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Les marchés émergents décrochent avec violence, les indices boursiers asiatiques et sud-américains plongent, la roupie indienne comme la livre turque frôlent leur plus bas niveau historique… Pour défendre sa monnaie nationale, le Brésil a jusque là dépensé 374 milliards de dollars, sachant que les réserves de la banque centrale turque ont diminué de 15% dans [...]

Une crise financi?re interminable

Les march?s ?mergents d?crochent avec violence, les indices boursiers asiatiques et sud-am?ricains plongent, la roupie indienne comme la livre turque fr?lent leur plus bas niveau historique? Pour d?fendre sa monnaie nationale, le Br?sil a jusque l? d?pens? 374 milliards de dollars, sachant que les r?serves de la banque centrale turque ont diminu? de 15% dans le cadre de sa lutte contre l?effondrement de la livre. Mentionnons bri?vement l?Equateur qui a utilis? 8% de ses r?serves, ce chiffre ?tant de 6% au Kazakhstan et?au Kuwait et de 5.5% en Indon?sie? Bref, la croissance de ces r?gions semble subitement remise en question et devoir brutalement s?inverser. Tout ? et tous ? accusent la R?serve f?d?rale am?ricaine sur le point de r?duire d?s l?automne prochain le rythme de ses baisses de taux quantitatives. Si cette strat?gie expansionniste de la Fed -?qui consiste ? tenter de stimuler l??conomie par l?achat de divers actifs-, a un impact ?vident sur la politique fiscale US, comme sur la confiance de ses intervenants, acteurs, consommateurs et entreprises. Le carnage en cours au sein des nations ?mergentes d?montre (au moins empiriquement) que cette cr?ation mon?taire US influence ? voire conditionne ? ?galement de mani?re d?terminante l?allocation d?actifs plan?taire des grands investisseurs, des fonds de pension, mais aussi des banques centrales ? travers le monde.

 

La conviction, parmi ces intervenants, de l?interruption ? m?me progressive ? par la Fed de sa cr?ation mon?taire (conduite ? un rythme intense et sans pr?c?dent historique) d?clenche donc des r?ajustements massifs au sein de leurs portefeuilles. Ce qui tend ? prouver, en creux, qu?une proportion substantielle de la croissance de ces ?mergents fut redevable aux baisses de taux quantitatives am?ricaines. Le m?canisme de transmission est ais? ? comprendre. Dans le cadre de ses acquisitions de papier-valeurs, la Fed cr?dite les vendeurs qui proc?dent alors ? des r?investissements de ces liquidit?s fra?ches ? leur disposition. De proche en proche, ces sommes transitent d?un acheteur ? un vendeur ? d?action, d?obligation, d?hypoth?que, de bons du Tr?sor, d?un titre quelconque -, qui ont tous en commun le m?me objectif consistant ? rentabiliser leurs placements. La libre circulation des capitaux autorise bien ?videmment cette qu?te du profit au-del? du pays ?metteur de ces liquidit?s, c?est-?-dire hors des fronti?res am?ricaines, notamment vers des pays ?mergents offrant un fort potentiel de croissance. Voil? qui explique l?appr?ciation des valorisations de la quasi-totalit? des actifs (aux USA et dans le reste du monde) qui sont donc ?chang?s ? une cadence soutenue. Cette progression ?tant forc?ment d?une plus grande amplitude au sein des pays ?mergents, d?une part du fait d?une liquidit? moindre, et d?autre part puisque pratiquement tout y est encore ? faire.

 

La fi?vre saisit donc les acteurs de ces pays ? consommateurs, entreprises et m?me gouvernements ? qui b?n?ficient ? la fois d?une chute des co?ts de financement induite par un afflux de liquidit?s, et d?une hausse notoire de leur niveau de vie allant de pair avec l?escalade de l?ensemble des valorisations. Notons l? un ph?nom?ne similaire avec l?euphorie des pays d?Europe p?riph?rique d?s l?introduction de l?euro.? Certes, ces ?conomies ?mergentes risquent-elles d??tre pouss?es au-del? de leurs capacit?s. Certes, les pressions inflationnistes risquent-elles de s?y d?velopper. Certes, le risque de formation de bulles sp?culatives n?y est-il pas n?gligeable. Pour autant, les retomb?es positives des baisses de taux quantitatives sont incontestables tant pour le pays ?metteur ? les Etats-Unis ? qui b?n?ficient d?une reprise de leur demande agr?g?e, et d?une diminution de leurs taux d?int?r?t r?els (car le taux d?inflation y est sup?rieur au taux d?int?r?t officiel). Cons?quences favorables ?galement pour les pays ?mergents qui pourront ? leur tour intensifier leurs exportations vers la premi?re puissance ?conomique du monde d?sormais en mode red?marrage. Pour autant, la menace fondamentale qui p?se sur ces pays ayant v?cu au-dessus de leurs moyens, ayant plus import? qu?export? et ayant emprunt? massivement vis-?-vis de l??tranger, se d?cline en une balance des paiements tr?s nettement d?ficitaire. Exactement comme les pays d?Europe p?riph?riques entre le lancement de l?euro et la crise de 2007.

 

Aujourd?hui, ? mesure que march?s financiers et investisseurs se retirent de ces nations du fait du tarissement du robinet des liquidit?s am?ricaines, leurs valorisations comme leurs devises s?effondrent, pendant que leurs co?ts de financement prennent le sens inverse. La croissance y ralentit inexorablement et, ce, en parall?le avec les effets stimulatoires des baisses de taux quantitatives. C?est ? l??vidence (exactement comme en Europe p?riph?rique) les pays subissant d?importants d?ficits de leur balance des paiements qui seront le plus (et les premiers) atteints. Comme c?est les m?nages et les entreprises contraints de refinancer leurs dettes ? des taux d?favorables qui seront le plus menac?s. Et n??voquons m?me pas les d?biteurs en monnaie ?trang?re qui sont des morts en sursis du fait de l?effondrement de leur devise nationale. Les prix ? l?importation sont donc condamn?s ? grimper, sachant que l?effondrement de leur monnaie nationale ne profite m?me pas ? des exportateurs qui sont p?nalis?s par l?escalade de leur facture p?troli?re. Le d?crochage des actifs, des march?s et des monnaies des ?mergents est donc aujourd?hui susceptible de se transformer en une perte de confiance g?n?ralis?e envers ces pays (une fois de plus?: comme en Europe p?riph?rique). Autrement dit, ces chutes ? certes violentes mais encore contenues ? risquent de tourner ? la panique.

 

Alors que les baisses de taux quantitatives ?taient cens?es relancer l??conomie de l??metteur et faire en m?me temps prosp?rer ? l??tranger les ?mergents ? travers le levier de la globalisation. Leur fin annonc?e aura l?effet diam?tralement inverse, ? savoir la d?prime ? voire la d?route ? des nations ?mergentes et, ce, dans un contexte o? les pays occidentaux eux-m?mes ne se sont toujours pas r?tablis?! En pr?parant le monde au retrait graduel des QE, la R?serve f?d?rale fait parvenir au monde un message inopportun et pr?matur?. Elle signale en effet ? l?investisseur global que les Etats-Unis sont d?sormais ? m?me de lui offrir des rentabilit?s sup?rieures ? celles gagn?es jusque l? dans les ?mergents. Et, ce, dans un environnement o? leur propre reprise ?conomique et surtout la r?gression de leur ch?mage sont loin d??tre confirm?es. Aujourd?hui, la Fed est encore capable de sauver les meubles, voire de casser cette configuration infernale qui se met en place. En annon?ant le maintien de sa cr?ation mon?taire. Pour permettre aux nations ?mergentes de mettre en place des r?formes structurelles vitales, qui leur permettront d?affronter le moment venu l?arr?t de ces QE. C?est-?-dire quand l??conomie am?ricaine sera incontestablement en mesure de cro?tre sans ces baisses de taux quantitatives. Chance qui, soit dit en passant,?ne fut jamais consentie aux pays d?Europe p?riph?rique qui?furent contraints d?imposer des d?valuations internes inhumaines.

 

Notre monde se retrouve donc ? la crois?e des chemins. Il risque une nouvelle conflagration ?conomique et financi?re si les banquiers centraux occidentaux prennent les mauvaises d?cisions, sous l?influence des n?o-lib?raux qui sont, comme chacun sait, des ennemis irr?ductibles de la cr?ation mon?taire.

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