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Présidentielle 2022 : Qui en sortira vainqueur ?

À 15 mois du premier tour, de surcroît dans un contexte chaotique, il est évidemment impossible de faire le moindre pronostic sur l’issue de la prochaine élection présidentielle. Et cela d’autant moins que nul ne peut dire aujourd’hui quels seront les candidats en lice au mois d’avril 2022. Il n’est pourtant pas inutile de se pencher dès maintenant sur l’état de notre paysage politique dans l’optique de ce rendez-vous électoral majeur…

Une chose est sûre : l’histoire contemporaine des sondages d’intentions de vote montre clairement qu’il faut prendre avec des pincettes les résultats des enquêtes réalisées aussi loin des échéances électorales. 15 mois avant la présidentielle, aucun institut n’a en effet été capable de donner l’identité des deux finalistes lors des quatre derniers scrutins présidentiels ! L’actualité de ces derniers jours, et pas seulement au plan sondagier, n’en a pas moins été riche d’enseignements pour qui s’intéresse à la vie politique de notre pays dans un contexte d’incertitudes sanitaires et de gouvernance erratique de l’exécutif macronien.

Une enquête a, ces derniers jours, particulièrement marqué les esprits des analystes politiques et alimenté les réflexions des éditorialistes, à défaut de capter l’attention des Français, beaucoup plus préoccupés actuellement par les conséquences sur leur vie et celle de leurs proches de la double crise sanitaire et économique liée à la pandémie de Covid-19. Cette enquête, très complète, a été réalisée par l’institut Harris Interactlve les 19 et 21 janvier pour le compte du quotidien L’Opinion et du cabinet de conseil Commstrat.

Il ressort de cette enquête qu’en l’état actuel du ressenti des Français, l’on irait tout droit vers un nouveau duel de 2e tour Macron-Le Pen, les autres candidats étant loin derrière les deux protagonistes de 2017. C’est sans surprise Le Pen qui, dans les différentes hypothèses testées, arriverait en tête avec un score de 26 à 27 % devant Macron, mesuré à 23 ou 24 %. Bertrand, en 3e position, serait nettement distancé avec 16 % des intentions de vote (mieux que Pécresse, 14 %) tandis que Mélenchon complèterait le quatuor de tête avec un score de 11 %, plusieurs points devant les autres candidats testés, qu’ils se nomment Jadot, Hidalgo ou Montebourg. Quant au score du 2e tour, non révélé dans L’Opinion, il a été rendu public le 27 janvier par Le Parisien et L’Express : avec 52 % contre 48 %, Macron emporterait contre Le Pen une victoire étriquée et d’autant plus aléatoire à pronostiquer que l’on se situe dans la marge d’erreur. Toutes les données de cette enquête sont à retrouver sur le site de l’institut Harris Interactive : lien.

Quels enseignements tirer de cette enquête ?

Notons tout d’abord qu’en dépit de sa prestation calamiteuse lors du débat d’entre deux tours face à Macron, Le Pen renforce son socle d’adhésion au 1er tour, elle qui avait obtenu 21,30 % en 2017. Un score qui semble lui assurer, quoi qu’il puisse arriver, de se qualifier pour le 2e tour en 2022. Dupond-Aignan (mesuré à 7 %) n’étant pas en mesure d’affaiblir significativement la présidente du Rassemblement National, seule une candidature concomitante du général de Villiers (non testé dans l’enquête) pourrait mettre en danger la qualification de la patronne du RN, l’ex-chef d’état-major étant grosso modo positionné sur le même créneau que Le Pen. Une hypothèse toutefois peu crédible tant l’ancien militaire se montre indigent dans ses livres en termes de projet politique.

Observons ensuite qu’Emmanuel Macron conserve lui aussi un socle solide en ce mois de janvier 2021, très proche de son score de 2017 : 24,01 %. Et cela malgré la défection progressive des électeurs venus de l’aile libérale du Parti Socialiste, à défaut d’une candidature Valls. Une défection compensée par les gains réalisés « en même temps » à droite sur une partie de l’électorat des Républicains, laquelle a trouvé chez le président en exercice un champion guère différent au plan idéologique de ce qu’aurait pu être, sinon un Fillon, du moins un Juppé au pouvoir. Encore faudra-t-il à Macron, s’il entend exercer un 2e mandat, franchir sans trop de casse les multiples chausse-trappe sanitaires et économiques que la pandémie de Covid-19 ne cesse de semer sur sa route. Un pari qui, eu égard à la succession des polémiques sanitaires (sur les masques, les tests et les vaccins) et aux dégâts à venir sur le tissu commercial et le monde de la culture, est loin d’être gagné, c’est le moins que l’on puisse dire.

En 3e position, c’est le candidat de la droite qui pourrait tirer les marrons du feu s’il devenait évident au fil des mois que Macron, à l’image d’un Hollande empêché par son impopularité, se trouve de facto en situation de devoir renoncer à son tour à se représenter. Ce candidat pourrait être Bertrand, ou Pécresse, ou bien encore Barnier, lequel caresse l’espoir de surfer sur sa bonne image européenne et sa longue expérience politique pour s’asseoir dans le fauteuil présidentiel. A priori, c’est quand même le patron de la région Hauts-de-France qui semble avoir les meilleures chances, à la condition sine qua non de l’emporter lors du prochain scrutin régional, ce qui ne semble pas insurmontable. Bertrand candidat de la droite – même si cela fait grincer quelques dents à LR –, aurait de bonnes chances, en surfant sur son bilan régional rassembleur et son image de « gaulliste social », de rallier sur son nom les transfuges républicains un temps séduits par le positionnement droitier de Macron.

Une « union de la gauche »

Reste le leader des Insoumis. Crédité par Harris Interactive d’un score modeste de 11 %, Mélenchon aura beau jeu de rappeler qu’en 2017 il n’était guère plus fringant dans les sondages à un an de l’échéance, ce qui ne l’a pas empêché de progresser fortement durant les derniers mois de campagne, au point d’obtenir 19,58 %, à moins de 2 points de la qualification pour le 2e tour. Certes ! Mais en 2017, le PS avait explosé, au point que l’union des « socialistes résiduels » – ceux qui n’avaient pas migré vers La République En Marche – et des écologistes avait culminé à un piteux 6,36 % dont Mélenchon avait tiré profit. En ira-t-il de même en 2022 ? Rien n’est moins sûr : les socialistes, malgré leur déshérence, et les écologiques, surfant sur la vague verte, disposent à eux deux d’un potentiel nettement supérieur à celui du trop falot Hamon. Crédités respectivement de 7 à 8 % pour Jadot, et de 6 à 7 % pour Hidalgo – la dame est, paraît-il, tombé de haut ! –, ils ne devraient pas avoir la moindre perspective de qualification, même en s’alliant comme en 2017. Ils disposeront en revanche d’un pouvoir de nuisance potentiellement dévastateur sur la candidature LFI. Dès lors, seule une candidature d’« union de la gauche » la plus large possible pourrait permettre d’espérer une qualification au détriment de Macron et/ou du candidat LR.

Une candidature d’« union de la gauche » dont on voit mal comment elle pourrait exister hors du leadership de Mélenchon pour avoir de bonnes chances de réussite. Le candidat des Insoumis possède non seulement l’expérience de deux présidentielles, mais également des qualités d’orateur et de débatteur précieuses pour mener une campagne aussi exigeante. Qui plus est, dans un contexte socioéconomique aussi dévastateur, et malheureusement démobilisateur au plan politique, ce ne sont ni le leader des écologistes ni la maire de Paris, tous deux marqués du label « bobo », qui disposent du potentiel pour aller chercher les abstentionnistes sans le vote desquels il ne pourra pas y avoir d’espoir de gauche ! Croisons les doigts pour que les destructrices querelles d’ego s’effacent enfin devant les enjeux politiques, et surtout devant la nécessité de rendre aux classes populaires et moyennes le pouvoir qui leur a si longtemps été confisqué par les élites industrielles et financières avec la complicité des gouvernants successifs.

Si tel n’est pas le cas, nous aurons à subir la poursuite du processus de liquidation des acquis du Conseil National de la Résistance et les effets des atteintes portées aux droits des citoyens par un pouvoir sans scrupule, serviteur zélé de la ploutocratie !

A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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