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Quand l??nergie ?propre? d?vore les campagnes


En Italie, comme au Br?sil ou d?autres pays les biocarburants d?vorent l?espace agricole. Un non sens qui apparait avec encore plus de force au moment o? la famine frappe des millions d?hommes dans la corne de l?Afrique…

Comme le d?nonce l?auteur, une avanc?e technologique environnementale peut se transformer en recul de civilisation quand la course au profit s?en m?le….Ou autrement dit le capitalisme est par nature anti ?cologique….ce que feraient bien de m?diter nombre de nos ?cologistes…

 

 

Agriculture industrielle.

M?ditons sur cet oxymore. En son nom, l?homme a pens? pouvoir produire de la nourriture sans paysans et a fini par ?vincer ces derniers des campagnes. Nous en sommes m?me aujourd?hui ? l?id?e qu?il puisse y avoir des champs cultiv?s sans que des aliments y soient produits?: une agriculture sans nourriture. Une agriculture, qui, d?s lors qu?elle se base uniquement sur le profit et sur les sp?culations, parvient ? rendre mauvais tout ce qui peut ?tre bon?: la nourriture, les terrains fertiles (qui le sont de moins en moins), mais aussi l??nergie propre et renouvelable. Comme le photovolta?que, comme le biogaz.

On a d?j? parl? de la fa?on dont l??nergie photovolta?que peut devenir une machine d?voreuse de terrains et de ressources alimentaires. Aujourd?hui l?heure est aux centrales au biogaz qui exploitent les biomasses, c?est ? dire les d?chets de l??levage, l?herbe de fenaison et autres v?g?taux. Ces installations seraient id?ales pour se d?barrasser des d?jections, probl?me r?current des ?leveurs, et autres d?chets biologiques, en am?liorant leur revenu gr?ce ? une production d??nergie qui peut-?tre utilis?e pour l?exploitation agricole, ou vendue.

Mais si l?affairisme s?en m?le, si des investisseurs qui se fichent compl?tement que l?agriculture produise de la nourriture et qu?elle le fasse le mieux possible, flairent la bonne affaire et accourent, alors le biogaz peut devenir une mal?diction. C?est ce qui est en train d?arriver dans de nombreuses r?gions de la plaine du P?, surtout l? o? il y a de fortes concentrations d??levages intensifs.

On cesse de produire de la nourriture pour produire de l??nergie

Que se passe-t-il?? De nombreux agriculteurs, aux abois en raison de la crise g?n?ralis?e du secteur, se transforment en producteurs d??nergie et cessent de produire des aliments. En fait, ils se contentent de cultiver du ma?s de mani?re intensive pour remplir des « digesteurs », g?n?rateurs de biogaz. Des investisseurs les aident et parfois les exploitent. Il y a des fermes d??levage o? les agriculteurs sont pay?s par ceux qui ont construit les installations pour la culture du ma?s?: ils sont devenus des ouvriers du secteur ?nerg?tique, ce ne sont plus des paysans.

Tout a commenc? en 2008, lorsqu?a ?t? introduit un nouveau certificat vert « agricole » pour la production d??nergie ?lectrique avec des installations de production de biogaz ? partir de biomasses. De « petites » installations d?une puissance ?lectrique ne d?passant pas 1 Mw. Mais 1 Mw, c?est beaucoup?: ?a a stimul? le business, parce qu?un tarif de 28 cent/kWh a ?t? accord? ? ceux qui produisent, soit trois fois le prix qu?il leur faut payer pour l??nergie produite « normalement ».

C?est ainsi que le syst?me des subventions, auquel s?ajoutent celles de l?Union europ?enne pour la production de ma?s, a rendu la construction d?installations importantes et co?teuses (jusqu?4 millions d?euros) tr?s rentables, d?autant plus que leur co?t peut ?tre amorti en quelques ann?es. Rien que dans la r?gion de Cr?mone [Nord], il y avait en 2007 cinq installations autoris?es, il y en a aujourd?hui 130. On estime que le ma?s destin? au biogaz occupe 25% des terres actuellement cultiv?es. D?ici ? 2013 il devrait y avoir 500 installations sur l?ensemble de la Lombardie.

L?environnement et l?agriculture elle-m?me sont donc menac?s. Quelques constatations (et lapalissades).

-?Primo?: on cesse de produire de la nourriture pour produire de l??nergie.

-?Secundo?: la monoculture intensive du ma?s est d?l?t?re pour les terrains parce qu?elle fait appel ? de grandes quantit?s d?engrais chimiques et consomme ?norm?ment d?eau, pr?lev?e dans des nappes phr?atiques de plus en plus pauvres et pollu?es. Sans rotation des parcelles, leur fertilit? est compromise et la diffusion de parasites est facilit?e ? et elle est ?limin?e ensuite par un ajout de produits antiparasitaires.

Un march? noir des d?chets biologiques

-?Tertio?: ceux qui produisent de l??nergie en cultivant du ma?s peuvent se permettre de payer des loyers beaucoup plus ?lev?s pour les terrains, jusqu?? 1 500 euros l?hectare, ce qui cr?e une concurrence d?loyale envers ceux qui en ont besoin pour l??levage. C?est le m?me ph?nom?ne que celui qui s?est cr?? avec les parcs volta?ques, on r?p?te donc la m?me erreur.

-?Quarto?: les installations elles-m?mes, celles d?1 Mw, sont des structures de grandes dimensions et pour les construire du terrain agricole est d?finitivement sacrifi?.

-?Quinto?: on entend d?j? des rumeurs sur la naissance d?un march? noir des d?chets biologiques, comme les d?chets de boucherie, vendus ill?galement pour fabriquer du biogaz. Ils ne devraient jamais ?tre utilis?s comme biomasse, parce que ce qui reste de la « digestion » est ensuite r?pandu dans les champs pour les fertiliser, et ce type de d?chet pourrait non seulement polluer, mais aussi propager des maladies.

C?est un probl?me d??chelle. En soi, le biogaz issu des biomasses n?aurait aucun d?faut. Mais s?il est produit ? des fins sp?culatives et est surdimensionn?, s?il intensifie la production de ma?s dans le seul but de nourrir l?installation, s?il fait monter les prix du terrain, l??puise et le pollue, alors il faut dire non. Fort et clair.

Il est certain ces probl?mes doivent ?tre mis sur la table et d?battus lors des discussions sur la nouvelle Politique agricole commune (PAC) qui a d?but? r?cemment ? Bruxelles. T?t ou tard, les subventions finiront. Les biogaz avec de grosses installations sont un caut?re sur la jambe de bois de notre agriculture malade, et ce pourrait bien ?tre le coup de gr?ce. Il sera en effet tr?s difficile de revenir en arri?re?: les terrains fertiles ne sont pas r?cup?rables, les nappes sont pollu?es, la salubrit? dispara?t, ceux qui s?efforcent de faire une bonne agriculture sont contraints d?arr?ter face ? une concurrence impitoyable et insoutenable.

Agriculture industrielle, quel oxymore?!

Par Carlo Petrini dans La Repubblica Rome le 18/08/2011

Transmis par Linsay

 

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