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Tous solidaires de la Mont?r?gie

  On se plaint beaucoup aujourd?hui de la pr?sence envahissante de l??tat. ?Je suis d?ailleurs de ceux qui trouvent qu?on met parfois un carcan n?faste ? l?initiative des individus. Qu?on impose des contraintes qui nous retardent et nous appauvriissent et qui nous d?motivent surtout. Je pr?f?re de loin une soci?t? ? entrepreneuriale ? qui b?tit un espace o? r?gne la libert? d?avoir plus et de devenir mieux, ? la morne complaisance d?un r?seau d?obligations molles, toutes ?galement (en principe) mal r?compens?es au nom d?une ?galit? de facade qui cache d?inavouables privil?ges.

De cet espace libertaire, cependant j?ai d?j? parl? souvent. Je veux ici insister sur l?absolue n?cessit? de b?tir ce? ? piano nobile ? de libert? sur un basilaire de solidarit? au palier de ce qui est l?essentiel. Si cette base de solidarit? n?est pas acquise, une soci?t? ne saine peut survivre et se d?velopper.

Or, il y a des aspects de cette solidarit? qui sont escamot?s. Ceux qui permettent une p?r?quation directe donnant au travail sa vrais valeur, bien s?r, mais ceux aussi qui n?gligent le soutien total que la soci?t? devrait apporter aux victimes de d?sastres exceptionnels.

Il y a 14 ans, je m?insurgeait contre l?arbitraire qui pr?sidait ? l?aide apport?e aux victimes de la Crise du Verglas. Je puis reprendre ici mot-a-mot le m?me argumentaire, pour demander que soient pleinement compens?es de leurs dommages sinon de leurs peines les victimes des inondations r?sultant de la crue du Richelieu.

Voici ce que que je disais le 21 janvier 1997:

Le pire est pass?. Il reste bien des branches cass?es, des to?ts ? r?parer, des fils ? remettre en ?tat, mais le pire est pass?. Jusqu?? ce que le pire revienne. L?an prochain, dans dix jours ou dans dix ans. On ne sait pas quand le pire reviendra, mais on sait qu?il reviendra.

Le pire, cette fois, c??tait le verglas, les pannes de courant; mais souvenons-nous que le pire, c?a ?t? aussi les inondations du Lac-St-Jean. Que le pire, la prochaine fois, ce sera peut-?tre une catastrophe ?cologique, un tremblement de terre, une ?pid?mie? Le ??pire??est in?luctable et, quand vient le temps du pire, c?est l? qu?on peut juger d?une soci?t?. Une soci?t? ne vaut que par la solidarit? qu?elle manifeste. Comme un mariage: pour le meilleur ?ou pour le pire. Maintenant qu?on a fait ce qu?il fallait pour r?soudre le probl?me et qu?on commence ? y voir plus clair, on en arrive ? se demander qui va payer la facture: les victimes seules, ou nous tous.

Est-ce que les Mont?r?giens et les autres sinistr?s vont supporter seuls le poids du malheur, ou TOUS les Qu?b?cois vont-ils prendre leur part du co?t du d?sastre? ??C?est la question ? laquelle on va maintenant essayer de ne pas r?pondre clairement, comme on n?y a pas r?pondu lors des ?v?nements du Lac-St-Jean, comme on n?y a pas r?pondu lors des inondations de la Rouge au Manitoba. On va ?viter la question en donnant des compensations arbitraires plus ou moins g?n?reuses aux victimes, selon la perception qu?auront les politiciens du d?sir de la population de leur venir en aide.

A certains ont donnera plus, ? d?autres moins, sans vraie raison? et ? tous moins qu?ils n?ont perdu; pas par m?chancet? ou mesquinerie, mais tout simplement parce que les r?gles sont inexistantes qui permettraient de d?finir ? combien chacun a droit. On donnera? mais on ?vitera de dire si oui ou non les victimes ont DROIT ? une compensation? et ? quelle compensation exactement elles ont droit. On veut bien contribuer, mais on ne veut pas reconna?tre le droit de la victime ? d?dommagement et donc notre responsabilit? collective ? d?dommager.

Pourtant, ne serait-il pas normal, dans une soci?t? civilis?e, que toute la collectivit? soit solidaire des catastrophes NON ASSURABLES qui ?choient ? tous et chacun de ses membres? Est-ce que cette solidarit? ne devrait pas ?tre la pierre d?assise du d?sir de former une nation, de vivre ensemble, pour le meilleur ou pour le pire? Ce n?est pas une id?e nouvelle que cette assurance collective, mais les ?v?nements r?cents en rappelle la n?cessit?. Il y a quelque chose de malsain, en effet, ? traiter comme une op?ration discr?tionnaire de charit? ce qui devrait ?tre le partage automatique des risques et l??talement sur toute la population du co?t des catastrophes qui frappent les uns ou les autres des citoyens.

Tous ces risques majeurs sp?cifiquement exclus des polices d?assurance ordinaires ? allant des s?ismes ? la guerre ? devraient faire l?objet d?une couverture g?n?rale par l??tat. La compensation devrait ?tre un droit pour la victime d?une catastrophe. La contribution de tous devrait ?tre l?expression de notre d?sir de former vraiment une collectivit?.

En assurant ainsi chacun de ses membres contre les risques non assurables, l??tat ferait enfin un pas en avant vers le progr?s de la solidarit? qui est l?essence de la conscience d??tre une nation. Un geste qui marquerait un temps d?arr?t dans le processus n?faste de d?sint?gration de tous les liens sociaux que nous impose le courant n?o-lib?ral actuel.

Un gouvernement qui r?agirait de la sorte en allant au secours des victimes de la catastrophe naturelle que nous venons de vivre cr?erait un peu d?espoir.

***

Je n?ai pas chang? d?avis et je n?ai pas modifi? une virgule de ce texte.? La seule variable qui a sans doute fluctu?, c?est la bonne volont? de la population ? assumer ou non cette responsabilit? collective. Il faudrait voir. Si le d?sir ? que je partage ? de laisser ? l?individu une plus grande discr?tion pousse une majorit? ? soutenir le principe de la? solidarit? de la commune participation face aux catastrophes collectives, ce sera un indice que la population m?rite cette libert? accrue qu?elle r?clame.

Pierre JC Allard

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    « Il y a quelque chose de malsain, en effet, à traiter comme une opération discrétionnaire de charité ce qui devrait être le partage automatique des risques et l’étalement sur toute la population du coût des catastrophes qui frappent les uns ou les autres des citoyens. »

    Lorsque chacun des individus aura saisi ce qu’il y a de « malsain », nous serons sur la bonne voie pour former une société adulte et responsable les uns des autres.

    Merci Pierre JC Allard. (Y)

    Élie l’Artiste