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Tabac, cigarettes, et… morts de soldats au Sahel (8)

Les trafics sont nombreux au Mali. Celui de la cocaïne a déjà été longuement décrit ici. S’y ajoute celui d’êtres humains, qui traîne des centaines d’apprentis-migrants vers Tripoli, dernier saut avant l’Europe, aux mains de passeurs sans âme ni sentiments. Des gens se sont spécialisés dans ce domaine, dont un qui possédait comme façade une compagnie de bus, qui existe toujours après sa disparition. Mais ce dernier faisait aussi dans la coke, lui aussi. Et il était l’associé de celui que nous allons étudier plus en détail demain, le grand responsable selon l’OCCRP du trafic de cigarettes alimentant le djihadisme et son corollaire la violence:  prises d’otages, assassinats et meurtres et au bout la mort de soldats français au Mali.

Mais avant de disséquer ce de quoi on accuse cet individu, nous allons faire un détour par un de ses anciens associés aujourd’hui décédé ; cela va déjà nous tracer un portrait indirect peu reluisant du personnage comme vous allez le constater…

Lié à un trafiquant notoire

Au Niger, on avait surnommé un trafiquant notoire le « El Chapo du Désert ». L’homme, décédé depuis, était malien d’origine, il s’appelait Cherif Ould Taher, un entrepreneur faisant dans les transports, mais aussi travaillant dans le « gris » (c’est juste avant le noir, me souffle-t-on). Celui-là était un petit malin, toujours prêt à ruser, ayant développé des stratagèmes comme celui-ci, avec sa compagnie d’autobus : « les compagnies de bus commerciaux naviguent très bien sur ce territoire gris. Selon des témoignages oculaires, par exemple, les entreprises ont mis au point un système permettant de traverser sans entrave les points de contrôle tout en étant en mesure de transporter des sans-papiers. Ils le font en s’arrêtant avant la frontière pour décharger les sans-papiers voyageant à bord.  Ces migrants sont dirigés vers des services de taxi irréguliers qui les aident à traverser la frontière le long de points incontrôlés. Ils sont accueillis de l’autre côté de la frontière par le même bus, qui attend que ses passagers irréguliers embarquent à nouveau avant de continuer son voyage. » Dans certains cas, les compagnies de bus désignent même des services totalement séparés pour les migrants – autorisant d’autres passagers pour voyager sans ces tracas. » » Trop fort, le gars !! « Au niveau national, une relation encore plus collusoire existe entre les élites politiques nationales, les réseaux criminels et les propriétaires de compagnies de bus. Il existe des indications claires, par exemple, que les propriétaires de compagnies de bus utilisent les revenus du transport pour financer les élections présidentielles et entrer dans la vie politique. Il existe également des indications claires selon lesquelles les propriétaires des compagnies de bus sont liés à des groupes criminels qui utilisent les bus pour transporter des drogues et des armes.  » écrivent sans ambages Fransje Molenaar & Floor El Kamouni-Janssen dans leur excellent rapport  « Turning the tide – the politics of irregular migration in the Sahel and Libya ». A gauche, une cartographie des grands axes de migrations, qui convergent tous à un moment vers Agadez (comme ici à droite). Agadez qui sert de relais entre Bamako, Niamey et à l’autre bout conduit à Tripoli !!!

Une tonne de coke à lui tout seul !

Mais il avait fait tout aussi pire, notre trafiquant d’êtres humains: en août 2020, un rapport du Groupe d’experts créé par la résolution 2374 de 2017 du Conseil de sécurité sur le Mali avait dévoilé un vaste réseau de stupéfiants entre le Maroc, le Mali, le Niger et/ou l’Algérie. Le Groupe d’experts a noté par exemple une interception à Tabankort d’une tonne de cocaïne, ensuite transportée par un avion de transport CASA CN-235 de l’armée malienne (ici à gauche) de Gao à Bamako pendant le week-end des 11 et 12 mai  2019, désormais sous la garde des services de sécurité maliens. L’enquête citait notamment le rôle de Ghoumour Itouwa Bidika, (ici à droite), un ancien chef rebelle pendant l’insurrection touareg au Niger de 2007 à 2009. « Bidika était en contact avec Almahadi Hamaou, le locataire de  l’entrepôt où la drogue a été trouvée, responsable du transport vers la Libye. Bidika était un proche associé du défunt baron de la drogue et ancien député, Cherif Ould Abedine, et avant la mort de ce dernier en février 2016, il était responsable du transport des expéditions de drogue d’Abedine dans le nord du Niger. Sa mort a provoqué la fracture des réseaux de trafic de drogue au Niger et la concurrence les uns avec les autres, malgré plusieurs tentatives pour les réunir sous une nouvelle direction »…

Et sans trop de surprise, on apprend que notre héros de demain a été étroitement lié à notre trafiquant; et pas pour des cas de transport d’émigrés clandestins, justement : « parmi les partenaires commerciaux douteux de Soburex, il y avait un tristement célèbre baron de la drogue nigérien basé dans la ville nordique d’Agadez. Chérif Ould Abidine, populairement connu sous le nom de «Chérif Cocaïne», est décédé en 2016. De son vivant, il était connu pour son trafic de cocaïne et d’autres drogues à travers le Sahel, où sa compagnie de bus 3STV opère toujours. Il était lié à des personnalités terroristes, parmi lesquelles Goumour Bidika, qui aurait été l’un des principaux facilitateurs du terrorisme et du trafic de drogue à Agadez, etc, membre du Mujao, une filiale d’al-Qaida. Pourtant, Ould Abidine jouissait d’un pouvoir politique considérable au Niger, finançant des alliés politiques et parfois même occupant un siège à l’assemblée nationale du pays. Ould Abidine aurait également transporté des Marlboros avec le représentant de Philip Morris, Compaoré (c’est lui notre homme, le créateur de Suburex), selon des documents judiciaires obtenus par l’OCCRP »…  ah, on retouche un point sensible :  ils avaient en quelque sorte le même hobby…

Une seconde ligne de bus impliquée : Tilemsi Transport

Un second système mafieux organisé autour d’une compagnie de bus est révélé en 2018 par  une liste de trafiquants émise par l’ONU. On y découvre en effet un certain Rougi. De son vrai nom Mohamed Ben Ahmed Mahri (et ses alias Mohamed Rougi, Mohamed Ould Ahmed Deya, Mohamed Ould Mahri Ahmed Daya, Mohamed Rougie).  C’est un ancien du MUJAO et un ex membre du MMA de Gao.  Il est en effet le propriétaire de la compagnie Tilemsi Transport, qui travaille dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest, et qui se retrouve lui aussi accusé de financement des groupes armes terroristes, notamment celui d’Al Mourabitoune, de trafic de drogue (fin 2017 début 2018 on le coince avec plus de 10 tonnes de canabis entre le Maroc et le Niger, par la Mauritanie, le Mali et le Burkina-Faso, dont une partie sera volée par un groupe rival et une autre partie saisie a Niamey), plus le trafic d’êtres humains et trafic d’armes au Mali. Le Conseil de Sécurité de l’Onu le décrit ici en 2019. Il utilise les hommes du GATIA et notamment les services de Ahmoudou AG Asriw pour la protection de ses convois, qui sont fréquemment attaqués par des hommes de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) ; avec son argent.  Il corrompt les geôliers de membres des groupes armés amis. Ci-dessous les forces du Gatia (et ici à droite à Tessalit en 2016) :

« Le rapport en question n’est pas exclusivement consacré au trafic de stupéfiants. Mais à côté des différents phénomènes que draine la crise malienne, un intérêt particulier y est accordé à la densité de certaines opérations mafieuses. Jusque-là superficiellement évoqué dans les rumeurs et dans les commérages sur le bout de lèvres, le filon et ses principaux acteurs ont été passés au peigne fin et explorés plus en profondeur par le groupe d’experts créé par le Conseil de sécurité de l’ONU en application de la Résolution 2374 sur le Mali. Les fouineurs de cette organisation planétaire sont partis d’un épisode d’apparence anodin mais qui s’est révélé très instructif sur l’ampleur d’un trafic qui dépasse largement la seule dimension du Mali. Il s’agit de la saisie, en 2018, d’une importante quantité de résine de cannabis au Niger ,dont votre journal, Le Témoin, s’est fait l’écho en mentionnant les liens des personnes impliquées avec le GATIA et la société Tilemsi – en l’occurrence Sid’Ahmed Ben Kazou Moulati alias Zaneylou, (ici à gauche) un des dirigeants de la filiale nigérienne de cette société de distribution et de transport (il est aussi député touareg du MNLA de Biurem ! L’intéressé en est en effet le co-gérant avec un nommé Ben Ahmed Mahri alias Mohamed Rouggy (ou Rougi donc), instigateurs de démarches souterraines pour obtenir la libération de son associé auprès du gouvernement nigérien, par l’intermède d’un autre compère du nom de Hanoune Ould Ali. Il n’en fallait pas plus que ces indices pour déceler des liens avec une autre personnalité. Il s’agit du député Ould Mattali, également copropriétaire de Tilemsi et gendre par ailleurs de Ben Ahmed Mahri. Selon les experts onusiens, le parlementaire élu à Bourem ne conteste guère avoir été le créateur de la Société Tilemsi. Toutefois leur aurait-il confié ne plus y détenir des parts sans pour autant nier sa proximité avec les propriétaires actuels de l’entreprise. D’où peut-être son implication personnelle pour faire libérer certaines des 12 personnes détenues dans le cadre de la saisie des 2,5 tonnes de cannabis à Niamey. Il lui est imputé en tout cas un plaidoyer en faveur de Ben Ahmed Moulati présenté comme un innocent qui se rendait à Gao au moment des arrestations afférentes à la saisie. Toutes choses qui corroborent par ailleurs l’étiquette que lui ont collée certains services de renseignement, qui représentent le député OuldMattali comme la caution politique des opérations illicites, à défaut d’en être le cerveau. Selon lesdites informations rapportées par le groupe d’experts, il sert de relais politique et de couverture à des trafiquants de drogues en leur assurant “la protection contre toute intervention des autorités étatiques, en les services de sécurité et en avertissant les trafiquants de la tribu arabe des Lehmar des éventuelles opérations de lutte contre les stupéfiants”. Or Tilemsi se présente comme la plaque tournante d’un cartel de narcotiquants dont les tentacules vont au-delà du Niger et du Mali. Les experts ont également détecté ses traces jusqu’en Guinée Bissau, puis au Sénégal, une autre destination de ses bus-voyageur. C’est en Guinée Bissau, par exemple, qu’on a découvert les indices accablants d’une implication de Ben Ahmed Mahri avec le trafic de la cocaïne. Les autorités de ce pays associent le nom du gendre de Ould Mattali à une importante saisie de près d’une tonne de poudre blanche évalué à 50 millions de dollars américains. Le produit illicite a été décelé dans “le compartiment secret d’un camion d’immatriculation sénégalaise chargé de poisson congelé. Effectuée le 9 Mars dernier, l’opération Bissau-guinéenne s’est soldée par l’arrestation de quatre personnes dont l’un serait un Malien en possession de fausse identité d’officiel nigérien. Il s’agit de Mohamed Sidi Ahmed, un acolyte de Ben Mahri, selon toute évidence, qui s’était rendu en Guinée Bissau pour s’y établir dans le secteur du commerce. Il se pourrait aussi qu’il ait préparé le terrain à son acolyte dont le nom apparaît dans l’histoire  du camion transportant la marchandise illicite. En effet, quelques jours avant la saisie dudit véhicule, mentionne le rapport des experts onusiens, Mahri se trouvait également à Bissau en compagnie d’un certain Oumar Ould Mohamed, qui avait endossé l’achat du camion visiblement pour les seuls besoins de leur opération illicite. Et pour cause, les deux suspects ont été aperçus ensemble dans un dépôt où le véhicule a séjourné sans doute pour recevoir sa cargaison de drogue dissimulée dans un compartiment dont l’aménagement a nécessité trois longs mois.

Les deux cerveaux de l’opération vont toutefois échapper aux autorités policières de Guinée Bissau en ayant pris soin de quitter ce pays la vieille de la saisie. Le rapport indique qu’ils se sont échappés via le Senegal pour se réfugier probablement dans la localité de Tabankort au Mali, bastion franchissable des propriétaires de Tilemsi et que le Rapport décrit comme haut-lieu de “stockage et de transbordement de drogues sur la route reliant Gao à Kidal”. L’expertise des Nations-unies sur le Mali est par ailleurs convaincue de son allégation suivante : “Mohamed Ben Ahmed Mahri utilise les revenus tirés du trafic de stupéfiants pour soutenir des groupes terroristes armés, notamment Al-Mourabitoune”. C’est probablement le bras séculier de sa tribu d’appartenance affilié à la Plateforme, les Lehmar, qui disputent âprement le contrôle des couloirs et passages de la drogue aux autres réseaux de la région de Kidal affiliés à la CMA. Pour les rares fois où les protagonistes partagent la poire, la consonance Mahri est toujours associée à leur deal mafieux. C’est ainsi qu’en  avril 2019, trois tonnes de résine de cannabis appartenant à des membres du MAA-Plateforme de Tabankort est ransporté par un réseau criminel affilié à la CMA, dans le cadre d’une scellée par Mahri Sidi Amar Ben Daha  alias Yoro OuldDaha, commandant du MOC de Gao pour le compte du même MAA-Plateforme. »

Certains, dont MaliWeb, avaient dénoncé qui ils étaient en 2017 déjà :  « mais bien sur, il y a des traitres parmi nous, qui freinent les FAMA dans leurs efforts. Et pourquoi ? Chacun le sait, mais personne n’ose le dire, effrayé par les « grands hommes », leurs palais de Gao, leurs armées privées et leur argent. Pourquoi ces richissimes marchands de mort, dont certains se veulent respectables, comme le sinistre député de Bourem, Mohamed Ould Mataly, son cousin, le grand narco trafiquant Hanoun Ould Ali, son gendre, l’ancien du MUJAO Cherif Ould Taher (on y revient !), soutiennent-ils les tueurs ? Depuis dix ans, ils contrôlent les trafics de drogue avec les terroristes ; ces derniers vendent leur protection et leurs pistes aux trafiquants, qui payent cher ceux qui divisent notre pays. Et, parfois, en plus de les payer, ils les aident, comme à Gao ».

« Pour eux, la guerre est un investissement rentable, et pour protéger les routes de la drogue, faire passer leurs camions estampillés « Nour Transport », « Tilemsi Transport », « Thé Antilope » pleins de cocaïne, ils sont prêts à tout, à tuer, à soutenir les terroristes, tant que le Nord est incontrôlable, que les caravanes chargées foncent sur les pistes désertes vers la Libye. Dernièrement, un car de « Nour Transport » a subi un attentat, et des innocents sont morts dans ce règlement de compte. Encore une querelle d’argent ? »

Surprise, (et écœurement) en mars 2021 « Mohamed Ould Matali,(à droite ici) personnage influent dans le Nord, a été nommé en début de semaine Conseiller spécial du président du CNT (ici à gauche lors de son investiture) , cette instance qui joue le rôle de législateur, le temps de la transition au Mali, après le coup d’État du mois d’août dernier. Or, Mohamed Ould Matali est sous le coup de sanctions de l’ONU, en raison de ses liens supposés avec la criminalité organisée dans le nord du Mali, ce qu’il a toujours démenti, », nous apprend RFI !!! Le pays n’est pas prêt de s’en sortir avec cette nomination ! « Avec son titre de conseiller spécial, l’homme qui est également influent au sein de la plateforme armée qui soutient l’État, a droit à un passeport diplomatique. Mais il aura probablement du mal à voyager, outre le gel de ses avoirs, les sanctions onusiennes prévoient l’interdiction de voyager par des vols réguliers. »

Quand tout se lie : sur la trace de la coke d’Amérique du Sud

Cherif Ould Abedine présentait à vrai dire un CV extrêmement chargé : il avait été cité lors d’un atterrissage suspicieux d’avion de drogue au Mali, en 2010, venant directement d’Amérique du Sud. Le FBI le suivait à la trace depuis, selon Monde Afrique : « selon nos informations tout est parti de l’envoi, le 27 juillet 2016 par Sidi Lamine, député nigérien, aidé par son neveu Cherif Sidi et son beau-fils Ali Abdoulahi, d’une camionnette frigorifique à destination d’Agadez » (ici à droite des véhicules d’occasion vus à Dakar). « Le véhicule en question censé transporter des poulets congelés ou des produits laitiers, portait en réalité à son bord deux tonnes de haschich marocain. Selon nos sources, cette cargaison appartenait à Cherif Ould Tahar qui l’a faite circuler via le patron d’une société de transport. A en croire nos sources, le député Sidi Lamine aurait appelé des personnes à Agadez pour leur dire que la marchandise était en route et que ses parents à bord de la camionnette simuleraient une panne dans les encablures du village de Tamaya sur la route d’Agadez non loin d’Abalak. C’est ainsi que deux hommes, Mohamed Hassane un toubou ayant pignon sur rue à Agadez et Dyna Taouling, un arabe connu à Agadez mènent une fausse attaque contre le véhicule et interceptent la marchandise à l’endroit indiqué. Les « vrai-faux » assaillants écoulent ensuite très rapidement la cargaison à des clients rivaux d’Ould Tahar. Ce dernier ayant senti un coup fourré de la part de son homme de main du Niger Sidi Lamine, tenta d’abord de le raisonner pour restituer la drogue. En vain. Sidi Lamine aurait juré n’être au courant de rien. C’est alors que les représailles commencent. Sidi Lamine serait alors brièvement mis aux arrêts par des hommes de Cherif Ould Tahar,(appelé aussi Chérif Ould Ataher, recherché par Interpol) avant d’être relâché après avoir donné des garanties. Son neveu Cherif Sidi et son beau-fils Ali Abdoulahi, liés à la disparition de la drogue auraient été livrés. Le « El Chapo du Sahel » va ensuite commanditer l’enlèvement des hommes de Sidi Lamine, Mohamed Hassane et Dyna Taouling. Pour obtenir la liberté des membres de sa famille, le député aurait déboursé la somme d’1,3 millions de francs CFA. Ils se trouveraient tous les deux actuellement au Burkina Faso voisin. Aux dernières nouvelles Mohamed Hassane et Dyna Taouling, feraient quant à eux des pieds et des mains pour rembourser à Ould Tahar l’argent qu’ils ont perçu de leur braquage de Tamaya. L’un d’entre eux a même mis tous ses biens meubles et immeubles d’Agadez sur le marché. Certaines sources rapportent que Mohamed Hassane serait déjà en liberté en Libye ». Chérif Ould Ataher avait comme point de chute un autre pays : la Mauritanie voisine.

En 2013, un journal mauritanien fait une annonce retentissante en une (ici à droite) « l’hebdomadaire d’Alakhbar Info, a relevé dans son édition d’aujourd’hui, que le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, a reçu en avril dernier au palais présidentiel, les grands barons de la drogue au sahel. Le journal a aussi indiqué que les concernés, qui font l’objet d’un mandat d’arrêt international ont renté en maintes reprises le territoire mauritanien sans être iniquités par les autorités sécuritaires mauritaniennes. Selon notre journal, certains de ces personnes ont pris part aux activités politiques organisées par les mouvements séparatistes d’Azawad en Mauritanie dans les derniers mois (…) Le nom du présume narcotrafiquant au sahel, Chérif Ould Taher, considéré comme le cerveau de l’affaire de Boeing de drogue incendié au nord du Mali en 2009 et recherché par l’Interpol, figure parmi les personnes qui ont été reçues par Ould Abdel Aziz, selon notre source ». Depuis les choses ont changé là-bas : l’ex-président a été inculpé pour corruption, enrichissement illicite, dilapidations d’argent public, auxquels s’ajoutent d’autres accusations (on peut penser au trafic de cocaïne !) et assigné en résidence !

Sur les pas du Boeing… et de ses successeurs sur les pistes clandestines

Les méthodes sont bien celles d’un mafieux, doublé d’un preneur d’otages (il va récidiver): « le fait est que tous ces enlèvements et règlements de compte entre parrains de la mafia de la drogue coïncident avec certains indices du FBI indiquant que l’enlèvement du ressortissant américain Jeffery Woodke aurait un lien avec cette affaire. Une mission d’enquête nigérienne qui aurait séjourné au Mali voisin serait, à en croire nos sources, revenue bredouille du fait de « l’intouchabilité » du baron Cherif Ould Tahar dans ce pays. Ce personnage avait déjà été cité lors de l’atterrissage en 2010 d’un appareil transportant 4 tonnes de cocaïne, piloté par quatre Sud-Américains, s’est posé sur une piste à Kayes. » A savoir un sorte de second Boeing du désert !!

C’est écrit noir sur blanc dans une remarquable thèse « La lutte contre le trafic de cocaïne dans les caraibes et en Afrique de l’Ouest, un enjeu européen » signée  Jean-François Brun.  Une thèse qui a été soutenue le 25 juin 2019 à Université des Antilles : « A la fin du mois de novembre 2009, les autorités maliennes annonçaient avoir retrouvé les restes d’un Boeing 727 démembré et calciné sur la piste de fortune de Sinkrebaka, un lieu désertique situé à 200 kilomètres au nord de Gao. L’enquête qui s’en est suivie a prouvé que cet avion venait de l’État de Zulia, au Venezuela, et avait vraisemblablement effectué une escale pour se ravitailler en carburant en Guinée-Bissau, où il s’était fait immatriculer préalablement, puis avait été détruit volontairement au sol. Différents témoignages ont fait état du transbordement de sa cargaison à bord de véhicules tout terrain immatriculés au Niger ».  « Il semblerait que le Boeing transportait de la cocaïne et des armes en provenance de Colombie via le Venezuela et que la cargaison soit repartie vers le Niger. Mais, un tel cas n’est pas isolé et les exemples en la matière sont légion (à gauche ici c’est un décollage en Angola d’un 727 de Transafrik, précurseur de  l’usage du triréacteur sur des pistes non préparées, au seuil des années 2000, voir ici). « Le 25 janvier 2010, un avion-cargo avec un équipage sud-américain atterrissait à Méma au Mali. Six véhicules ont effectué quatre rotations pour transborder 250 fûts vraisemblablement remplis de cocaïne. L’avion repartait le lendemain sans avoir été inquiété par les autorités maliennes. Le 6 février 2010, un avion piloté par quatre Sud-Américains se posait dans le cercle de Kita, dans la région de Kayes, à 360 kilomètres à l’ouest de Tombouctou. Il aurait transporté 4 tonnes de cocaïne. Le 9 février 2010, un appareil du même type se serait posé à Aïn In Esséri, à 300 kilomètres au sud-est de Tinzaouaten à la frontière du Niger (cité aussi ici et là également chez le GRIP). Comme ces exemples le démontrent, les trafiquants n’hésitent plus à utiliser le vecteur aérien de petite ou même de grande capacité pour transporter de la drogue en quantité importante (1) »… Dans l’ouvrage « Le crime organisé du Canada à la Terre de Feu » d’ Alain Robert et Alain Rodier, on cite un Beechraft BE300 qui s’est « posé à la frontière Mali-Mauritanie, sa cargaison partant ensuite vers Tombouctou. » Kayes, à l’Ouest de Bamako, à la frontière avec le Sénégal, surnommé la « cocotte-minute de l’Afrique » car c’est l’endroit le plus chaud du pays, l’est aussi pour le trafic de cocaïne en effet. Kita, à bien y regarder, est une piste dûment répertoriée; qui serait située au 13°04’N (13.067) et 9°29’W (-9.483, et qui ferait fait 800 mètres de long : or on ne distingue rien à cet endroit. A se demander si une confusion linguistique ne se serait pas produite également entre Mema et celle de Nema, qui est situé en Mauritanie,  à quelques encablures de la frontière du Mali – une centaine de km- (16°37′18.84″N, 7°18′51.84″W) . Le site est équipé d’une piste en dur de 2500 mètres de long et 45 de large plus propice aux gros arrivages :

Poser un avion de grosse taille sur une piste de terre n’est pas chose aussi aisée qu’on le pense. En 2016, l’Antonov 22-Antei UR-09307 de 1974 aux mains de l’expérimenté Viktor Goncharov a réalisé toute une noria de vols au Mali, à partir de Leipzig, en Allemagne, amenant 250 tonnes de matériel au total pour l’ONU. Une belle prouesse du monstre, l’air de rien… Il apportait à chaque rotation plus de 50 tonnes et on se demandait si la piste de terre allait le supporter à chaque atterrissage ! Au total l’avion et d’autres Antonov feront 39 vols, pour 141 heures de vol au profit de l’ONU. 

Des pistes abandonnées, il y en avait tout un tas au Mali. La piste de Goundam, près de Tomboctou, jadis aéroport commercial répertorié, avait ainsi été « retrouvée » par exemple de façon assez surprenante par l’armée française  (la Légion Etrangère en fait) en juin 2015, avait écrit Le Point. « Le blindé parcourt la piste lentement. Elle est en bon état, bien lisse, les rares traces de pneu d’avion ont depuis longtemps été recouvertes de sable. Tous les cent mètres, sur le côté, une longue marque blanche reste visible. « 1400 mètres ! » crie le pilote arrivé en bout de piste. Un légionnaire saute à terre, franchit la largeur à grandes enjambées « 25 mètres ». Le major Gino note dans son carnet. La patrouille se rassemble, une communication satellite est établie avec le poste de commandement. « Piste en bon état, 1400 mètres sur 25, environnement favorable », dit-il avec un fort accent italien. « Il y a même une route en partie goudronnée qui la relie à Goundam, à dix kilomètres », ajoute le lieutenant-colonel Zlatan. « Il y a beaucoup de place, elle est entourée de petites collines sur lesquelles on peut mettre en batterie des missiles sol-air pour la défendre. Pour moi c’est sûr, on peut vraiment en faire quelque chose ». On devrait conseiller aux militaires d’utiliser plutôt et davantage Google Earth : la piste se distingue très clairement dedans au 16° 21.530’N et 3° 36.223’O :

 

Il va sans dire que des contrebandiers avaient dû y songer auparavant ! On y avait aperçu jadis des Antonov 24 d’Air Mali (ex Compagnie aérienne du Mali, créé en 2005), des années avant… le premier du nom était le TZ-ACT (ici à droite) : il s’était écrasé le 22 février 1985 tuant les 56 personnes à son bord. Il  effectuait un vol de routine de Gao vers Bamako, avec des arrêts prévus à Tombouctou et à l’aéroport de Mopti. Une panne moteur après le décollage de Tombouctou, avait contraint l’équipage à faire demi tour, mais il s’était écrasé avant de pouvoir rejoindre l’aéroport. Tel aussi le RA-47295, ci-dessous, aperçu jadis a Goundam et qui lui, vraiment increvable… volait toujours en 2019 chez Turuhan Avia (après avoir volé pour les Nations-Unies en 2005) !

L’opération Barkhane, qui manque cruellement d’appareils de transport, a eu recours à des engins de ce genre, et « emprunté » par exemple en 2016 un Antonov 32, l‘arménien EK-32408, de Skiva Air, mis en œuvre par SNC Lavalin Logistique dont on a déjà parlé ici… pour la Libye de Kadhafi. En réalité l’ EY-324 d’Eagles Global Express, opéré par Asia Airways et ex EK-32709. La France a aussi fait appel à un Antonov 12BR ukrainien, UR-KDM de chez Cavok, affrété pour le compte de l’Economat des Armées, qui avait chargé Air Charter Service de la mission. Manque de chance, l’appareil s‘est planté train avant cassé en se posant un peu trop durement en août 2019 à Gao (ici à droite) ! Le choix de Cavoc pouvait surprendre, tant la firme est liée à des livraisons d’armes douteuses…  Retapé, il a été repeint depuis avec une livrée fort voyante qui pourrait séduire une maire écologiste qui n’aime pas l’aviation. A Poitiers, vers 2005-2008, on avait vu pourtant l’Antonov An-12B – LZ-BRP – Bright Aviation Services devenu ensuite EY-408.  Ça n’avait pas fait rêver Léonore Moncond’huy. Pas assez propre sur lui, sans doute. C’est vrai que ça se salit vite, un Antonov… même déguisé aujourd’hui en avion « vert » !

 

 

(1) voici ce que j’avais pu écrire sachant que le pilote d’Antonov 32 Yuri Yaroshenko, travaillant pour Viktor Bout (à droite ici devant un Antonov 32), avait préconisé l’utilisation d’un Ill-76  pour effectuer la traversée à partir du Venezuela (en relais par le Brésil, d’où était parti le Boeing de Tarkint) et qu’au moment où il s’est fait arrêter, Bout était en train d’acheter deux DC-8 (via la banque Wachovia) : « de fort graves accusations à propos de l’Etat malien donc, relayées par un autre arrivage clandestin de bien plus grande ampleur: celui du 25 janvier 2010, sur la piste de Mema, près de la localité de Kita, à 6 km seulement de Tombouctou (Mali). Un avion décrit comme un « cargo » cette fois, peut-être un bimoteur Antonov 26 (comme celui des forces maliennes) ou un Fokker Friendship (comme celui d’Africa Air Assistance (AAA), ici à droite, qui servait d’avion de soutien au Boeing incendié), permettant plus de 6 tonnes d’emport, à moins que ce ne soit un Dash 800, avec à bord pas moins de 250 bidons de cocaïne, selon les témoins locaux. Il aurait fallut quatre trajets de 6 gros véhicules 4×4 pour décharger tout le chargement, sous une forte escorte armée, avant de disparaître. A ce stade, avec un tel nombre de fûts, on est en droit de se demander si on n’a pas affaire à plus gros encore, genre quadrimoteur Antonov 12 ou même un IL-76 : si chaque fût fait ne fait que 50 kilos, on en a pour 12,5 tonnes ! L’avion, reste toute la nuit sur place ne repartant que le 26 janvier sans que la police ou l’armée maliennes ne visitent l’appareil ! Une chose confirmée par plusieurs témoignages locaux, et mis en ligne par des journalistes différents. Si ce n’est pas une compromission gouvernementale !! » Récemment, Yaroshenko a tenté de plaider pour sa libération, en raison des risques de coronavirus dans les prisons américaines…. il avait été condamné à 20 ans en 2010. Bout, Arrêté le  en Thaïlande, purge toujours sa peine de 25 ans pour trafic d’armes.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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