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S?isme politique : 30% pour l’extr?me droite

Le dimanche 28 septembre 2008 ont eu lieu en Autriche, petit pays alpin au centre de l’Europe, des ?lections l?gislatives anticip?es pour choisir les 183 d?put?s du Conseil National pour un mandat de cinq ans (avant, il ?tait de quatre ans).

En effet, la grande coalition rassemblant les d?mocrates-chr?tiens du Parti populaire (?VP) et les sociaux-d?mocrates (SP?) dirig?e par le Chancelier social-d?mocrate Alfred Gusenbauer (48 ans) et par le d?mocrate-chr?tien Wilhelm Molterer (53 ans), Vice-Chancelier et Ministre des Finances, a ?clat? le 7 juillet 2008 ? l’initiative de Molterer.

Grande coalition SP?-?VP

Le 11 janvier 2007, Alfred Gusenbauer succ?dait ? Wolfgang Sch?ssel (63 ans) pour diriger un gouvernement de grande coalition ? la suite des ?lections l?gislatives du 1er octobre 2006 qui virent les deux principaux partis gouvernementaux, SP? et ?VP, obtenir respectivement 68 et 66 si?ges, incapables d’obtenir seuls la majorit? absolue (92 si?ges) malgr? les 20 si?ges des Verts.

Les grandes coalitions (sociaux-d?mocrates et d?mocrates-chr?tiens) sont traditionnelles dans la R?publique autrichienne puisqu’elles furent privil?gi?es constamment entre 1945 et 1966, puis entre 1987 et 2000 (avec les Chanceliers sociaux-d?mocrates Franz Vranitzky et son successeur Viktor Klima).

Alliance ?VP-FP?

Rappelons que le Chancelier d?mocrate-chr?tien Wolgang Sch?ssel avait contract? du 4 f?vrier 2000 au 11 janvier 2007 une alliance gouvernementale avec l’extr?miste (populiste et x?nophobe) J?rg Haider (58 ans), chef historique du FP? puis (? partir du 4 avril 2005 apr?s une scission) chef du BZ?.

Alliance qui fut largement contest?e par les autres pays europ?ens alors que le parti de Haider obtenait aux ?lections du 3 octobre 1999 presque 27% et 52 si?ges (devan?ant de quelques milliers de voix l’?VP).

L’euroscepticisme, cause de la rupture de la grande coalition

Depuis un an et demi, les deux grands partis de la grande coalition n’ont jamais cess? de se quereller, entra?nant la paralysie de r?formes essentielles : fiscalit?, ?ducation, sant?… mais la pire anicroche fut au sujet de la politique europ?enne.

Alors que le Conseil National et le Conseil F?d?ral (l’?quivalent du S?nat en Autriche) avaient ratifi? les 9 et 24 avril 2008 le Trait? de Lisbonne (respectivement avec 151 voix contre 27 et avec 58 voix contre 4), le « non » du r?f?rendum irlandais du 12 juin 2008 semble avoir remis en cause le sentiment pro-europ?en des sociaux-d?mocrates d’autant plus que leur cote de popularit? s’effondrait dans les sondages.

Pour r?agir ? cette impopularit?, le SP? a remplac? le 16 juin 2008 son pr?sident, le Chancelier Alfred Gusenbauer, par le Ministre des Transports Werner Faymann (48 ans) devenu tr?s rapidement la coqueluche des sondages avec son sourire permanent.

Et ces deux leaders, sans en parler ? leurs partenaires d?mocrates-chr?tiens, ont demand? ? ce que toute modification du Trait? de Lisbonne soit d?sormais ratifi?e par r?f?rendum en Autriche.

Une position insoutenable pour l’?VP qui a refus? ce tournant eurosceptique et qui a donc d?cid? de rompre afin d’organiser des ?lections l?gislatives anticip?e.

Le 24 septembre 2008, Werner Faymann avait r?ussi malgr? tout ? faire adopter par le Conseil National quelques mesures sociales, parfois avec l’appui des Verts, parfois avec celui des populistes, sans l’accord de l’?VP, comme la baisse de la TVA sur les m?dicaments, la suppression des frais d’inscriptions ? l’universit?, une augmentation des retraites et des allocations sociales.

Les ?lections du 28 septembre 2008

Les ?lections l?gislatives du 28 septembre 2008 ont cependant ?t? un d?sastre historique pour les deux partis de la grande coalition. Jamais les deux ne sont descendu aussi bas depuis 1945 tant en voix qu’en si?ges.

Le SP? tombe ? 58 si?ges (-10) avec m?me pas 30% (29,7% soit une perte de 6%) et l’?VP s’effondre ? 50 si?ges (-16) avec 25,6% (-8,6%), en dessous de ses plongeons de 1994, 1995 et 1999 (52, 53 et 52 si?ges).

Les Verts ont peu ?volu?, perdant un si?ge avec 19 ?lus (et perdant moins d’1% de leur ?lectorat avec 9,8%).

Leur porte-parole, Alexander Van der Bellen (64 ans), avait indiqu? avant les ?lections que les Verts ?taient pr?ts ? former une coalition tant avec le SP? qu’avec l’?VP. Il a ?t? remplac? le 3 octobre 2008 par Eva Glawischnig-Piesczek (39 ans).

Les grands gagnants de cette consultation populaire, ce sont les deux leaders populistes.

Victoire historique des extr?mes droites

J?rg Haider pour le BZ? (scission du FP? datant de 2005, je le rappelle) et Hans-Christian Strache (39 ans) pour le FP?.

? eux deux, ils ont ramass? 29,0% des voix et 56 si?ges, r?partis ainsi : 21 si?ges pour le BZ? (+13) avec 11,0% (+6,8%) et 35 si?ges pour le FP? (+14) avec 18,0% (+6,8% aussi).

Ils ont d?pass? leur pr?c?dent record de 1999 o? le FP? avait obtenu 52 si?ges avec 26,9%.

Si les deux partis ?taient rassembl?s, ils seraient le second parti d’Autriche apr?s les sociaux-d?mocrates (de justesse) devan?ant largement les d?mocrates-chr?tiens.

Mais au contraire, les deux partis sont en compl?te rivalit?. Rivalit? qui provient d’une rivalit? de personnes entre un J?rg Haider qui commence ? vieillir et un bouillonnant Hans-Christian Strache (devenu ? 35 ans pr?sident du FP? au moment de la scission) dont le charisme est incontestable.

Strache estime qu’en quittant le FP?, Haider est un tra?tre alors que ce dernier affirme que « rien ne remplace l’original » (un arri?re-go?t de Le Pen). Mais Strache r?plique : « Nous sommes l’original et l’original a gagn?, de mani?re claire. ».

Strache n’a jamais cach? son antipathie pour Haider qu’il comparait ? un « Michael Jackson de la politique int?rieure qui a tellement chang? que ses proches ne le reconnaissent plus ».

Pour preuve, leurs divergences pour capitaliser leur victoire.

Haider refuse de gouverner au niveau f?d?ral pour continuer ? se consacrer ? sa province de Carinthie.

Alors que Strache a fait des offres de partenariat au SP? arriv? en t?te : « J’ai toujours dit qu’une coalition ? deux partis est la variante la plus stable et celle qu’il faudrait pr?coniser. ». (Partenariat exclu par Faymann).

Encore le 30 septembre 2008, Strache a exclu toute alliance avec Haider : « Il n’y aura pas de r?unification. ».

Pourquoi cette forte fi?vre extr?miste ?

Selon un ?ditorialiste autrichien, « les Autrichiens ?taient furieux, ? un point rarement atteint, et ils ont vot? avec la col?re au ventre ».

Selon un universitaire viennois, le FP? et le BZ? « ont su rel?guer leur rh?torique x?nophobe au second plan au profit des th?mes sociaux, qui sont apparus comme la premi?re des pr?occupations des ?lecteurs ».

Strache « incarne un vent frais et un souffle de jeunesse sur une sc?ne politique autrichienne assez terne et cela a ?t? tr?s bien per?u par l’?lectorat jeune » alors que Haider « a endoss? le costume d’un dirigeant mod?r? et responsable, qui met en avant ses r?alisations en tant que gouverneur de la province de Carinthie ».

En effet, la crise financi?re et l’inflation se font beaucoup ressentir en Autriche pour les classes moyennes et populaires.

Strache avait m?me revendiqu? la paternit? de la r?duction de moiti? de la TVA sur les m?dicaments vot?es ? trois jours du scrutin. Il a obtenu un quart des voix chez les jeunes de moins de trente ans et a rafl? le tiers des voix dans les quartiers ouvriers.

Haider avait remis? ses th?mes contre l’immigration au profit de solutions simples et chiffr?es pour secourir les gens face ? l’inflation.

Les deux partis d’extr?me droite ont aussi b?n?fici? de la mesure qui s’appliquait pour la premi?re fois ? ces ?lections, ? savoir le vote des jeunes de 16 ? 18 ans qui repr?sentent 3% de l’?lectoral (183 000 ?lecteurs).

Ces deux partis se ressemblent aussi dans leur anti-europ?anisme, leurs pol?miques sur leurs louanges du IIIe Reich et leur d?nonciation de l’islamisation du pays (un slogan du FP? : « Vienne ne doit pas devenir Istanbul »).

Mais un autre politologue temp?re le sens politique d’une telle victoire : « FP? et BZ? ont aussi su capter le m?contentement vis-?-vis des partis au pouvoir, sans que tous les suffrages en leur faveur ne soient forc?ment motiv?s id?ologiquement. ».

Et apr?s ?

Les deux partis gouvernementaux ?VP et FP? ont tout de suite exclu toute coalition gouvernementale avec l’un des deux partis populistes FP? ou BZ?.

Ce qui signifierait logiquement la poursuite de la grande coalition, mais avec des autres leaders.

C’est donc logiquement le nouveau pr?sident, Werner Faymann des sociaux-d?mocrates (arriv?s en t?te), qui a ?t? choisi ce 8 octobre 2008 par le Pr?sident f?d?ral Heinz Fischer pour former le nouveau gouvernement.

Werner Faymann a annonc? qu’il commencerait les n?gociations avec l’?VP d?s ce 9 octobre 2008 et qu’il comptait les finir avec succ?s ? No?l 2008.

Mais le SP? avait exclu toute reconduction de la grande coalition si le peu charismatique Wilhelm Molterer (qualifi? de « chef comptable ») restait ? la t?te de l’?VP.

Qu’? cela ne tienne. D?s le 29 septembre 2008, l’?VP s’ex?cute et remplace ? sa pr?sidence Wilhem Molterer par le jeune Ministre de l’Agriculture Josep Pr?ll (qui vient d’avoir 40 ans, il ?tait ministre depuis cinq ans).

?tait-ce cette perspective que souhaitaient les 6,3 millions d’?lecteurs autrichiens le 28 septembre dernier, une reconduction de cette grande coalition si chaotique et si impopulaire ?

Peut-?tre pas, mais une chose est s?re, c’est que si le sc?nario ne semble pas avoir chang?, les acteurs, eux, ont chang? :la cohabitation Waymann-Pr?ll para?t plus encourageante que la cohabitation Gusenbauer-Molterer (les deux hommes, Waymann et Pr?ll, se connaissent bien et ont travaill? ensemble dans le pr?c?dent gouvernement).

Encore que Werner Faymann n’e?t pas exclu de constituer un gouvernement minoritaire qui chercherait des majorit?s de circonstance pour chaque projet, comme il a su habilement le faire le 24 septembre 2008.

La Commission europ?enne a pour sa part r?agi timidement : « Nous esp?rons que l’Autriche restera un partenaire important et constructif de l’Union. ».

Parenth?se franco-autrichienne

Remarque sur des consid?rations fran?aises et comparaison avec la vie politique autrichienne.

Si la France n’a pas de le?on de tol?rance ? donner ? l’Autriche, car ses ?lecteurs ont plac? quand m?me Jean-Marie Le Pen au second tour de l’?lection pr?sidentielle de 2002 (deuxi?me force politique du pays, comme le FP?-BZ? maintenant en Autriche), elle a certainement encore quelques le?ons de vie d?mocratique ? apprendre de l’Autriche, malgr? les presque 30% de voix obtenues par l’extr?me droite.

Certes, un parti gouvernemental (l’?VP) avait tent? avec le FP? ce qu’avait tent? Fran?ois Mitterrand (en 1981) et Lionel Jospin (en 1997) avec les communistes : les impliquer dans l’action gouvernementale pour les affaiblir ?lectoralement.

La strat?gie de Sch?ssel avait m?me eu du succ?s puisque le FP? de Haider ?tait pass? de 26,9% en 1999 ? 10,0% en 2002 (et 15,4% en 2006).

On peut en revanche se f?liciter de la grande r?activit? des deux grands partis gouvernementaux.

1. Possibilit? de r?aliser l’union nationale pour combattre les extr?mismes (l’occasion rat?e de Jacques Chirac en mai 2002).

2. Renouvellement rapide du personnel politique quand un leader n’est plus appr?ci? ou a assez dur?. Le SP? a chang? son pr?sident trois mois avant les ?lections et l’?VP s’est r?solu ? changer son pr?sident le lendemain des ?lections. Idem pour les Verts.

3. ?ge jeune de la classe politique : Strache a 39 ans, Glawischnig-Piesczek 39 ans, Pr?ll 40 ans, Waymann 48 ans et Haider 58 ans (consid?r? d?j? comme vieilli).

En France, depuis 2007, une nouvelle g?n?ration aussi est arriv?e avec les candidats quinquag?naires Sarkozy, Royal et Bayrou et les ministres quadrag?naires voire plus jeunes.

Mais il est fort possible que cette nouvelle g?n?ration dure… le temps d’une g?n?ration encore, comme la g?n?ration Chirac-Giscard d’Estaing-Jospin. Et les perspectives du PS ne sont pas meilleures entre les trois ?l?phants Delano?, Royal et Aubry.

4. Le d?bat sur la n?cessit? de ratifier par r?f?rendum populaire les nouveaux trait?s europ?ens est quasi-inexistant en France. Or, faire l’Europe contre les Europ?ens n’a pas beaucoup de sens.

Demain, en Europe

Une vague d’extr?misme apr?s une grave crise financi?re et des partis gouvernementaux incapables de s’entendre ensemble ?

Oui… cela peut faire penser ? l’Allemagne du d?but des ann?es 1930.

Si on n’y prend pas garde…

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 octobre 2008)

Pour aller plus loin :

R?sultats des ?lections l?gislatives en Autriche (historique depuis 1945).

? propos de Kurt Waldheim.

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