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Prévenir la maladie débilitante des cervidés

 

Photo: Galyna Audrushko, Dreamstime

 

L’encéphalopathie spongiforme bovine (maladie de la vache folle) a son équivalent chez les cervidés: la maladie débilitante des cervidés, aussi appelée « maladie du dépérissement chronique des cervidés », « cachexie chronique », « syndrome de dégénérescence chronique des cervidés », etc.  Cette maladie dégénérative à prion, découverte en 1967, touche 18 états américains de même que deux provinces canadiennes (l’Alberta et la Saskatchewan) et a été détecté chez des cerfs de Virginie, des Wapitis, des cerfs-mulets et des orignaux.

Depuis le 1er janvier dernier, il est interdit au Québec d’importer ou de posséder des carcasses entières ou des tissus et organes à risques de cervidés abattus à l’extérieur du Québec.  Même si la vessie fait partie des organes à risques dont l’importation est interdite, l’importation d’urine de cervidé, utilisée par certains chasseurs et souvent importée des Etats-Unis, n’est pas encore réglementée pour l’instant. Cependant le Ministère des Ressources naturelles et de la faune examine cette possibilité et recommande aux chasseurs d’éviter d’employer de l’urine ou tout autre fluide de cervidés, surtout s’ils proviennent de l’extérieur du Québec, et de plutôt utiliser des leurres synthétiques.

Comme je l’ai déjà mentionné, un prion n’est ni un virus, ni une bactérie, ni un parasite.  Il n’a ni ADN ni ARN, ni métabolisme. Il peut survivre des années dans un sol contaminé et résiste entre autre à la digestion, à la cuisson, à la congélation, à la dessiccation, aux radiations, à la pression, à l’alcool éthylique, au formol, au peroxyde d’hydrogène et à l’iode!  Un prion supporte également une chaleur sèche pouvant aller jusqu’à 800°C, c’est pourquoi, pour diminuer les risques de transmission de la Maladie de Creutzfeldt-Jakob chez l’être humain et son nouveau variant (causée par l’ESB), les instruments de neurochirurgie sont stérilisés à la chaleur humide sous pression en autoclave (134°C à une pression de 3 bars, idéalement durant 18 minutes, même si 60 minutes est préférable lorsque c’est la seule méthode de stérilisation utilisée).

Alors que la maladie de la vache folle concentre le prion dans le système nerveux central, (cerveau, yeux, moelle épinière, nerfs, etc), le prion de la MDC se retrouve aussi dans de nombreux autres organes internes de même que dans le sang, la salive, les selles et bien sûr l’urine de l’animal.  En fait, aucune partie d’un cervidé atteint de MDC ne peut être considérée comme totalement exempt de prion.  Le bois de velours vendu en capsule dans les pharmacies et les boutiques de produits naturel peut provenir des Etats-Unis et ne semble pas touché par la nouvelle réglementation, et ce même si l’importation de bois avec velours n’est pas autorisée.  La maladie est évidemment plus rares chez les cervidés d’élevage mais les cas canadiens concernaient des animaux vivant en captivité importés des Etats-Unis.  Notons que les bois de cervidés ne sont pas des cornes et sont donc innervés et vascularisés.

Même si, officiellement, la MDC n’est pas considérée comme transmissible à l’être humain, une étude est actuellement en cours en Alberta afin d’évaluer la sensibilité des primates au prion de la maladie.  Après tout, on a déjà dit de la maladie de la vache folle qu’elle n’était pas transmissible à l’être humain et plusieurs maladies à prions franchissent la barrière inter-espèce, ce qui est peu rare avec les agents infectieux conventionnels.

La transmission entre animaux peut se faire par contact direct ou même indirect, (environnement ou nourriture contaminée), par la salive et l’urine.  Elle est facilitée par la promiscuité en captivité mais aussi par les rassemblements artificiels en nature.  Pour cette raison, il est déconseillé d’installer des mangeoires destinées aux cervidés sauvages.  La période d’incubation de la MDC varie entre 2,4 et 4 ans, ce qui fait qu’un animal infecté peut ne présenter aucun symptôme visible.  En phase clinique (dont la durée peut varier entre quelques jours et 1 an), l’animal peut afficher une grande maigreur, un pelage terne, pâle et hérissé, une salivation et une miction excessive, des tremblements, des troubles de l’équilibre et de la coordination, de l’agressivité ou de la panique.

Le Ministère a publié un guide de dépeçage sécuritaire (enfin le plus sécuritaire dans les circonstances) des carcasses de cervidé:
http://www.mrn.gouv.qc.ca/faune/sante-maladies/mdc-video.jsp

Pour toute autre information:
http://www.mrnf.gouv.qc.ca/faune/sante-maladies/mdc.jsp

Stéphanie LeBlanc

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