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Réforme des retraites : la choquante stratégie de La France Insoumise

21 759 amendements au projet de loi portant sur la réforme des retraites ont été déposés par les députés de tous bords. 19 357 – près de 89 % ! – l’ont été par les seuls élus de La France Insoumise. Une aberration qui ne manque pas de consterner, jusque dans les rangs des électeurs de ce mouvement…

Emmanuel Macron avait promis d’en finir avec les pratiques de l’« ancien monde » politique. Or, force est de constater que cet « ancien monde » n’a pas disparu, à en juger par les comportements des ministres et des députés de la majorité présidentielle, doigt sur la couture du pantalon (ou de la jupe) et éléments de langages formatés aux lèvres. Entre les membres du gouvernement, aux ordres de l’Élysée et de Matignon, et les élus LREM de l’Assemblée nationale, plus « godillots » que jamais comme vient encore de l’illustrer le scandaleux retoquage de la proposition parlementaire visant à porter à 12 jours le congé des parents d’un enfant mort, l’« ancien monde » est même plus présent, et plus toxique, que jamais.

C’est dans ce contexte que s’est ouvert le débat parlementaire sur le projet de réforme des retraites qui – à juste titre, tant il est porteur d’injustices sociales – a mis à plusieurs reprises des centaines de milliers de Français dans les rues et dont les dispositions continuent d’être rejetées par une large majorité de nos concitoyens.

À ce jour, ni la durée exceptionnelle des grèves, ni la répétition de manifestations massives n’ont suffi à faire reculer l’exécutif. Même l’avis très sévère qu’a formulé le Conseil d’État – pourtant peu suspect de « gauchisme » – sur ce projet si mal construit et si porteur d’iniquité a été impuissant à enrayer la volonté de Macron et de ses complices en néolibéralisme assumé d’aller plus avant dans la casse du modèle français hérité des travaux du Conseil National de la Résistance. C’est donc, pour l’essentiel, à l’Assemblée nationale que va désormais se jouer le bras de fer entre des gouvernants arc-boutés sur leur projet et des opposants déterminés à faire entendre la voix de l’humanisme, par trop étouffée par celle du cynisme dans une République qui dérive dangereusement vers l’autoritarisme.

D’ores et déjà, socialistes et communistes ont élaboré des amendements de fond en vue de tenter d’améliorer dans le sens de la justice sociale un texte de contre-réforme si manifestement préjudiciable aux intérêts de la majorité de nos compatriotes. Tel n’a pas été le choix des élus de La France Insoumise qui, dans le sillage de Jean-Luc Mélenchon, ont décidé d’« utiliser toutes les armes possibles pour retarder la décision finale. » Ce faisant, les députés LFI ont fait le choix de noyer leurs propres amendements de fondAdrien Quatennens affirmait mardi matin sur France Inter qu’il y en a ! – dans une déferlante d’amendements sans le moindre intérêt. But de l’opération : empêcher la Commission des Lois de terminer ses travaux pour le 17 février, date prévue d’arrivée en séance plénière des 65 articles de loi ordinaire et des 5 articles de loi organique que comprend le projet de réforme des retraites.

Dans de telles conditions, il est possible que La France Insoumise parvienne effectivement à retarder de manière significative les travaux de l’Assemblée nationale. Mais pour quel bénéfice, sachant que le texte sera bel et bien voté, fût-ce avec quelques semaines de retard, par les députés de la majorité ? Et surtout à quel prix, en termes d’image démocratique ? Mesdames et Messieurs les députés de La France Insoumise se rendent-ils compte qu’à l’instar de Macron et ses amis, ils offrent l’un des visages les plus laids de l’ « ancien monde » qu’ils accusent le président et ceux qui le soutiennent de n’avoir pas quitté.

Ces batailles d’amendements stériles, aussi vaines que puériles, devraient, tout comme le recours à l’article 49.3 qui leur a si souvent répondu, être définitivement bannies des pratiques parlementaires. Il en va du respect de la mémoire de ceux qui, de haute lutte, ont conquis le droit pour le peuple d’être représenté dans la dignité et pas dans la pantalonnade !

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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4 Commentaire

  1. avatar

    Bonjour Fergus,

    Le bénéfice que j’y vois est celui de permettre à la contestation de se poursuivre. L’opposition peut aussi miser sur cette grogne qui dure pour qu’elle influence le choix des électeurs lors des élections municipales. Le dossier retraite sera toujours brûlant à ce moment-là, d’où peut-être la tentative avortée du gouvernement de supprimer, lors des élections municipales, l’affichage de l’appartenance politique des candidats à la mairie, et ce dans de nombreuses municipalités.

    Maintenant, est-ce la meilleur tactique que celle de pondre autant de demandes d’amendement en vue de retarder l’adoption ou d’espérer voir tourner le tout au vinaigre? Je ne le crois pas non plus. La rue offrait et offre encore (mais moins vu le temps qui a passé) la possibilité d’envoyer un message clair à ce gouvernement: si le projet de réforme n’est pas abandonné, nous ne voterons pas pour vous, ni aux municipales, ni aux élections générales. Surprenant qu’un tel slogan n’ait pas été largement véhiculé lors des manifestations et lors des passages à la télé de différents opposants à la réforme. Il était le seul je pense à pouvoir enrayer la machine.

    Ce que tout cela montre, c’est que les membres de l’appareil politique, de quelque côté qu’ils soient (et j’aurais malheureusement pu employer le pluriel), s’accrochent à leur poste, malgré la nécessité évidente qu’il y aurait à ce qu’ils montrent plus de courage. Pourquoi pas une démission en bloc de toute l’opposition, au lieu de motions de censure qui n’ont aucune chance d’aboutir? C’eut été un coup d’éclat que la population aurait apprécié et il faut bien le dire, une puissante défaite pour la macronie qui se serait retrouvée seule face à l’opinion publique, à porter un message que personne ne voulait entendre. Il y a tout à parier que ses rangs se seraient fragilisés. La réforme des retraites était peut-être la seule chance qu’avait l’opposition de pouvoir effacer dans les esprits le balayage qui a tué l’opposition en 2017 et depuis. Une sorte de remise à l’heure des pendules.

    Sans compter qu’une telle défection de masse, obligeant des élections partielles, serait venue à bout je pense de faire déraper la machine. LREM a beau être majoritaire, il ne peut pas être sur tous les fronts à la fois, encore moins s’il n’a plus la cote.

    Bonne journée et merci pour ce texte:)

    • avatar

      Bonjour, Elyan

      En effet, je pense que la menace d’un boycott électoral de la majorité lors des prochaines échéances en cas de maintien du projet de réforme aurait pu être un argument de nature à essaimer largement, non seulement dans les manifestations, mais également sur les réseaux sociaux. Dommage !

      Un projet de démission en masse des élus de l’opposition n’aurait malheureusement pas fonctionné, à mon avis : trop d’intérêts divergents entre les groupes parlementaires, sans compter le fait que nombre des députés – bien qu’ils s’en défendent – ne veulent pas courir le risque de perdre leur siège.

      En réalité, je pense que les difficultés pour Macron risquent maintenir de venir de sa propre majorité, eu égard : d’une part, aux interpellations virulentes que subissent les députés LREM dans leur circonscription ; d’autre part, au mal-être croissant d’un certain nombre d’élus de la majorité ballottés entre des instructions contradictoires comme cela vient d’être le cas sur le congé des parents d’un enfant décédé.

      A suivre…

      Bien à vous !

    • avatar

      Il y a tout à parier d’après, entre autres, l’exemple que vous citez, que plusieurs députés LREM toucheront enfin le sol. De même, ce qui peut les aider à le faire se joue présentement, à savoir que de nombreuses « grosses pointures » LREM sont prêtes à quitter le navire de l’assemblée nationale, mais aussi de ministères, pour être élues à la tête de municipalités. Certains, parmi ceux qui resteront sur la touche à l’assemblée nationale, pourront penser (à juste titre?) qu’ils ont servi de figurants dans ce qui s’avère être le feuilleton de l’ascenseur social d’une poignée d’entre soi, laquelle sait comment s’extirper d’une gouvernance de plus en plus décriée, en sortant du carcan par la grande porte. ça n’est pas donné à tous de pouvoir renaître ainsi.

      A suivre, comme vous l’avez écrit!

  2. avatar

    @ Elyan

    Macron vit une période charnière qui va conditionner la fin de son quinquennat, et sa capacité ou pas à se représenter. L’un de ses gros problèmes est que la plupart des députés LREM n’était pas engagés en politique avant 2017. Ceux-là – des béotiens naïfs – sont allés aux législatives par conviction de la rupture avec l' »ancien monde ». Or, beaucoup déchantent : la rupture n’a pas eu lieu, et les pratiques anciennes perdurent, avec à la clé l’obligation pour ces députés de faire ce qu’on leur dit, ce qui va à l’encontre de leur espoir d’être des élus libres d’agir en conscience. D’où le malaise croissant dans les rangs car nombre d’entre eux en ont assez d’avaler des couleuvres et de jouer les godillots de service.

    Si une part significative de ces députés lâchent prise ou font sécession dans les prochaines semaines, alors Macron sera en grand danger. Et c’est évidemment pourquoi certains ministres – les plus expérimentés – assurent leurs arrières au cas où. Mais rien n’est joué : si Macron parvient à surmonter cette séquence – fut-ce dans la douleur -, ils s’accrocheront à leur maroquin pour le reste du quinquennat, sans doute en espérant une promotion en cas de réélection.

    A très bientôt !

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