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Trop de raccourcis

En r?fl?chissant ? l’actualit? qu?b?coise r?cente, j’en viens ? un constat : notre soci?t? est scl?ros?e parce que notre manque de temps, ou plut?t l’obligation de performance, la pression incessante que nous impose cette ?re de productivit?, de suppos?e lucidit? ? saveur ?cono-mondialiste, nous oblige ? prendre bien des raccourcis. ?a vient de me frapper en lisant l’excellente chronique de Kristian Bolduc « Un bon gar?on ? », parue sur Cent Papiers, au sujet de l’histoire de la mort de Bianca Bolduc et de ces jeunes hommes qui ont appris le sens du terme « responsabilit? » de la mani?re la plus triste…

Lorsque l’auteur parle de la responsabilit? parentale, il faut avouer que le temps allou? aux enfants dans une famille est de plus en plus court. Et loin de moi l’id?e d’accuser le nouveau mod?le o? les deux parents travaillent, dans le sens o? l’arriv?e des femmes dans le monde du travail est une mauvaise chose. Non, bien s?r. Mais la grande question : ne sommes-nous pas en train de nous adapter aux exigences de la soci?t? de consommation alors que logiquement ?a devrait ?tre le contraire ? Il me vient encore l’image du serpent qui se mord la queue…

Je ne veux pas faire un plaidoyer pour un retour aux sources, mais j’aimerais simplement faire remarquer que le temps normalement allou? aux enfants ?tait assur? par la m?re au foyer, alors que maintenant il est majoritairement tronqu? parce qu’il semble impossible de survivre dans ce monde avec une maison, une piscine et des enfants sans que les deux parents travaillent — pour les Montr?alais, changer la piscine pour un grand condo… Il me semble que si notre soci?t? ?tait bien construite, ? tous les niveaux, les deux parents devraient pouvoir travailler seulement ? temps partiel et ainsi pouvoir s’occuper aussi du noyau familial, non ? Nous ne sommes pas dans ce monde et c’est pourquoi l’?ducation des enfants est men?e par la n?cessit? des raccourcis.

Cela m’am?ne donc ? la question de l’apprentissage du fran?ais, eh ! oui ! M?me si ce sujet en est un que je pourrais qualifier de politiquement partisan dans l’actualit? du moment, parce qu’il a ?t? amen? pour contrer la tentative de prise du leadership en ce qui a trait ? l’identit? qu?b?coise par le PQ, il est quand m?me symptomatique du raccourci que provoque cette course folle ? l’efficacit?, comme l’?crit tr?s bien le blogueur de Regard Urbain : « Je pense que le probl?me de la pi?tre qualit? de langue repose d’abord et avant tout sur une culture de l’instantan?it?, de la r?flexion rapide, de l’oralit?. En France et aux USA, on se plaint des m?mes probl?mes avec l’orthographe des jeunes. »

Force est d’admettre que nous ne sommes pas dans la bonne voie. Pourtant, l’efficacit? des nouveaux outils technologiques, des avanc?es de la science, devrait pouvoir nous aider ? ?voluer dans le bon sens, mais non, c’est le raccourci vers l’id?al ?cono-centriste qui devient le moteur des cellules familiales, car le discours vide de la politique m?caniste continue de d?colorer les valeurs humaines.

Et sans les valeurs humaines, nous devenons malheureusement de plus en plus robotique, des humano?des utilitaires.

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5 Commentaire

  1. avatar

    Je ne suis pas d’accord avec cette vision catastrophique du présent et de l’avenir. À l’époque où les mères demeuraient à la maison, y avait-il vraiment moins de délinquance ou en parlait-on tout simplement moins ? Le sujet était probablement moins documenté et certainement moins médiatisé.

    Et en ce qui a trait aux nombres d’heures travaillées et à celles consacrées à la famille et aux loisirs en famille, je crois que nous en profitons davantage qu’autrefois. Les semaines de travail n’étaient pas de 35 ou 40 heures, mais plutôt de 50 ou 60 heures, sinon davantage. Seul le dimanche était chômé. Les gens n’avaient pas deux ou trois semaines de vacances, comme c’est le cas aujourd’hui. Tout compte fait, nous passons probablement beaucoup plus de temps aujourd’hui – et du temps de qualité – avec nos enfants.

    Par ailleurs, ceci ne signifie pas que notre manière de gérer travail et famille sur le plan collectif soit encore parfait…on a encore du chemin à faire…

  2. avatar
    Renart L’éveillé

    Mamamiia,

    pour le dire de la manière la plus simple possible, je ne fais que constater que le temps de travail dans les familles a augmenté, puisque les deux parents travaillent à temps plein maintenant, tandis qu’avant il n’y en avait qu’un, le père de famille.

    Alors quand vous dites que « Les semaines de travail n’étaient pas de 35 ou 40 heures, mais plutôt de 50 ou 60 heures, sinon davantage. », il ne faut pas oublier que maintenant on multiplie par deux les heures travaillées, puisqu’il y a deux parents sur le marché du travail. Donc, dans la cellule familiale, nous sommes passés de 50 ou 60 heures à 70 à 90 heures, pour suivre votre logique.

    Dans un monde un peu plus idéal, la cellule familiale n’aurait besoin que de 50 à 60 heures (donc 25 à 30 heures chacun) de travail pour arriver à payer tout et pouvoir s’occuper des tâches ménagères et surtout des enfants.

    Mais les lulucides trouvent que ce n’est pas assez si les deux parents travaillent chacun de 35 à 40 heures…

  3. avatar

    Renart

    Dire que le temps normalement alloué aux enfants était assuré par la mère au foyer, ne fera pas plaisir aux femmes. C’est pas une vision du passe cela ?

    Gabriel Aube

  4. avatar
    Renart L’éveillé

    Gabriel,

    est-ce que vous êtes en train de dire qu’il faudrait changer l’histoire pour que les femmes n’entendent plus jamais parler du fait qu’elles s’occupaient principalement des enfants dans le passé ?

    « j’aimerais simplement faire remarquer que le temps normalement alloué aux enfants était assuré par la mère au foyer, alors que maintenant »

    Désolé, mais il n’y a pas de problème de temps de verbe dans ma phrase…

  5. avatar

    Et dire que les mères à la maison ne travaillaient pas (ou ne travaillent pas) est fort délicat. Je ferais bien attention de ne pas le répéter…Nos mères, nos grand-mères et nos arrière-grand-mères ont travaillé très fort pour subvenir aux besoins de leurs 4-6-8 ou 12 enfants. Si fort, qu’elles sont souvent mortes prématurément.