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Un tsunami vert

Les mouches auraient donc changé d’âne, lors du second tour des municipales ?

Cette expression, venue tout droit du monde du ballon ovale, pourrait assez bien illustrer ce qui vient de se passer lors de ces municipales.

Bien sûr, il y a eu l’abstention, qui a probablement pénalisé, entre autres, les marcheurs, déçus à juste titre de ne pas tous se retrouver dans la politique menée par le chef de l’état.

Les médias ne se sont pas trop attardés non plus sur la débâcle qu’a connu le RN, puisque le parti d’extrême droite a vu ses prétentions chuter de moitié par rapport à 2014, avec seulement 840 sièges, contre 1438 précédemment. lien

Mais il y a surtout une claque monumentale donnée au parti présidentiel qui a finalement tout raté : de la gestion violente menée contre les gilets jaunes, pour finalement leur distribuer quelques miettes histoire de calmer le jeu, à la gestion catastrophique de la pandémie, portée par des mensonges outranciers et des manipulations foireuses, en passant par la réforme des retraites menée tambour battant à coup de 49/3, ce gouvernement n’a cessé de se tirer des balles dans le pied.

Même la victoire du 1er ministre ne peut être attribuée à LREM, puisque Édouard Philippe fait partie des LR, ni celle de Bayrou à Pau, président du Modem, qui finalement n’est qu’un modeste allié du parti présidentiel.

De plus, la victoire de Philippe au Havre pourrait devenir un handicap pour Macron, puisqu’on sait qu’il songe à renouveler son gouvernement… et qu’il devient compliqué d’évincer le 1er ministre.

Mais la raison de la défaite de LREM dans ces municipales est la conséquence des alliances maladroites de ses candidats, qui pour tenter de battre les écolos, se sont unis à la droite… en vain. lien

Malgré tout, certains politologues tentent de minimiser le succès vert, tel Jérôme Jaffré (lien), qui, sur l’antenne de France Inter, relativisait cette victoire, en indiquant que les verts n’avaient gagné qu’une quinzaine de mairies… sauf que ces villes représentent, avec leur agglomération, près de 6 millions de citoyens… ce qui n’est pas négligeable, d’autant que ces villes gagnées sont parmi les plus grandes du pays : Lyon, Marseille, Bordeaux, Bourges, Annecy, Strasbourg, Tours, Poitiers, Besançon, Grenoble…etc.

Ce résultat marque surtout une volonté citoyenne de faire bouger les lignes, et d’engager réellement, autrement que par de beaux discours, la transition écologique, afin de tenter d’empêcher l’inéluctable. lien

Pour beaucoup, il est déjà trop tard si l’on veut éviter de franchir la barre des 2°C d’augmentation des températures…même si certains, comme Jeanne Gherardi, chercheuse à l’Université de Versailles, ont encore un peu d’espoir.

Pourtant, même si des décisions fortes étaient prises immédiatement, on ne bloquerait pas pour autant le changement climatique, car la durée de vie du CO2 est d’une centaine d’année…et puis ce serait oublier l’existence du méthane qui, depuis plusieurs années, en Arctique, s’échappe du pergélisol en train de se dégeler, et qui est 23 fois polluant que le CO2lien

Il s’agit tout de même de la libération en cours de 1700 milliards de tonnes de carbone, bouleversant le modèle connu. lien

Or aujourd’hui, on assiste à un réchauffement de 3°C dans l’Arctique par rapport à celui constaté avant les années 2000.

Ce phénomène s’appelle la « rétroaction positive » et si on ne peut empêcher le réchauffement le l’atmosphère, on va du coup diminuer l’absorption du CO2 par l’océan…et c’est un cercle vicieux précise Jeanne Gherardilien

S’ajoute à ça la déforestation du poumon vert qu’est la forêt amazonienne, et pas seulement celle-là…

Mais revenons à la situation française d’après cette municipale…

Le président de la république se trouve dans une impasse, car ayant lui-même lancé la CCC ((Convention Citoyenne pour le Climat), comment il pourrait contourner la situation en décidant réellement d’inverser les décisions prises à ce jour, ou de repousser toujours à plus tard la transition écologique ?

Il lui faudrait donc abandonner le choix énergétique actuel qui donne la part belle au nucléaire, car même si, le 29 juin, le 2ème réacteur de Fessenheim a été arrêté, et qu’on s’achemine vers un démantèlement d’au moins une vingtaine d’années, Macron fait la promotion « en même temps » des nouveaux EPR…malgré les déboires que connait celui de Flamanvillelien

Quel sera le calendrier des décisions à prendre, au sujet des propositions de la CCC ?…attendra-t-il la présidentielle ?

Prenons par exemple la limitation de la vitesse à 110 km sur les autoroutes… s’il est incontestable que cela ferait tomber le taux de CO2, ça reste plus que négligeable par rapport aux principaux responsables de la pollution.

On sait qu’un tanker pollue autant qu’un million de voitures, ainsi que le rappelle Jacques Chevalier, dans les colonnes du Point, et il ajoute : « sous le couvert de préserver la santé des français, on voudrait encore restreindre la vitesse sur les autoroutes comme si cela avait un effet décisif sur la qualité de l’air ». lien

D’ici 2030, pour réduire de 40% nos émissions de gaz à effet de serre, afin d’atteindre l’objectif de 263 millions de tonnes épargnées dans le ciel français, aucun expert ne songe réellement à s’attaquer aux principaux pollueurs que sont par exemple les avions, alors que ces derniers sont 1500 fois plus polluants qu’un voyage en TGV……

A elle seule, l’aviation est responsable de 2% des émissions mondiales des GES (Gaz à Effets de Serre), si l’on en croit les données de l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie). lien

Et si l’on compare la pollution en dioxyde de carbone dégagée par un avion, ou une voiture, on constate que l’avion émet en moyenne 125 fois plus de ce polluant qu’une voiture individuelle, d’après le doctorant Aurélien Bigo, qui considère que le train est le grand oublié de la transition énergétique. lien

Quant à la voiture électrique, c’est le type même de la « mauvaise bonne idée », car ce serait oublier qu’elle est avant tout nucléaire, et qu’elle ne peut se passer de ces très polluantes batteries, dont 5% seulement sont recyclées.

Comment les nouvelles municipalités vertes vont-elles réagir face à toutes ces questions… et surtout, cela aura-il un impact essentiel au niveau national ?

Tout ce qui peut être fait pour enclencher la transition écologique est bon à prendre, mais c’est surtout au niveau national, que des mesures essentielles devraient être prises, et considérant la modestie des décisions du gouvernement Macron en 3 ans de mandat, destinées à lutter contre le changement climatique, on peut en douter.

On se souvient de la promesse qu’il a fait à la fin 2019 : « il nous reviendra, au printemps prochain, d’affirmer des choix nouveaux et forts, une stratégie sur plusieurs années pour réduire nos émissions (…) et ainsi lutter contre le réchauffement climatique ». lien

Or le printemps est passé…nous sommes en été… et le RAC (Rassemblement Action Climat) a déjà pointé les insuffisances macroniennes sur la question du climat en 2 ans et demi de mandat.

Les plafonds d’émission des GES que la France s’est fixé dans la loi ont déjà été dépassés de +4,5% en 2018, et le RAC dénonce des rendez-vous manqués, car « le gouvernement n’a pas pris les mesures qui s’imposaient », affirme-t-il.

Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, fustige « des opérations de communication où l’on se gargarise de petites avancées, de petites mesures », et Cécile Duflot d’évoquer « une duplicité dangereuse », ajoutant : « ces belles paroles donnent l’illusion de l’action. En réalité, les contradictions sont nombreuses entre les engagements et les actes  ». lien

Le 29 juinMacron s’est exprimé devant les membres de la CCC, mais il a déjà exclu d’inclure l’écologie dans la constitution, et la limitation à 110 km/h sur les autoroutes. lien

Il a bien accepté l’idée d’un référendum… sauf que celui-ci ne pourrait aboutir avant 2021… au moment de la présidentielle donc… lien

Pas besoin d’être très malin pour comprendre que de l’eau passera sous les ponts avant que ce référendum ne soit acté. lien

L’avenir nous le dira, car comme dit mon vieil ami africain : « plus un singe monte sur le cocotier, plus il montre son cul ».

Le dessin illustrant l’article est de kanawaga

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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