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Notre avenir et notre prospérité dépendent de l’innovation, mais celle-ci n’intéresse quasiment plus personne au sein de nos sociétés occidentales. Les Etats-Unis eux-mêmes,qui furent le modèle suprême envié par le monde entier dont les inventions et créations contribuèrent à améliorer l’existence de centaines de millions de personnes, se retrouvent depuis quelques années à la traîne [...]

Que reste-t-il du capitalisme ?

Notre avenir et notre prosp?rit? d?pendent de l?innovation, mais celle-ci n?int?resse quasiment plus personne au sein de nos soci?t?s occidentales. Les Etats-Unis eux-m?mes,qui furent le mod?le supr?me envi? par le monde entier dont les inventions et cr?ations contribu?rent ? am?liorer l?existence de centaines de millions de personnes, se retrouvent depuis quelques ann?es ? la tra?ne en termes d?innovation. Une ?tude de la ??Information Technology & Innovation Foundation? (1) les place d?sormais effectivement au quatri?me rang derri?re de tr?s petits pays comme Singapour ou la Finlande. Pire encore puisque, sur les 10 derni?res ann?es, ils sont avant-derniers (d?une longue liste) pour la progression de leur innovation, juste devant la derni?re de la classe globale qu?est l?Italie?! Une r?cente ?tude de l?OCDE (2) constate par ailleurs que les Etats-Unis ne fabriquent gu?re plus de produits de pointe, et qu?ils se retrouvent aujourd?hui largement distanc?s par des nations ayant fortement investi dans la recherche, dans l??ducation, et qui ne souffrent pas d?une in?galit? des revenus aussi choquante qu?aux USA.

De fait, les fondamentaux qui caract?risent une ?conomie dite ??traditionnelle ?? ont ?t? amplement boulevers?s, tant aux USA que dans la majeure partie des nations europ?ennes. C?est en effet une inversion des valeurs qui a progressivement ? mais s?rement ? non seulement priv? l?appareil de production des investissements qui y ?taient canalis?s, et qui permettaient nagu?re d?am?liorer tant les conditions de travail des salari?s que la qualit? des produits manufactur?s. C?est, en outre, un flux inverse de liquidit?s que les entreprises ont subi puisque les capitaux en ont m?me ?t? extraits, sachant que cette d?pr?dation et que cet ass?chement de l?outil de travail se d?roulent aujourd?hui selon une ampleur proprement ??industrielle???! L?inventivit? et l?initiative des entreprises se sont effectivement effac?es devant l?efficience de la finance qui a litt?ralement pomp? des capitaux indispensables ? la recherche, ? la technologie, ? la formation depuis la quasi-totalit? des secteurs productifs.

Que celles et ceux qui sont toujours persuad?s aujourd?hui que les financiers se bornent ? faire de l?argent avec de l?argent reviennent ? la r?alit?. Car tant le syst?me financier que ses exploitants (qualifi?s r?v?rencieusement d???investisseurs??) s?enrichissent sur le dos de ceux qui con?oivent et qui produisent nos biens d??quipement et nos produits industrialis?s. En y regardant d?un (tout petit) peu plus pr?s, il est ais? de constater que l?hypertrophie de la finance et de ses profits tout aussi d?mesur?s qu?ind?cents se sont concr?tis?s en foulant aux pieds les revenus des pauvres et de la classe moyenne, comme la qualit? de nos emplois. Bref, c?est les int?r?ts vitaux de la vraie ?conomie qui ont progressivement ?t? sacrifi?s ? l?autel de la finance, des investisseurs, des sp?culateurs, du court-terme et de leurs b?n?fices. C?est une authentique confiscation des ressources qui a eu lieu?: qui a priv? les citoyens d?une croissance stable, qui a emp?ch? l?am?lioration de leur niveau de vie, qui a d?stabilis? l??conomie ? la faveur de l?implosion r?p?titive de bulles sp?culatives, et qui a soustrait ? nos ?conomies une part substantielle de sa prosp?rit?.

Confiscation qui s?est op?r?e au b?n?fice exclusif d?une ing?nierie financi?re ayant engraiss? les actionnaires, les directions ex?cutives des grandes entreprises, et bien-s?r les promoteurs et les concepteurs de ces v?hicules d?ali?nation, ? savoir les financiers. Autant d?acteurs majeurs qui ne sont nullement pr?occup?s de l?avenir de notre ?conomie, mais dont les efforts, dont l?initiative et dont les ?nergies sont tendus vers la course aux profits, ? toujours et ? encore plus de profits. Sachant que la voie royale pour y parvenir passe n?cessairement par une taxation favorable, par une r?gulation laxiste, par des salaires et des bonus ?lev?s, et par toujours moins d?investissements en faveur de l??ducation et les infrastructures. Saviez-vous que de nos jours ? oui en 2013?! -, la nouvelle maxime de Wall Street et de la City est : ?I.B.G.-Y.B.G.??? ?I?ll Be Gone, You?ll Be Gone?, soit en fran?ais?: ?? je ne serai plus l?, vous ne serez plus l?, qui signifie tr?s clairement que les cataclysmes de demain ? in?vitables comme cons?quence des comportements d?aujourd?hui ? ne sont pas leur probl?me. Les financiers, et tous ceux qui gravitent autour d?eux ne seront en effet plus ici?et ce sera ? d?autres de g?rer les probl?mes. Il va de soi que cette eni?me version d???apr?s moi le d?luge?? se fiche ?perdument de stabilit? financi?re, de la classe moyenne, de la qualit? de nos emplois, etc?

L?investissement d?antan a aujourd?hui c?d? la place au trading, la manipulation des cours en bourse ?tant quotidienne afin tout ? la fois de maximiser les profits sur le court terme, de satisfaire les actionnaires et de gonfler les r?mun?rations des directions g?n?rales. Le ?shareholder value?, cette posture consistant ? privil?gier le d?tenteur de cash ? c?est-?-dire l?actionnaire ? a d?cim? l?appareil de production, a d?truit le capitalisme d?antan, a fabriqu? des conglom?rats ? taille inhumaine exclusivement destin?s ? optimiser les profits, tout en pi?tinant bien-s?r les salari?s, les contribuables, la recherche, le d?veloppement, la formation? C?est donc la totalit? du syst?me d?interm?diation financi?re qui fut progressivement d?tourn? de sa vocation originelle pour se retrouver en finalit? – c?est-?-dire aujourd?hui-, enti?rement vou? et d?vou? ? transformer nos entreprises en machines ? sous hautement profitables. Wall Street et ses ?mules ont d?natur? le paysage industriel, et des affaires en g?n?ral, pour les amener ? devenir ? et ? ne devenir que ? des op?rations hyper marg?es, c?est-?-dire dont la vocation se r?duit exclusivement ? la rentabilit?, sur le court terme, de ce capital prompt ? se d?tourner pour aller vers des transactions plus juteuses.

Quelle est, aujourd?hui en 2013, la valeur ajout?e ?conomique d?une entreprise v?n?rable comme General Electric, et en quoi contribue-t-elle ? l?am?lioration de notre vie quotidienne?? La v?rit? est que GE (comme tant d?autres) concentre toutes ses ?nergies et ses ressources afin de r?aliser des profits en bourse en lieu et place de cr?er des produits remarquables, comme par le pass?. Ayant d?s les ann?es 1980 diversifi? ses activit?s dans les pr?ts hypoth?caires, dans les cartes de cr?dit et dans le business des activit?s financi?res en g?n?ral, ce secteur devait tr?s rapidement constituer la moiti? de ses b?n?fices?! Un sondage effectu? par Lawrence Mitchell, de la George Washington University, r?v?le aujourd?hui que 80% des patrons (CEO) des plus importantes entreprises am?ricaines n?h?siteraient pas ? ??mutiler?? leur outil de travail pour satisfaire aux objectifs de rentabilit? fix?s par les analystes. La fi?vre de la financiarisation devait en effet tout contaminer sur son passage?: elle devait ali?ner toutes les ressources de l?entreprise qui se devait d?s lors d??tre affam?e pour r?aliser des b?n?fices ? court terme. Elle imposait de d?r?guler les institutions financi?res qui ?taient cens?es faire prosp?rer l??conomie, elle concentrait toutes les ?nergies vitales de l?innovation en faveur de produits financiers toujours plus complexes. De fait, l?innovation majeure consista d?s lors ? trouver toujours d?autres outils et d?autres moyens permettant de d?poss?der ? voire de voler ? le citoyen ordinaire.

Et c?est ? partir de ce stade que les d?riv?s, que les titrisations, que les produits exotiques, que la sp?culation et que les bulles sp?culatives d?tr?n?rent la valeur travail. Tandis que les CEO des entreprises am?ricaines gagnaient en moyenne 30 fois plus que le salari? moyen il y a trente ans, cet ?cart s?est creus? aujourd?hui ? ? 273 fois?! (source?: Economic Policy Institute??annexe 3). Nos grands patrons valent-ils vraiment autant ? Nous devons collectivement prendre conscience que les march?s financiers ne cr?ent nulle valeur, et qu?ils doivent ?tre subordonn?s et plac?s fermement sous la tutelle de l??conomie productive. Car, pour paraphraser Paul Volcker, les distributeurs automatiques de billets (ATM) repr?sentent la seule innovation utile de la finance de ces 20 derni?res ann?es?!

1-????? http://www.itif.org/files/2011-atlantic-century.pdf

2-????? http://www.oecd.org/eco/surveys/economicsurveyoftheunitedstates2012.htm

3-????? http://www.epi.org/publication/ceo-pay-2012-extraordinarily-high/

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