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Un certain montr?alisme me monte au nez

J’aime bien Vincent Marissal, mais je dois avouer que j’ai un gros doute sur ses derni?res affirmations. Je ne partage pas du tout son optimisme ? propos des accommodements raisonnables, ni celui de Houssein d’ailleurs. S’il n’y avait pas de probl?me, si tout cela n’?tait qu’« incidents anecdotiques isol?s mont?s en ?pingle par les m?dias et savamment r?cup?r?s par un politicien opportuniste » comme l’a ?crit aujourd’hui Marissal dans La Presse, nous n’aurions pas ? nous taper un profond d?bat de soci?t?. En ce vendredi soir, 22h 05, plus de 5491 personnes avaient pris la peine de r?pondre ? la question de la semaine sur le site de la Commission. Il y a un malaise, et il est ? peu pr?s temps que l’abc?s soit crev?.

Que Mario Dumont surfe sur un ressentiment populaire, c’est l’?vidence m?me. Ce ressentiment ne touche cependant pas aux questions de diff?rences culturelles entre les Qu?b?cois venus d’ailleurs et les Qu?b?cois dits « de souche » qui se sentiraient envahis. Il est n? d’une profonde frustration des Qu?b?cois vivant en r?gion. L?, ce ne sont pas quelques incidents isol?s mont?s en ?pingle.

Les r?gions subissent, depuis plusieurs ann?es, un d?clin d?mographique et ?conomique face auquel aucun gouvernement ne semble pouvoir trouver de solution. Ajoutez-y ces m?mes politiciens disant que la solution est dans l’immigration, et vous venez d’augmenter encore davantage la frustration des gens des r?gions.

Pendant que leurs filles et leurs fils ?migrent en masse vers la grande r?gion de Montr?al, o? la ville de Qu?bec ? la limite, tout ce qu’on trouve ? leur dire est qu’on va les remplacer par des immigrants.

Quel terreau fertile pour les nationaleux de tout crin qui peuvent y arroser de tout leur subtil fiel le m?contentement populaire. Vous pourriez pas plut?t nous aider ? retenir nos enfants, mesdames et messieurs les politiciens d?connect?s ? nous disent-ils ? leur mani?re. Et en plus, vous nous imposez des ?tranges, des gens qu’on ne sait pas trop ce qu’ils pensent. Voil? le commencement du fond du probl?me. La suite, le vrai fond, c’est de se faire dire par les Montr?alais, en plus, qu’ils sont donc colons de ne pas b?nir l’apport enrichissant des nouveaux Qu?b?cois.

Oui il est enrichissant, l’apport de nos fr?res et soeurs venus de partout dans le monde. Mais sentez donc un peu la col?re de ces gens qui voient bien qu’ils ont engendr?s non pas une, non pas deux, mais bient?t trois g?n?rations d’exil?s. Il faut la comprendre, cette col?re. Il faut aussi se demander si nous ne sommes pas en train de nous tirer dans le pied en laissant les r?gions se d?peupler et en croyant na?vement qu’il suffira d’inciter les immigrants ? s’y installer pour r?gler le probl?me.

Pas fous les immigrants. Certains vont aller en r?gion, mais la vaste majorit? va s’installer dans le Grand Montr?al, avec une pointe ? Qu?bec, Sherbrooke ou Gatineau. Pourquoi ils iraient l? d’o? les Qu?b?cois s’enfuient ?

Les gens des r?gions ne sont pas des attard?s culturels. Ils sont juste vraiment, mais vraiment, vraiment, profond?ment choqu?s. Et ce sont les immigrants qui paient la note. Mais il est vrai que, vu de Montr?al, « il n’y a pas de r?el probl?me d’immigration, d’intol?rance ou de cohabitation ici ».

D?sol? Houssein, mauvaise r?ponse. ?a vous apprendra ? piquer des phrases dans l’expos? de l’?l?ve Marissal. Vous me copierez cent fois ce qui suit : la prochaine fois que je voudrai savoir ce qui se passe en dehors de Montr?al, je le demanderai ? quelqu’un qui vit en r?gion.

J’ajoute que je ne veux pas nier qu’il y ait aussi des probl?mes dans le Grand Montr?al et ses appendices que sont Sherbrooke et Gatineau, ni m?me ? Qu?bec La r?gion de Qu?bec est un cas particulier ; l’ADQ y a fait des gains en misant sur le bashing contre la fonction publique et le profond ressentiment de cette m?me fonction publique envers le PLQ et le PQ. Je suis m?me en accord avec Marissal dans ces cas l?. Les probl?mes sont amplifi?s ? dessein par les strat?ges de l’ADQ qui jouent avec le feu. Dans le reste du Qu?bec, c’est autre chose. L’ADQ n’a pas besoin d’allumer quoi que ce soit puisque le feu y couve depuis plusieurs ann?es.

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9 Commentaire

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    Catherine Courchesne

    Vous apportez un point intéressant, monsieur Monet, et consolez-vous en vous disant que le problème centre (Montréal) – périphérie (régions du Québec) n’est qu’une infime partie du phénomène que j’appelle celui de la non-popularité du Québec. Car au fait que tous les immigrants s’installent à Montréal, je vous réponds la chose suivante (que les immigrants avec lesquels je travaille me disent souvent) : plusieurs d’entre eux auraient choisi Toronto ou une riche ville de l’Ouest canadien s’ils y avaient été acceptés. Pour beaucoup d’entre eux, le Québec n’est pas leur choix numéro un : ils aboutissent ici parce que « c’est plus facile de rentrer ».
    Montréal est une ville qui connaît un ralentissement dans son développement et perd des plumes par rapport non seulement à Toronto, mais à l’ensemble des villes canadiennes et du monde. Ainsi, ce n’est pas seulement les régions du Québec qui vivent une situation difficile, c’est l’ensemble du Québec. Alors, dites-moi, comment voulez-vous que nos politiciens trouvent des solutions au développement de nos régions s’ils ne sont pas capable d’en trouver pour le développement de nos centres urbains ? Sans minimiser le problème des régions, elles ne sont pas seules à crier famine.
    La question centre-périphérie du Québec s’étend donc aux questions suivantes : l’avenir du Québec au Canada, la place du Québec dans le monde.

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    Votre témoignage devrait être entendu par la Commission. Au lieu de chercher du côté de l’inculture, comme semble vouloir le faire Bouchard (les pauvres crétins, ils ne regardent pas Radio-Canada ; juste pour cette déclaration, il devrait démissionner), il faut chercher à comprendre les causes profondes du malaise que nous vivons par rapport aux immigrants. La situation économique difficile que vous évoquez est un bon commencement.

    N’est-ce pas plutôt d’un grand sommet sur le développement économique et social, comme il y en a déjà eu dans le passé, qu’il nous faut.

    Quand les libéraux sont arrivés au pouvoir en 2003, ils ont décidé de mettre fin à la pratique de la concertation entre tous les acteurs économiques et sociaux en vue de trouver des solutions communes au développement socio-économique du Québec. Il faut reprendre cette pratique le plus rapidement possible, y chercher ensemble des idées pour contrer le déclin économique, mais aussi pour que le développement économique ne se fasse pas au détriment des solidarités, y chercher également des accommodements économiques raisonnables entre le Grand Montréal et les régions.

    Les politiciens n’y arriveront pas seuls, mais surtout, ils doivent se défaire du vieux réflexe politique de vouloir tirer la couverte de leur bord.

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    Catherine Courchesne

    Tout à fait M. Monet. Pour que notre future société multiculturelle aille bien, il faut que notre développement économique aille bon train. Nous avons besoin des immigrants pour l’avenir de notre économie, mais il faut que notre économie ait de l’avenir pour attirer les immigrants et pour redonner confiance aux Québécois. C’est souvent quand on sent qu’on ne se développe pas à son plein potentiel au niveau économique, politique et culturel qu’on a peur de l’Autre.

    Et pour ce qui est des politiciens, c’est bien triste en effet de voir la place, l’énergie et l’argent que le tirage de couverte prend au détriment de la place, de l’énergie et de l’argent pouvant être déployées à la résolution réelle des problèmes sociaux. Mais j’ose et j’aime me dire qu’il y a de l’espoir.

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    Le problème du développement économique est bien connu des gouvernements. Sa solution aussi : les gouvernements doivent s’enlever du chemin des entrepreneurs.

    Mais comme Mme Courchesne le soulignait, le tirage de couverte prend, élas, trop souvent le dessus.

    Note à M. Monette : Je m’excuse, mais Sherbrooke n’est pas une vulgaire « appendice » de la ville de Montréal (j’y ai d’ailleurs passé les 23 premières années de ma vie !). Les problèmes de cette ville sont complètement différents de ceux de Montréal.

    Signé : Un exilé (temporaire) à Montréal

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    J’avoue que le mot appendice peut être mal compris. Je voulais souligner que Sherbrooke et Gatineau sont, me semble-t-il, dans des couloirs économiques plus favorables. Mais je ne suis ni économiste, ni géographe. En ce qui concerne le rôle des gouvernements, ne serait-il pas plutôt de soutenir le développement économique, social et culturel ? Votre suggestion est plutôt réductrice, non ?

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    Le problème avec les outils de développement économiques actuels, c’est que les entrepreneurs ne s’en servent pas, ou rarement. Trop compliqués, trop lourds à gérer. La preuve : dans bien des cas, les entreprises doivent faire affaire avec des « consultants » pour espérer aller chercher de l’aide des gouvernements.

    Remarquez bien que je n’ai pas parlé ici de développement culturel et social, deux spères complètement à part selon moi.

    Laissons les entrepreneurs faire ce qu’ils savent le mieux, créer et entreprendre, et cessons de leur barer la voie avec des montagnes de paperasserie administratives et légales. L’écosystème entrepreneurial du Québec ne s’en portera que mieux.

    Réductrice, ma suggestion ? Absolument !

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    Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai un doute sur l’efficacité de votre suggestion. Vous voulez dire cesser de subventionner les entreprises ou cesser de les règlementer ? Si c’est la seconde alternative, je crois que vous faites fausse route. Pour être compétitif sur les marchés internationaux, le Québec doit mettre en place un système règlementaire qui offre une grantie de qualité aux consommateurs étrangers. C’est plate à remplir la paperasse, mais c’est devenu incontournable pour faire du commerce international, voire même interprovincial. Si vous voulez plutôt parler de cesser les subventions, là ça placerait les entreprises dans une situation précaire, puisque les autres gouvernements subventionnent à tour de bras l’entreprise privée, particulièrement aux États-Unis par ailleurs. Ceci étant dit, je suis bien d’accord qu’idéalement il vaudrait mieux mettre nos sous dans l’amélioration des services publics pour un meilleur développement social et culturel, que de subventionner les entreprises privées.

  8. avatar

    Lorsqu’on parle de subventions assurant une certaine équité vis-à-vis des entreprises américaines similaires, on ne parle généralement pas des PME et des startups. On parle plutôt des producteurs de blé, de bois, de porc, d’automobiles, d’avions, etc, donc des industries des secteurs primaires et secondaires. Tout comme vous, je ne crois pas qu’il serait juste de couper ces subventions.

    À mon sens, après avoir démarré deux petites entreprises, je crois que les subventions offertes par les gouvernement n’atteignent pas leur but. Simplement pour administrer ces sommes, les gestionnaires et leurs équipes doivent piger largement à même les fonds dédiés aux entreprises (je ne leurs en veut pas, c’est leur travail). Il suffit d’aller voir les défunts Fonds Innovatec pour s’en convaincre.

    Quelques idées qui me viennent à l’esprit :

    — Simplifier la gestion requise par les gouvernements auprès des entreprises.

    — Diminuer le nombre de subventions tout en gardant les mêmes enveloppes budgétaires.

    — Appuyer concrètement les entrepreneurs. Certaines universités américaines offrent des locaux gratuitement aux startups. L’Université de Sherbrooke a déjà fait quelque chose de similaire, et ca fonctionne.

    — Appuyer les réseaux de mentors et d’anges investisseurs, ce qui fait présentement cruellement défaut au Québec.

    Bref, il faut cesser de penser qu’on peut aider les nouvelles entreprises en débloquant 50 millions et en distribuant les chèques (ou les crédits d’impôt). Il existe des moyens moins chers, plus astucieux et beaucoup plus efficaces !

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    Toutes ces idées sont fort intéressantes. J’en ajoute une autre : devenir indépendant pourqu’il n’y ait qu’un seul gouvernement 😉