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Quand le meurtrier est irresponsable

Lundi s?est ouvert au tribunal d?Ajaccio le proc?s d?Assises d?Andy, un jeune homme accus? d?avoir, lorsqu?il ?tait ?g? de 16 ans, assassin? par balle son p?re, sa m?re et ses deux petits fr?res dans la maison familiale d?Albitreccia. L?accus? et son avocat plaideront sans doute l?irresponsabilit?, le quadruple meurtre ayant, selon eux, ?t? commis sous l?emprise d?une pulsion irr?pressible…

Il n?est pas question, ici, de pr?juger de ce que seront les d?bats ni de l??clairage qui sera donn? par les experts psychiatriques ? l?acte commis par l?accus??; pas question a fortiori de sp?culer sur l?issue des audiences. Le proc?s d?Andy n?est en effet pas l?objet de cet article. Ce que je souhaite rappeler, c?est que r?guli?rement sont commis dans notre pays des meurtres qui, par leur atrocit?, appellent des sanctions exemplaires r?clam?es tout ? la fois par les responsables politiques et par l?opinion publique.

D?un c?t?, des responsables politiques soucieux, sans que l?on puisse d?terminer la part de leur conviction personnelle et celle du calcul ?lectoral, de donner l?image d?une inalt?rable fermet? face aux d?rives criminelles. De l?autre, des braves gens le plus souvent conditionn?s par l?horreur de comptes-rendus m?diatiques parfois sciemment r?alis?s de mani?re ? exacerber la sensibilit? des lecteurs ou des t?l?spectateurs. C?est humain dans les deux cas.

Pour autant certains des meurtriers jet?s en p?ture ? la vindicte populaire et en apparence sains d?esprit, sont bel et bien irresponsables des actes qu?ils ont commis, aussi monstrueux qu?aient pu ?tre ces actes. Irresponsables parce qu?ils ont agi sous l?emprise d?une irr?pressible pulsion. Une pulsion parfois br?ve mais dont les cons?quences peuvent se r?v?ler tragiques, aussi bien au d?triment de celui qui la subit qu?au d?triment d?autrui.? ???

C?est notamment le cas avec le ??raptus anxieux?? ou ??raptus col?reux??. Un raptus se traduit par une lev?e provisoire, de courte dur?e, des inhibitions sociales?: durant la crise, l?individu n?a plus de rep?res. D?une certaine mani?re, on peut parler d?une sorte d’?clipse neurologique au cours de laquelle le sujet peut, consciemment mais sans pouvoir y r?sister, se livrer ? des actes violents qui peuvent ?tre dirig?s aussi bien contre lui-m?me qu’envers les autres. Dans le premier cas, cela peut d?boucher sur une pulsion irr?pressible de suicide ou de mutilation. Dans le second, de loin le plus fr?quent, le sujet peut se livrer ? de v?ritables agressions sur autrui, et dans les cas extr?mes ?tre pouss? au meurtre. La crise pass?e, l?individu retrouvera son comportement normal.

La ??crise psychomotrice?? peut avoir des effets du m?me ordre. Elle se traduit par une sorte de manifestation ?pileptique, mais une ?pilepsie sans convulsions. En fait, il s’agit d’un ?tat pathologique tr?s curieux, et heureusement tr?s rare, durant lequel le sujet peut faire ? peu pr?s n’importe quoi, jusqu?? se livrer aux pires exc?s en termes de violence ou de prise de risque. ? la sortie de la crise, il sera frapp? d’une amn?sie totale qui ne lui laissera pas le moindre souvenir de ses actes, et comme pour le raptus, il retrouvera son comportement normal.

Ces deux exemples ? il en existe d?autres que je laisse le soin aux sp?cialistes de d?crire??? visent ? montrer que, derri?re les apparences de normalit? d?un accus?, se cache parfois une r?alit? neurologique qui, durant un temps plus ou moins long, a contribu? ou abouti ? abolir toute forme de responsabilit? chez la personne concern?e. Une r?alit? pas toujours facile ? d?montrer dans le cadre judiciaire, c?est le moins que l?on puisse dire, y compris chez des sujets souffrant d?une forme ou d?une autre de schizophr?nie propice ? des crises de ce type.

Au final, si certains criminels ont pu, dans le pass?, ?tre acquitt?s en ayant b?n?fici? pleinement de l’article 64 du code p?nal au titre d?une abolition temporaire de leur responsabilit?, il est probable que la plupart des accus?s ayant plaid? cette abolition momentan?e de leur libre arbitre ont ?t? condamn?s ? de lourdes peines de r?clusion criminelle, faute pour eux et pour leur avocat d?avoir pu d?montrer qu?ils ont, le jour de leur crime, ?t? victimes d?une irr?pressible pulsion.

Pour m?moire, rappelons les termes de l?article 64?du Code p?nal de 1810?: ??Il n’y a ni crime ni d?lit lorsque le pr?venu ?tait en ?tat de d?mence au temps de l’action ou lorsqu’il a ?t? contraint par une force ? laquelle il n’a pu r?sister.?? Un ??tout ou rien?? qui, ? diff?rentes reprises, a ?t? nuanc? par la Jurisprudence et compl?t? par les dispositions de l?article 122 du Nouveau Code p?nal de 1992. En mati?re de psychiatrie p?nale, rien n?est jamais simple.

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