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Yan Barcelo ? 10 juillet 2009 Pour le dire succinctement, l?art qui ne cherche pas la beaut? et la v?rit?, plus encore la beaut? de la v?rit?, n?est que simagr?es, grimaces et gesticulations d?risoires. Or, l?hyper-subjectivit? dans laquelle s?est enlis?e tout la mouvance de l?art contemporain au cours des 100 derni?res ann?es, constitue une destruction culturelle majeure [...]

SIDA de civilisation ? les arts (6 de 6)

Yan Barcelo ? 10 juillet 2009

Pour le dire succinctement, l?art qui ne cherche pas la beaut? et la v?rit?, plus encore la beaut? de la v?rit?, n?est que simagr?es, grimaces et gesticulations d?risoires.

Or, l?hyper-subjectivit? dans laquelle s?est enlis?e toute la mouvance de l?art contemporain au cours des 100 derni?res ann?es, constitue une destruction culturelle majeure pour notre civilisation. Elle est un sympt?me de plus de notre SIDA de civilisation.

On en est venu ? comprendre l?art uniquement comme expression de la subjectivit?, en ?vacuant toute la part inter-subjective (ou objective) de beaut? et de v?rit? qui doivent l?informer. On en est venu ? croire que l?art n?est qu?une forme de d?foulement, une ?ructation plus ou moins formalis?e de fantasmes subjectifs. Et plus les artistes s?enfon?aient dans cette hyper-subjectivit? maniaque, en coupant tous les liens avec les outils du langage commun, plus ils se drapaient dans un m?pris hautain et autistique du ??populaire??, du ??petit-bourgeois??, bref de tout le monde et de tout public. On en est arriv? ? une situation parfaitement cocasse o? le formulateur d?un langage parfaitement herm?tique et exclusif, que ce soit en peinture, en musique ou en litt?rature, en est venu ? traiter de con le public qui n?entend rien ? ce langage de l?incommunication et qui refuse d?applaudir ? la merde que d?verse sur lui ledit artiste.

Il r?sulte de tout cela une faille devenue insurmontable dans nos cultures. D?un c?t?, on trouve un art savant et sur-sophistiqu? qui s?est coup? de ses sources m?taphysiques de beaut? et de v?rit?; de l?autre, un art populaire qui se compla?t trop souvent dans la facilit?, la sentimentalit?, m?me la vulgarit?. Dans toutes les soci?t?s traditionnelles, le sup?rieur veillait ? communiquer avec l?inf?rieur et ? l?instruire. Dans notre situation contemporaine, nos ?lites artistiques m?prisent le populaire et ont coup? tous les ponts avec lui. Ce dernier le leur rend bien en les ignorant compl?tement. Le seul endroit o? un certain courant passe encore entre les mondes transcendants de la beaut?/v?rit? et les couches plus populaires est dans la salle de concert ou dans le mus?e o? on donne ? entendre ou ? voir des ?uvres d?artistes le plus souvent morts depuis plus de cent ans.

Or, tout le milieu de l?art s?rieux est verrouill? par le terrorisme intellectuel qu?exerce la faction contemporaine. En musique, par exemple, les valeurs artistiques sont pens?es selon les ?quations de Schoenberg, Boulez et Stockhausen, non pas celles de Gershwin, Copland et Orff. Et cette fa?on de penser s?est ?tendue dans toutes les institutions artistiques de la soci?t?, depuis les orchestres symphoniques (quand ils r?servent une partie de concert ? un compositeur vivant, c?est presque in?vitablement un atonaliste) et les soci?t?s de diffusion (ceux qui ont du temps d?antenne parmi les compositeurs vivants sont les m?mes atonalistes), jusqu?aux organismes subventionnaires (les jurys de pairs favorisent en premier lieu les copains atonalistes de la clique).

Il en r?sulte que tout le paysage est occup? par le m?me groupuscule contemporain. Les cr?ateurs qui se r?clament des langages communs des arts, que ce soit en musique, en peinture ou dans les autres disciplines, n?ont pas voix au chapitre et vivotent dans une sorte de no man?s land artistique. En musique, par exemple, c?est le cas de compositeurs de tr?s grand calibre comme Antoine Ouellet et Rachelle Laurin. Pas pour eux la production de leurs ?uvres dans les concerts symphoniques, pas pour eux non plus le temps d?antenne ni les subventions.

Si l?espace id?ologique qu?occupe le c?nacle de l?art contemporain ?tait ? l?image de son minuscule poids d?mographique, il n?y aurait pas lieu de faire une lev?e de boucliers comme l?a fait cette s?rie de chroniques. En effet, le c?nacle ?sot?rique contemporain retient l?attention d?? peine 5% des amateurs d?art qui, eux-m?mes, ne repr?sentent pas m?me 5% de la population g?n?rale. C?est dire qu?au Qu?bec, ils ne rassemblent pas m?me 25?000 adeptes, praticiens et amateurs. Il n?y a pas lieu d?emp?cher ces gens de pratiquer leurs arts particuliers. Mais que ce groupuscule exerce l?influence d?mesur?e qu?on lui conna?t, cela n?a aucun sens. Et le plus d?risoire, c?est que cet imp?rialisme est en r?alit? un ??acad?misme de la r?volution perp?tuelle??, un acad?misme intol?rant et empes?, entretenu par une toute petite coterie d?artistes petit-bourgeois, le plus souvent professeurs d?universit?, fort bien entretenus.

Comment briser cet imp?rialisme? Il y a un ?l?ment de solution fort simple, qui est mis de l?avant par Pierre JC Allard. Il suffit de ne plus subventionner les praticiens de l?art, mais les auditoires. Le niveau de subvention pourrait ?tre ?tabli selon une formule qui tiendrait compte des co?ts de production d?un spectacle ou d?une exposition et du nombre de spectateurs que l??v?nement attire. Par ce simple d?placement du principe subventionnaire, on ferait en sorte que les artistes contemporains soient oblig?s comme tous les autres artistes populaires de gagner la faveur de leur public. Il serait int?ressant de voir combien de temps durerait leur m?pris snobinard de toute concession aux go?ts du public.

Un tel principe abolirait la situation stupide, qui a pr?valu tout au long du XXe si?cle, d?organismes subventionnaires peupl?s de juges sans oreilles et sans yeux. Autrefois, ? l??poque des cours aristocratiques, les artistes ?taient entretenus par des princes et des ducs qui avaient des oreilles et des yeux et qui faisaient valoir leurs go?ts ? pour le meilleur et pour le pire. L?intervention de ??gouvernemaman?? au cours du dernier si?cle a court-circuit? toute la relation entre les cr?ateurs et leurs publics, leur donnant le privil?ge exorbitant de se financer en vase-clos. Pas ?tonnant qu?ils aient d?velopp? les attitudes d?adolescents capricieux et turbulents qu?on leur conna?t.

En remettant une partie du pouvoir mon?taire entre les mains du public des amateurs d?art, on redonnerait au monde de l?art s?rieux les yeux et les oreilles qui lui manquent cruellement depuis plus de 100 ans. On verrait combien de temps survivraient au grand air et au soleil d?un public choisisseur les monstres de laboratoire concoct?s par nos ?sot?ristes de l?art contemporain.

Est-ce que cela r?soudrait tous les probl?mes identifi?s dans cette s?rie de chroniques? Pas certain. Il resterait quand m?me ? faire tout un travail philosophique de fond pour revoir et r?tablir les fondements intellectuels du domaine des arts. Et il est tr?s possible que le fait de remettre un plus grand pouvoir d?achat d?cisionnel au public puisse simplement contribuer, dans nos soci?t?s hyper-mercantiles, ? un ab?tardissement accru du domaine des arts. Mais il reste que ce serait un vent de fra?cheur plus que bienvenu et, somme toute, compte tenu de la situation congestionn?e qui pr?vaut, le jeu en vaudrait certainement la chandelle.

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