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Quand un policier tire ? boulets rouges sur la politique s?curitaire sarkozyste

L?amalgame entre gauche et laxisme ou le d?ni de responsabilit? de Sarkozy

Le fait de vouloir s?int?resser davantage aux causes de l?ins?curit? (causes sociales, ?ducatives,??conomiques, sociologiques?) qu?? ses cons?quences passait pour une permissivit??inacceptable. Les ?v?nements de mai 1968 ont d?ailleurs particip? ? cette id?e selon laquelle ?les gauchos? ?taient les ennemis de l?ordre et de la s?curit?.?Ce n?est sans doute pas pour rien que Nicolas Sarkozy, tout au long de sa campagne, a voulu?trancher le d?bat en simplifiant les choses par la d?claration suivante : ?moi je suis du c?t??des victimes et pas de celui des auteurs?. Cette phrase, prononc?e ? de nombreuses reprises?au cours de ses meetings, consistait ? r?pondre aux attaques sur son bilan au minist?re de?l?Int?rieur et ? discr?diter la gauche en la mati?re. Habile manipulation je dois le dire?puisqu?elle a fonctionn? ? merveille. En outre, les d?clarations sur les ?v?nements de mai?1968 auront parachev? cet amalgame entre la gauche et le d?sordre.

Il s?agit d?un concept?nouveau qui tend ? d?placer les curseurs dans l?esprit collectif. Ainsi, les travailleurs ne?peuvent plus demander des comptes au patronat ou aux pouvoirs publics mais aux ch?meurs.?En mati?re d?ins?curit? c?est la m?me chose. Il ne faut plus solliciter d?explication aupr?s du minist?re de l?Int?rieur mais aupr?s de la gauche laxiste syst?matiquement du cot? des?voyous.?Pour les discours de droite, il n?est jamais question de r?pression sans pr?vention. Mais il faut?bien reconna?tre que, dans les faits, la politique s?curitaire impos?e par les ministres?successifs de ce bord a souvent fait la part belle ? l?aspect r?pressif des choses ?voquant?l?aspect pr?ventif uniquement comme alibi d?une r?pression tous azimuts. Du ?il faut?terroriser les terroristes? ? ?la racaille? en passant par l??pisode des nettoyeurs haute?pression, le catalogue des formules ? l?emporte-pi?ce a ?t? largement utilis?. (?)

Tuer la police de proximit? pour une politique du chiffre inefficace

Pour la premi?re fois, la notion de ?police de proximit?? a tent? de rompre avec cette?opposition syst?matique entre pr?vention et r?pression. C??tait une vision r?publicaine de la?s?curit? gr?ce ? laquelle la population pourrait disposer d?une police qui marcherait ? ses?c?t?s mais qui saurait, lorsque ce serait n?cessaire, user de la force pour parvenir au?r?tablissement de l?ordre public. (?)?Les d?clarations de Nicolas Sarkozy dans ce domaine r?sonnent encore : ?Pourquoi une?politique vant?e comme ?tant aussi bonne a-t-elle obtenu des r?sultats aussi mauvais ?? Le raccourci n?est pas tr?s habile et pourtant, encore une fois, ?a marche. Personne ne trouve ? r?pondre. (?) Nicolas Sarkozy a mis toute son ?nergie pour discr?diter et pour mettre fin ? la police de proximit?. Un directeur d?partemental de la S?curit? publique de Haute-Garonne l?a pay? cher. En 2003, Jean-Pierre Havrin sera humili? au cours d?une op?ration de communication bien pr?par?e. Les m?dias sont pr?sents en nombre.

Les policiers sont invit?s, par une conseill?re en communication du Ministre, ? parler uniquement de leurs op?rations de pr?vention. Un des fonctionnaires choisit d??voquer les matchs de rugby avec les jeunes du quartier. Le ?sarko-show? peut commencer : ?l?organisation des matchs de rugby n?est pas?la mission premi?re de la police?? Les policiers sont invit?s ? revenir ?aux?fondamentaux? du m?tier tels qu?il les con?oit. Le but est atteint, la police de proximit? est?discr?dit?e. Pour autant, le ministre de l?Int?rieur de l??poque ne dira jamais directement qu?il veut mettre fin ? cette organisation polici?re. Tout juste assumera-t-il vouloir la r?former en profondeur. Devenu pr?sident de la R?publique, Nicolas Sarkozy portera un nouveau coup pour enterrer d?finitivement la police de proximit? le 29 novembre 2007, devant deux journalistes venus ? l?Elys?e pour l?interroger : ?le r?le de la police n?est pas de conna?tre les?d?linquants mais de les arr?ter?. La ficelle est ?norme mais, une nouvelle fois, pas de contradicteur ou presque. (?)
La doctrine originelle de la police de proximit?, si elle avait bien la volont? de rapprocher le policier du citoyen, n?avait en aucun cas pour but premier, de voire des policiers se promener dans la rue ?pour saluer la boulang?re ? huit heures du matin? comme a voulu le faire croire?de mani?re caricaturale Nicolas Sarkozy ? son arriv?e place Beauvau. En effet, il suffit de reprendre les publications de l??poque ? ce sujet. Il ?tait en effet question d?occuper le terrain pour s?attaquer ? l?ins?curit?. Il ?tait question de cr?er davantage de coordination et de communication entre les services pour que les renseignements collect?s au plus proche du terrain puissent ?tre exploit?s ? tous les niveaux. Il s?agissait de donner toute leur importance aux services tels que les Bac ou les sections d?intervention. La police de proximit? devait permettre aux policiers de conna?tre davantage le terrain et la population qui l?occupe afin d??tre plus efficaces. (?) Certains policiers, assez rares il faut le reconna?tre, reconna?tront bien l?utilit? de cette politique s?curitaire en reconnaissant qu?un policier qui conna?t le terrain et ses habitants est un policier plus efficace. Cette id?e semble d?ailleurs avoir fait son chemin ces derni?res ann?es avec l?application d?une politique du chiffre destructrice de motivation et?surtout assez st?rile pour le r?glement des probl?mes de fond. (?)

La manipulation des statistiques

Certes, la politique du ? tout s?curitaire ? est bien plus rapide ? faire ses preuves mais sur le long terme apporte-t-elle r?ellement des solutions p?rennes au probl?me de l?ins?curit? ? On peut retenir, pour illustrer ce propos, deux exemples tr?s simples. Sous ? l??re ? de la police de proximit?, il fallait syst?matiquement traiter les infractions au travers de prises de plaintes. Les bureaux de police et points de contact ?taient nombreux et bien r?partis sur les territoires couverts par la police nationale. En cons?quence, les statistiques ont bien entendu explos?. Aujourd?hui, il faut ? tout prix dans les services ?viter de prendre des plaintes. Pour des d?gradations de v?hicule par exemple, la hi?rarchie d?clare : ?un r?c?piss? de main courante suffit pour les assurances?. Gr?ce ? cela, les statistiques s?am?liorent de jour en jour. (?) Ajoutez ? tout cela une chasse au port d?arme de sixi?me cat?gorie (quitte ? ce qu?il s?agisse d?un poseur de moquette et de son cutter), au quart de gramme de r?sine de cannabis ? trouv? ? dans la poche d?un lyc?en ou au vol ? l??talage qui permettent de r?diger des Comptes Rendus d?Enqu?te (CRE) en nombre et vous arrivez ? une am?lioration spectaculaire des statistiques.

Pour autant, lorsqu?on court de la sorte derri?re les chiffres, r?gle-t-on en profondeur le probl?me de l?ins?curit? ? (?) on a adapt? le mode de travail des fonctionnaires de police vers des solutions davantage destin?es ? am?liorer les statistiques qu?? chercher r?ellement des solutions en mati?re de lutte contre l?ins?curit?. Ainsi, ce m?me ministre s?est largement vant? d?avoir am?lior? les statistiques en mati?re de faits ?lucid?s. De un fait sur quatre en 2002 ? un fait sur trois en 2007. Vaste fumisterie. Il faut savoir, dans ce domaine, que nombre de faits qui entrent dans le cadre des faits ?lucid?s ne donnent pas lieu ? une plainte au d?part. Ainsi, un individu interpell? pour une infraction ? la l?gislation sur les stup?fiants (un ?tudiant porteur d?un gramme de r?sine de cannabis pour sa consommation personnelle par exemple) entrera dans les statistiques des faits ?lucid?s.

Pourtant, aucune plainte n?est d?pos?e dans ce domaine. C?est la raison pour laquelle on a orient? le travail des policiers de terrain vers la recherche de ces infractions trait?es en temps r?el dans le seul but d?am?liorer les statistiques. (?) Aussi fastidieuse que soit la d?monstration, je pense qu?elle m?rite qu?on s?y arr?te pour comprendre la supercherie des statistiques de la d?linquance jet?es en p?ture tous les mois depuis huit ans ? la presse et ? l?opinion publique. (?) il est hors de question de reconna?tre une quelconque utilit? ? cette mascarade. (?) Non, je crois qu?on ne soigne pas la grippe en traficotant le thermom?tre.??

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