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Prince Philip (1921-2021) : à l’ombre d’Élisabeth

Par ses origines familiales et « ses » religions, Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg, fut à lui tout seul un véritable mélange des peuples européens, ce qui était très courant dans l’aristocratie post-victorienne.

 

Il allait avoir 100 ans dans deux mois, le 10 juin 2021. Sa femme va avoir 95 ans dans douze jours. Les deux avaient été vaccinés contre le covid-19 en janvier 2021. Il avait été hospitalisé du 16 février 2021 au 16 mars 2021 pour notamment une opération du cœur (3 mars 2021). Faut-il s’étonner que la mort du Prince Philip Mountbatten, mari de la reine Élisabeth II d’Angleterre, ce vendredi 9 avril 2021 dans la matinée à Windsor, ait fait autant les titres et les unes des journaux alors qu’il y a tant d’autres actualités importantes, comme le seuil, franchi ce week-end, de 5 millions de cas de covid-19 détectés en France ?

Il y a peut-être un effet « dynastie » qui peut s’apparenter au voyeurisme, une famille royale et son carnet : mariages, naissances, séparations, décès. J’ajoute séparations mais pas forcément conjugales, cela peut être familiales. Le surmédiatisation du mariage de Meghan et Harry pourrait se justifier a posteriori. Un ex-numéro trois dans l’ordre de succession, maintenant numéro six (si je ne me trompe pas) qui quitte définitivement non seulement la famille, le luxe, les honneurs mais aussi les rentes et même l’affection de ses ascendants, un peu à l’instar du roi déchu (germanophile) Édouard VIII. Mais alors pourquoi cet événement prend-il aussi dans cette France si jalouse de sa républicanité ?

Il y a certainement un autre effet. Celui d’un homme qui vient d’un autre monde, d’une autre époque, d’autres mœurs. Il a épousé son siècle, son pays et son histoire. La discrétion, selon la vieille tradition victorienne « never complain never explain » (ne jamais se plaindre, ne jamais se justifier). D’ailleurs, chaque fois qu’il ouvrait la bouche, il provoquait des remous dans la presse à cause de sa franchise légendaire, mais jamais sur une prise de position, jamais sur une opinion, d’ailleurs, sous la houlette de la reine, jamais la famille royale n’a voulu exprimer d’opinion sur les affaires de l’État, ce qui remettrait en cause son « universalité », sa neutralité. Les médias étaient d’ailleurs indulgents pour le roc de la reine. Ils le ménageaient pour ménager la reine.

Ce monde n’est peut-être pas aussi rétrograde qu’on voudrait le croire. Après tout, Philip Mountbatten, neveu du fameux Lord Mountbatten, gouverneur des Indes, lui aussi arrière-arrière-petit-enfant de la reine Victoria (comme son épouse) et à ce titre, prétendant au trône (mais au-delà du millième rang sur la liste de succession), aurait pu être le roi et il n’a été que le prince consort. Alors que femme de roi se dit reine, mari de reine ne se dit pas roi.

Philip Mountbatten a épousé Élisabeth le 20 novembre 1947, c’est-à-dire avant qu’elle n’accédât au trône du Royaume-Uni (le 6 février 1952) mais après être l’héritière présomptive (depuis le 11 décembre 1936). Non seulement le Royaume-Uni est un pays qui peut se mettre sous le règne d’une femme (et quelle femme ! pour qui le mari a tout abandonné, sa religion, ses prétentions sur le trône de certains pays européens et même, temporairement, la transmission de son patronyme à ses enfants : « Je ne suis donc qu’une foutue amibe, ici ! »), mais aussi cette reine a bouleversé les règles dynastiques en introduisant l’égalité aux femmes dans les règles de succession à partir du 26 mars 2015.

Auparavant, les hommes, dans une fratrie, étaient prioritaires sur les femmes. Il n’y a maintenant plus de préférence sexuelle, mais cette nouvelle règle n’est pas rétroactive. (De même, les héritiers qui se marient avec une personne catholique ne sont plus exclus de la succession, et le souverain ne doit approuver le mariage que des six premiers héritiers dans l’ordre de la succession, ce qui inclut encore Harry).

J’ai évoqué la vie du prince consort précédemment. Le Prince Philip a joué son rôle de consort le plus parfaitement possible, il présidait près de mille organisations et il n’a arrêté ce rôle de représentation que le 2 août 2017 (il avait déjà 96 ans). Se joignant au concert d’émotion qu’a suscité la mort d’une sorte de « prince père » pour adapter l’expression « reine mère », le Président français Emmanuel Macron a rappelé que le Prince Philip avait « vécu une vie exemplaire teintée de bravoure, d’un sens du devoir et d’un engagement envers la jeunesse et l’environnement ». Une bravoure qu’il a prouvée comme militaire (dans la marine) en combattant pendant la Seconde Guerre mondiale, et ses engagements furent notamment auprès du WWF (fonds mondial pour la nature) qu’il a fondé et présidé (grâce à lui, la Loire est restée le dernier grand fleuve sauvage d’Europe !), la création d’une récompense pour aider la jeunesse en difficulté, et beaucoup d’autres missions et causes.

Pour Robert Lacey, le biographe de la famille royale, la contribution du Prince Philip à la monarchie britannique a été inestimable : « Cet homme charmeur et distingué a été l’élément central de la démocratisation de la monarchie contre l’establishment. Ses origines étrangères expliquent sans doute son ouverture d’esprit. Intelligent, résolu, efficace, il a mis un peu de sel dans la vie de la reine, femme conservatrice et traditionnelle, sans jamais tenter de lui faire de l’ombre. » (« Le Monde » du 9 avril 2021). Philip a notamment encouragé Élisabeth II a sortir de sa réserve naturelle pour faire des bains de foule, pour accueillir des caméras de télévision et montrer la vie quotidienne au palais.

Laisser sa femme régner ne signifiait pas qu’il était « féministe ». La biographie de Marc Roche dans « Le Monde » le décrit au contraire comme « réputé pour son mauvais caractère et son machisme », considéré par certains comme « incontrôlable, borné, habitué à n’en faire qu’à sa tête », d’un « humour qui dérape parfois vers le mauvais goût, voire le racisme ». À cela se sont ajoutées une détestation du Prince Charles, jugé incapable d’être roi, et « sa muflerie envers ses belles-filles, la princesse Diana ou Sarah, duchesse d’York ». Avec cette description définitive : « Il collait à la peau de cet amateur de romans policiers et de musique militaire une réputation de cultiver surtout des idées courtes. Son ton péremptoire sur une voix enrouée de basse semblait d’avance interdire toute contradiction. ».

Huit jours de deuil national ont été décrétés au Royaume-Uni mais les funérailles ne seront pas nationales selon sa volonté, « seulement » militaires. Il ne voulait pas non plus de grande fête pour son centenaire. Son fils aîné, le Prince Charles, qui est prince de Galles, vient d’hériter de son titre de duc d’Édimbourg. Pour le trône, à 72 ans, il attendra encore…

Sylvain Rakotoarison (09 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu

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    Franchement, Sylvain, il ya des jours où je remettrai bien en service un échafaud, pour se passer définitiivement de cette monarchie ridicule, vacciner les gens de ce délire de pouvoir, les dépenses somptueuses qu’il provoque et de de la décérabration médiatique qu’il induit et qu »il entretient… un roi ou une reine, c’est tout le contraire d’une démocratie. On avait affaire là à un crétin plutôt, ou à un con de première, ebn prime, à entendre ses saillies racistes ou son manque de culture flagrant. Vous lire écrire « Le Prince Philip a joué son rôle de consort le plus parfaitement possible, il présidait près de mille organisations » me and malade : il ne foutait rien de sa vie, n’a jamais rien foutu et il faudrait le glorifier de la sorte ? Mais vous fabriquez un MYTHE là !!! inaugurez des chrysanthèmes, voilà ce à quoi i la servi, le pauvre : parlez d’une fonction, toute sa vie !! Comptez les pots de fleurs !! Ombre i la vécu, dans l’oubli il va aussi très vite tomber !!! En histoire, il ne représente RIEN. Penauts. Zéro. Aucun intérêt, et aucun non plus de célébrer sua disparition comme vous le faites ici. DISGUTING, ils disent là-bas : ses histoires de têtes à couronnes sont à vomir, et elles me font profondément gerber !

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