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Pygmalion et Galat

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT

Cet article fait suite ? celui de la semaine derni?re ?L?effet Pygmalion.?

Bref r?sum??: ?l?effet Pygmalion? nous incite ? nous conformer ? ce que les autres attendent de nous, de sorte que leurs jugements peuvent devenir des proph?ties autor?alisatrices. En p?dagogie, ?l?effet Pygmalion? est d?effectuer des hypoth?ses sur le devenir scolaire d?un ?l?ve est les voir effectivement se r?aliser. Des exp?riences r?alis?es par Rosenthal et Jacobson ont obtenu d?excellents r?sultats avec des enfants qui avaient peu de succ?s ? l??cole, tout simplement parce que les attentes des enseignants ? leur ?gard chang?rent apr?s qu?on leur e?t dit que ces enfants avaient de grandes capacit?s intellectuelles (ce qui n??tait pas le cas.)

On disait autrefois que derri?re un grand homme il y avait toujours une femme qui l?appuyait en croyant en lui. Lorsqu?une personne croit en nous, on a tendance ? mieux performer. ?L?effet Pygmalion? s?applique autant chez les adultes que les enfants, dans le milieu du travail, milieu familial, social et m?dical.

Notons toutefois que d?apr?s de r?centes recherches, ?l?effet Pygmalion? s?applique quand il y a une relation de subordination entre celui qui a l?attente et celui qui est influenc?.

L?effet placebo, le nocebo, l?effet contextuel

Un article publi? au d?but de l?ann?e 2012 dans le ?New England Journal of Medecine? fait ?tat de l?effet placebo appliqu? sur des patients asthmatiques. Cette ?tude a fait ?merger l?id?e que l?effet placebo n?avait aucune incidence sur une maladie (ne combat ni le cancer ni les infections) mais l?effet placebo va agir davantage sur le ressenti personnel du malade. Disons que le v?cu ?motionnel du patient est modifi?, un ?tat qui peut minimiser l?impact de la douleur sans traiter le malaise. On parle alors ?d?effet contextuel.?

Jean-Louis Brazier, professeur ?m?rite de la Facult? de pharmacie de l?Universit? de Montr?al, pr?sentait en septembre dernier devant ?Les sceptiques du Qu?bec? les r?sultats de travaux sur le sujet du placebo. ?L?effet placebo? repr?sente tout ce qui n?est pas l?effet pharmacologique intrins?que du principe actif?, a-t-il dit.

Il donne comme exemple une ?tude qui a conclu que la glucosamine a un effet comparable ? un placebo pour soigner l?arthrose du genou. Dans cette ?tude, 42 % des patients ont rapport? que leurs douleurs avaient diminu? de moiti? apr?s l?administration d?un placebo, comparativement ? 50 % des patients trait?s au Celebrex. M?me si la diff?rence est significative, les 42 % de patients soulag?s par le placebo ou la glucosamine ne peuvent ?tre ignor?s.

L?effet placebo n?est pas le propre des substances totalement inertes telles les granules hom?opathiques. Les mol?cules pharmacologiquement actives d?clenchent elles aussi ce myst?rieux effet. C?est le cas des analg?siques?: quand on prend un comprim? pour soigner un mal de t?te, le soulagement ressenti au bout de 10 minutes est d? ? un effet placebo, puisqu?il faut de une ? deux heures pour que le m?dicament soit en circulation dans le sang.

M?me situation dans le cas des antid?presseurs, dont l?effet biochimique sur les neurotransmetteurs est bien r?el, mais qui seraient eux aussi redevables en grande partie ? l?effet placebo. Ce m?dicament,? selon M. Jean-Louis Brazier, serait de mise dans le cas de d?pressions graves, mais aurait le m?me effet qu?un placebo pour les d?pressions l?g?res ? mod?r?es.

Maintenant, pour les m?dicaments antidouleurs, ceux-ci agissent plus rapidement lorsque le patient est conscient qu?on les lui administre.

Ce ph?nom?ne est possible, car tout repose sur les attentes suscit?es chez le patient. Plus celles-ci sont grandes, plus grand sera l?effet du traitement, qu?il soit pharmacologiquement actif ou non.

Si l?effet placebo est souvent? plus fort dans les protocoles de recherche qu?en milieu clinique, c?est en raison des fortes attentes que les chercheurs suscitent chez les participants. ? l?oppos?, dans leurs cabinets, les m?decins n?gligent souvent de susciter des attentes favorables sur l?effet du m?dicament qu?ils prescrivent ? leurs patients.

L?effet contraire, ?le nocebo?, fonctionne, mais ? l?inverse. Il suffit pour certains de lire les notices d?un m?dicament pour conna?tre les effets ind?sirables pour qu?ils les ressentent imm?diatement, simplement en en prenant conscience. Sans doute cet ?tat est-il amplifi? chez les hypocondriaques et les personnes tr?s imaginatives.

?L?effet Pygmalion? s?apparente aussi ? ?l?effet de halo?, un concept mis en ?vidence dans les ann?es 1960 par Cahen. ?L?effet halo? est le transfert d?un ?clairage d?un aspect de la r?alit? sur d?autres aspects, sans discernement.

L??tat d?attente quant ? l?efficacit? d?un traitement th?rapeutique (voir plus haut) est en fait un ?tat ?motif relevant de la neurobiologie des ?motions. Le syst?me limbique et le thalamus, qui engendrent les ?motions, sont li?s au circuit dopaminergique (circuit du plaisir), au circuit de la douleur ou encore au syst?me immunitaire.

L?effet placebo est ?galement une r?action biochimique ? un conditionnement psychologique, que ce conditionnement soit comportemental, visuel ou auditif.

Au travail

La fa?on dont nous voyons les autres a un impact sur leur devenir.

Notre fa?on de voir les autres est souvent d?ficiente?: nous avons tendance ? voir d?abord ce qui ne va pas chez les autres, ce qu?il leur manque, occultant ainsi leurs forces et leurs talents. Par exemple, si au travail, nous consid?rons un de nos coll?gues comme un incomp?tent et sans charisme aucun, comment allons-nous nous comporter avec lui? Sans doute notre impression sera-t-elle refl?t?e dans notre expression.

Nous ne sommes pas responsables de ce que nous percevons, les autres sont ce qu?ils sont. N?anmoins, nous pouvons croire dans le potentiel de transformation de chacun ? cette seule pens?e peut stimuler une personne.

C?est peu dire que nous pouvons aider les autres ? se transformer, pour le meilleur ou pour le pire!

Les positions Pygmalion et Galat?e

Nous pouvons ?tre en position de Pygmalion ou en position de Galat?e.

EN POSITION DE PYGMALION

Dans cette position, nous avons la responsabilit? de v?rifier nos pr?jug?s et nos croyances et d?identifier leurs impacts sur les autres (coll?gues, collaborateurs, conjoints, amis).

Inutile de dire que l??thique commande de ne pas abuser de la confiance des gens. Bien des gourous et manipulateurs utilisent l?effet Pygmalion par besoin de possession et de contr?le.

EN POSITION DE GALAT?E

Dans cette position, nous avons la responsabilit? de reprendre le pouvoir sur nos comportements, et d?en faire le reflet de notre identit?, nos valeurs et nos buts.

Des techniques pour y parvenir?: accepter de ne pas donner raison ? notre Pygmalion; assumer de surprendre, d??tre l? o? on ne nous attend pas; rester fid?le ? ce qu?on veut ?tre; veiller ? ne pas satisfaire les croyances et projections des autres si elles s??cartent de notre volont?.

S?interroger sur l?origine de nos comportements?: est-ce qu?on fait des choses parce que d?autres nous ont dit que c??tait notre genre ? nous? Ou bien, parce qu?ils nous renvoient cette image de nous-m?mes dans leur fa?on d??tre? Est-ce que ces comportements servent nos objectifs?

L?id?al est de marier en nous Pygmalion et Galat?e pour atteindre l?autonomie et l?harmonie, et l??panouissement de notre potentiel dans toute sa splendeur.

En conclusion, la proph?tie autor?alisatrice est? donc un merveilleux outil que nous pouvons utiliser ? volont?, sans danger, quand c?est pour l?atteinte d?un mieux-?tre, d?une r?alisation personnelle, d?un objectif ? atteindre.

J?imagine que nous prenons tour ? tour le r?le de Pygmalion et celui de Galat?e. Les personnes qui nous encouragent ? d?velopper notre potentiel jouent dans notre vie le r?le de Pygmalion alors que nous sommes des Galat?e. ? notre tour, chaque fois que nous stimulons une personne Galat?e ? s??panouir en stimulant des hypoth?ses positives ? son ?gard, nous sommes un Pygmalion.

Carolle Anne Dessureault

 

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5 Commentaire

  1. avatar

    @Carolle,

    Selon le vieux Cicéron, cité par Montaigne, Essais livre 1er, chapitre XXVI : »L’autorité de ceux qui enseignent nuit la plupart du temps à ceux qui veulent apprendre. »

    Les relations de subordination exploitent les subordonnés toujours par des manipulations intéressées. Nous sommes dans l’ère des Skinner et autre conditionneurs. De grands dogmes sont véhiculés dans les facultés.

    Par exemple : À l’université, mon prof de psychologie, un Ph.D. patenté, me dit « Ici nous ne formons que des contremaîtres, pas des patrons de compagnie. » Moi, ce qui m’intéressait à 42 ans, c’était l’être, pas l’avoir.

    Pygmalion, c’est une affaire de gars. Comme la statue de la liberté dans le port de New York est une affaire de gars. Un « pygmée » devant une valeur transcendantale.

    http://ca.answers.yahoo.com/question/index?qid=20071107025137AARmzou

    « Dans le mythe de Pygmalion il y a passage du fantasme à la réalité.

    « Pygmalion, au lieu d’en rester au plan de la métaphore prend l’expression « donner vie » au pied de la lettre et Aphrodite donne vie à Galatée sans contrepartie apparente.

    « En dépit d’une logique des lois de l’inconscient, le mythe se termine dans le bonheur partagé et au surplus, le couple Pygmalion-Galatée donne naissance à un enfant.

    « Pygmalion sort de sa position de sculpteur de par son refus du réel et de l’impossibilité qu’il manifeste à se séparer physiquement et symboliquement de l’objet qu’il a créé et dont il veut jouir.

    « Galatée devenant sa femme, il perd du même coup sa qualité de sculpteur ayant créé une œuvre d’art.

    « En effet, les conditions qui caractérisent l’œuvre d’art ne sont plus remplies.

    « L’objet est devenu un objet de jouissance.

    « Aphrodite réalise le désir de fusion de Pygmalion sans qu’intervienne aucune conséquence ni un prix à payer.

    « Dans le même temps, la déesse perpétue la passion qui aveugle.

    « Jouir de sa création entraîne pour lui une fermeture de l’accès à ce savoir-là.

    « Aphrodite, répondant à sa demande, le précipite dans la folie douce de l’amour béat, occupant en cela une position contraire à celle de l’analyse, puisqu’elle provoque le passage à l’acte.

    « Dans ce mythe, au même titre que « L’immaculée conception », la naissance d’un être humain ne passe pas par le rapport sexuel, Aphrodite permet d’en faire l’économie.

    « Or, là nous sommes en présence d’un thème propre à la psychose.

    « Dans le récit du mythe, à aucun moment Galatée n’occupe une position désirante.

    « Elle se réduit à être l’objet idéal, adéquat du désir et de la jouissance de l’autre. Elle se soumet, se coule totalement dans le désir de Pygmalion.

    « Galatée n’a donc aucune existence propre.Elle n’est là que pour assurer la jouissance de Pygmalion et elle ne prend jamais la parole.

    Galatée répond à cet impératif surmoïque : sois belle et tais-toi!

    « Les artistes, de façon générale, entretiennent souvent des rapports complexes avec leurs œuvres.
    Parfois, à l’instar de Pygmalion, cela va jusqu’à ne pas pouvoir s’en séparer.

    « Cela peut se traduire par exemple dans l’impossibilité pour un peintre ou un sculpteur de montrer ce qu’il a réalisé, de l’exposer au public, ou encore plus simplement de vendre ses objets, témoignant par là que l’auteur se trouve trop impliqué subjectivement dans son œuvre.

    « On peut donc en conclure, que dans une relation amoureuse, lorsque l’un façonne de toutes pièces l’objet de son désir, et que celui-ci y consent, le relation devient d’ordre psychotique à moins que l’un des deux ou (les deux), ne décide de se séparer pour se rendre vie mutuellement !

    La séparation, le divorce, le couple Lune-Terre est salutaire.

    Voir la page 297 du lien suivant qui explique le simulacre.

    http://books.google.ca/books?id=W3rI0XeSsc4C&pg=PA297&lpg=PA297&dq=pygmalion+mythe&source=bl&ots=nL_xlUtRNd&sig=gjR6mXcNU6cL0UeUXUobwfcqO_E&hl=fr&sa=X&ei=q3cmUcHBD7C70QGZh4DQCA&ved=0CC0Q6AEwADgU#v=onepage&q=pygmalion%20mythe&f=false

    « Lorsqu’un idiot lance une pierre dans la mare, il faut cent sages pour l’en sortir. » Alice Miller

    A+

    • avatar
      Carolle Anne Dessureault

      @LeNoogernaire

      Bonsoir,

      Il y a plein de choses vraies dans votre discours, fort à propos. J’en conviens, Pygmalion avait un fantasme et Galatée est son oeuvre. Elle pourrait ne jamais prendre la parole. Elle pourrait aussi se réveiller et s’assumer. Vivre par procuration n’est pas sain, c’est évident.

      Il s’agit d’une légende. On en prend ce qu’on veut. L’analyse du côté malsain de Pygmalion est très bien énoncée, et se tient, pourtant on peut aussi s’inspirer du mythe.

      Ici, avec le concept de l’effet positif Pygmalion, nous sommes dans la réalité des possibles. Preuve : les découvertes de Rosenthal et Jacobson et les expériences faites. Peut-être que les résultats ne sont pas toujours excellents que ce qu’ils prétendent.

      Me direz-vous peut-être que vous ne croyez pas à ces résultats! Pourtant, je sais par expérience que c’est possible. C’est pourquoi j’ai raconté deux exemples personnels dans mon article de la semaine dernière. Je pourrais en trouver d’autres, mais deux sont suffisants. Un positif et un négatif.

      Cher Noogernaire, il n’y a pas de mal à voir le meilleur chez l’autre. Tout ce qui a été inventé a d’abord été rêvé, imaginé, pensé.

      Merci beaucoup d’avoir pris la peine de répondre avec autant d’énergie à cet article.

      CAD
      Qu’importe!

    • avatar

      @ Carolle Anne Dessureault,

      Vous rationalisez comme suit:

      « Il s’agit d’une légende. On en prend ce qu’on veut. »

      En adoptant votre raisonnement, voici une interprétation du message implicite d’Ovide : Si nous croyons que le bonheur est dans le mariage voici l’Alpha et l’Oméga. Ne cherchons pas le bonheur dans l’union avec une femme, nous causerons notre malheur à tous. C’est la perpétuation de la mort, pas du bonheur ni de la vie. La nature ne veut que se reproduire, le bonheur connait pas, se serait la fin d’une espèce car la « souffrance » c’est le darwinisme adaptatif.

      Cependant, en 2013, avec la contraception, la vasectomie, deux porcs épics peuvent, avec l’approche colibri, civiliser le hussard noir en eux et vivre les meilleurs moments ensemble, sans prendre sur leurs épaules la responsabilité de ce qui arrivera après leurs morts. Je réfère à votre métaphore de l’homme qui planta des arbres. Planter des enfants c’est plus lourd de conséquences que de planter des glands de chênes.

      ====================================.

      Ci-joint une généreuse contribution de Gaëtan Pelletier, très pédagogique.

      http://les7duquebec.org/7-de-garde/etats-putains-et-syndrome-du-lupanar/

      http://francois.muller.free.fr/contes/porcsepics.htm

      http://francois.muller.free.fr/contes/colibiri.htm

      « Aussi donc, soyons en garde d’utiliser toute métaphore au plus proche de sa vivacité mais sans appuyer trop fort sur les similitudes fragiles qu’elle nous distille, car ce serait en risque d’altérer la réalité à partir de laquelle elle a été modélisée ! »

      =========================================
      Cordialement.

  2. avatar

    Chère Carolle,

    A+

  3. avatar
    Carolle Anne Dessureault

    @Le Noogernaire

    Bonjour,

    D’accord pour ne pas appuyer trop fort sur les similitudes fragiles qu’une métaphore peut distiller en nous.

    Cordialement,

    CAD