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Quand le patronat fran?ais collaborait avec les nazis

Hitler

? Aucune voiture am?ricaine en Europe ?, demandait ? Hitler le tr?s ob?issant Louis Renault. Fournissant complaisamment la masse de camions n?cessaires ? ses guerres. Les 200 tonnes d’or de la Belgique d?tourn?s vers l’Allemagne par la Banque de France. La spoliation des petits actionnaires des Mines de Bor. Quelques exemples parmi d’autres de la collaboration ?conomique honteuse de l’?lite fran?aise. ? Industriels et banquiers fran?ais sous l’occupation ? d’Annie Lacroix-Riz est un ouvrage monumental?! Ecrit presque exclusivement ? partir du d?pouillement des archives originales fran?aises et allemandes, cet ouvrage remue un pass? que certains voudraient laisser enterr?…

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Notre s?lection d’extraits?:

(1) ??Le vieux r?ve de Louis Renault?: le « comit? europ?en de l’automobile »??

(2) ??La banque de France et l’or belge??

(3) ??Calcul strat?gique des Suisses et d?nonciation de la trahison des Mirabaud??

(4) ??La Banque de France contre Mme Benda??

(1) Extrait – Le vieux r?ve de Louis Renault?: le « comit? europ?en de l’automobile »

Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers fran?ais sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 231-234

Aucun cartel ne re?ut autant de publicit? que celui que Lehideux amor?a un mois apr?s sa nomination de ??directeur responsable du COA??, en porte-parole de la SAUR autant que de la branche. D?but octobre 1940, le plan Carl Schippert de ??r?organis[ation de] l’industrie automobile?? avec Renault comme seul constructeur maintenu dans deux cat?gories sur trois, ??camions de transport [… et] voitures de tourisme??1, esquissa le cartel?futur, l’heure n’?tant qu’aux camions.

Le 1er novembre 1940 ? Berlin, Lehideux et Adolf von Schell s’entendirent sur un cartel franco-allemand-italien en ??cinq points??, premi?re ?tape d’un ??comit? europ?en?? si notoire ? la Lib?ration que Lehideux dut le citer dans son ??m?moire de d?fense??2. La fondation, finalis?e entre d?cembre et mars, multiplia ses s?jours ? Berlin, avec des escortes ? surrepr?sentation Renault. Mi-d?cembre 1940 ?Berlin, il d?clara se joindre ? l’Allemagne (nul n’avait consult? l’Italie) pour proposer ??M. Thoenissen [comme] pr?sident garant […du] comit? automobile europ?en (EAC)?? ? cr?er3. ??Retour d’Allemagne??, lyrique, il ??pr?sent?? le 24 d?cembre ? la presse ??son rapport de collaboration, […] plan qui correspond[ait] aux exigences des temps pr?sents??4. Il venait de ??demande ? ses collaborateurs MM. [Maurice] Champomier [DG du COA] et [Andr?] Reynaud?? directeur du service mati?res premi?res du COA, issu de Renault], chef de cette d?l?gation fran?aise ? Berlin, ??d’?tablir les bases du comit? de collaboration internationale.??5?Ce plan Lehideux, calqu? sur l’allemand, respectait l’h?g?monie du Reich, dot? du march? de l’Europe centrale et nordique (Danemark, Finlande, Hongrie, Norv?ge, Pays-Bas,Pologne, Su?de, Tch?coslovaquie). Il cantonnait la France ? la Hollande, la Belgique, la Suisse et l’Espagne (consacrant son ?viction de l’Europe orientale), et l’Italie ? une partie de l’Europe balkanique (40% seulement en Gr?ce et Roumanie)6. ??Il […] terminait en ?non?ant?: « aucune voiture am?ricaine »??7?? la formule de Louis Renault pour Hitler le 21 f?vrier 19358.

Aux ??entretiens au GBK, ? Berlin du 1?er?au 6 mars 1941?? fut sign? ??le protocole [cr?ant…] la Commission provisoire pour la collaboration de l’industrie automobile europ?enne??9, noyau du ??comit? europ?en de l’automobile???: au nom du Reich par von Schell et RudolfEgger, directeur g?n?ral de B?ssing-NAG, sp?cialiste du 4,5 t. – un des champions du travail esclave ?tranger (travailleurs forc?s et d?port?s, notamment d’Auschwitz, repr?sentant 49% des effectifs de juin 194410)?? et chef du CO de l’automobile (Wirtschaftsgruppe Fahrzeugindustrie, Wigrufa)?; de la France par Lehideux?; de l’Italie parGiuseppe Acutis, pr?sident de l’association nationale de l’industrie automobile (Associazione fra gli industriali del Automobile, ANFIA) li? ? Giovanni Agnelli (FIAT). Louis Renault avait charg? Adrien Mettas de r?diger sur la session, o? la d?l?gation fran?aise ?tait ? 50% Renault, Lehideux exclu11, un rapport qu’il lui ??demand ? on retour??12. ??Le comit? europ?en de l’automobile [visait ?] cr?er une organisation rationnelle du march? europ?en, […] assurer les relations de celui-ci avec les autres march?s mondiaux de l’automobile […et] la d?fense des industries europ?ennes et travailler dans la plus large mesure ? leur extension.?? Il ??comprendrait cinq commissions??, visant ? rationaliser, normaliser et concentrer la branche sur le mod?le allemand?: 1? celle des ??types?? ?tablirait les programmes ??en partant des enseignements d?j? acquis [et de] l’exp?rience tr?s ?tendue que l’Allemagne??, et ??normalis[erait l]es types suivant les besoins europ?ens internationaux?(sic)???; 2? celle des ??dispositions l?gislatives concernant la circulation automobile?? unifierait les ??prescriptions de la circulation internationale routi?re, concernant le poids, la largeur, la longueur, voie, ?cartement des essieux, freins, vitesse, etc. [et] sugg?rer[ait] aux gouvernements les diff?rentes dispositions susceptibles d’am?liorer cette circulation.???; 3? celle de la ??normalisation […]?tudier[ait] la diminution des prix de revient, gr?ce ? la r?duction du nombre des mod?les?et ? l’?tablissement d’un programme g?n?ral de normalisation concernant le mat?riel et les accessoires???; 4? celle de l’??organisation du march? [serait…] charg?e de la r?glementation des ventes […], des prix et conditions de vente, des reprises de voitures de deuxi?me main, etc.???; 5? celle des ??exportations […] de l’organisation de l’exportation, de la r?partition des produits dans les pays importateurs, des conventions de prix, des participations aux courses et concours internationaux, aux expositions, etc. […] Les s?ances du comit? se tiendr[aie]nt alternativement ? Berlin, ? Paris et ? Rome, aussi souvent que l’exigera la convention.?? Le 8 juillet 1942 suivirent ??les accords fixant ? RM 8 000 [160?000 frs] la cotisation annuelle des trois?? pays membres13.

La propagande sur le cartel explosa d?but mai 1941, peu apr?s que Lehideux eut tiqu?, en priv?seulement, devant l’exigence du GBK de tout savoir par questionnaire ??remis directement aux constructeurs d’automobiles par leurs commissaires?? allemands?: effectifs, production, ??moyenne mensuelle de production??, ??r?partition du capital, participation bancaire, participation juive??, part dans la production, dans l’exportation, etc. au 1?er?ao?t 1939, au 1?ermai 1940, et au 1?er?avril 194114. Le ??bref communiqu? de la?Berliner B?rsenzeitung?du 6 mai 1941 pr?senta ??la normalisation des types et des pi?ces, afin de simplifier la construction dans son ensemble et de baisser les prix [comme…] une des t?ches les plus importantes de ce comit? […], une ?tape tr?s importante pour l’industrie fran?aise de l’automobile car, jusqu’avant la guerre, elle d?pendait de l’Am?rique. Le Comit? s’efforcera de ne plus permettre cet envahissement par les ?tats-Unis.?? ?cho du d?lire printanier, le synarque Claude Popelin, comp?re de Croix de Feu puis de PPF15?que Lehideux casa au service Presse de son haut-commissariat au ch?mage et du COA16?puis comme ??charg? de mission au cabinet [de son] minist?re de la [PI]??17, pr?senta le 4 mai au?Matin?l’accord comme ??aussi gros de cons?quences que l’entrevue de Montoire. C’est, sur le plan ?conomique, industriel et social, politique aussi, l’?quivalent, le pendant, de la poign?e de main qu’?changea le Mar?chal avec le Chancelier Hitler. Dites-le bien haut?: M. Lehideux n’a trouv?, au cours de ses tractations avec les Allemands, que des hommes d’une absolue bonne foi, d?gag?s de toutes mesquineries, anim?s du seul d?sir de servir la cause europ?enne. Et nous ne sommes pas peu fiers, ici, au COA, que ce soit l’industrie automobile qui soit la premi?re ? s’engager sur la voie d’un ordre nouveau.??18

Lehideux avait consid?r? comme ??une affaire s?rieuse?? ce cartel qui ??mettait l’industrie automobile fran?aise en tutelle pour 50 ans au moins et […] supposait par avance l’Allemagne victorieuse??, d?clar?rent en 1944 deux dirigeants du COA, Maurice Champomier (son DG) et Georges Pessereau (directeur de ses services g?n?raux)19. De la documentation tr?s lacunaire du COA ?mergent des r?unions et festivit?s de 1941 ? 1943, surtout en Allemagne, ? Berlin, si?ge de la pr?sidence, en France et en Italie (? Turin)?: en 1941, fin f?vrier-d?but mars, fin mars, fin avril, juin20, fin septembre et du 6 au 9 octobre, ??dans les locaux de la Wirtschaftsgruppe Fahrzeugindustrie, Berlin??21, le 4 novembre ? Turin, ??dans les bureaux de l’ANFIA, 21, Via Teresa??22, avec huit d?l?gu?s prestigieux, dont Lehideux, Ren? de Peyrecave(d?l?gu? Renault ?s qualit?s) et Jean-Pierre Peugeot23?; en 1942, ? Nuremberg (en avril-mai) et ? Stuttgart (en novembre)?; des sessions parisiennes, notamment ? l’?t?24?et en d?cembre 1942 et en avril 1943. ??Toutes es d?penses concernant le compte europ?en [?taient] support?es par le COA??25. Le 4 novembre 1941 ? Turin, Thoenissen acquit de Lehideux et Acutis ??pleins pouvoirs du pr?sident pour l’?tablissement d’un r?gime provisoire??26, qui fut d?finitif27. Il co?tait 360?000 frs annuels au COA, admit Lehideux le 13 octobre 194428.

Si important que f?t le cartel pour l’avenir, il servit surtout de couverture ??europ?enne?? ? la politique allemande?: fabrication exclusive de poids lourds, concentration, normalisation, standardisation depuis 1942 avec l’actif soutien du COA29, et depuis 1943, tentative du contr?le des entreprises fran?aises via les?Patenfirmen. L’hypocrite ??discours d’ouverture du g?n?ral von Schell?? pr?vu pour la session turinoise de novembre 1941, communiqu? aux Fran?ais mi-octobre, laissa filtrer la r?alit?. Une longue tirade sur ??l’arm?e allemande […] engag?e dans un combat d?cisif contre le bolchevisme russe, contre l’adversaire qui doit ?tre terrass? si l’Europe veut d?sormais vivre tranquille??, sur le ??sang europ?en?? (allemand) vers? au service du continent et sur ??la volont? d’une action commune europ?enne?? censurait mal l’objectif allemand?: ??Vous, Messieurs, comme repr?sentants de l’industrie automobile allemande, italienne et fran?aise, vous ?tes r?unis sous la direction de l’organisme responsable pour l’Allemagne, repr?sent? par moi, afin de vous attaquer ? l’unification de la partie industrielle du domaine de la motorisation.??30?R?unissant au COA les ??constructeurs fran?ais??, le 20 juillet 1942, von Schell les pressa de se ??rallier ? une normalisation qui ferait qu’il n’y aurait plus – tout au moins pour le temps de la guerre – qu’un type de camion dont la guerre a[vait] besoin et qui serait construit par l’ensemble des constructeurs fran?ais??. Ayant ??discut? cette question la semaine derni?re avec M. Lehideux [, qui…] partage[ait] cette fa?on de penser??, il leur laissait ??4, 6 ou 8 semaines?? de r?flexion31. La suite, refl?t?e par la part respective des constructeurs dans la production, s’en inspira.

Ayant pav?, comme les mariages de capitaux, la voie de l’avenir, le cartel fut ob?r? par l’h?g?monie du Reich, le poids de sa guerre et la certitude de sa d?faite, constat d’une lettre de mai 1942 d’Acutis ?Thoenissen?: ??le Comit? EAC r?el […] n’a pas ?t? constitu??; les industries automobiles allemande et italienne ??d?pendent directement de l’organisation militaire [allemande, de m?me que] l’industrie fran?aise […]?Durant cette p?riode?qui sera encore plus ou moins longue, nos travaux ne sauraient, en aucune fa?on, concerner les constructions en cours [… Le]travail de pr?paration?? n’a pas commenc?, ??nous ignorons compl?tement […] la situation apr?s-guerre??, mais nous devons viser ??d?s ? pr?sent?? r?aliser une ?troite collaboration entre […] nos industries […] en travaillant d?j? aujourd’hui ? la pr?paration d’un avenir plus ou moins proche.??32?Le cartel n’en surv?cut pas moins. Lehideux a presque vid? le COA de sa correspondance33?mais en mars 1944, Thoenissen invitait encore le ??secr?taire permanent au comit? europ?en de l’industrie automobile?? Albert Arnaud ? une s?ance du ??comit? principal?? (Hauptschuss) II sur le caoutchouc, pr?vue ? Luxembourg les 27 et 28 avril 1944?: il y rencontrerait le chef de ??la d?l?gation fran?aise?? du secteur, Henri Bala? (ou Balay), de Bergougnan, directeur du CO des pneumatiques?34?et gendre de Joseph Gillet.


1???3? voitures de luxe??, DGSN, sn, 4 octobre 1940, F7, 15307, AN, et?supra.

2???M?moire??, sd, 1945, W3, 217, AN, de l’?norme dossier HCJ de Lehideux, 217-234.

3?Note sign?e ??directeur du COA??, Lehideux, 16 d?cembre 1940, W3, 217, AN, points 1-3 de 4.

4?Interview ??Aujourd’hui?24 d?cembre 1940, AN, W3, 217.

5?Rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945, W3, 217, AN.

6???Suite au projet de conventions franco-allemandes et franco-italiennes??, 15 janvier 1941, W3, 234, AN, tableaux pr?cis march?s et nombres de v?hicules, tracteurs compris.

7?Rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945, W3, 217, AN.

8?Fridenson P., ??Premi?re rencontre??, p. 13, et?supra.

9?Dont Thoenissen remit ? Lehideux, le 8 avril 1941, ??un exemplaire??, en fran?ais, italien et allemand, W3, 230, AN.

10?Bibliographie, dont travaux de Karl Liedke,?de.wikipedia.org.

11?Composition pr?cis?e?supra.

12?D?position d’Adrien Mettas, 42 ans, ? JI Martin, 26 mai 1945, W3, 221, AN, soulign? par moi?: ce fut sa ??note ??note sur notre voyage ? Berlin?? (voir aussi PV allemand ??entretiens au GBK et rapport J.Marcou ??voyage ? Berlin, 3/7 mars 41??), W3, 218, AN.

13?Note ??Comit? europ?en de l’automobile?? [plus loin CEA], avril 1941, et mention des ??originaux??, ??1? chemise accords??, W3, 234, AN. Soulign? par moi.

14?Lettre Lehideux ? Thoenissen, GBK Berlin, Paris, 29 avril 1941, W3, 232, AN.

15?Synarque liste SSS, 25 juin 1942, et des 364, 1943, F7, 15343, un des ??principaux lieutenants?? de La Rocque avant leur rupture, note IGPA, Vichy, 26 juillet 1941, F7, 15327, Le Flambeau, de la Rocque, AN?;?Choix, index.

16???Ami personnel de Le Roy Ladurie, actuellement charg? de la presse au haut-commissariat au ch?mage. C’est lui qui passe les communiqu?s de presse aux journaux (influenc? par Worms)??, tract ??les hommes de Worms au gouvernement??, 22 ao?t et 3 septembre 1941, W3, 222, AN.

17?Son courrier ? en-t?te, ? L’?pine, Paris, 12 et 14 mars 1942, W3, 228, AN.

18?Cit?s, rapport Caujolle, 27 f?vrier 1945, W3, 220, AN.

19?Auditions par JI Martin 14 et 20 novembre 1944, rapport Caujolle, 27 f?vrier 1945, W3, 220, et rapport Lemoine, 7?e?partie, 23 d?cembre 1948, W3, 218, AN. Tous les autres (Lehideux inclus) glos?rent sur le grand patriote Lehideux,?ibid.

20?Lettre de Thoenissen ? en-t?te ??Commission provisoire pour la collaboration de l’industrie automobile europ?enne??, ? ??M. Lehideux, actuellement ? Berlin, H?tel Eden??, Berlin, 6 juin 1941, et lyrique ????Communication ? la presse?? AN, W3, 230.

21?Invitation Thoenissen ? ??cher M. Lehideux??, Berlin, 10 septembre 1941, W3, 231, AN.

22?Lettre Thoenissen ??aux directeurs des (3) groupements nationaux?? (plus loin, GN), Berlin, 10 septembre 1941, W3, 231, AN.

23?Liste membres d?l?gation fran?aise pour Turin, 9 octobre 1941, W3, 231, AN.

24?Acutis sur ??prochaine r?union de Paris??, lettre ? Thoenissen, Turin, 21 mai 1942, W3, 234, AN.

25???M?moire?? Lehideux, sd, 1945?; rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945 (liste billets de train pour l’Allemagne et autres paiements de frais pour le CEA), W3, 217, AN.

26?3?e?partie ODJ, PV 2?e?s?ance pl?ni?re 4 novembre Turin, 11 novembre 1941, W3, 231, AN.

27?Lettre Thoenissen ??au [GN] fran?ais aux bons soins de M. le ministre Lehideux, COA??, via GBK Paris, Berlin, 19 d?cembre 1941, W3, 231, AN.

28?Rapport Caujolle, 27 f?vrier 1945, W3, 220, AN.

29?Qui ??accueill avec satisfaction?? la volont? de Saurer-Vienne d’imposer ? Saurer-Suresnes la fabrication ??de camions type [allemand] Frankfurt??, PV Ullerich entretien GBK-COA, Paris, 10 octobre 1942, W3, 229, AN.

30?Traduction et allemand, 16 octobre 1941, W3, 231, AN.

31?Version allemande discours au COA, plus pr?cise, W3, 231, AN.

32?Lettre Acutis ? Thoenissen, Turin, 21 mai 1942, W3, 234, AN. Soulign? dans le texte.

33?Pessereau, ? JI Martin?: ??Je tiens d’ailleurs ? vous signaler qu’il ne se trouve que peu de documents au COA sur les missions et voyages relatifs au comit? europ?en. J’en suis ?tonn?, car il devrait y avoir des dossiers importants.??, cit? rapport Lemoine, 7?e?partie, 23 d?cembre 1948, W3, 218, AN.

34?Lettre Thoenissen, pr?sident communaut? du caoutchouc, ? Arnaud, SG du, Mondorf, 12 mars 1944, pour W3, 229, AN.

(2) Extrait – La Banque de France et l’or Belge

Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers fran?ais sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 248-253

Sur l’inclination ? la cession, la Banque de France donna l’exemple avec l’or belge, qui ne lui appartenait pas. Ce dossier a ?t? parfois1?trait? sur une base insuffisante?: la correspondance ??officielle?? sur le voyage d’ao?t 1943 en Suisse du synarque Boisanger, grim? en victime d’une pure voie de fait allemande de 19402. ?tudi? par des auteurs ni francophones ni traduits, il reste ignor? en France3. Il illustre, comme celui des Mines de Bor, le consensus entre haute banque et Laval, la fonction de chambre d’enregistrement de l’?tat et la conviction des grands synarques, en 1940-1941, que le Reich dominerait l’Europe.

La reprise de la tactique espagnole

La Banque nationale de Belgique avait confi? ses 200 tonnes d’or ? la Banque de France avec ordre de transfert ?ventuel ??sous son dossier ? la Federal Reserve Bank??, donn? oralement par son gouverneurGeorges Janssen au gouverneur Fournier et au sous-gouverneur Jacques Rueff, et par ?crit le 18 juin 19404. Les pr?s de 5 000 ??caisses clou?es, cercl?es et scell?es??5?furent ?vacu?es en mai-juin 1940 vers l’Afrique Occidentale et d?pos?es ? Dakar au S?n?gal puis ? Kayes au Soudan. Les trois grands ??affili?s?? Boisanger, Bouthillier et Rueff n’en r?pondirent pas moins docilement le 27 juillet au ??questionnaire pr?sent? [? ce sujet] le 20 […] par la D?l?gation allemande de la Commission d’armistice???: ??Pour m?moire?: 4 944 caisses non reconnues par la Banque, remises en d?p?t par la Banque nationale de Belgique et conserv?es ? Dakar??6. Aussi z?l?s que Laval, Boisanger, Bouthillier, etc., l’accabl?rent?a posteriori7, tout comme la Reichsbank accusa l’?tat nazi de l’avoir contrainte ? ??r?unir l’or [belge] ? son propre stock??8.

Un d?cret P?tain-Bouthillier du 31 ao?t rempla?a ? la t?te de la Banque de France Fournier, d?sormais r?ticent, par Boisanger9, aussi empress? aupr?s des Allemands que le ministre des Finances. Fran?ais et Allemands d?battirent depuis ao?t de la cession10, ? laquelle l’entourage du tandem Worms (Boisanger-Bouthillier) fut associ??: le sous-gouverneur Rueff s’en occupa beaucoup, officiellement jusqu’en janvier 1941 inclus, avant sa d?mission forc?e, comme juif, ??en application de la loi du 3 octobre 1940??11?; Couve de Murville fut charg? d’en organiser le transport. Boisanger se garda d’embl?e d’aviser son conseil (des fuites de ??presse [… sur] une instance engag?e ? New York contre la Banque de France au sujet de l’or confi? ? celui-ci par la Banque nationale de Belgique?? ne l’oblig?rent ? s’expliquer, en mentant, que le 13 f?vrier 194112). Sch?fer adressa le 2 septembre la demande officielle allemande, maquill?e en demande de ??la Banque nationale de Belgique […de] restitution de cet or […et de] son rapatriement, en choisissant un moyen de transport [donnant] toutes garanties de s?curit?13.

Mi-mai 1940, la fraction pro-alli?e du ??Comit? de Direction de la Banque nationale de Belgique??, repr?sent?e par son directeur Adolphe Baudewins et son inspecteur Hubert Ansiaux, avait ??suspend[u…] les pouvoirs de tous ceux, qui, ? un titre quelconque, [avaient] le droit de disposer des biens ou des droits de la Banque et […?taient] dans une partie du territoire occup? par une puissance ennemie??14. Ansiauxsollicita donc restitution de son or, le 30 juillet, de Fournier, puis le 12 septembre de Rueff, en vain. Le 16 septembre, il mit en garde le nouveau gouverneur, Boisanger, contre la d?tention ill?gale par la Banque de France ??d’un bien qui [?tait] la propri?t? de la Banque nationale de Belgique?? et contre ??toute d?livrance comme tout transfert total ou partiel du d?p?t en question, effectu? sur les ordres, contre d?charge ou avec l’approbation de personnes exer?ant leurs fonctions en territoire occup? par l’ennemi, [qui] ne d?gagerait pas la Banque de France de ses obligations envers la Banque nationale de Belgique.??15?Lecollaborationniste Janssen, rentr? en Belgique ? l’?t?, laissa esp?rer son ralliement ? la cession de l’or belge ? la Reichsbank puis, se ravisant, il s’absenta des tractations. L’?quipe synarchique dut donc agirmotu proprio.

Le 20 septembre ? Wiesbaden, retour de Vichy, Boisanger, porteur des casquettes de Vichy (chef de la d?l?gation fran?aise) et de la Banque de France, fit part ? Hemmen d’??une lettre du gouverneurJanssen?? communiqu?e par Sch?fer ??demand[ant] le rapatriement de l’or belge qui sera exclusivement employ? par les soins de la Banque nationale de Belgique??. Il brocarda les ??repr?sentants du gouvernement belge en exil [qui avaient] protest? contre la livraison de l’or??, et annon?a capitulation tarif?e (10%)?: ??Le gouvernement fran?ais serait pr?t ? le ramener ? Paris et ? Bruxelles, sous r?serve de retenir un pr?l?vement de 800 ? 1 000 millions de francs correspondant ? des avances faites au gouvernement belge en exil. Ce pr?l?vement serait r?gulier, le d?p?t ayant ?t? fait par ce gouvernement, il resterait donc 9/10 de l’or d?pos? ? restituer. […] La Banque de France en tout cas refuse ?nergiquement de prendre la responsabilit? de ce rapatriement.?? Hemmen rejeta aussit?t son offre16.

Les discussions se poursuivirent avec lui depuis le 4 octobre17?sur les conditions de retour de l’or vers la France, aux frais exclusifs de l’?tat18, et Boisanger proposa le 8 ? Bouthillier de traiter ce nouveau dossier espagnol comme le pr?c?dent?: ??la revendication […d’]Adolphe Baudewins, r?fugi? ? Londres […] – et ? laquelle aucune r?ponse n’a ?t? faite – […] rappelle celle qui s’?tait produite au cours de la guerre civile espagnole, sur le d?p?t d’or que nous avions re?u en 1931 de la Banque d’Espagne. Dans cette affaire aussi, un organisme dissident contestait au gouverneur en fonction le droit de retirer le d?p?t confi? ? la Banque de France et revendiquait ce d?p?t pour lui-m?me.?? On attribuerait ? nouveau la cession au ??gouvernement fran?ais??, qui consentirait ? ce que ??la Banque de France [f?t…] garantie par l’?tat contre toute r?clamation ult?rieure qui se produirait par la voie judiciaire ou autrement???: on renouvellerait le ??d?cret-loi […] du 1?er?juillet 1939?? non publi? ??au Journal Officiel??, d’urgence, vu l’avancement des ??pourparlers engag?s sous es auspices [de la Commission d’armistice de Wiesbaden] entre les repr?sentants du Tr?sor fran?ais?? (dirig? par le synarque Brunet) ??et de la Banque de France, […] et les repr?sentants de la Banque nationale de Belgique (qui [?taient], en fait, les commissaires allemands aupr?s de cet institut)??19.

Boisanger et Bouthillier obtinrent du banquier-ministre (des Affaires ?trang?res) Baudouin l’impunit? juridique de la Banque de France par un ??d?cret du 18 octobre 1940?? (P?tain, Baudouin, Bouthillier)?: il la garantissait, ? l’espagnole, ??contre tout pr?judice qui pourrait r?sulter pour elle, directement ou indirectement, de toute d?cision qui serait rendue par quelque juridiction fran?aise ?trang?re ou internationale que ce [f?t] et plus g?n?ralement de tout acte qui l’obligerait ? une r?p?tition de paiement, ? des dommages-int?r?ts ou autres d?bours ? raison de la restitution, par ladite Banque, de l’or qu’elle conserv[ait] pr?sentement en d?p?t au nom de la Banque nationale de Belgique et dont elle effectuera la remise ? cet Institut,?tel qu’il [?tait…] actuellement repr?sent? ? Bruxelles?? [par les Allemands] (article 1). ??Ex?cut? comme loi de l’?tat??, ce d?cret serait ??publi? au Journal Officiel?? (article 2)20. ??Une proc?dure du m?me ordre avait d?j? ?t? adopt?e ? l’occasion du d?p?t d’or fait par la Banque d’Espagne, au cours de la guerre civile espagnole. Il va de soi que la pr?sente loi ne sera pas publi?e?pour l’instantau Journal Officiel??, pr?cisa Moreau-N?ret21. Elle ne le fut jamais.

Des accords franco-allemands d’octobre-d?cembre 1940 ? l’ex?cution

Le 29 octobre, Boisanger put donc signer avec Hemmen, ? Wiesbaden, un ??Protocole de signature ? l’accord sur la restitution de l’or et des autres valeurs que la Banque nationale de Belgique a[vait] confi?es ? la Banque de France et sur le r?glement des questions qui en d?pend[ai]ent??. En vertu de cette pr?tendue ??Convention franco-belge sur l’or du 29 octobre 1940 […], le gouvernement fran?ais et la Banque de France prendr[aie]nt imm?diatement toutes les mesures n?cessaires pour le transport et la remise de l’or??, avec remise ??sans d?lai ? la Commission allemande d’armistice pour l’?conomie [d’]un plan ayant trait aux transports de l’or pr?vus de Kayes (Afrique Occidentale) ? Marseille.??22?Le 31, devant un Bouthillier approbateur, Huntziger et Laval promirent ? Abetz et Hemmen, 1???en signe de pr?venances particuli?res, de faire partir imm?diatement deux avions militaires fran?ais de Kayes, pr?s de Dakar, ? Marseille avec chacun trois tonnes d’or belge???: l’or serait ??transport? par camions ? Casablanca, de l? par train ? Oran, et de l? par avion [Air-France] ? Marseille?? (Huntziger)?; et 2? ??qu’ensuite tout l’or fran?ais qui se trouv[ait] ? Kayes sera ramen? par la m?me voie dans la m?tropole?? (Laval)23.

En signant cette convention?franco-allemande, la Banque de France se met en danger, ?crivit ? Boisanger, le 1?er?novembre 1940 (comme la veille), Jean Bolgert, du service des ?tudes ?conomiques?: ??M.Janssen […] ne d?sire nullement faire rentrer l’or en Belgique??, les Belges, absents des tractations, le resteront, et ??les Allemands ont donc fabriqu? le soi-disant protocole de signature qui escamoterait d’un coup toutes nos garanties et mettrait la Banque de France dans une situation d?shonorante??. Le risque pris le 29 octobre demeurait g?rable comme les pr?c?dents?: ??notre situation sera d?licate, car on pourra toujours soutenir ult?rieurement que la signature de la Banque nationale aura ?t? extorqu?e par la violence?: du moins ne serons-nous pas?en plus mauvaise posture?que la BRI, lors de l’affaire tch?coslovaque.?? L’?tape suivante, non?: ??Si, par contre, nous acceptions de remettre l’or sous une signature?allemande, nous manquerions de toute ?vidence aux obligations fondamentales du d?positaire, et – je crois devoir le r?p?ter – nous ruinerions notre cr?dit de fa?on irr?m?diable […]. Au surplus, nous risquerions des mesures de repr?sailles sur notre or ? l’?tranger – Angleterre et m?me ?tats-Unis – qui pourrait bien ?tre non plus simplement bloqu?, mais saisi.??24

Le 30 novembre 1940, Jean Bolgert renouvela dans plusieurs notes ??pour le gouverneur?? sa mise en garde contre l’??atteinte irr?m?diable […] port?e au renom et au cr?dit de l’Institut d’?mission fran?ais???: ??la loi du 18 octobre 1940, prise dans l’hypoth?se o? l’or ?tait remis ? la Banque nationale [de Belgique] elle-m?me??, ne suffirait pas ? en abolir les cons?quences25. Boisanger chargea donc le directeur du contentieux Jacques Bouteron, r?dacteur de la garantie ??espagnole??26, de b?tonner la ??garantie??. La mission fut accomplie le 4 d?cembre 1940?:

??Article 1.L’?tat fran?ais garantit la Banque de France contre tout pr?judice qui pourrait r?sulter pour elle, directement ou indirectement, de toute revendication et en g?n?ral de toute r?clamation, quelles qu’en soient la cause et l’origine, qui l’obligeraient ? une r?p?tition de paiement, ? des dommages int?r?ts ou autres d?bours, par suite de la remise par elle des caisses d’or qu’elle a re?ues en garde de la Banque nationale de Belgique. Dans le cas particulier o?, sur la demande du gouvernement fran?ais, la Banque de France devrait se dessaisir de ce d?p?t sans le concours des repr?sentants actuels ? Bruxelles de la Banque nationale de Belgique, l’?tat s’engage en outre ? mettre ? la disposition de la Banque de France un poids d’or ?gal ? celui qu’elle serait dans l’obligation de restituer aux repr?sentants ? Bruxelles de la Banque nationale de Belgique. Article 2. La loi du 18 octobre 1940 est abrog?e.?? Cette note Bouteron devint le ??texte?? secret dit ??loi??, soustrait au?Journal Officiel, ??adopt? ? Vichy le 20 d?cembre 1940??27. Signe d’impunit? synarchique absolue, l’?tat gaulliste y fit droit en ao?t 1945, apr?s un an de harc?lement du successeur de Boisanger, Emmanuel Monick, ce qui co?ta dix milliards au contribuable fran?ais28.

Le 11 d?cembre, Boisanger signa donc avec Hemmen le ??protocole additionnel ? l’accord franco-belge sur l’or du 29 octobre 1940???: la Banque de France ??remettra ? Marseille, aux repr?sentants accr?dit?s de la Deutsche Reichsbank, les caisses scell?es contenant l’or de la Banque nationale de Belgique, contre simple quittance de prise en charge, et en renon?ant ? toutes pr?tentions concernant cet or ? l’?gard de la Reichsbank?? (article 1)?; ??la Banque de France et la Deutsche Reichsbank se mettront d’accord au sujet des dates de remise et d’enl?vement de ces caisses [,…] choisies de mani?re ? assurer dans les meilleures conditions [leur] remise, [leur] enl?vement et [leur] transport?? La premi?re ??pr?tera ses bons offices pour faciliter [leur] enl?vement […] et la pr?paration du transport.?? (article 4)29.

Les caisses furent transport?es, aux frais exclusifs de l’?tat, dont les minist?res de l’Air et des Colonies furent mobilis?s sans r?pit30, jusqu’? Marseille, o? les d?l?gu?s de la Reichsbank en prirent r?guli?rement livraison?: 21 ??transports d’or?? (Kayes-Alger-Marseille) furent effectu?s, du?3?novembre?1940 au 4 mai 194231, entre route, train et air (??de Dakar ? Alger?? puis ??d’Alger ? Marseille?? par ??avions r?guliers de la ligne civile??32, ? un tarif qu’Air-France doubla par rapport au trafic voyageurs, le portant de ??240 frs (au lieu de 120 frs) par kg??33). On renon?a d?s le second voyage aux ??transports par mer […], extr?mement imprudents??, vu, confia Couve de Murville ? Hemmen le 8 janvier 1941, l’information des ??Anglais […sur le] premier transport?? et le resserrement de leur ??contr?le […] en Atlantique??34.

Couve de Murville supervisa les convois, en contact permanent, ? Wiesbaden, avec Heinrich Hartlieb, dans le civil directeur de la Reichsbank35. Ils furent achemin?s par des ??d?tachements arm?s??, sous bonne garde, ? chaque ?tape, de d?l?gu?s de la Banque de France. Ils arriv?rent ? bon port entre d?cembre 1940 et mai 194236, apr?s des difficult?s consid?rables, dont ??un grave accident?? d’avion, ?Tizi-Ouzou, fin janvier 1942, qui fit sept morts37. ? cette occasion, le gouvernement de la Banque revendiqua via son sous-gouverneur sa proverbiale pingrerie envers le commun?: ??M. [Ren?] Villard a d?cid? de n’accorder aucun secours aux familles des victimes de l’accident. Motifs de cette d?cision?: – les transports BNB sont faits pour le compte du gouvernement et non pour celui de la Banque?; – les militaires en service command? n’ont pas ? recevoir de gratification ou de secours de la part de la Banque.??38

Boisanger et Bouthillier avaient mis, Laval parti (le 13 d?cembre 1940), autant d’allant ? ex?cuter l’accord qu’? le signer. Hemmen loua en mars 1941 Boisanger, si bien dispos? ??pour l’enl?vement ? venir des200t d’or belge […] encore ? Kayes?? au contraire des ??militaires fran?ais?? de Wiesbaden qui freinaient des quatre fers39. Bouthillier, que Sch?fer, interrog? ? la mi-novembre 1945 ? la Direction g?n?rale de la S?ret? nationale, d?clara (ind?ment) en pointe par rapport ? Boisanger40, harcela Barnaud, Huntziger, Darlan, etc.?: en ao?t 1941, pour ??commencer sans d?lai les transports ? la cadence de 5 ou 6 tonnes par semaine??41?; en novembre 1941, pour ??acc?l?rer les transports en cours qui n’ont port?, depuis leur reprise, que sur une quarantaine de tonnes?? et les porter ? ??au moins ? 8 ou 9 tonnes [hebdomadaires] en moyenne??42. Il fut entendu?: depuis septembre 1941, la plupart des cargaisons remises ? Marseille ??aux d?l?gu?s de la Reichsbank?? fr?l?rent ou d?pass?rent les 10 tonnes43. Le message du 8 juin 1942 du directoire de la Reichsbank ? la Banque de France dispense d’autres citations?: ??nous vous prions d’exprimer ? vos agents de votre succursale de Marseille nos remerciements les plus sinc?res pour la peine qu’ils ont prise, tant pour pr?parer les transports d’or que pour r?gler la question des diff?rences de poids, et nous ne voudrions pas manquer, par la m?me occasion, de vous remercier ?galement de votre pr?cieuse intervention en cette affaire??44.

Le contribuable, par ailleurs requis de venir seul au secours des ??militaires en service command? en mission de ??transports BNB??45, supporta m?me le?co?t fiscal fran?ais?de ces op?rations en lieu et place de leurs puissants b?n?ficiaires. ??Les paiements effectu?s par la Banque de France pour le transport de l’or belge [avaient] ?t? r?gl?s ? des entreprises priv?es (Air-France, Compagnie transsaharienne) sur lesquelles il sera impossible de r?cup?rer le montant d’aucune taxe d’enregistrement. Cette taxe devait donc, en d?finitive, ?tre pass?e au d?bit du compte du Tr?sor public??. Boisanger exigea donc deCathala en juillet 1942 dispense des entreprises int?ress?es de ??la taxe de 4??/?? […due ?] l’Office des changes […] sur la contre-valeur en francs fran?ais des cr?dits re?us du?Reichsminister des Finanzen[organisme payeur, pour…] les frais de transport de l’or de la Banque nationale de Belgique remis par nos soins ? la Reichsbank.??46?En novembre, Couve de Murville ??donn[a… s]on accord?? pour dispenser de ladite taxe les ??Compagnie Air-France et […]Transsaharienne???: les Finances leur consentaient ? elles seules, pas aux ??autres cr?anciers??, statut fiscal des ??entreprises dont les recettes [?taient] calcul?es d’apr?s les tarifs homologu?s par l’autorit? administrative, analogues ? ceux de la SNCF ou de l’Administration des PTT.??47


1?Rings W.,?Raubgold, non fiable sur la BF, pos?e en victime de Vichy.

2?Rembours?e en octobre 1944 par la BF de ses 200 t. vol?es, la BNB et ses historiens officiels ont tu le r?le r?el de la BF (Boisanger en particulier), Van Der Wee H. et Verbreyt M.,?A small nation.

3?Trepp G.,?Bankgesch?fte,?passim,?Boisanger, mentant ? Ernst Weber, pr?sident Banque nationale suisse (qui lui-m?me savait tout), ?? »je ne sais ce qui est arriv? ? l’or belge depuis l’invasion (de la France) »??, p. 132?; Smith A. L., Jr,?Hitler’s gold, index Bank of France.

4. Lettre Janssen ? Fournier, Bordeaux, 18 juin 1940, s?ance 6 CGBF, 13 f?vrier 1941, ou 1080 199201/25 (fondamental sur op?rations d’?vacuation depuis novembre 1939)?; voir aussi 1397 199402/13 et 1080 199201/73, ABDF.

5. D?claration Janssen sur ??d?p?t volontaire??, Bruxelles, 22 f?vrier 1940, 1397 199402/13, ABDF.

6. ??R?ponse au questionnaire […]??, 27 juillet, et lettre Rueff ? Bouthillier, Ch?tel-Guyon, 28 ao?t 1940, II, 1080 199 201/73, ABDF.

7?Bouthillier chargea Laval de tout, son m?moire, 3 novembre 1947, ses auditions par Lansier, 25 octobre 1945, 1er avril 1947, etc., W3, 96, AN.

8?Rapport Puhl, V-P Reichsbank, sd, juillet ou ao?t 1945, gros mensonge, 1080 199201/26, ABDF.

9?Texte d?cret, s?ance 11 CGBF, 6 septembre 1940, ABDF.

10?Correspondance Hemmen depuis 20 ao?t 40 sur or belge, W3, 348, 352, 354, AN.

11?1080 199201/73?; Rueff d?missionna, remplac? par Henri de Bletterie, mais ce grand synarque fut maintenu ??dans les cadres de l’inspection g?n?rale des Finances??, s?ances 3-4 CGBF, 23 et 30 janvier 1941?; r?tabli, il reprit?officiellement?le dossier en 1945, 1080 199201/26, ABDF (et autres fonds or belge).

12?Boisanger, s?ance 6 CGBF, 13 f?vrier 1941, ABDF. Le CGBF re?ut alors communication des courriers officiels, ? fausse date, etc.

13?Lettres Sch?fer ? Favre-Gilly, 2, et Boisanger ? Bouthillier, 3 septembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.

14?D?cision ??publi?e au Moniteur belge du 17 mai 1940??, dont ci-joint un exemplaire, r?f. n. suiv.

15?Lettre Ansiaux, H?tel Albert Ier, Vichy, 16 septembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.

16?T?l. Hemmen 125, Wiesbaden, 20, suite ? 112, 17 septembre 1940, W3, 352, AN.

17?R?sum? n?gociations Wiesbaden des 4-5, 10, 13, 14, 16 octobre 1940, extrait rapport Auguste F?vrier expertise sur livraison or belge, sd, qui accabla le seul Laval, W3, 96, AN.

18?Discussion avec Boisanger sur ??le trajet […]?: Kayes, Bamako, El Gol?a, Alger, Marseille?? et de Marseille ??jusqu’? la destination finale […] par chemin de fer??, etc., t?l. 153 Hemmen, 11 (suite du 7) octobre 1940, W3, 348, AN.

19?Lettre Boisanger, sign?e du sous-gouverneur Ren? Villard, ? Bouthillier, 8 octobre 1940, 1080 199201/23, ABDF. Soulign? par moi.

20???Loi accordant une garantie de l’?tat ? la [BF]??, 18 octobre 1940, 1080 199201/23, ABDF. Soulign? par moi.

21???Note?? Moreau-N?ret, 15 octobre 1940, 1397 199402/13, ABDF. Soulign? dans le texte.

22?Article 2 accord en 9 articles, 1397 199402/13, ABDF.

23?Rapport Wiehl ? Ribbentrop, Berlin, 31 octobre 1940, W3, 347, AN?; correspondance S? Colonies Charles Platon, Haut-commissaire ? Dakar, Bouthillier, Boisanger, Rueff, Couve de Murville, etc., 31 octobre-3 d?cembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.

24?Lettre Bolgert ? Boisanger, Paris, 1?er?novembre 1940 (m?me avis de Couve de Murville et de Ren? Villard, qui c?d?rent bient?t ? la pression de Boisanger et Bouthillier), faisant suite ? note J. B. (manuscrit) (Bolgert) sur ??projet allemand de protocole??, 31 octobre 1940, 1397 199402/13, ABDF. Soulign? dans le texte.

25?Notes B. (Bolgert) ??30-11-40 soir?? et ??pour le gouverneur??, 30 novembre, dossier ??Notes de M. Bolgert du 30 novembre 1940??, 1397 199402/13, ABDF.

26?Choix, p. 350-351.

27?Note J. Bouteron, 4, et ??Projet de loi?? dat? du 20, strictement identique, joint lettre Boisanger ? Bouthillier, Paris, 20 d?cembre 1940, 1397 199402/13, ABDF.

28?Le 11 ao?t 1945, Pleven, MF successeur de Mend?s France que l’id?e d’en imposer la charge au contribuable avait ulc?r?, accepta remboursement de la BF par un bon du Tr?sor (pas en ??poids d’or??) d’un montant de 10 milliards, s?ances CGBF 36, 7 septembre, 41, 12 octobre 1944?; 24, 29 mai?; 36, 11 ao?t 1945, et lettre Pleven ? Monick, m?me date (sur Pleven, 1945,passim), ABDF. Le CGBF d?goisa surMend?s France, PV, 29 mai 1945, 1080 199201/26, passages ray?s du PV officiel, ABDF. Lacroix-Riz A.,?Histoire contemporaine, p. 131-134.

29?4 articles,?in extenso, 1397 199402/13, ABDF.

30?Bergeret et Platon.

31?Dossier sur chaque ??rapatriement Kayes-Marseille??, du 1er au 21?e, intervention permanente de Rueff, jusqu’en 1941, et Couve de Murville, 1080 199201/23, ABDF. ??La Reichsbank communique que le24?e?et dernier transport d’or, comprenant 174 caisses, est arriv? aujourd’hui ? Berlin??, t?l. 199 Sch?ne ? Hemmen, 29 mai 1942, W3, 96, AN.

32?Lettre Rousseau au DG Banque de l’Alg?rie, Alger, 21 novembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.

33?Lettre protestation du gouverneur [Boisanger], sign?e Villard, ? Bouthillier, Chamali?res, 19 mars 1941, 1080 199201/23, ABDF.

34?PV entretien Hemmen-Couve de Murville 8 janvier 1941, 1397199402/13, ABDF.

35?Correspondance sur leurs n?gociations octobre 1940-mars 1942, 1397 199402/13, ABDF.

36?Dossiers ??Retrait or BNB de Marseille par les Allemands??, 17 d?cembre 1940-8 juin 1942, ??Rapatriement de l’or belge. Convois Kayes Alger Marseille??, et tout 1080 199201/23 (??transport en Afrique, rapatriement ? Marseille, frais de transport??)?; dossier ??D?signation des fonctionnaires allemands charg?s de prendre livraison de l’or belge??, 1397 199402/13, ABDF.

37???Un des avions charg?s des transports d’or BNB avait eu un grave accident ? son retour ? Alger par suite d’une temp?te – on compte 7 morts.?? Note ??communication t?l?phonique de Chamali?res, 31 janvier [1942]- 13 heures??, 1080 199201/23, ABDF.

38?Note manuscrite, signature illisible, 3 f?vrier 1942, 1080 199201/23, ABDF.

39?T?l. 124 Hemmen, Wiesbaden, 15 mars 1941, W3, 348, AN.

40???La Banque de France r?sista d’abord, mais sous la pression du [MF] Bouthillier, le gouverneur de la Banque de France, de Boisanger, c?da finalement.?? PV joint ? lettre parquet CJ Seine, au procureur g?n?ral (PG) pr?s HCJ (Mornet), Paris, 16 novembre 1945, W3, 96, AN. Bouthillier et Boisanger form?rent bloc parfait.

41?Copie lettre Bouthillier ? Barnaud, 13 ao?t 1941, signalant son courrier ? Huntziger, W3, 96, AN.

42?Lettre Bouthillier ? Darlan, ministre DN, 22 novembre 1941, W3, 96, AN.

43?Fiches, Clermont-Ferrand, 7,5 t., 20 novembre?; 5 t., 2 d?cembre 1941?; et reste dossier ??Retrait or BNB de Marseille par les Allemands??, 17 d?cembre 1940-8 juin 1942

44?Lettre Directoire Reichsbank n? II a 6990 ? BF, Berlin, 8 juin 1942, ??objet?: 21??me?transport d’or de Marseille??, dernier document sous-dossier ??Retrait or??, 1397 199402/13, ABDF.

45?Note manuscrite, signature illisible, 3 f?vrier 1942, 1080 199201/23, ABDF.

46?Copie sn lettre Boisanger ? Cathala, 28 juillet 1942, 1080 199201/23, ABDF.

47?Lettre 30854 Couve de Murville ? Boisanger, Paris, 5 novembre 1942, 1080 199201/24, ABDF.

(3) Extrait – Calcul strat?gique des Suisses et d?nonciation de la trahison des Mirabaud

Annie Lacroix-Riz,?Industriels et banquiers fran?ais sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 266-267

Les cessions forc?es ??juives?? ?tant ?tudi?es ci-dessous, arr?tons-nous sur les motivations des rares non-vendeurs, qui ?clairent par contraste les calculs de 1940-1941 du grand capital fran?ais, ??HSP?? [haute soci?t? protestante, ALR] comprise1.

Le 1/6 non vendu, r?parti ??par parts ? peu pr?s ?gales en mains suisses et […] de porteurs r?sidant en France qui n’ont pas accept? l’offre d’achat??, ne dut rien ? la ??r?sistance?? que l’?quipe Mirabaudrevendiqua ? l’automne 1944. Les d?tenteurs suisses d’actions Mines de Bor m?pris?rent une offre d?risoire, vu le manque allemand de francs suisses et la base de 3 500 francs ou 175 Sperrmarks (? la parit? officielle franc-mark). Ainsi ?chapp?rent-ils au mirage de la victoire ind?finie du Reich et purent-ils commenter, un an et demi apr?s l’emballement des Mirabaud, la conjoncture nouvelle. Un bulletin financier suisse du 8 juin 1942 administra une le?on de strat?gie sur la d?faite probable du Reich, contre-exemple de la pr?cipitation fran?aise?: ??nous estimons que la meilleure solution est de garder simplement les actions Mines de Bor que l’on poss?de et cela quelle que soit l’opinion que l’on ait sur l’issue de la guerre. La soci?t? exploite un des riches gisements europ?ens de cuivre. En tout ?tat de cause, elle sera en mesure de r?mun?rer convenablement son capital une fois revenus des temps normaux. Si la victoire appartient ? l’Axe, la majeure partie de la production ira en Allemagne, ce qui permettra ? la soci?t? de r?partir un dividende en Allemagne. Reste ? savoir si et dans quelle mesure les actionnaires suisses pourront obtenir le transfert du dividende en Suisse [question cl? des rapports financiers germano-suisses2]. Si la victoire revient aux Alli?s, ceux-ci s’empareront naturellement du paquet majoritaire?: une grande partie de la production des mines sera export?e dans les pays actuellement alli?s […], ce qui permettra ? la soci?t? de payer un dividende dans ces pays. Quant au transfert du dividende en Suisse, les perspectives ne sont pas trop mauvaises ? en juger d’apr?s le fait que les revenus des placements suisses dans une s?rie de pays alli?s, notamment dans presque tout l’empire britannique, continuent ? nous ?tre transf?r?s. En cas de victoire des Alli?s, le revenu transf?rable d’une action Mines de Bor sera certainement sup?rieur ? celui des titres allemands que l’on peut actuellement acheter pour 175 Sperrmarks.?? Mieux vaut donc ??rester sur sa position, surtout [si les titres] ont ?t? acquis au-dessus du cours actuel. Nous ne pr?tendons certes pas que l’action Mines de Bor soit un titre de tout repos, mais les risques ne nous paraissent pas tels qu’il faille d?lib?r?ment consommer une perte pour sauver ce qui reste.??3

Contre ??la politique de collaboration?? des Mirabaud se dressa ??un document particuli?rement ?mouvant??, la lettre du 6 mars 1941 ??d’un [tr?s petit] actionnaire de la Compagnie […] au ministre de la Justice?? [Joseph-Barth?l?my]. Indign? de la trahison des int?r?ts fran?ais qui motiverait, pour ??atteinte ? la s?ret? ext?rieure de l’?tat??, l’arrestation d’Eug?ne Mirabaud, en septembre 19444, cet ??ing?nieur ? Toulouse?? fustigea la circulaire du CA de la Compagnie fran?aise des mines de Bor incitant ses actionnaires ??? vendre leurs actions ? un groupe allemand pour le prix forfaitaire de 3 500 frs l’action?? au nom du ??haut int?r?t national que repr?sent[ait] pour la France le contr?le de cette mine si riche en cuivre et en m?taux pr?cieux?; je ne puis songer que le gouvernement pr?sid? par un mar?chal de France ait commis la trahison de se rendre complice de la livraison de cette mine ? nos ennemis. Il me semble inutile de vous rappeler que cette compagnie est une soci?t? fran?aise?; qu’elle ne peut changer de nationalit? que par le comportement de?tous?ses actionnaires. Moi-m?me, propri?taire de quatre actions nominatives […], acquises les 7 juin et 21 avril 1939, je d?clare m’opposer formellement ? tout changement de nationalit? et vous prie d’ordonner ? tout magistrat du Minist?re public aupr?s de tout tribunal comp?tent de veiller ? ce qu’aucun acte irr?gulier ne soit fait, soit par le conseil d’administration, soit par une assembl?e g?n?rale et de prendre toute mesure n?cessaire pour ?viter le transfert d’une fraction quelconque de biens de cette soci?t? en pays ?tranger. Veuillez ?galement faire effectuer les publications n?cessaires pour d?tromper les actionnaires induits en erreur par la man?uvre frauduleuse que je viens de vous d?noncer afin qu’ils n’effectuent pas une cession de leurs titres hautement pr?judiciable aux int?r?ts de la nation.??5


1?Remarques Rist C.,?Saison, p.?94, 173,?passim?et?infra.

2?Perrenoud M.,?Banquiers, passim.

3?Lettre Raymond Vincent, cit?e rapport Caujolle, 3 novembre 1944, W3, 213, AN.

4?Lettre manuscrite de Martin ? B?teille, Paris, 11 avril 1945, W3, 96, AN.

5?Lettre ? Joseph-Barth?l?my, cit?e rapport Caujolle, 3 novembre 1944, W3, 213, AN.

(4) Extrait – La Banque de France contre Mme Benda

Annie Lacroix-Riz,?Industriels et banquiers fran?ais sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 291-293

La Banque de France, qui ??ne fai[sai]t pas partie de [l’union syndicale des banquiers et [? laquelle] l’ordonnance relative ? la surveillance des banques [n’?tait] pas applicable??, fit du z?le. Elle avait d?, dans ??le souci d’appliquer strictement les ordonnances allemandes??, expliqua Ren? Villard, ??se montrer plus stricte???: sa ??circulaire du 19 mai??, prise ??? la suite de?? l’ordonnance du 26 avril promulgu?e le 20 mai, ??prescrivait des mesures restrictives ? l’?gard de toutes les entreprises frapp?es d’interdiction??. Le 26 mai, elle s’enquit de la marche ? suivre aupr?s du ??commissaire allemand aupr?s de la Banque de France?? (Jost, en l’absence de Sch?fer), et adressa le 28 ? ses agences ??de nouvelles instructions, plus restrictives???: elle ordonna ? ??ses services et ses succursales [de] « consid?r[er] comme bloqu?s […] les avoirs inscrits sur [leurs] livres au nom de juifs ou d’entreprises juives. » […] Nous bloquons les fonds en compte et les valeurs en d?p?t?; nous n’autorisons que les pr?l?vements destin?s ? faire face aux n?cessit?s courantes d’exploitation des entreprises ou aux besoins alimentaires des particuliers. Nous proc?dons en somme de la m?me mani?re que les autres banques.??

Ce veto contre le bref sursis possible avant d?pouillement complet, dont deux clients avaient b?n?fici?, visait une troisi?me audacieuse. ??La question prend actuellement un aspect judiciaire. Certains clients des banques ou des agents de change se sont, en effet, pourvus en r?f?r?. Deux d?cisions sont d?j? intervenues, d?clarant qu’en l’absence de textes l?gaux, les banques n’avaient pas le droit de refuser les retraits de fonds, de valeurs. Ce soir, la Banque doit, ? son tour, compara?tre en r?f?r? devant le Pr?sident du Tribunal Civil de la Seine, ? la requ?te de Mme Benda, n?e Wolff […]?: hier matin un ch?que de 505 f tir? par Mme Benda nous a ?t? pr?sent??; nous l’avons pay?. Un nouveau ch?que de 15 000 f a ?t? ensuite pr?sent??; ce ch?que, qui avait ?t? remis ? un tiers, avait manifestement pour objet de vider le compte. En cons?quence, nous avons rejet? le ch?que. Mme Benda avait, en outre, demand? ? retirer ses titres, et nous le lui avions refus?.

Ensuite de quoi, Mme Benda nous a assign?s en r?f?r? d’heure en heure, pour obtenir le d?blocage de son compte, en invoquant les motifs suivants?: « qu’elle est titulaire ? la Banque de France, […] Place Ventadour ? Paris, d’un compte d’arr?rages num?ro 31 775, aliment? par un d?p?t de titre comprenant notamment des titres fran?ais et de la rente fran?aise. Que la requ?rante entendant reprendre la disposition d’une partie de ses titres s’est entendu refuser par son d?positaire l’exercice de ce droit de propri?t? motif pris d’un blocage des titres ? raison de la qualit? d’isra?lite de l’exposante. Qu’aucune ordonnance, ou loi, des autorit?s occupantes lesquelles ont force de loi dans les territoires occup?s de l’?tat fran?ais, ni aucune disposition l?gislative n’ont ordonn? semblable blocage, ni ?dict? semblable interdiction. Qu’il s’agit en l’occurrence d’une initiative priv?e d’un organisme syndical. Que l’exposante est fond?e, vu l’urgence, ? demander par voie de r?f?r? que son compte soit d?bloqu? et qu’elle ait la libre disposition des titres alimentant son compte […] et qu’elle puisse retirer et disposer desdits titres comme bon lui semblera ».??

Le 5 juin, la Banque de France – dont Jean-Marc Dreyfus attribue l’initiative au seul Bouteron, ??d?cid?ment pugnace??1?? jubila de sa victoire sur d?cision du vice-pr?sident du tribunal civil de la Seine, ??tenant l’audience des r?f?r?s?? du 30 mai. Les attendus de l’ordonnance, lue?in extenso?devant le conseil, par laquelle le magistrat2?d?boutait ??la Vve Benda??, mod?le de la justice antis?mite de Vichy3, m?ritent notori?t??:

??Attendu que pour refuser de remettre ? la Vve Benda le cr?dit de son compte et les titres d?pos?s par elle, la Banque de France fait ?tat d’une lettre en date du 21 mai 1941 adress?e par le directeur de l’office de contr?le des banques ? l’union syndicale des banquiers signalant que le commandant militaire en France lui apprend qu’on est sur le point « de prendre un d?cret qui r?duira consid?rablement la facult? pour les juifs et les entreprises juives de disposer sur les comptes en banque et sur les d?p?ts de titres dans les banques?; que ce d?cret n’autoriserait dor?navant les pr?l?vement que dans la mesure n?cessaire pour faire face aux besoins essentiels de l’existence ».

Attendu que cette lettre ajoute « Je vous prie d’en aviser imm?diatement par circonstance les banques qui d?pendent de vous et de leur faire savoir en m?me temps qu’elles doivent, d?s r?ception de votre circulaire, proc?der en cons?quence m?me si le d?cret projet? n’est pas encore paru ».

Attendu que la circulaire de l’union syndicale des banquiers visant cette note a ?t? envoy?e le 25 mai 1941.

Attendu que les actes des autorit?s occupantes s’imposent ? tous dans les territoires occup?s.

Attendu que l’ordonnance des autorit?s occupantes du 22 juillet 1940 qui a cr?? un office de surveillance des banques dans le territoire fran?ais occup? pr?cise que les banques sont oblig?es de suivre les instructions de cet office.

Attendu que les instructions du 21 mai 1941 du directeur de l’office de contr?le des Banques, donn?es en vertu des pouvoirs que cet office tient de l’ordonnance du 22 juillet 1940, constituent un acte des autorit?s occupantes dont l’observation s’impose aux banques plac?es sous son contr?le.

Attendu, il est vrai, que l’article 7 de l’ordonnance du 22 juillet 1940 indique que les dispositions de cette ordonnance ne s’appliquent pas ? la Banque de France, qui, par une autre ordonnance du m?me jour, est soumise ? un contr?le particulier, mais que la lettre du directeur de l’office de contr?le des Banques du 21 mai 1941 est con?ue en termes g?n?raux, que la Banque de France en a eu connaissance et ne peut s’y soustraire.

Attendu en cons?quence qu’il n’y a pas lieu de faire droit ? la demande de la Vve Benda.

Attendu qu’il y a urgence.

Par ces motifs?: Au principal renvoyons les parties ? se pourvoir et cependant par provision et vu l’urgence. Disons n’y avoir lieu ? r?f?r?.??4


1?Sur ce point et le reste?: son ??service du contentieux […] travailla beaucoup?? (qui le mandatait et le contr?lait??)?; Mme Benda non nomm?e, Dreyfus J.-M.,?Pillages, p. 186-187.

2?Ce Cannac est-il Henri Cannac, chef du secr?tariat priv? du chef du gouvernement Laval (1940 et 1942-1943) ??Inventory of the Ren? de Chambrun’s papers, 1914-1955??, Hoover Institution Archives, Stanford University, en ligne, et auteur de l’ouvrage?Le R?gime actuel de la justice politique en France, sd ni r?f., recens? par une revue de droit en 1934.

3?Bancaud A.,?Une exception?et sa bibliographie.

4?S?ances 22-23 CGBF, 29 mai et 5 juin (y compris ??Application des ordonnances relatives aux op?rations avec les Isra?lites. Lecture de l’ordonnance du juge des r?f?r?s repoussant la demande de Mme Vve Benda??, en majuscule dans le texte) 1941, ABDF.

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L’auteur?:?Annie Lacroix-Riz est une ancienne ?l?ve de l’Ecole normale sup?rieure, agr?g?e d’Histoire, professeur ?m?rite d’histoire contemporaine ? l’universit? de Paris 7. Elle a notamment publi? chez Armand Colin?: Le Vatican, L’Europe et le Reich?; Le Choix de la d?faite?; De Munich ? Vichy et, au Temps des Cerises, L’int?gration europ?enne de la France.

L’ouvrage?:?Annie Lacroix-Riz,?Industriels?et banquiers fran?ais sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, 2?me ?dition, 2013.

L’?diteur?:?Armand Colin Editeur

21, rue du Montparnasse

75006 Paris

michelcollon.info]

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