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Pr?visions de l?observateur : Du cahier de brouillon au laboratoire (J-12)

Il fait nuit n?gre. La faune urbaine a coup? le son pour mieux se blottir meurtrie dans cette solitude qui peuple ceux ayant plus d?histoires que de myst?res. Et au milieu de ce champ de d?tails, les gouttes d?eau indisciplin?es s??chappent dans l?indiff?rence g?n?rale pour mieux s??craser en contrebas, afin de maculer l??vier sale ou combler le vide d?un bol ? l?abandon. M?me ? l?abri derri?re mon casque de cristal, la guerre feutr?e orchestr?e depuis la cuisine d?laiss?e me mine le moral, la routine et l??criture automatique. Je cherche ? me concentrer, mais je ne trouve qu?? me distraire. ? force de me dissiper, je pourrais disparaitre sans que nul ne s?en doute.

Pas d??clair de g?nie pr?fabriqu?, ni de r?v?lation divine et encore moins d?inspiration sous influence. Je pars ? la rencontre de mes entrailles en me d?barrassant tant bien que mal de ma cervelle de substitution, de mon ?me de location pour cerner ce que j?ai dans le ventre. Enfin, ce qu?il en reste.

Pour ainsi dire, c?est peut-?tre tout ce que je cherche lorsque j?extirpe de leur enclave toutes ces images log?es dans mon pass? afin d?aligner l?int?gralit? de l?alphabet dans un d?sordre parfait. J?offrirais bien au monde ma lobotomie en direct, si seulement cela servait ? quelque chose ! Mais l?horreur est ? la mode et mon ?go ne croit pas en la post?rit?. Il n?y a que maintenant. Alors, je serre le robinet jusqu?? ce que ses angles droits s?impriment sur ma paume, puis je retourne dans le bureau, l?autre main dans mon boxer.

La porte une fois claqu?e, je fais le tour du propri?taire en faisant du surplace. Des murs vaguement capitonn?s de Velleda et une fen?tre pour ?pier les ombres de mes contemporains vivant dans le futur proche. Il faut croire qu?avenir rime avec ?lectronique vu le monticule de plastique qui meuble leur vie. Mais au bout d?un moment, les lumi?res se retirent, les ombres les quittent et le noir ?tend son empire. Rideau. Circulez il n?y a plus rien ? voir, ? ?pier, ? emmagasiner pour tout recracher entre l?ascenseur et la machine ? caf?. Devant tant d?obscurantisme technologique, je retourne ? mon tr?ne d?usine dans l?espoir d?asseoir ma supr?matie sur le futur?!

Des post-it scarifi?s, usag?s, des relev?s de compte d?pressifs, un cimeti?re de cure-dents m?chouill?s, je laisse des indices au fur et ? mesure de ma d?pression collaborative. Je suis dans le brouillard. J?aimerais avoir des warnings pour faire une pause, mais je n?ai qu?un phare. Donc je le poursuis.

Le voil?, lui, l??cran qui tient en otage une civilisation enti?re de pixels, il m?illumine comme il le peut tandis que ma colonne vert?brale joue son r?cital en craquant de toutes parts, histoire de me rappeler qui tient qui?! On ne sait jamais, si je me sentais pousser des ailes, ? d?faut d?avoir des racines?
Je suis pr?t?! Mais ? quoi au juste? Peut-?tre ? tout, en fait s?rement pas. Avant de d?plier mes pattes de plantigrade, il me faut grogner pour faire appel ? la b?te en sommeil, celle qui vit entre l?instinct et l?instant. Ici et maintenant.

Premi?rement, j?ouvre, puis je tape et enfin j?enregistre. La libert? n?a jamais autant ressembl? au travail la cha?ne. Enfin, nous y voil?, un texte de plus, des virgules en moins, les lettres ? la bonne place, les mots justes, les phrases de circonstance, une illustration ad?quate, le m?me nombre de tags et l?in?vitable vid?o pour le r?f?rencement, j?y suis. Mais o? ? Non, je me suis perdu, car il n?y a plus rien ? raturer. Si m?me mon crash-test suit dor?navant les r?gles de la nature, je ne vois que l?auto-destruction comme projet d?avenir valable. L?ennui est une honn?te erreur, mais l?oisivet? est un aveu d??chec sans motif acceptable. Je fais le tour de ma petite plan?te qui me sort par les orbites et essaye tant bien que mal de me faire passer pour l?un de ses satellites.

Apr?s deux ans de cahier de brouillon, j?ai fini par remplir toutes les pages, la couverture, le dos, chaque marge et bas de page. Il ne reste rien, plus de place, mais je ne faisais que m??chauffer, que m?entra?ner, qu?envisager. L?essai est transform?, mais l?exp?rience est encore trop loin pour je puisse l??crire. Pourquoi parler de but et de fin, alors que je n?ai pas encore commenc? ?

Mes amis, il l?heure de tout quitter pour avancer, prendre l?horizon ? t?moin sans se retourner entre l?essence et l?allumette. Je vais mettre le feu ? ce blog pour vous en faire un souvenir et moi un m?moire. Et au petit matin, la fum?e ? l?agonie sous la ros?e et l?aube en retard, j?irai planter mes racines ailleurs ? mes premi?res ? afin de coloniser d?autres espaces sous une autre forme au fond?

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