à Abu Salabikh (v. XXVIe siècle), évoquant ses deux divinités tutélaires Inanna et Anu, et les sanctuaires d’Uruk et Kullab. Inanna est d’ailleurs présentée comme la déesse tutélaire de la ville par les textes de cette période, et les souverains prennent un soin particulier de son culte ; Anu semble avoir un rôle plus effacé bien que son culte bénéficie également de patronages royaux. Mais les monuments de la période dans le secteur de l’Eanna, qui reste central, sont recouverts par les constructions postérieures et n’ont donc pu être approchés qu’approximativement. Un temple sur terrasse précédait peut-être la ziggurat d’Ur III, pouvant remonter à la période de Djemdet-Nasr avant un développement durant le Dynastique archaïque. Dans le même secteur ont été repérées les fondations d’un énorme édifice d’environ 10 000 m2, le « Bâtiment en pisé » (Stampflehmgebaüde), auquel on attribue généralement une fonction palatiale. Il pourrait avoir été planifié par Lugal-zagesi, puis mis en chantier sans jamais être achevé en raison de la défaite de celui-ci face à Sargon d’Akkad.

Sous l’empire d’Akkad (-2340 @ -2154 av J.C.), Uruk reste l’une des principales cités du pays de Sumer, d’autant plus que sa déesse tutélaire Inanna/Ishtar est la patronne de la dynastie régnante (même si les souverains semblent plutôt privilégier Ishtar d’Akkad qui est le nouveau nom qu’on lui donne). Mais la cité reste insoumise, et participe aux côtés de ses voisines aux grandes révoltes qui secouent les règnes de Sargon et surtout Naram-Sîn. C’est un certain Amar-girid, proclamé roi d’Uruk, qui dirige la révolte des villes sumériennes contre ce dernier, qui est difficilement réprimée. La domination akkadienne s’achève quelques années après, notamment en raison des attaques des Gutis.

Une nouvelle dynastie indépendante règne alors à Uruk. C’est un roi de cette cité, Utu-hegal, qui aurait débarrassé vers la fin du XXIIe siècle la Basse Mésopotamie de ces mêmes Gutis en défaisant leur roi Tirigan. Ce succès qui a été commémoré dans un texte littéraire sumérien lui a valu de voir son souvenir préservé par la tradition mésopotamienne postérieure.

Le règne d’Utu-hegal s’achève peu après, quand il est vaincu par Ur-Nammu, qui est sans doute son propre frère. Celui-ci choisit de régner depuis Ur, dont il fonde la troisième dynastie (Ur III).

Son successeur Shulgi fait de cet État un véritable empire. C’est à ces deux rois que l’on doit des restaurations effectuées à Uruk, ainsi que la construction de la ziggurat de l’Eanna (nom cérémoniel é-gi6-pàr-imin, « Maison des sept Giparu »). Elle a une base presque carrée de 55 × 51,50 mètres de côté, et ses ruines s’élèvent encore sur 14 mètres, l’ensemble devait culminer à environ 30 mètres à l’origine. Son premier étage s’élevait à 11,20 mètres et présentait un décor extérieur de pilastres et de redans. Ses murs avaient apparemment été recouverts d’un plâtre de couleur claire. Comme les autres ziggurats de cette période, on parvenait à son sommet par un triple escalier (deux escaliers accolés à la façade et un escalier perpendiculaire rejoignant le centre de l’édifice) ; elle disposait de deux ou trois étages, le dernier étant probablement surmonté par un temple (ou un palais). La ziggurat est située dans une enceinte disposant de pièces allongées servant sans doute aux besoins du « culte » (ou du « service ») ; plus loin se trouvent au moins deux cours disposant de leur propre enceinte.

Des parties de colliers en agate inscrits aux noms de l’épouse du roi Shu-Sîn, Kubatum, et de sa concubine Tiamat-Bashti ont été exhumés. On sait par des textes de la période que le Grand prêtre (en/enu) d’Inanna vit dans un édifice (appelé é-gi6-pàr/Giparum) qui n’a pas été mis au jour. Le complexe sacré est complété par un temple dédié au dieu Ningishzida.

Shu-Sîn semble s’être fait enterrer dans un mausolée situé dans les alentours d’Uruk, qui sert également à son culte funéraire. Cela indique que les rois d’Ur III ont peut-être continué à se faire ensevelir près de la cité dont leur dynastie est probablement originaire. La mise en valeur à cette période du cycle épique des rois archaïques d’Uruk (Enmerkar, Lugalbanda et Gilgamesh) semble lié à cela, les rois d’Ur III se présentant comme les descendants de ces illustres souverains.

Plusieurs textes de cette période font référence à un rituel important qui semble originaire d’Uruk, le « mariage sacré » (ou hiérogamie), qui a pour origine les récits sur les amours de la déesse Inanna avec le dieu Dumuzi, présents dans plusieurs textes qui ont peut-être été rédigés par le clergé de l’Eanna. Mais à la période d’Ur III le roi prend la place symbolique du dieu et devient ainsi l’époux de la déesse. Un hymne présente le rituel avec le roi Shulgi comme acteur principal : il se rend à Uruk en bateau, avant de se rendre dans l’Eanna où a lieu le rituel, vêtu d’habits d’apparat. Le déroulement exact du rituel d’union nous échappe. Des hymnes d’amours dans lesquels Inanna célèbre Shulgi et son deuxième successeur Shu-Sîn sont également issus de cette tradition, qui se diffuse dans d’autres villes mésopotamiennes durant les siècles suivants.

Une autre grande fête religieuse d’Uruk bien attestée pour cette période est la fête du bateau du Ciel (ezem-má-an-na), en référence à une embarcation utilisée par Inanna pour se rendre à Eridu dans le mythe Inanna et Enki ; il a lieu au cours du dixième mois du calendrier local, au moins durant cinq jours pendant lesquels la déesse reçoit de nombreuses offrandes. C’est tout de même étonnant qu’un « bateau du ciel » (AN = ciel) serve à IN.AN.NA pour rejoindre EN.KI (KI = Terre).

La dynastie d’Ur III s’effondre vers -2004 av J.C. sous les coups des Élamites. Uruk subit peut-être des destructions à ce moment-là. Un texte appartenant à la série des « Lamentations » sur les malheurs des villes de Sumer, rédigé quelques décennies après les faits, lui est en tout cas dédié (Lamentation sur la destruction d’Uruk). Mais il n’est pas sûr que cela reflète des événements qui se soient effectivement produits (parce que les descriptions sont difficiles à accepter), étant donné que ce type de textes répond plus à un topos littéraire qu’à une volonté de rapporter un événement réel (Ouf il fallait quand même la trouver, celle-là). Quoi qu’il en soit, ce sont les Amorrites qui tirent parti de la situation suivant la chute d’Ur, puisque plusieurs dynasties issues de cette ethnie s’installent à la tête de royaumes en Basse Mésopotamie.

Le premier royaume à dominer la région est celui d’Isin, dans lequel Uruk est inclus, avant de passer sous la coupe de Larsa après les victoires de son roi Gungunnum (-1932 @ -1906 av J.C.). Uruk connaît une brève période d’indépendance autour de -1900 av J.C, avec les rois Alila-hadûm et Sumu-El, avant de repasser sous la coupe de Larsa vers -1891 av J.C.

Vers -1860 av J.C, la cité redevient indépendante grâce à Sîn-kashid, qui fonde une nouvelle dynastie, plus durable. Mal documentée depuis Uruk, cette période reste surtout connue par les sources extérieures à la cité.

Le monument majeur érigé à cette période est le grand palais royal de Sîn-kashid (environ 100 × 145 mètres), situé à l’ouest du quartier de Kullab, donc en périphérie de la ville ce qui est inhabituel pour un tel édifice. Il n’en reste que les fondations permettant d’en distinguer approximativement le plan. Il est organisé en deux grandes parties. À l’est, la zone d’apparat, suivant le schéma qui se retrouve dans d’autres palais contemporains (Larsa, Eshnunna, Mari), organisée autour d’une grande cour ouvrant sur deux salles oblongues au nord, la seconde étant identifiée comme la salle du trône. À l’ouest se trouvent plusieurs pièces, comprenant un espace central dont le toit était supporté par six piliers en briques cuites disposés en deux rangées parallèles. Ces espaces devaient correspondre à des zones de stockages et des bureaux administratifs, les pièces résidentielles privées du roi et à de maisonnée devant se trouver à l’étage.

Sîn-kashid entreprend la construction de plusieurs temples, un étant dédié à Lugalbanda, l’ancien roi de la cité divinisé, accompagné du bâtiment (le Giparum) servant à loger la grande prêtresse de l’institution, qui est la propre fille du roi, Nish-inishu.

L’Eanna est une nouvelle fois restauré à cette période. Quelques lots d’archives datant de cette époque ont été exhumés : des tablettes administratives du palais de Sîn-kashid, et des textes divers datant des règnes suivants. L’occupation du site s’est rétractée par rapport à la période précédente, autour des temples et du palais, alors que les jardins et palmeraies ont pris une place importante dans le paysage urbain.

Uruk est alors un royaume peu puissant et peu étendu, menacé en permanence par Larsa, qui en fait peut-être son vassal à certains moments. Les rois de la première dynastie de Babylone, puissance montante du sud mésopotamien à partir du XIXe siècle, sont les alliés de ceux d’Uruk, depuis le mariage de Sîn-kashid avec la fille du roi babylonien Sumu-la-El. Les deux cités coalisées partent en guerre contre Larsa en -1809 av J.C, mais sont vaincues par son roi Rîm-Sîn.

En -1802 av J.C, ce dernier finit par annexer Uruk en battant son dernier roi, Nabi-ilishu. C’est probablement à ce moment que le palais de Sîn-kashid est détruit. Rîm-Sîn perd la ville quelque temps en -1787 av J.C, quand Hammurabi de Babylone s’en empare, avant de devoir se retirer. Il parvient finalement à s’emparer de Larsa en -1763 av J.C, Uruk passant sous sa domination.

Sous le règne du successeur de Hammurabi, Samsu-iluna, les cités de l’extrême-sud mésopotamien se révoltent contre Babylone. Uruk en fait partie, et un dénommé Rîm-Anum y prend le pouvoir quelque temps. Il est connu par des tablettes datées de son règne, documentant notamment le fonctionnement de la « maison des prisonniers » (bīt asīrī), bureau administratif dont dépendent des prisonniers de guerre devenus esclaves et concédés à des institutions et individus. Mais Samsu-iluna reprend les choses en main entre -1740 et -1739 av J.C, et Uruk repasse sous son autorité comme les autres cités rebelles. Dans ses inscriptions, le roi babylonien proclame avoir abattu les murailles d’Uruk.

Après cet épisode dramatique, la cité d’Uruk est désertée, comme plusieurs de ses voisines (Eridu, Ur, Girsu). Les prospections au sol ont révélé que la taille de l’espace peuplé dans sa région décline considérablement. Une partie de ses habitants se réfugie à Kish, où des tablettes datant des règnes des derniers souverains de la première dynastie de Babylone attestent de la présence de membres du clergé d’Ishtar et Nanaya (probablement la même personne, fille d’ANU, ayant deux noms), déesses originaires d’Uruk, qui ont migré pour sauver le culte de leurs divinités. D’autres Urukéens sont attestés dans des archives administratives de la région de Kish comme travailleurs agricoles. Ce phénomène est sans doute lié aux événements politiques du règne de Samsu-iluna, mais également au contexte économique de l’ancien pays de Sumer, qui semble connaître une crise qui empire au cours du XVIIIe siècle.

Après plusieurs siècles durant lesquels l’occupation du site d’Uruk est résiduelle, la cité se repeuple progressivement dans le courant de la seconde moitié du IIe millénaire, à partir de la période de domination de la dynastie kassite de Babylone, qui prend le contrôle de l’extrême-sud mésopotamien vers le début du XVe siècle.

L’occupation de la ville reste cependant très faible au regard des périodes précédentes. Le culte de l’Eanna reprend sous l’impulsion des rois kassites : Kurigalzu Ier (début du XIVe siècle) restaure le sanctuaire, et lui fait une donation de terres pour soutenir son fonctionnement.

L’édifice le mieux connu de cette période est le petit temple situé dans la zone de l’Eanna bâti sous le règne de Kara-Indash (fin du XVe siècle), qui est novateur sur plusieurs de ses aspects. Déjà par sa forme : c’est un édifice de taille réduite (14 × 18 mètres de base au sol), avec des tours aux angles de sa façade extérieure. Il est divisé en trois parties : deux pièces qui se suivent au centre, sans doute la cella et le vestibule qui y mène ; et deux couloirs latéraux, ouvrant également sur la cella. L’autre aspect remarquable de ce temple sont les reliefs qui ornaient sa façade. Ils sont réalisés en briques cuites moulées, et représentent des dieux barbus alternant avec des déesses aux vases jaillissant.

La Basse Mésopotamie traverse des temps difficiles au début du ier millénaire, à la suite de l’arrivée des populations araméennes et chaldéennes, puis la situation s’améliore à partir de la fin du IXe siècle. Uruk et la campagne environnante connaissent alors une expansion démographique. Sur le plan politique, la période « néo-babylonienne » est marquée dans un premier temps par une instabilité et un éclatement du pouvoir politique, les rois se succédant sur le trône de Babylone au gré d’événements souvent chaotiques, sans continuité dynastique, alors qu’émergent des puissances politiques locales, comme les tribus chaldéennes du Bit Dakkuri qui est installée au nord-ouest d’Uruk en direction de Borsippa, et du Bit Ammukani qui se situe vers l’est, ou encore le Bit Yakin au sud.

Malgré son faible rôle politique, Uruk dispose toujours d’un grand prestige religieux, notamment grâce au sanctuaire d’Ishtar, déesse extrêmement populaire à cette période, en particulier auprès des rois assyriens.

À partir de -626 av J.C, le babylonien Nabopolassar repousse puis défait les Assyriens avec l’aide des Mèdes, et restaure une paix durable en Mésopotamie en fondant l’empire néo-babylonien. Il semblerait qu’il soit originaire du sud de la Babylonie, le « Pays de la Mer », dont Uruk est voisine, à moins qu’elle n’en fasse partie. On remarque en tout cas que la province du Pays de la Mer et Uruk, qui dispose d’une administration autonome avec son propre gouverneur (portant le titre de šakin tēmi), occupent une place importante dans l’administration de l’empire babylonien.

Le fils de Nabopolassar, Nabuchodonosor II, et ses successeurs (dont Nabonide) entreprennent de grands travaux, notamment de restauration des canaux d’irrigation, des murailles et des temples, ce dont bénéficient Uruk et son arrière-pays agricole. Cette période se prolonge durant les décennies suivant la conquête de la Babylonie par Cyrus II de Perse en 539, au moins jusqu’aux années 480. C’est de cette époque que datent les nombreuses tablettes administratives et économiques néo-babyloniennes retrouvées à Uruk, illustrant la puissance et le prestige de son grand sanctuaire, l’Eanna.

Les VIIIe au Ve siècles d’Uruk sont surtout connus par les fouilles et les documents provenant du secteur du sanctuaire de l’Eanna, qui occupe alors une place majeure dans la vie de la cité. Le sanctuaire lui-même est restauré plusieurs fois durant ces années. Sargon II rebâtit les murs protégeant la zone sacrée. Merodach-baladan II fait construire plusieurs petits temples. D’autres rois assyriens et babyloniens restaurent le complexe par la suite, jusqu’au Perse Cyrus II au début de la domination achéménide. L’Eanna forme alors un vaste complexe cultuel de 330 × 350 mètres, comme il s’en trouve dans les principales villes de Babylonie à cette période. Il est organisé autour de sa ziggurat, et d’un ensemble de cours desservant plusieurs sanctuaires, délimitées par des murs épais qui abritent des pièces et parfois même des temples. Les textes de la période nomment plusieurs bâtiments et cours du complexe cultuel, sans qu’il soit toujours possible de les faire correspondre à ceux qui ont été mis au jour lors des fouilles.

Deux nouveaux petits temples sont construits sous Merodach-baladan II dédiés aux divinités principales de l’Eanna, Ishtar (é-nir-gál-an-na, « Maison du prince du Ciel ») et Nanaya (é-hi-li-an-na, « Maison de la luxuriance du Ciel »).

La vie religieuse d’Uruk est comme aux autres périodes dominée par sa divinité majeure, Ishtar. Sa relation avec l’autre grand dieu de la ville, le dieu du Ciel Anu, n’est pas claire : bien qu’elle soit couramment présentée comme la fille du dieu-lune Sîn, lui-même petit-fils d’Anu, d’autres traditions en font la fille d’Anu, voire sa compagne. Dans les textes cultuels et même mythologiques, elle occupe constamment une place prépondérante par rapport à l’autre grand dieu Anu, plutôt présenté comme une divinité patriarcale ancienne au rôle effacé. Le temple d’Ishtar est alors prépondérant, et c’est donc le culte de cette déesse qui est le plus important et qui se voit le plus dans les textes qui proviennent de l’Eanna. Ishtar d’Uruk y apparaît sous l’épithète de « Dame d’Uruk », alors que la seconde divinité principale du sanctuaire, Nanaya, est dite « Reine d’Uruk », suivant une bipartition entre deux déesses tutélaires qui se retrouve à Babylone et à Nippur à la même période.

Une troisième déesse, Bēltu-ša-Rēš, complète cette triade de déesses tutélaires de l’Eanna qui sont peut-être toutes considérées comme des hypostases d’Ishtar. D’autres temples du secteur de l’Eanna hébergent d’autres divinités, formant une sorte de cour auprès des déesses majeures, et d’autres sanctuaires se trouvent dans le reste de la ville, consacrés notamment à Nergal, Ninurta, ou encore Marduk qui occupe une position plus importante à l’époque de l’empire babylonien en tant que divinité patronne de cet État.

Les offrandes alimentaires quotidiennes d’Ishtar sont particulièrement impressionnantes, puisqu’il a été évalué quelles nécessitent 360 litres d’orge et 66 de froment, soit de quoi subvenir aux besoins journaliers de 100 personnes suivant les rations alimentaires de l’époque. Elle reçoit également des animaux, notamment des moutons et des bœufs, et des boissons. Ces offrandes alimentaires sont en fait redistribuées au personnel cultuel et au roi qui a la meilleure part, en tant que premier pourvoyeur du culte (ce qui me semble plutôt principal bénéficiaire). Toutes ces offrandes nécessitent la participation d’artisans, de brasseurs, de cuisiniers, et d’un personnel spécialisé dans l’exécution des rituels quotidiens, le tout constituant une vaste population gravitant autour du temple. Un peu comme Versailles à une époque plus rapprochée.

Le temple d’Ishtar commandite des opérations commerciales à longue distance, confiées à des marchands, qui sont indépendants du temple et s’organisent dans des sortes de firmes commerciales. Leur sont confiés des achats à effectuer avec une somme d’argent pour ceux-ci, ainsi qu’une autre somme, sous forme d’un prêt commercial à intérêt, pour que les marchands puissent réaliser des affaires pour leur propre compte. Le trajet le mieux connu est celui qui relie Uruk aux cités marchandes du Levant. À une échelle locale, les marchands se chargent d’écouler les surplus agricoles du temple.

Les artisans les plus expérimentés sont qualifiés de « maîtres » (ūmmanu) et sont des hommes libres tenus en haute estime. La plupart des métiers artisanaux sont accomplis par des travailleurs libres, rémunérés par des rations.

Sous la domination achéménide (-539-330 av J.C.), l’Eanna perd sa prépondérance dans la cité d’Uruk au profit du sanctuaire d’Anu, le Bit Resh. Celui-ci tend à concentrer la gestion de l’essentiel du culte des sanctuaires de la ville, dont l’Eanna. Son apogée est évident dans les archives de la période hellénistique (domination des Séleucides, IIIe – IIe siècles av J.C.) qui nous sont parvenues de la cité. Les périodes de domination séleucide et parthe voient le sud de la Basse Mésopotamie connaître une croissance démographique et économique importante. Uruk, la plus grande cité de la région et sans doute son centre administratif, en profite beaucoup : suivant les prospections, elle est alors occupée sur environ 300 hectares, et des espaces résidentiels et artisanaux ont été identifiés en plusieurs endroits du site. Elle dispose apparemment d’un statut particulier sous les Séleucides, ces rois nommant directement son gouverneur.

La fin de l’empire babylonien et le début de l’empire perse voient le contexte religieux d’Uruk se modifier profondément : les archives de l’Eanna cessent vers la fin du règne de Darius Ier et le début de celui de Xerxès Ier (-485 à -465 av. J.-C), peut-être en lien avec la répression d’une révolte dans la région par ce dernier. Quoi qu’il en soit, la figure majeure du panthéon d’Uruk à la période suivante (et peut-être dès le milieu du IVe siècle) est Anu, associé à sa parèdre Antu, alors qu’Ishtar et Nanaya restent importantes mais subordonnées à cette nouvelle paire majeure. Anu prend alors à Uruk les traits d’une divinité suprême, chef des dieux, similaires à ceux de Marduk durant l’empire babylonien.

Darius Ier se brise les dents en attaquant Athènes dont les Hoplites écrasent ses soldats. Son fils Xerxes Ier y remédiera.

Xerxes Ier,Roi de Perse de -485 à -465 av. J.-C., est désigné par son père de préférence à Artobarzanès, son frère aîné. À la mort de son père, Darius Ier, il participe à des campagnes en Égypte (484 av. J.-C.) et à Babylone (482 av. J.-C.).

Il soumet l’Égypte révoltée, puis reprend les desseins de son père contre la Grèce et déclenche la Deuxième guerre médique (-480 av J.C.). Il réalise des levées en masse, parvient à rassembler une immense armée pour l’époque, équipe en même temps une flotte de plus de 1 200 voiles, destinée à longer le littoral de la mer Égée, jette un pont de bateaux pour franchir le détroit de l’Hellespont et fait fouetter la mer pour la punir d’avoir rompu ce pont.

Il crée un canal, dans la région d’Ouranopoli, en perçant l’isthme qui unissait le mont Athos au continent pour donner passage à sa flotte, reçoit la soumission de la Macédoine et de la Thessalie, est arrêté durant sept jours devant les Thermopyles que défend Léonidas et ne les franchit qu’après avoir perdu 20 000 hommes. Il prend Thèbes, Platées, Thespies, entre sans résistance dans Athènes, qu’il livre aux flammes, mais il voit sa flotte anéantie par Thémistocle à la bataille de Salamine (-480 av. J.-C.), et nous voici plongé dans les scénarios du film « 300 » et « La naissance d’un empire » qui termine le survol de cette ville légendaire que fut URUK.

Par la suite, les Grecs, après avoir adopté l’alphabet phénicien, accaparent le  commerce international et deviennent finalement une grande civilisation d’où surgira Hérodote, le père de l’histoire. Hérodote qui, comme ceux qui l’ont suivi, grossit les chiffres et travestit l’issue de cette 2e guerre médique. En fait, les Grecs ont été démoli, leurs villes détruites et pillées et ils se sont abrité dans les montagnes en attendant que les Perses repartent.

Mais, enfin…

Amicalement

André Lefebvre

Auteur de:

L’Histoire… de l’univers

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 1:  La Science Secrète)

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 2: Le Mystère Sumérien

Le tout dernier livre, paru en novembre 2016 (version gratuite):

Histoire de ma nation

Tous mes livres sont offerts GRATUITEMENT chez:

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