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Pr?t ? la scission ?

Quelques dizaines de voix (42 ?) s?pareraient Martine Aubry et S?gol?ne Royal parmi plus d’une centaine de milliers de voix. Martine Aubry revendique la victoire, mais S?gol?ne Royal la conteste et demande un nouveau vote…

Deux choses sont cependant d?montr?es :

1. L’arithm?tique ?lectorale n’a rien de rationnelle.

L’ancien directeur de campagne de S?gol?ne Royal, Patrick Menucci, venait, entre les deux tours, de poser son d?sormais fameux th?or?me : 25 + 25 = 35. On pourra ?galement rajouter depuis cette nuit celui-ci : 35 + 22 = 50.

Martine Aubry est loin d’avoir fait le plein des voix des hamonistes. M?me s’il lui manque quelques voix pour gagner (ce qui reste ? confirmer), S?gol?ne Royal a encore une fois renforc? son assise au sein de la base socialiste.

2. Le Parti socialiste est clairement divis? en deux.

L’?clatement du Parti socialiste est d?sormais patent : une coupure ?trangement en deux partis ?gaux.

Beaucoup de militants « anti-royalistes » estiment que la faible avance (mais quand m?me avance) de Martine Aubry suffirait ? faire le rassemblement qu’ils ont ?t? incapables de faire ? Reims ou avant, en faisant par exemple une direction coll?giale incluant Martine Aubry, Vincent Peillon et Beno?t Hamon.

Dans un tel cas, on se poserait forc?ment la question de la coh?rence politique alors que quelques jours avant, tout les s?parait : ligne id?ologique, strat?gie d’alliance et vision de l’avenir de leur parti…

Un net clivage

La question reste toujours la m?me : quel a ?t? le clivage r?el qui a motiv? le choix quasi-quantique des militants socialistes, incapable de clairement lever l’ind?termination socialiste ?

Je l’ai d?j? ?crit par ailleurs, le clivage ?tait le m?me que celui opposant Fran?ois Mitterrand ? Michel Rocard au congr?s de Metz en 1979, ? savoir, la gauche archa?que face ? la gauche moderne. Le malheur, c’est que tout corps a besoin ? la fois de ses racines (qui ressourcent) et d’une vision d’avenir (qui grandit).

S?gol?ne Royal, c’est une vision moderne qui fait fi de toutes les traditions. En ce sens, comme pour Nicolas Sarkozy, rien n’est tabou pour S?gol?ne Royal. Elle a compris que la France « se prenait » par la droite comme seul a su le faire Fran?ois Mitterrand (en 1988, c’?tait moins le cas en 1981). Elle a compris aussi que les statuts du PS sont d?pass?s et qu’il faut absolument les r?former pour l’adapter aux enjeux politiques actuels. L’UMP, le MoDem et m?me le FN l’ont compris depuis longtemps : leur direction partisane est sans doute « monovocale » mais a le m?rite d’?tre efficace et compr?hensible aux yeux de l’opinion publique. Son « populisme », m?me s’il a effray?, a permis de redonner de l’audience parmi les classes moyennes ou peu ais?es ? un parti devenu essentiellement attractif pour une classe « bobo ».

Martine Aubry, c’est la vieille tradition du Parti socialiste actuel. Un conglom?rat d’?l?phants ? peine ?duqu?s qui peinent ? cacher leur impatience d’?tre candidats. Ses partisans donnaient notamment comme argument qu’elle avait r?ussi ? rassembler des courants bien h?t?roclites : fabiusiens, strauss-kahniens puis delano?stes, hollandais, rocardiens etc. Certes, mais justement, ces courants n’ont pas disparu. Aubry servait ? mettre en attente les ambitions pr?sidentielles des ?l?phants (Strauss-Kahn, Fabius, Hollande, Delano? etc.). Mais maintenant ? Le pire, c’est que la direction nationale ?tant repr?sent?e ? la proportionnelle (l’archa?sme le plus l?tal), la prochaine premi?re secr?taire aura bien d? mal ? conduire le Parti socialiste de fa?on non chaotique.

Reims comme de l’acharnement jospinien

Pourtant, si on reprend le pr?c?dent de 1995, S?gol?ne Royal aurait d? devenir d?s l’automne 2007 premi?re secr?taire du Parti socialiste. Le premier secr?taire sortant Henri Emmanuelli s’?tait effac? sans broncher pour laisser Lionel Jospin reprendre le contr?le du PS en raison de son score honorable ? l’?lection pr?sidentielle de 1995. S?gol?ne Royal avait, en 2007, r?ussi une meilleure performance que Jospin en 1995 (et qu’en 2002 ?videmment !). Le PS aurait d? en toute logique lui laisser les clefs… sauf que de nombreuses raisons dont la rancœur des ?l?phants de s’?tre fait d?munir de la candidature ? l’?lection pr?sidentielle ne serait pas la moindre.

Et maintenant ?

Le camp royaliste semble tr?s remont? pour contester fermement les r?sultats. Dans tous les cas, ? quelques voix pr?s, les deux camps sont de m?me audience.

Je doute qu’un quatri?me vote soit organis? dans les jours qui viennent. En revanche, un recomptage des bulletins ne devraient pas non plus calmer le jeu : m?me si le recomptage favorisait S?gol?ne Royal, ce serait ?galement de quelques voix d’avance et cela ne dissiperait pas la contestation… de l’autre camp.

En analysant la situation, je me dis que la seule solution possible pour en finir avec cette crise qui d?compose en direct le Parti socialiste, c’est la « s?paration ».

En effet, quels sont les constats ?

1. Le Parti socialiste est coup? en deux. Une partie qui veut continuer comme avant avec un fonctionnement qui le d?truit. Une partie qui ne veut plus de ?a.

2. Les rancœurs sont d?sormais tr?s fortes, d’autant plus que se superposent, au-del? de la candidature ? la prochaine ?lection pr?sidentielle, des enjeux locaux ou europ?ens importants pour la carri?re des ?lus socialistes : europ?ennes en juin 2009, r?gionales en mars 2010, s?natoriales en septembre 2011 et aussi l?gislatives en juin 2012. Or, ? chaque investiture, les luttes internes vont ?tre torrides… (On l’a d?j? remarqu? pour l’?lection des premiers secr?taires f?d?raux).

3. Ind?pendamment de la carri?re des ?lus locaux, il y a les ambitions nationales des seconds couteaux. Manuel Valls, Pierre Moscovici, Vincent Peillon, entre autres, ont consid?rablement perdu du terrain dans leur objectif de devenir un jour eux-m?mes des ?l?phants. Moscovici pourra se rattraper ? des branches (il a zigzagu? sans arr?t depuis trois mois), Vincent Peillon repr?senter l’aile royaliste au sein d’une direction aubryiste, mais Manuel Valls dont plus personne ne voudrait, que fera-t-il ?…

La logique ?

La logique, ?trangement, c’est Jean-Luc M?lenchon qui l’a comprise, mais un peu trop t?t. Il a d?missionn? du PS bien avant la v?ritable bataille interne. Il s’est chev?nementis? ou pasqualis?. Il ne repr?sentera plus qu’un groupuscule inaudible. Beno?t Hamon et Henri Emmanuelli, en restant dans le jeu au sein du PS, l’avaient bien compris.

Si Martine Aubry ?tait d?clar?e premi?re secr?taire officiellement (ce qui est fort probable), alors S?gol?ne Royal aurait ? faire un choix simple mais crucial : resterait -elle ou pas au sein du Parti socialiste ?

Les arguments pour rester sont ?videmment nombreux :

1. Elle a dit qu’elle resterait. En se reniant, elle perdrait en cr?dibilit? (mais elle en avait de m?me pour le SMIC ? 1 500 euros et d’autres mesures).

2. Elle perdrait une bonne partie de ses partisans tr?s attach?s ? leur parti.

3. On lui reprocherait d’?tre mauvaise joueuse.

4. Elle n’est pas une femme d’appareil et ne saurait pas cr?er et administrer un parti (comme l’a fait r?cemment Fran?ois Bayrou).

Mais qu’aurait-elle ? perdre en quittant avec armes et bagages un parti qui l’a toujours rejet?e et dont les ?l?phants ont montr? que pour eux, la direction de leur parti comptait plus que la candidature ? l’?lection pr?sidentielle ?

1. Contrairement ? ses adversaires internes, S?gol?ne Royal n’a aucun patriotisme de parti. Elle n’agit pas pour pr?server un parti, mais pour d?fendre soit sa personne (son ambition) soit des id?es (son projet, si elle en a un). Un ?tat d’esprit qu’ont toujours eu les leaders de la droite et du centre (il suffit de voir comment la fusion du RPR et d’une partie de l’UDF en UMP s’est r?alis? sans heurt, ? part quelques nostalgiques ultra-minoritaires qui tenaient ? « leur » parti gaulliste ; la disparition de l’UDF a fait plus de d?g?ts avec le MoDem et le Nouveau Centre). De plus, S?gol?ne Royal militait pour changer la d?nomination archa?que du Parti socialiste (Dominique Strauss-Kahn aussi d’ailleurs, lui qui pr?nait en 2006 la sociale-d?mocratie).

2. S?gol?ne Royal jouit d’une v?ritable originalit? dans le paysage politique qui sera effac?e in?luctablement en restant au sein d’un parti dirig? syst?matiquement pour l’emp?cher de se pr?senter une nouvelle fois en 2012.

3. S?gol?ne Royal n’a pas besoin du Parti socialiste : elle a son club de fans avec « D?sir d’Avenir » et en terme de marketing ?lectoral, la marque Royal est plus redoutable que la marque PS.

4. Enfin, politiquement, elle s’est adapt?e ? notre ?poque et pourrait nouer des alliances avec les centristes sans rester dans l’ambigu?t? d’une alliance avec les communistes et la gauche altermondialiste.

Quelles seraient les cons?quences d’une scission du PS ?

1. Localement, peut-?tre aucune si, au lieu d’?tre internes (dans les courants), les rivalit?s s’exprimaient en externe tout en pr?servant un accord ?lectoral local avec le PS restant (d’autant plus que les f?d?rations sont aujourd’hui tr?s royalistes ou tr?s anti-royalistes).

2. Nationalement, une possibilit? pour S?gol?ne Royal de proposer explicitement une alliance et un contrat de gouvernement au MoDem de Fran?ois Bayrou (qui, ? mon sens, aurait tort d’accepter).

3. Au sein du PS restant, la poursuite des querelles d’?l?phants, puisque finalement, tous les ?l?phants du cirque de Rennes en 1990 seraient toujours en place en 2008 : Fabius, Jospin, Mauroy, Rocard, et leurs enfants Strauss-Kahn, Delano?, Aubry etc.

4. Le pays y gagnerait en clarification. Naturellement, le PS r?siduel se concentrerait sur sa gauche (ce que voulaient d’ailleurs les militants aubryistes) et, quoi qu’en diraient les dirigeants du PS, serait forc?ment en concurrence avec Olivier Besancenot (qui, d’un point de vue marketing politique, aurait une longueur d’avance).

5. Nicolas Sarkozy, dans tous les cas, n’aurait pas trop ? s’en faire : s?par? ou pas, le PS a sombr? dans un ?gocentrisme qui doit ?cœurer les Fran?ais.

6. Fran?ois Bayrou aurait tout int?r?t ? une scission du Parti socialiste et pourrait esp?rer « r?cup?rer » quelques royalistes d??us par leur parti.

7. Le Parti radical de gauche aurait aussi un choix ? faire entre sa r?unification avec les radicaux valoisiens de Jean-Louis Borloo, la fid?lit? au PS historique et une union avec des royalistes s?paratistes…

Avenir, d?sir et envie

S?gol?ne Royal semble avoir n?anmoins perdu la partie de Reims (et perdu le parti). Son attitude dans les prochains jours scellera son avenir pr?sidentiel : contestation des r?sultats et volont? r?affirm?e de diriger le PS, acceptation d’une direction Aubry ou encore, d?mission du PS et transformation de « D?sir d’Avenir » en v?ritable parti politique.

Et vous vous ?tonnez que les socialistes ne soient pas au pouvoir depuis longtemps ?

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 novembre 2008)

Pour aller plus loin :

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Y aura-t-il un pilote dans l’avion ?

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