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Tabac, cigarettes, et… morts de soldats au Sahel (10)

57 morts : c’est le nombre de militaires français décédés au Mali depuis 2013 (le Canard Enchaîné répertorie ce nombre, comme les rapporteurs de l’Assemblée Nationale). Venus pour chasser les islamistes du pays, qui prospèrent grâce à leurs divers trafics, dont celui de cigarettes. Or depuis peu, un rapport de l’OCCRP met en cause surtout un homme dans cette affaire, Apollinaire Compaoré, présenté comme le plus grand trafiquant de cigarettes africain existant et non simplement un industriel florissant burkinabé. L’accusation, très grave, n’a pas été faite à la légère comme on va le voir. Et elle secoue donc déjà pas mal le pays, en proie toujours au spectre du terrorisme islamiste, qu’il nourrit lui-même en son sein depuis des années… la marque américaine Philip Morris, dont le siège est à Lauzanne, en Suisse, en ce sens, porte une lourde responsabilité sur ces morts de soldats français nous dit L’OCCRP. Elle en devient encore plus dérisoire… et rageante !

C’est tout un manège régulier que des gens ont vu pendant des années et qui témoignent aujourd’hui dans l’enquête de l’OCCRP qui a déclenché cette série d’épisodes. Nous sommes à Markoye, au Burkina Faso, dans la province d’Oudalan, à l’extrémité nord-est du pays, à la frontière avec le Niger et le Mali, où ne cessent d’aller et venir des véhicules chargés de cigarettes. C’est au bout de la Nationale 3, avec 310 km d’asphalte qui mènent de Ouagadougou à Gorom-Gorom et qui se poursuivent vers le Niger (ici, la Nationale 1 au Niger, menant à Niamey). Une région fort sensible, dite « des trois frontières » où se trouvaient récemment des convois de militaires tchadiens, remarqués en train de quitter les lieux après la mort plutôt suspecte du président Déby lors de « combats » qui demeurent très flous à cette heure…  Ils étaient stationnés à N’Guigmi, au Niger, selon des observateurs sur place . « Aux dires de certaines sources, ce sont des pick-up, des citernes et des véhicules de transport de troupes avec le drapeau tchadien perché au-devant qui ont été remarqués » nous dit ici Sidwaya. Mais pourquoi reculaient-ils ainsi de leurs positions antérieures ? C’est bien ça la question du jour ! Quels jours auparavant les tchadiens avaient affirmé les avoir repoussés !!

Des armes venues d’ailleurs et souvent du Burkina Faso !

Sur place, un terrorisme armé par l’argent de la contrebande de cigarettes, qui se double d’un trafic d’armes et de drogue comme on l’a vu, et dont les Kalachnikovs présentent souvent la même particularité, relevée ici par une enquête du SANA Briefing Paper  Le détournement d’armes des stocks gouvernementaux est un problème clé dans la région au sens large. Les fusils d’assaut circulant au Burkina Faso et au Mali (par exemple, Type 56 ou AKMS Des fusils de type Kalachnikov) ont été trouvés avec des numéros de série effacés. Les effacements semblent à la fois systématiques et censées obscurcir les origines des armes: les numéros de série (généralement visibles sur le récepteur, le porte-récepteur et le boulon) sont effacés par la machine, rendant le traçage pratiquement impossible (…). Des rumeurs au Mali et au Burkina Faso indiquent que les armes dont le numéro de série est effacé font l’objet d’un trafic depuis la Côte d’Ivoire, où des ateliers spécialisés effaceraient les numéros et les inscriptions afin de masquer leur proviennent de stocks publics. Ceci est fait parce que les changements de la politique nationale ivoirienne ont abouti à un meilleur marquage des stocks du pays, permettant une arme particulière pour être retracé plus facilement à la force qui le détenait à l’origine. En général, l’effacement systématique des numéros de série indique un détournement ».

« Les armes volées ou récupérés auprès des forces de défense et de sécurité pendant les combats conservent généralement leurs numéros de série; il n’y a aucune raison de les obscurcir, car les utilisateurs finaux du les armes n’auraient pas besoin de cacher la source d’une arme particulière »… Selon Georges Berghezan (du GRIP) interviewé ici par RFI, « concernant les origines des armes industrielles, elles sont très diverses. Par exemple, pendant la guerre civile en Côte d’Ivoire, le président Blaise Compaoré [ancien président du Burkina Faso, ndlr] soutenait les rebelles nordistes [de Côte d’Ivoire] et il y a eu de gros flux d’armes du Burkina Faso vers la Côte d’ivoire. D’après les rapports de l’ONU, la majorité des armes qui ont été transférées depuis les arsenaux de l’armée du Burkina Faso vers la Côte d’Ivoire étaient des « Types 56 », c’est-à-dire la version chinoise de la Kalachnikov. Il y avait aussi des modèles AK (Kalachnikov) provenant de Pologne, des pistolets HK (Heckler & Koch) d’origine allemande mais produits aux États-Unis, et des munitions fabriquées en Serbie et en Roumanie. Concernant les origines des armes industrielles, elles sont très diverses. Par exemple, pendant la guerre civile en Côte d’Ivoire, le président Blaise Compaoré [ancien président du Burkina Faso, ndlr] soutenait les rebelles nordistes [de Côte d’Ivoire] et il y a eu de gros flux d’armes du Burkina Faso vers la Côte d’ivoire. D’après les rapports de l’ONU, la majorité des armes qui ont été transférées depuis les arsenaux de l’armée du Burkina Faso vers la Côte d’Ivoire étaient des « Types 56 », c’est-à-dire la version chinoise de la Kalachnikov. Il y avait aussi des modèles AK (Kalachnikov) provenant de Pologne, des pistolets HK (Heckler & Koch) d’origine allemande mais produits aux États-Unis, et des munitions fabriquées en Serbie et en Roumanie (1).

Les différents circuits de trafics s’ordonnent de cette manière, donc, une fois combinés  (ici en page 6 du rapport):

Il se dégage plusieurs points forts de convergence, dont Agadez déjà cité ici, mais aussi le triangle -Gao-Menaka-Kidal, qui sert de porte au désert saharien. « Les réseaux de trafic sont organisés par dirigeants vivant dans des centres de transit plus éloignés la frontière réelle. Bagues à Korhogo (Côte d’Ivoire), à Sikasso (Mali), ou à Banfora (Burkina Faso) et Bobo Dioulasso (Burkina Faso) sont tous actifs dans la sous-région des trois frontières. Ces gangs sont efficaces. Selon un informateur, les meneurs peuvent facilement embaucher des groupes de transporteurs et leurs motos pour transporter un camion entier des marchandises. L’opération peut prendre à 120 transporteurs pour déplacer ce volume de marchandises, mais peut être complété en aussi peu comme une nuit. Des sources ont estimé que les réseaux de trafiquants basés à Korhogo s’organisent transporteurs de Niangoloko pour travailler sur un ou deux de ces convois par mois, transportant des marchandises du Burkina Faso vers la Côte d’Ivoire. Sans aucun doute, les trafiquants de Korhogo utilisent des transporteurs dans d’autres villes burkinabé du sud avec une fréquence similaire ». A Khorogo, ville de tisserands, où l’on retrouve des camions aux essieux toujours aussi surchargés… sur des routes pas toujours en bitume.

Il existe bien en tout cas un axe Togo (ou Bénin et Côte d’Ivoire) – Burkina – Niger – Mali qui finit au bout en Libye et dans lequel on retrouve nos camions de cigarettes, aussi bien que des chargements de cocaïne ou d’armes comme on vient de le voir. A droite un pistolet de type FATIH 13 de fabrication turque saisi au Burkina Faso en Mai 2018  (l’engin se vend moins de 400 dollars aux USA). Des armes qui prolifèrent pour plusieurs raisons en fait, dont la cession à certains mouvements terroristes dans l’espoir (plus que risqué !) d’équilibrer les forces entre factions  : « les dépôts gouvernementaux ont subi plusieurs détournements de grande ampleur, notamment à Amachach, Ménaka, Tombouctou et Gao en 2006 et 2007. Au cours du plus remarquable de ces incidents, des hauts gradés de l’armée ont autorisé le transfert de plusieurs cargaisons d’armes et le pillage des stocks. Selon certains rapports, le gouvernement malien a délibérément fourni des armes, des véhicules, du carburant et des munitions à des forces de substitution après la défaite des Forces armées maliennes (FAMa) à Kidal, en 2014 (Pellerin, 2018a). (…). Les recherches menées suggèrent toutes que les flux d’armes illicites qui circulent sur le territoire malien sont principalement imputables à la faiblesse des structures de gouvernance du pays et à la corruption. Les armes sortent des stocks gouvernementaux dans le cadre de stratégies de trafic liées à l’État. Ces flux sortants sont planifiés aux plus hauts échelons de la hiérarchie gouvernementale, laquelle utilise les groupes armés non étatiques comme des forces de substitution agissant dans leur intérêt. En outre, de nombreux responsables subalternes maliens ont depuis longtemps conclu des accords commerciaux avec les trafiquants d’armes (Pellerin, 2018a) ». Question sécurité, allez-donc retrouver des armes dissimulées dans un camion chargé comme ce Berliet- encore-un – aperçu ici à Bamako… (ou celui-ci à droite, un Mercedes).

Le grand cirque de Markoye et son visiteur particulier

Le manège décrit en début d’article est celui des camions arrivés par le sud, venant décharger dans les hangars de Markoye, pour remplir après des pick-up repartant vers le nord. Des camions et des pick-ups (le plus souvent neufs pour ces derniers) accompagnés par la police burkinabè, ce qu’un nombre important de témoignages confirme. Des containers complets de cigarettes comme l’indique Raoul Setrouk, le distributeur tchadien de Philip Morris: « les documents PMI obtenus par l’OCCRP étayent son propos, listant les envois de Marlboros envoyés au Burkina Faso et facturés à Transafrica, filiale de Rashideen, en 1996. Les fichiers des opérations de renseignement de Japan Tobacco International (JTI) montrent que l’activité illicite de Compaoré était également bien connue des concurrents de PMI. L’un décrit les expéditions de cigarettes à Compaoré en 2009, le reliant à un réseau plus large de passeurs au Moyen-Orient. «Alain a organisé la vente de deux conteneurs de cigarettes BC [de classe affaires] à SOBUREX au Burkina Faso, une entreprise appartenant au célèbre trafiquant de cigarettes Apollinaire Campaoré qui a affaire avec [le grand trafiquant de tabac] Nizar Hanna depuis des années dans la contrebande de cigarettes. en Afrique de l’Ouest », lit-on dans le rapport. (On ne sait pas qui est Alain, bien qu’il soit mentionné dans plusieurs documents JTI.). A gauche c’est un embouteillage de containers à Gao en 2017, lors d’un envoi de la MINUSMA….

Al Rashideen étant… une société émiratie, installée à Dubaï !!! choisie manifestement comme paravent : selon le distributeur tchadien Raoul Seytruck, « PMI, avant les années 2000, avait choisi de centraliser tous les marchés sensibles de cette région via son partenaire Rashideen, afin de ne pas apparaître au premier plan»,  » Setruck étant en ce moment lui-même en train d’enquêter sur un recours collectif contre PMI à New York. sur la contrebande de tabac.  En somme, Philip Morris, sachant que son tabac approvisionnant le Sahel étant massivement de contrebande, avait sélectionné une autre société à sa place… craignant toujours, visiblement, les foudres de l’UE…

Parmi les accompagnants réguliers de certains chargements au Burkina a aussi été remarqué un certain… Gilbert Diendéré (2) Le bras droit de Blaise Compaoré et… l’assassin surtout de Thomas Sankara, en passe d’être (enfin) reconnu après tente années de lutte de la veuve du formidable dirigeant du Burkina mort prématurément, de la volonté conjuguée de la France (et de Mitterrand, certainement, qui n’avait pas apprécié avoir été dénigré un jour à Ouagadougou même), des Etats-Unis (par crainte aveugle de la contagion marxiste et qui ont peut-être utilisé Charles Taylor pour s’en débarrasser).  Mais aussi  de dirigeants africains tel le docile allié de la Françafrique de Foccart, Houphouët-Boigny, qui avait réussi à contrôler à distance le pays en faisant épouser la métisse franco-ivoirienne Chantal Terrasson de Fougères à celui qui, on, le sait enfin, avait résolu de se passer de son meilleur ami : à savoir Blaise Compaoré, l’assassin du meilleur espoir politique qu’ait jamais eu l’Afrique… avec Patrice Lumumba, assassiné lui aussi !!! 

De quoi fournir dix paquets par jour à chaque burkinabé !

« Tous les routes mènent à Markoye » note l’OCCRP. dans l’épais dossier à charge d’Appolinaire Compaoré : « l’opération la plus importante de Compaoré était peut-être un entrepôt à Markoye, une ville du nord du Burkina Faso, près de la frontière avec le Niger et le Mali. L’entrepôt, où les agents des douanes auraient travaillé avec des trafiquants de cigarettes de la SOBUREX, était bien connu. Salifou Diallo, le défunt président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso (décédé subitement en août 2017, à Paris  il avait été nommé dans divers gouvernements de Blaise Compaoré, réputé pour son franc parler, il avait rejoint le président actuel, Roch Marc Christian Kaboré, il est ici à gauche), la chambre basse du Parlement du pays, a fait référence à Markoye lors d’une réunion en mai 2017, mais n’a pas précisé à qui appartenait. «Les dernières informations indiquent l’importation d’un milliard d’euros par an – et non de dollars – de tabac au Burkina Faso. Mais quand on regarde ce chiffre, cela signifie que tous les Burkinabè fument au moins 10 paquets par jour; mais cela ne peut pas être », dit-il. «La même source indique que le plus grand dépôt de tabac du Burkina Faso est la ville de Markoye, au Sahel», a-t-il ajouté, décrivant comment le tabac est transporté vers les villes contrôlées par les rebelles de Gao et Kidal dans le nord du Mali, puis vers Algérie, Libye et «pays arabes». Il a estimé que les deux tiers du tabac importé au Burkina Faso sont destinés à être vendus à des groupes de trafiquants de drogue, «qui à leur tour alimentent le terrorisme». Ci-dessous en 2013, vu de Google Earth, le chargement de deux camions à Markoye, près des plus grands entrepôts de la ville : rien ne permet de déterminer que ce sont ces hangars-là qui ont été décrits, mais la ville en contient fort peu, quelques-uns au nord-est et d’autres au sud-ouest.

«Pour le passage de ces cargaisons de cigarettes, ils sont obligés de faire appel aux services de ceux qui connaissent les pistes, qui se sont transformés en groupes terroristes», a-t-il dit, reliant la contrebande à Markoye à des attentats terroristes brutaux au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. … Michel Badiara, un parlementaire, a été chargé d’effectuer une mission d’information informelle à Markoye pour enquêter. Il a dit à l’OCCRP qu’il n’avait jamais fait le voyage, ni appris qui dirigeait l’entrepôt, mais a déclaré que son existence n’était «pas un secret». Il a déclaré que les marchandises étaient désignées comme «transit» jusqu’à ce qu’elles atteignent Markoye, ce qui signifie qu’elles n’étaient pas soumises aux dispositions de contrôle du tabac du Burkina Faso. Un agent des douanes qui a travaillé à l’entrepôt de Markoye pendant quatre ans a déclaré à l’OCCRP qu’il avait personnellement escorté des camions transportant des cigarettes en provenance du Ghana et de Côte d’Ivoire. Il a dit que l’opération de contrebande, qui, selon lui, recevait 30 à 40 camions tous les quelques mois quand il était là-bas, était facilitée par les douanes et la police ».   Quarante camions pars mois ! Plus qu’un par jour !

«L’entrepôt de Markoye n’est pas un entrepôt officiel, c’était comme une mafia au sommet de l’État», a déclaré l’agent, qui a demandé à ne pas être nommé par crainte pour sa sécurité. Compaoré «a fait fortune avec ces cigarettes», a-t-il ajouté. Il a déclaré que l’entrepôt était un point de transfert où les gros envois étaient décomposés et remis aux passeurs pour qu’ils s’acheminent vers le nord. Il a dit qu’ils venaient souvent dans des véhicules que les groupes terroristes utilisent souvent dans le désert, ce que lui et un habitant de Markoye ont décrit comme de toutes nouvelles camionnettes. «Les véhicules que les terroristes utilisent dans le nord, vous connaissez des véhicules qui sont plus faciles à déplacer dans le nord – ce type de véhicule était utilisé pour venir [aux entrepôts]», a-t-il dit. «Ils venaient charger dans les magasins, mais généralement ils remontaient vers l’Algérie». «Ce sont des groupes armés ou des passeurs. Tout ce qui est de la contrebande. C’est pour acheter des armes, c’est pour acheter de l’or. Nous nous disons que c’étaient certainement des groupes armés qui s’occupaient de cette affaire », a-t-il déclaré ». Markoye sert donc de rupture de charge dans le mode de transport, les incontournables Berliet et consorts (Mercedes, Scania, Man) laissant leur chargements aux Toyotas (neufs) des islamistes !! Certains retrouvés ensablés à la frontière tunisienne (ici à gauche »).

Sur la création de son entrepôt, Appolinaire nous a laissé une version bien à lui des faits : « Phillip Morris remonte en 1996 quand ses dirigeants d’alors m’ont nommé comme leur représentant en Afrique de l’Ouest. J’ai alors créé une société au Niger. C’est à partir de là-bas qu’on exportait la cigarette en Libye ou en Algérie. On payait au départ 12% d’impôts sur la valeur déclarée de la marchandise. En 2000, le Niger a augmenté son taux de prélèvement à 20%. J’en ai informé la société Morris qui m’a signifié en retour que l’on ne pouvait pas payer les 20% pour transiter les marchandises. Il fallait trouver une autre voie d’exportation à partir du Burkina au lieu de passer par le Niger. »  Si la taxe d’importation est bien de 20%, elle n’est pas calculée sur le prix de vente, et les taxes au Niger demeurent très faibles : « alors que dans la plupart des pays développés, les taxes sur le tabac représentent au moins les deux tiers du prix de détail d’un paquet de cigarettes, au Niger, les taxes prélevées sur les principales cigarettes consommées (Rothmans, Craven et Fine, ORIS – à droite ici un chargement de ce type intercepté en Tunisie) sont comprises entre 13,5 et 19% du prix de détail (Rapport entre l’incidence globale et le prix de détail, nota : en moyenne c’est vers 14,4%). Aussi, dans de nombreux pays, le prix des cigarettes n’a pas suivi les augmentations des prix des autres biens et services. Au Niger, de 2006 à nos jours, la plupart des biens de consommation utiles (riz, huile, pâtes alimentaires, lait, mil, sorgho, maïs, niébé, …) ont vu leurs prix presque doubler tandis que les prix des principales cigarettes sont restés inchangés. Ce qui prouve que dans le cadre de la commercialisation des cigarettes dans notre pays, l’Etat tout comme les fumeurs sont pris à partie par les commerçants importateurs » explique ici très bien SOS-Tabagisme Niger.

« C’est pourquoi j’ai construit un entrepôt à Markoye après avoir obtenu toutes les autorisations réglementaires. Je ne gère pas directement l’entrepôt, nos cigarettes sont escortées par les douanes depuis la frontière du Togo ou du Ghana jusqu’à l’entrepôt de Markoye où elle assure la surveillance du site » (il nous avoue là le principe même du cheminement). « Lorsque nous avons une commande, l’enlèvement se fait sous contrôle des douanes (il oublie de dire que sous Blaise Compaoré, ces mêmes douanes sont partie prenante du trafic !!). « Mes partenaires de vente étaient d’autres nationalités et n’approvisionnaient pas le Burkina, ni le Mali ni le Niger avec leurs marchandises » (on y voit bien sûr Rashideen, ce paravent si pratique !!). »J’avais créé 2 sociétés, SODICOM et SOBUREX. Les cigarettes de SODICOM étaient destinées au Burkina, avec la mention vente au Burkina » (c’est faux, comme on l’a vu car il y avait de quoi alimenter 10 fois tout le Burkina !!). « Cette dernière existe encore. Quant aux cigarettes de SOBUREX, destinées à l’exportation, l’insécurité au Sahel m’a contraint à stopper cette activité. Cela fait maintenant 3 ans que j’ai arrêté l’exportation des cigarettes, car les terroristes tuent mes clients en cours de route. Je n’ai jamais connu un terroriste à plus forte raison travailler avec lui », a affirmé M. Compaoré. »  C’est encore plus faux car le procès qu’il a mené contre le trafiquant notoire de drogue nigérien Chérif Ould Abidine est là pour le prouver, car il aboutissait aux terroristes répertoriés, via Goumour Bidika, adjoint de Chérif Ould Abidine !! 

Un trafic qui rapporte

Le « surplus malien » de cigarettes importées est bien la clé du problème et il est énorme  : « Les données commerciales, les informations des douaniers, les fuites de documents sur les MTD et les experts de l’industrie indiquent qu’il pourrait y avoir jusqu’à 4,7 milliards de cigarettes en surplus chaque année au Mali – l’équivalent d’environ 470 conteneurs d’expédition de cigarettes supplémentaires. Certains d’entre eux sont produits dans le pays, mais d’autres sont importés, presque tous d’Afrique du Sud. Il est également difficile de déterminer le bénéfice réalisé par BAT, car l’entreprise ne sépare pas les chiffres par pays dans ses rapports annuels. Une présentation de l’entreprise datant d’environ 2007 estime la valeur marchande de BAT sur 18 «marchés opérationnels» en Afrique de l’Ouest à 201 millions de livres britanniques (environ 394 millions de dollars EU) et sa part de marché au Mali à 61%. Un autre document, de 2012, donne un chiffre d’affaires brut pour le Mali de 52,06 millions de livres britanniques (84,6 millions de dollars). Une source BAT, en revanche, a estimé que l’entreprise avait réalisé un chiffre d’affaires brut de plus de 160 millions de dollars au Mali rien qu’en 2019… »

Un circuit repéré depuis longtemps et qui se confirme

On avait relevé déjà ici des particularismes étranges selon les marques : ainsi le cas des cigarettes American Legend, réservées quasiment au seul marché algérien… maintenant on sait par où elles transitaient : « l’entrepôt de Markoye a fourni des milliards de cigarettes qui ont été passées en contrebande dans le nord, dont beaucoup sont tombées entre les mains de terroristes. Ce commerce s’est poursuivi même lorsque Philip Morris payait à la Commission européenne des amendes de dizaines de millions de dollars pour contrebande, et même après la fermeture ostensiblement de l’entrepôt lorsque la zone a été saisie par des djihadistes en 2018. Le groupe d’experts du Conseil de sécurité a découvert que le SOBUREX de Compaoré avait envoyé des cigarettes American Legend à l’entrepôt de Markoye aussi récemment que cette année-là, lorsque les douanes ont cessé de surveiller la zone après le meurtre d’un de ses agents.  Un ancien associé de Compaoré, Sidien Agdal, qui est maintenant un homme politique au Niger, a déclaré au panel que les légendes américaines devaient être transportées à travers le Mali vers l’Algérie et l’Europe. « Il a également déclaré au panel que les cigarettes American Legend étaient conservées dans un dépôt douanier à Markoye et généralement emmenées par de petits revendeurs qui les trafiquaient directement au Mali », a-t-il déclaré dans un rapport de 2019, qui a déterminé que les cigarettes étaient déplacées vers le nord depuis Makoye « sous escorte. des groupes armés maliens. « 

Un document de l’ONDUC  confirme les propos d’Agdal

Une confirmation de cette filière nous vient ici du journal algérien Quotidien d’Oran : « le trafic de cigarettes se porte bien. Les dispositifs mis en place par les services de sécurité ne peuvent venir à bout d’un réseau très organisé et qui jouit, selon des sources sécuritaires, du soutien de Mokhtar Belmokhtar, l’émir régional du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). En dépit de l’interdiction de l’importation de cigarettes étrangères encore en vigueur en Algérie, les vendeurs de tabac ne trouvent aucun mal à s’approvisionner. Et pour cause, une grande partie des Marlboro, Gauloises et autres American Legend ne viennent pas d’outre-mer mais des fins fonds du Mali, du Niger et de Mauritanie. Les services en charge de ce dossier s’interrogent sur les propriétaires des usines africaines de fabrication de cigarettes. Le tabac étant assez rare dans ces pays, il est difficile de croire qu’ils ne bénéficient pas d’un appui étranger, notamment, estime-t-on, de la part des grands producteurs de cigarettes qui pourraient, grâce à cette formule, échapper au fisc. Cependant, l’acheminement des cigarettes vers les revendeurs ne se déroule pas sans encombre. Les contrebandiers profitent de l’immensité du désert algérien (5 754 km2) et de la présence des terroristes du GSPC pour acheminer leur marchandise. Selon des sources bien informées, les contrebandiers ont conclu récemment un pacte de non-agression avec le GSPC. Le groupe de Mokhtar Belmokhtar sécurise ainsi le passage pour les contrebandiers; il leur indique même les chemins qu’ils doivent emprunter moyennant des quotes-parts et du carburant. »

Le coup du camion citerne

« Il y aurait également des connexions entre les trafiquants de drogue et la contrebande de cigarettes. Les services de sécurité ont, en effet, remarqué que les trafiquants de drogue qui transportent leur marchandise via la Libye ne rentrent jamais les mains vides. Au retour, leurs camions sont chargés de cartons de cartouches de cigarettes. Certains transporteurs de marchandises sous-traitent également avec les barons du trafic de cigarettes.  Les éléments de la Gendarmerie nationale ont intercepté, à maintes reprises, des camions de marchandises ayant sous les bâches un nombre impressionnant de cartouches de cigarettes. Mais les contrebandiers ont trouvé récemment une nouvelle astuce pour transporter leur marchandise: les camions-citernes. Les éléments de la Gendarmerie nationale ont en effet saisi, jeudi dernier à Biskra et M’sila, une quantité importante de cartouches de cigarettes à bord de quatre camions, dont deux camions-citernes. Les barons des cartouches de cigarettes sont généralement situés à Ouargla. Il est à signaler, par ailleurs, qu’une bonne partie des cartouches de cigarettes trafiquées arrive via le port d’Alger. Les réseaux de trafic de cigarettes étant également très répandus en Europe, la douane a intercepté en décembre dernier près de 100.000 cartouches. » Une technique courante : en 2016 à Gabés en Tunisie,  près de Sfax, on avait trouvé de la même façon 5 tonnes de cigarettes dans un gros camion citerne, qui en était donc rempli entièrement (photos ci-dessus et ci-contre)… le procédé a ses fans partout. Ci-dessous, la tonne de cocaïne extraite d’un camion citerne au Brésil, le 13 janvier 2020 :

En Libye en Tunisie, les pick-ups surchargés de cigarettes étaient attendus

Les témoignages réunis patiemment par l’équipe de l’OCCRP montrent un circuit routinier bien établi avec des transporteurs mais aussi des réceptionnistes, faisant partie de la même organisation, à l’autre bout de la chaîne, en Libye ou en Tunisie. « Dans le nord du Niger, les personnes sur le terrain ont décrit un commerce bien organisé dans lequel la drogue et les cigarettes illicites circulent le long du même réseau, dont de nombreuses études et rapports ont montré qu’il finance le terrorisme. Mahamad A., un commerçant d’Agadez qui faisait partie du réseau d’Ould Abidine, a déclaré qu’il acheminerait la marchandise du Niger jusqu’à la frontière entre la Libye et la Tunisie, puis la remettrait à un autre groupe pour qu’elle soit emmenée vers le nord. «Quand nous sommes arrivés là-bas avec les camions, un groupe de personnes, Libyens et Tunisiens, nous attendaient. Nous déchargions tous et remettions les cartons dans d’autres camions », a déclaré Mahamad, qui a demandé que son nom complet ne soit pas utilisé pour des raisons de sécurité. «Nous n’avons pas peur car nos patrons veillent à notre sécurité», a-t-il déclaré. Un porte-parole d’un mouvement d’indépendance touareg qui a contrôlé, de temps en temps, une grande partie du nord du Mali a décrit une route de la drogue bien organisée du Mali, du Niger et du Burkina Faso à travers la Libye vers l’Égypte, affirmant que la contrebande traversait le Niger et plus au nord. la frontière était sécurisée par des militaires et des membres des services de renseignement. » C’est effectivement en Tunisie que l’on trouve le plus grand nombre de photos de contrebande de cigarettes sur les pick-ups décrits et non sur des camions. Les sites relatant les saisies en regorgent (quelques exemples ici dans le chapitre).

Direction l’Europe, via un transporteur fort particulier

Le chemin du trafic de cigarettes démarré au Togo, au Ghana ou au Bénin, puis au Burkina Faso, qui dispatche vers le Niger puis la Libye et la Tunisie, se poursuit aussi jusqu’en Europe. En empruntant des chemins parfois très surprenants. Le plus bel exemple étant un navire fort particulier : le Caprera, rien de moins qu’un navire de la marine italienne dans un pays alors sous la coupe de l’anti-immigrant nationaliste d’extrême droite Matteo Salvini !!! Ce dernier avait salué le commandant et son navire pour avoir « empêché 7 000 migrants d’arriver dans le pays ». Problème, lors d’une descente de police à son bord, en 2018, il avait été découvert 700 000 cigarettes, associées à des boîtes de Viagra de contrebande !!! La base du Caprera étant située à Brindis, le fief de la Sacra corona unita (SCU), une organisation mafieuse italienne, la mafia des Pouilles !! C’est ce que nous dit ici le New-York-Times : »Des factures vues par le New York Times montrent que les marins du Caprera ont acheté les cigarettes en Libye en utilisant une méthode apparemment développée par les membres d’équipage d’un deuxième navire italien, le Capri (que l’on visite ici), amarré à Tripoli en janvier 2018. Un troisième navire de guerre impliqué dans la mission a été perquisitionné à Naples en mai sur des soupçons de contrebande, selon d’autres documents judiciaires obtenus par le Times. «Cette chose pourrait être beaucoup plus grande et impliquer plus de navires», a déclaré M. Gargano, qui enquête sur les membres d’équipage à bord d’au moins un autre navire. «Nous nous attendons à voir des développements»… « Le Times a confirmé l’implication du Caprera dans l’opération de contrebande en interrogeant les enquêteurs de la police; les marins en mission; les garde-côtes italiens et libyens; et les avocats des accusés – et ont corroboré ces preuves avec des messages texte, des photographies et des transcriptions d’écoute électronique contenus dans une enquête judiciaire et une enquête militaire obtenues par le Times. «Je suis un peu dans la merde», a déclaré un marin de Caprera, Antonio Mosca, dans un message texte envoyé après la saisie du navire. «Les autorités portuaires sont à bord du Caprera. Nous déchargions ces sacs avec les cigarettes. Les événements qui ont amené le Caprera à Tripoli ont commencé en 2011, lorsque les soulèvements à travers le Moyen-Orient ont laissé un vide de pouvoir dans une grande partie de la région, y compris en Libye. »

Apollinaire cité par le conseil de sécurité de l’ONU : rien de poétique !

Dans sa lettre datée du 6 août 2019, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Groupe d’experts créé en application de la résolution 2374 (2017) du Conseil de sécurité sur le Mali, Compaoré et son hangar apparaissent en bonne place pourtant avec l’affaire du pillage de son entrepôt (voir notre épisode précédent), en confirmation de la saisie apparaît sur un document de l’ONDUC, ce que peut difficilement nier Compaoré aujourd’hui, comme il ne cesse de le faire pourtant : « dans son rapport à mi-parcours de 2019, le Groupe d’experts a rendu compte du trafic et de la contrebande de cigarettes de marque « American Legend » au Mali à la suite de la saisie de 515 cartons – contentant 45 cartouches chacun – de cigarettes opérée en juin 2018 à Labézanga, à la frontière avec le Niger. Fabriquées en Grèce et entrées en Afrique de l’Ouest par le port d’Abidjan, ces cigarettes sont arrivées au Mali via le Burkina Faso et le Niger. Le 13 juillet 2018, sur ordre des hommes d’affaires de Gao qui les avaient commandées, des miliciens locaux issus principalement de la Coordination des mouvements et fronts patriotiques de résistance de Djibrilla Moussa Diallo ont semé le trouble à Gao ».

« À bord d’environ sept véhicules (ci-dessus l’un d’entre eux, un pick-up neuf, comme on l’avait déjà dit ailleurs, une photo contenue dans le rapport), ils ont notamment pillé l’entrepôt de la Société nationale des tabacs et allumettes du Mali, seule entreprise malienne autorisée à importer des cigarettes. La saisie effectuée faisait partie d’une commande de 1 000 cartons de cigarettes passée par Albashar Soumaguel Maïga, commerçant de Gao, à l’entreprise Agdal basée à Niamey. Agdal s’approvisionne à Ouagadougou auprès de Soburex, qui avait acheté 10 000 caisses d’American Legend à Karelia Tobacco en mars 2018. Bien que la commande ait été passée par Albashar Soumaguel, d’autres commerçants possédaient également des parts de la cargaison. Selon les autorités maliennes, Albashar Soumaguel a été l’instigateur des troubles de Gao et des témoins ont déclaré aux gendarmes avoir vu des véhicules chargés de cigarettes pillées s’arrêter dans ses locaux ».

« Juste après la saisie, Albashar Soumaguel s’est rendu à Labéganza pour essayer de faire libérer la marchandise en offrant aux douaniers des pots-de-vin d’un montant pouvant aller jusqu’à 200 millions de francs CFA (soit 40 000 dollars), que ceux-ci ont refusé. Un agent des douanes est décédé depuis de mort naturelle après la saisie. Aliou Sagayar (alias Kayiss), proche associé d’Albashar, président du syndicat des transporteurs et milicien, a dit au Groupe d’experts que cet agent n’avait eu que ce qu’il méritait, pour les avoir trahi en refusant de laisser entrer des cigarettes de contrebande sur le territoire alors que les douanes les laissaient généralement passer. Le Groupe d’experts n’a pu entendre Albashar Soumaguel, qui ne s’est pas présenté à un entretien prévu en février 2019 et ne se trouvait pas au Mali en juin. En plus des 1 000 cartons évoqués précédemment, le Groupe d’experts a également obtenu une photographie datant de décembre 2017 sur laquelle on voit des éléments armés brandissant le drapeau du HCUA (le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad, affilié à Ahmed Ag Abdallah, avec les frères Mohamed et Alghabass Ag Intalla, le second ci-dessous à gauche, à droite plus bas deux de leurs combattants armés) se livrer au trafic de cigarettes American Legend (ici à droite). Le 10 juin 2019, les membres du Groupe d’experts ont également vu des cartons d’American Legend stockées dans une maison située entre Gao et Ansongo. N’ayant pu consulter les codes de référence marqués sur les paquets de cigarettes, le Groupe d’experts n’a pas été en mesure de requérir au fabricant, Karelia Tobacco, (la société grecque citée liée avant 2000 à Japan Tobacco International,) d’identifier la cargaison à laquelle ces cartons appartenaient ou d’indiquer s’il s’agissait de marchandise contrefaite. Karelia a déjà répondu à une demande de ce type de la part du Groupe d’experts, en rapport avec la livraison susmentionnée, auquel il est fait référence dans le rapport de mi-parcours de 2019169. Pour faire suite à une demande d’information adressée par le Groupe d’experts en janvier 2019, Soburex a communiqué le 8 juillet 2019 des bordereaux de transit de la commande de 10 000 cartons d’American Legend ainsi que des documents douaniers certifiant qu’elle avait été acheminée de la Côte d’Ivoire vers le Burkina Faso sous escorte douanière. Dans la lettre jointe à ces documents, Soburex affirme que les pièces en question prouvent qu’elle respecte pleinement la législation douanière du Burkina Faso et certifie veiller à voir ses clients étrangers respecter la réglementation douanière du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire. » Le HCUA est formé en grande partie d’anciens membres dissidents du groupe jihadiste Ansar Dine; il a signé les accords de paix de 2015 et semble vouloir se transformer depuis en groupe politique, dans une volonté d’apaisement.

Or la société productrice grecque Karelia avait bien triché elle aussi, et Compaoré ne pouvait l’ignorer. En octobre 2020, on pouvait en effet lire ceci : « Le Conseil (Européen) invite l’industriel du tabac «Karelia» à payer environ 4,6 millions d’euros, car elle a en fait exporté environ 3 550 cartons de cigarettes Karelia LIGHTS 100 avec la participation des douanes. En particulier, selon le «premier numéro», il a été décidé que l’industriel du tabac Karélia avait bien accumulé des droits d’accise et d’autres taxes de 4 681 318 euros pour la contrebande de cigarettes en raison de l’exportation virtuelle d’environ 3500 boîtes de cigarettes «Karelia HOLY 100 » de Niki SA impliquant des douaniers. Comme indiqué dans l’article, la question de la contrebande de cigarettes de l’industrie du tabac «Karélia» n’est pas la première fois occupée par le deuxième département de la Cour suprême de cassation. Il y a deux ans, le CdF était préoccupé par les agissements du chef des douanes de Niki SA, qui accusait Andreas Karelias et l’industrie du tabac de cinq violations de contrebande douanière. Les crimes consistaient en la contrebande de cigarettes à Skopje (capitale et la plus grande ville de la Macédoine, on retourne dans les Balkans !) avec la ruse d’exportations fictives. »

Exactement l’argument de défense que reprend aujourd’hui Appolinaire et son défenseur :  « l’avocat de Compaoré a déclaré que SOBUREX respectait les lois douanières du Burkina Faso et exigeait que les clients qui réexportent ses produits se conforment aux lois des pays de destination. «La gestion de la distribution de cigarettes par Soburex a toujours été menée dans le respect de la législation en vigueur et dans la plus grande transparence», a déclaré l’avocat dans un communiqué. « Toute violation par les clients de Soburex ne peut lui être attribuée. » La zone entière de Markoye est maintenant fréquemment attaquée par des groupes liés à Al-Qaida et à l’État islamique. Ismaël Traoré, un leader de la société civile à Markoye, a déclaré que les camions transportaient rarement des cigarettes dans la région maintenant, bien que Marlboro reste la marque la plus populaire. Apollinaire Compaoré reste le représentant de Philip Morris en Afrique de l’Ouest. » A part que Soburex faisait entrer 10 fois la capacité d’absorption du pays… Appolinnaire assurant qu’en raison de la présence islamisme, son entrepôt de Markoye n’est plus utilisé depuis 2018…

Le self-made man qui a l’art de se fâcher avec tout le monde

Appolinaire Compaoré devenu poids lourd industriel malien s’est fait tout seul, c’est indéniable, c’est un vrai self-made man, ça on ne peut lui reprocher. Analphabète, il a débuté adolescent, à peine âgé d’une dizaine d’années, en cuisine comme plongeur à 1 500 FCA par mois soit 2,5 euros aujourd’hui. Puis il se fait collecteur de pneus pour charrettes et vélos, et en même temps vendeur de billets de loterie payé à l’exemplaire où il déploie un zèle lui permettant d’atteindre 30 000 FCFA par mois.  Il se lance alors dans le commerce des deux roues engageant un capital de 700 000 FCFA patiemment mis de côté, en vendant déjà au Nigeria. Il a 25 ans quand il crée Volta Moto en 1978, qui deviendra Burkina Moto en 1984. Dans la foulée, il devient le représentant de Bridgestone, manufacturier japonais de pneus, via la Société burkinabè des fibres textiles. Il a eu du flair, sur ce coup-là car le Burkina est un pays bien à part dans le domaine, avec son peu de routes correctes pour les voitures. A Ouagadougou seule en effet c’est flagrant : « pour 1,62 million d’habitants, la capitale burkinabé compte plus de 760 000 motos, près d’un Ouagalais sur deux possède donc sa bécane. » (un chiffre approximatif, vu qu’il ne représente que les motos immatriculées !). Des motos et des scooters, il se lance logiquement dans le transport avec Burkina Transport au capital de deux cent millions de francs CFA, dont l’objet est le transport de carburant pour la société d’état Sonabi, effectuée d’abord avec un seul camion… puis rapidement une trentaine. Des camions, il passe en 1993 aux assurances avec UAB Vie, l’Union des Assurance de Burkina, au capital de 500 millions de FCFA qui finit par racheter SONA, l’Assurance nationale pour devenir UAB IARDT. Trois ans plus il étend son empire avec la SODICOM, Société de Distribution des Produits de Grande Consommation et la même année avec SOBUREX qui va s’occuper avec la SODICOM de la distribution du tabac et de la marque Malboro, dont il est devient représentant exclusif dans le pays. C’est pile au moment où l’on vient de découvrir que Philips Morris était soupçonné d’entretenir lui-même la contrebande en raison de la chute de ses ventes consécutives aux campagnes anti-tabac menées un peu partout. En 2004, Philip Morris, pour mettre fin aux rumeurs, a accepté de régler 1,25 milliard de compensations à la Commission Européenne pour régler ce litige. En somme, que Compaoré au seuil des années 2000 n’a pu échapper à cette fameuse contrebande que son entreprise mère organisait ouvertement !!! Fait significatif, on ne retrouve aucun paiement d’impôt de ces deux sociétés ayant pignon sur rue dans les registres étatiques : elles figurent pourtant en effet dans les registres de la Chambre de Commerce du Burkina Faso !!! Mais ne paient aucun impôt !! Ce qui est un peu logique, remarquez, si c’est de la contrebande…

L’expansion continue avec  le crédit à la consommation en 2001 (en rachetant la Société Burkinabè d’Équipement), et avec la création du groupe Planor en 2002, pour se lancer dans la téléphonie mobile avec un participation à Artel Telecel de l’ivoirien Dossongui Koné, qu’il acquiert au total en 2008 pour devenir Telecel Faso, qui devient le troisième prestataire de téléphonie du pays. En fait Dossongui Koné a été obligé d’abandonner; mêlé à un scandale de détournement de fonds qui aura bien aidé Compaoré, le procédurier. Il est revendeur des téléphones satellitaires Thuraya (fort prisé par les jihadistes – jusque Ben Laden – et dont Kadhafi possédait un exemplaire lors de sa capture, visible ici à gauche (3)).  Il en devient le représentant au Burkina Faso et au Niger. Un parcours « de trente ans » qui est jonché d’associés avec lesquels il finit invariablement par se fâcher, notamment avec Komé Cessé, un temps auprès de Compaoré dans la téléphonie (et aujourd’hui dans l’hôtellerie, sous le label Sheraton, qui a joué la carte du foot en accueillant les officiels de la FIFA et de la CAF. Il travaille avec Raoul Setruck, le distributeur de Philip Morris au Tchad, qui l’accuse lui aussi aujourd’hui ouvertement de trafic de cigarettes. Il en est à ce jour à gérer environ 300 millions de dollars par an. C’est devenu un poids lourd incontournable et indéboulonnable du pays. « Connu comme l’une des personnes les plus riches du pays enclavé d’Afrique de l’Ouest et son « investisseur le plus dynamique », il a dit siroter du whisky avec l’actuel président Roch Marc Christian Kaboré et avoir été proche du précédent , Blaise Compaoré. Surnommé le «patron des patrons», il supervise un empire commercial qui s’étend sur cinq pays et englobe l’assurance, les télécommunications, le commerce, les motos et les billets de loterie – et dirige également l’influent Conseil national des employeurs du Burkina Faso. En 2020, il figurait sur la liste de Jeune Afrique des 100 personnalités les plus influentes d’Afrique » écrit à son propos Magheb On Line.

Une défense qui a déjà pris l’eau, les Ferrari sponsorisées

Qui se ressemble s’assemble. L’homme mis en cause aujourd’hui se défend en fait fort mal en se faisant aider par des gens plus que discutables : ainsi ce texte, disponible en ligne, qui suinte de partout le léchage de bottes et le copinage éhonté, émanant d’un activiste se prétendant maître des médias, le dénommé Oumar Thomson Belem. Un homme dont on retrouve vite la trace ici en drôle de compagnie : « en marge du sommet de l’Union africaine début juillet 2019, le Burkinabè Oumar Thomson Belem était aux côtés de l’ex-homme fort de Bangui, pour la remise des deux prix de l’Afro-Optimisme, décernés aux capitaines d’industrie Bonkoungou Mahamadou et Appolinaire Compaore » (ici à droite). Difficile à partir de là de croire en son impartialité !!! Belem, ce prétendu homme de médias  qui ne cesse de se faire mousser sur Twitter n’est que le serviteur de certains politiques, sélectionnés, à l’évidence. Il est fort acoquiné avec Michel Djotodia, ce centrafricain exilé au Bénin, qui se croit lui toujours président : c’est en fait le chef du mouvement politico-militaire de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), un véritable conspirateur, membre de la rébellion de la Seleka, qui s’était auto-proclamé chef de l’État le  après le renversement et la fuite du président François Bozizé (dont il avait été un temps ministre de la Défense). Ce qu’avaient rejeté tous les autres états africains qui l’avaient forcé à démissionner (plus une réunion à la sauvette juste avant avec François Hollande) !! En bon complotiste, il s’était entouré de mercenaires français, ceux de Roussel G-Sécurité venus de la Ciotat (immatriculés dans  le Delaware !), commandés par Jérôme Gomboc, un ancien du 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMa) pour assurer sa sécurité. A droite leur logo.. prétorien ! En réalité, ils étaient vite repartis du pays… tous impayés !

Le problème c’est que le même Bellem, défenseur de Compaoré, est président de L’IAS (Institut Panafricain Africa Solidarité) qui a supervisé plusieurs élections récentes en Afrique…. en déclarant à chaque fois qu’elles se sont bien passées. Et notamment au pays de Teodoro Obiang Ngueman, (président de la République depuis 1982 !!) par exemple, dans lequel Gabriel Nse Obiang, un ex-lieutenant de l’armée, un opposant revenu de 13 années d’exil en Espagne, avait été interdit de participer au scrutin de 2017, l’opposition dénonçant les fraudes à tous les étages … Le soir même du scrutin, le pouvoir avait même coupé l’accès à Internet ! Servir de caution à des dictatures, voilà son rôle réel !!!  L’homme doit apprécier les « scores à la soviétique » c’est sûr  !!! Retenons un fait plus parlant encore (noté sur Wikipédia) : « la richesse du président Obiang et de sa famille semble provenir pour une bonne part du trafic international de drogue. En , l’International Narcotics Board, dans son rapport officiel, plaça la Guinée équatoriale parmi les neuf narco-États africains. La Dépêche internationale des drogues, publiée par l’observatoire géopolitique des drogues de Paris, publia en août de la même année : « Depuis 1988, plus d’une dizaine de diplomates ou membres de la famille présidentielle ont été arrêtés à cause du trafic des drogues dans différents pays » (en France on a eu l’épisode des voitures de luxe de son fiston, des bien mal acquis, visiblement..).. La messe est dite, là… l’un fait dans la cigarette, l’autre dans la coke… voilà qui admire Belem !

Obiang, fournissant des armes aux rebelles du Niger, plein des Antonov 12, ceux de Viktor Bout, recrutés pour l’occasion : « des avions de Viktor Bout, on a vu en effet atterrir pas mal dans le pays, au temps des ILL-18 d’Air Cess, notammement, mais aussi encore fort récemment sous d’autres formes. Le 21 juin 2009 encore, en effet, un Antonov 12 ukrainien immatriculé UR-CAK se retrouvant à sec se posait par surprise pour faire le plein sur l’aéroport de Malam Aminu Kano International Airport, au Nigeria. La police en l’inspectant y trouvera huit containers remplis à ras bord de canons Howitzer, de bazookas et de Kalachnikovs, destinés selon l’équipage aux rebelles du delta du Niger, via le port de Malabo. Le même équipage, arrêté, affirmant sans trop se forcer que les armes étaient je cite « la propriété du gouvernement de Guinée Equatoriale ». Un bel aveu de trafic avéré au plus haut de l’Etat.  »  Ci-dessous, une partie des voitures saisies au  fiston : Lamborghini Veneno -à  5 millions d’euros-  LP750-4 Roadster, Koenigsegg One,, McLaren P1, Bugatti Veyron….

Au sujet de Ferrari, justement, on retombe avec la marque avec la cigarette. D’un façon très, très surprenante : un sponsoring de la marque de voiture italienne, alors que les instances juridiques ont interdit la promotion du tabac ou de l’alcool sur les circuits de Formule 1. Ce qui n’a pas empêché en effet Philips Morris de créer une entité particulière, appelée Mission  Winnow « derrière laquelle se cache l’innovation » d’un flou olympien (et pourtant flagrant ici sur leur propre site !). Ou plutôt derrière laquelle se dissimule le cigarettier, qui a injecté 100 millions de dollars de pub de cette manière déguisée chez Ferrari (et pas que là, Ducati aussi en moto), et cité ici par le Figaro. « Selon un rapport publié en 2020 par STOP, ONG créée par l’ancien maire de New York et milliardaire Michael Bloomberg pour dénoncer ’les stratégies trompeuses de l’industrie du tabac’, Philip Morris International et British American Tobacco (BAT) auraient ainsi injecté 100 millions de dollars dans la Formule 1 en 2019 en sponsorisant respectivement Ferrari et McLaren. Sur les bolides anglais orange et bleu s’affiche aussi un message plein de bons sentiments mais tout aussi nébuleux que celui de Ferrari, A Better Tomorrow (un meilleur avenir). » Un concept fumeux, selon le BlogAuto !

« Interrogée dans les colonnes du grand quotidien français, Amélie Eschenbrenner, porte-parole du Centre national contre le tabagisme (CNCT), dénonce la stratégie marketing insidieuse de Mission Winnow : « Si vous surfez sur le site internet de Mission Winnow, vous verrez que c’est assez flou. Ils expliquent prôner l’innovation, la recherche et les nouvelles technologies mais ne parlent pas directement de produit. (…) Le public peut aussi assimiler le M du logo Mission Winnow à celui de Marlboro. » « Il n’y a plus de notion de marque et ils se font passer pour des acteurs du changement et de l’innovation mais cela reste de la publicité. Les cigarettiers visent les moins de 35 ans qui représentent une grande partie des 500 millions de fans qui regardent les grands prix à travers le monde. Cette population jeune est la cible de leurs nouveaux produits que la législation n’encadre pas encore véritablement et qu’ils présentent comme plus sains. » Incroyable duplicité !!!

Franchement, Appolinaire aurait pu se trouver un meilleur défenseur…

(1) Georges Berghezan continue ici : « Les grands trafiquants, qui étaient connus il y a une vingtaine d’années, sont inactifs maintenant. Viktor Bout est en prison aux États-Unis, Arcadi Gaydamak [condamné notamment en France dans l’affaire des ventes d’armes vers l’Angola] ou le Belge Jacques Monsieur, qui pendant des dizaines d’années ont été pratiquement sur tous les grands conflits du monde, sont aujourd’hui neutralisés » (ce sont tous d’anciens habitués ici !!!). « Mais même si ces grandes figures du trafic d’armes ne sont plus actives, il faut aussi souligner la responsabilité de certains chefs d’État qui ont beaucoup contribué au trafic d’armes. Quelqu’un comme Blaise Compaoré, l’ancien président du Burkina Faso » (on y revient encore !), « a alimenté en armes et munitions à peu près tout ce qui était sous embargo en Afrique à l’époque : la Sierra Leone, le Liberia, la Côte d’Ivoire et encore avant l’Unita [l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola] en échange de diamants, d’où l’expression des « diamants du sang ». (nota : Hollywood s’en est emparé avec Leonardo DiCaprio dans le film d’Edward Zwick, sorti en 2006).

« Certains pays ont joué un rôle très important dans la fourniture d’armes : l’Ukraine, la Bulgarie (on retrouve à nouveau les mêmes qu’au temps de Viktor Bout !), avant qu’elle ne rentre dans l’Union Européenne, l’Iran, plutôt actif vers l’est de l’Afrique, ou la Chine dont les munitions et les fusils d’assauts se retrouvent un peu partout en Afrique. Récemment par exemple, il y a eu une très grosse saisie à Lagos (Nigeria) de fusils turcs, la Turquie semble devenir elle aussi un gros exportateur d’armes. Les transferts d’armes entre États peuvent aussi être officiellement autorisés par les gouvernements au profit d’autres gouvernements, et détournés vers d’autre destinations, comme cela a été le cas par exemple au Burkina Faso. Officiellement, les armes étaient envoyées au Burkina Faso qui était un pays stable et elles étaient détournées vers le Liberia ou la Côte d’Ivoire en guerre. »

(2) Le général Gilbert Diendéré (ici à gauche) avait été fait chevalier de la Légion d’honneur française en mai 2008 par le président français Nicolas Sarkozy. Une honte complète quand on sait son implication dans le meurtre de Sankara !!! Elle lui a été retirée de toute façon après le putsch de septembre 2015 et sa tentative de renverser le président Michel Kafando, qui a fait 14 morts et plus de 250 blessés.  Le , il a été condamné à 20 ans de prison pour cette tentative. Il avait mis en place une méthode expéditive, racontée ici, pour devenir le seul inrterlocuteur de Blaise Compaoré : « le 18 septembre 1989, il déjoue une tentative de coup d’État qui – selon la version officielle – aurait été fomentée par Lingani et Zongo, ses deux vieux compagnons d’armes. Lingani lui aurait fait part de leur plan et Diendéré en aurait informé Compaoré avant de procéder aux arrestations des présumés putschistes. Ils seront passés par les armes dans la nuit. Quelques jours plus tard, Diendéré est nommé secrétaire général du comité exécutif du Front populaire – autrement dit numéro deux du régime. Le voilà chargé de la défense et de la sécurité. Il n’a que 30 ans ». L’homme d’autres coups tordus : « Lui, enfin, qui fut au coeur de l’affaire David Ouédraogo, ce chauffeur accusé par la femme de François Compaoré, le frère et conseiller de « Blaise », de leur avoir dérobé de l’argent. Ce sont les hommes de Diendéré qui ont arrêté David Ouédraogo et ont tenté de lui extorquer des aveux, avant qu’il ne soit donné pour mort en janvier 1998. Un an plus tard, le journaliste Norbert Zongo, qui a révélé l’affaire, mourra dans l’incendie criminel de sa voiture (elle avait été mitraillée auparavant, le principal suspect étant François Compaoré, le propre frère de l’ex-président !). »

Quand Sarkozy l’a décoré, il savait ce qu’il avait fait, pourtant, dont l’assassinat de Sankara: la DGSE le sachant obligatoirement !!!! Voilà qui ne rehausse pas non plus la réputation de l’ex chef d’Etat, largement entamée par l’odieux discours-cliché de Dakar de 2007, rédigé par la plume passéiste et réactionnaire de Guaino. Et cette sentence honteuse  :  « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire […]. Jamais il ne s’élance vers l’avenir […]. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout est écrit d’avance. […] Il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès ». En octobre 2014, Blaise Compaoré avait déjà été exclu de la charge présidentielle, par une insurrection populaire, après vingt-sept ans de pouvoir (ici à droite sa statue abattue). Diendéré a été condamné conjointement avec Djibrill Bassolé, qui s’était empressé, rappelez-vous en août 2012, d’aller saluer le terroriste Iyad Ag Ghali, le leader d’Ansar Eddine, à sa descente d’un avion du l’armée burkinabè… au nom d’une « médiation » qui n’avait que le nom… On notera encore que ce sont les français qui ont exfiltré Blaise Compaoré en 2014 et qui l’ont expédié en Côte d’Ivoire où il réside désormais. Des français loin d’être clairs, donc au Burkina !!!

Dedans, il y avait le portrait d’Al Ghali, l’âme damnée de toute la région :

« La protection du trafiquant Iyad Ag Ghali a effectivement produit les effets espérés ; les journalistes le croiseront désormais dans un hôtel de luxe de la capitale du Burkina Faso (l’hôtel Laico de Ouagadougou, ici à gauche), et non plus à Kidal, son ancien fief, selon le bien informé Ismael Aidara. L’homme y tenant désormais salon : « C’est là qu’il reçoit et consulte » écrit Aidara. « Plusieurs personnalités de renom issues de la haute hiérarchie militaire, du gratin politique et du milieu des affaires défilent en longueur de journée. Djibril Bassolé, Francois Campaoré, Djenderé, Moustapha Chafi, le milliardaire Lancine Diawara le côtoient et le protègent. Chouchouté et cadeauté par l’entourage présidentiel immédiat, Iyad Ag Ghali est une pièce maîtresse du leadership du chef de l’état, Blaise Campaoré dans la géopolitique du no man ‘s land sahélien. Qui le tient, contrôle la nomenclature des chefs de guerre du Nord Mali. C’est le prix à payer, car tout le monde devra s’y accommoder. L’homme fort de Ouagadougou l’a si bien compris en devenant le tuteur attitré aux petits soins de celui qui est par ailleurs très écouté à Doha et à Riyad. » Lancine Diawara est le président du Conseil d’administration de Sitarail, qui opère le rail au Burkina comme en Côte d’Ivoire »…

voici le texte manquant sans illustrations, hélas :

mali épisode Coke en stock (LIX) G

(3) « Depuis, on a appris en tout cas que la thèse que j’avais émise de la surveillance du téléphone Thuraya était bien à l’origine de la décision d’attaquer le convoi : ce jour même (27 octobre donc), dans un court communiqué émanant de Saif El Ilslam, le fils de Kadhafi toujours en fuite qui lui servait jusqu’ici de relation publique auprès des médias, une petite phrase est apparue pour le confirmer : « c’est l’interception de conversations par téléphone satellite Thuraya qui aurait permis aux nouvelles autorités libyennes de retrouver sa trace dans la région désertique de Ghat. » Un aveu qui démontre que si le 25 octobre on savait le faire pour le fils, on devait déjà savoir le faire un peu avant le 20 pour le père : le CNT savait où se cachait Kadhafi, averti par ceux qui étaient capables de déchiffrer les conversations satellitaires : à savoir les services secrets allemands en priorité, qui ont expliqué depuis savoir l’emplacement de la villa où s’était réfugié Kadhafi, ce que j’ai déjà expliqué ici en détail. » Sur Kadhafi, demeure aussi le mystère de cette villa… proche de Misrata.

 

Texte :

Rester au Sahel ou bien décamper ?

« Des militaires et des diplomates s’interrogent mais redoutent qu’un départ ne laisse le champ libre aux djihadistes ».

« La plus longue guerre américaine prendra bientôt fin, comme l’a décidé Donald Trump, suivi par Joe Biden, alors que la plus longue guerre française va se poursuivre au Sahel. Aujourd’hui, pourtant, à la différence des années passées, nombre d’officiers et de diplomates portent un regard critique sur cet engagement français, et non sans raison. Depuis plusieurs mois, les gouvernements du Mali et du Burkina Faso se flattent en effet de négocier avec des chefs terroristes, au nom d’une « nécessaire réconciliation nationale », disent-ils, malgré les efforts de Macron pour les en dissuader. Autre motif d’inquiétude : les djihadistes contrôlent près de la moitié du Burkina, où ils ont depuis longtemps obtenu la fermeture des écoles. Quant à leurs frères d’Al-Qaida, ils viennent, avec l’accord des militaires au pouvoir à Bamako, d’instaurer un petit califat dans le nord du Mali. En attendant mieux.

Faut-il, dès lors, rapatrier les 5 100 Français du contingent Barkhane, y compris les centaines de blindés, les dizaines d’avions, d’hélicoptères et les drones dont on les a dotés ? « Nous avons commis les mêmes erreurs que les Américains en Afghanistan, regrette un général à la retraite. Ils ont cru pouvoir former et équiper les armées locales, et combattre les talibans en leur compagnie. .. Vingt ans plus tard, ils négocient avec ces mêmes talibans qui contrôlent déjà une bonne partie du pays et vont pouvoir, chaUhn s’y attend, s’emparer du pouvoir à Kaboul. »

Les protégés de l’Elysée

« Un échec cuisant pour la Grande Amérique, comme le considère un autre général. « Au Sahel, dit-il, on ne s’en sortira pas à court terme. Nous sommes incapables de détruire les djihadistes. On ne les tuera pas tous, même avec nos frappes aériennes. La solution ne peut être que politique, et le rôle de l’armée est de faire en sorte qu’émerge cette solution politique, ou un modus vivendi. Tandis que, partir, c’est tolérer que le Sahel abrite un jour un foyer terroriste capable de provoquer chez nous des attentats semblables à celui du Bataclan. On est condamnés à rester là-bas. Victoire impossible et départ impossible… 

Désabusés, plusieurs officiers reconnaissent l’échec patent de huit ans d’intervention française, tout en admettant le risque d’extension du terrorisme. D’autant que le Sahel n’est plus la seule cible des groupes djihadistes liés à Al- Qaida ou à Daech, dont les actions visent désormais le Togo, le Bénin, la Côte d’ivoire, le Sénégal, le Ghana et, depuis quelques mois, le Mozambique.

Au Quai d’Orsay, mêmes interrogations sur l’avenir. A preuve, ce constat d’un ancien des ambassades de France en Afrique : « Les diplomates n’ont pas voix au chapitre. Macron décide seul, avec ou sans l’accord de ses généraux, parmi lesquels François Lecointre (chef d’état-major des armées), qui a souvent déclaré que la guerre pourrait encore durer une dizaine d’années. » Et de souligner que le recrutement de jeunes combattants par les djihadistes se voit facilité « par la corruption qui règne au sommet des différents Etats du Sahel, allergiques aux pratiques démocratiques, et par la misère ». Trois présidents – Sarkozy pour sa guerre en Libye, Hollande et Macron – ont d’évidentes responsabilités dans cet échec africain. Mais, sauf immense surprise, aucune commission d’enquête ne leur demandera des comptes. Pourtant, il ne s’agit pas seulement de 57 militaires français qui ont perdu la vie mais de plusieurs centaines de blessés et d’amputés – le véritable nombre est anormalement tenu secret. Et de milliards d’euros dépensés en vain pour sauver des présidents souvent prêts à pactiser avec des massacreurs ».

Claude Angeli Canard Enchaîné 21 avril 2021.

Ce sont bien les mêmes qui sont revenus. Avec leur application sanguinolente de la charia.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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