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« Trashman shoes » : un déchirant cri d’amour !

« Trashman shoes » est le titre du premier album des Shoulders. C’est surtout celui de l’une des chansons dont il est constitué : un texte incandescent et tragique sur une musique obsédante qui prend aux tripes dès les premiers accords…

Peu de gens connaissent The Shoulders, ce groupe né à Austin (Texas) dans les années 80. Et pour cause : au temps de la notoriété de cette formation, les quatre musiciens n’ont enregistré que deux albums, le premier – Trashman Shoes – en 1992, le second – The Fun Never Stops – en 1995. Une chose est sûre : il n’y a pas grand-chose à voir entre leur musique et celle qui prévaut alors dans la métropole texane, capitale d’une country guimauve en voie de ringardisation que l’on écoute machinalement en dégustant des tacos et des téquilas. The Shoulders, c’est un son différent et inclassable, tant il est métissé d’influences diverses allant du carnaval cajun au punk rock en passant par les sea shanties et les chansons à boire irlandaises, le tout mâtiné ici d’une touche de rythm’n’blues, enrichi là d’un zeste de jazz !

The Shoulders, c’est avant tout le duo d’origine, constitué du chanteur multi-instrumentiste Michael Slattery et du guitariste Todd Kassens. Sont venus s’y ajouter Chris Black à la basse et au piano, Roy Christman au synthétiseur, Max Crawford à la trompette et au trombone, John Hagen au violoncelle et Alan Williams à la batterie. Dès 1989, on les entend dans tous les lieux d’Austin où l’on se démarque de la country pour se nourrir de sons alternatifs : au Cactus Cafe, au Continental Club, au Hole in the Wall, au Liberty Lunch, au Top of the Drag, à la Zona Rosa. À cette époque, The Soulders est récompensé à quatre reprises par le Music Awards du Austin Chronicle, au titre de la « musique d’avant-garde ». Dans le même temps, le groupe apparaît, hors duTexas, dans la programmation de plusieurs festivals renommés.

« Nul n’est prophète en son pays », dit un adage. Ce dicton se vérifie pour The Shoulders : ce sont en effet les Britanniques – fortement imprégnés de culture irlandaise – du mythique groupe The Pogues de Shane MacGowan qui leur donnent le coup de pouce en leur offrant la première partie d’une tournée en Europe en 1991. Et là, bingo ! les Texans signent avec le label français Musidisc dont les producteurs ont été séduits par le dynamisme et la créativité. De cette collaboration naît en 1992 l’album Trashman Shoes. Une pépite dans la production rock de ces années 90. Porté par l’inspiration poétique et la voix rocailleuse de Michael Slattery, c’est le titre éponyme qui accroche d’emblée ceux qui ont eu la chance d’entendre ce superbe opus, à peu près aussi inclassable au plan musical que la plupart des autres morceaux du CD. À noter, dans cet album, un autre titre révélateur du talent des musiciens de The Shoulders, malheureusement introuvable sur Youtube ou Dailymotion : Uncle Achain.

Un terrifiant fait divers

Trashman Shoes, que l’on peut traduire par « chaussures d’éboueur », nous raconte – sur un rythme sombre et envoûtant, introduit par quelques accords de violoncelle et servi par une magnifique palette de couleurs instrumentales –, l’histoire d’un homme que le bonheur fuit : un ripeur tombé amoureux d’une fille trop bien pour lui, ou qui croit l’être.

Bien qu’il lui apporte des roses enveloppées dans du papier journal, elle ne répond pas à ses questions et refuse de l’épouser. Il a, nous dit la chanson, pourtant travaillé dur pour la séduire, mais la fille assimile l’odeur de ses vêtements, de son haleine, de sa poésie, à celle de ses chaussures d’éboueur. « Les roses poussent sur le dépotoir de la ville ». C’est là qu’il va les cueillir sous les moqueries des autres ripeurs pour les offrir à cette fille qui l’obsède. Mais lorsque les boutons éclosent, elle dénigre leur parfum et le compare à l’odeur viciée qui émane de lui. Jamais, nous dit le refrain, elle n’essaie de le comprendre. Toujours elle le repousse, elle le bat et le traite « comme une vieille poubelle ». Bien qu’elle snobe l’éboueur et le dévalorise sans cesse, cela n’entame pas l’obsession qu’elle lui inspire : il l’aime et il a besoin d’elle au plus profond de son être ! Pourquoi la fille refuse-t-elle l’homme aux chaussures d’éboueur ?

Un dimanche, le journal titre sur un fait divers horrible : on a trouvé le corps dépecé d’une jeune fille dans une benne à ordure. Le suspect, un homme démuni au bout du rouleau, est introuvable. Il n’a laissé près du corps que deux indices : un bouquet de roses malodorantes (smelly roses) et des chaussures d’éboueur (trashman shoes).

Lien audio : Trashman Shoes

Lien vidéo : Trashman Shoes

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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