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Pour r?ussir, la BCE devra se montrer irresponsable !

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Le taux d’int?r?t est l’arme par excellence ? disposition de la banque centrale lui permettant de mener ? bien sa mission. Bien plus qu’une mission en r?alit?: un devoir qui consiste ? r?gler ce m?me taux et ? en optimiser tant le niveau que l’usage dans un objectif macro ?conomique double et crucial pour le pays dont elle a la charge. A savoir d’assurer la stabilit? des prix et de maintenir le quasi plein emploi au sein de l’?conomie dont elle est responsable.

D?s lors, comment ne pas ?tre choqu? par l’attitude de certaines banques centrales majeures pour lesquelles « stabilit? des prix » se r?sume ? lutter contre les pressions inflationnistes, m?me si ces derni?res sont inexistantes? Tandis que la d?flation, qui constitue une calamit? au moins aussi grave que l’inflation, est syst?matiquement minimis?e par ces m?mes banques centrales. Et comment ne pas ?tre scandalis? par ces m?mes imp?ratrices de l’orthodoxie qui se disent subrepticement que le ch?mage est un mal n?cessaire s’il permet de contenir les pressions inflationnistes ?

Toujours est-il que les conditions ?conomiques exigent parfois une r?duction drastique de ce taux d’int?r?t qui doit tomber ? z?ro, mais qui ne peut cependant ?tre n?gatif. Confront?e ? ce plancher, la banque centrale se doit d?s lors de ressusciter son ?conomie par d’autres moyens, en faisant appel ? d’autres types de munitions. C’est l? qu’interviennent les baisses de taux quantitatives qui conduisent la banque centrale ? acheter tout une palette d’actifs allant du Bons du Tr?sor du pays ?tant sous sa tutelle, ? des obligations ?mises par des entreprises et parfois m?me ? des actions en bourse et ? de l’immobilier!

Cet activisme de la banque centrale refl?te l? son implication totale en faveur de l’?conomie de son pays et a pour objectif affich? d’augmenter la valorisation des actifs, c’est-?-dire des entreprises, des capitalisations boursi?res et de l’immobilier. En d’autres termes, les « QE » sont un engagement volontariste de la part de la banque centrale qui « se mouille » en rendant son taux n?gatif – et qui brise donc tous les tabous! – pour stimuler l’investissement et la d?pense, gr?ce ? la courroie de transmission de l’inflation qu’elle cherche activement ? promouvoir et qui, seule, est ? m?me de ramener la croissance.

Ne r? ouvrons pas aujourd’hui le d?bat du bien fond? de ces baisses de taux quantitatives par la Banque centrale europ?enne : elles ne sont que trop appel?es de leurs v?ux depuis plusieurs ann?es par un tr?s petit nombre d’?conomistes. La situation en est effectivement parvenue aujourd’hui ? un stade tel que, m?me mises en ?uvre dans les jours ou dans les semaines ? venir, les baisses de taux quantitatives europ?ennes n’auront quasiment plus d’impact! Sans un authentique changement de mentalit? au sein m?me de cette institution qu’est la BCE, sans une volont? affich?e de sa part de promouvoir l’inflation, de relancer la demande et de r?sorber le ch?mage : les baisses de taux quantitatives seront suivies d’un effet minimal, consistant tout au plus ? faire baisser l’euro.

Si elle cherche ? ?tre cr?dible, pour r?ellement ?tre en mesure de motiver l’investisseur et le consommateur, la banque centrale devra savoir convaincre qu’elle n’h?sitera pas ? se montrer « irresponsable », pour reprendre le terme de Paul Krugman. Seule en effet cette irresponsabilit? annonc?e de la banque centrale d?termin?e ? peser de tout son poids, et ? exploiter sa force de frappe quasiment illimit?e, autorisera la reprise de l’?conomie dont elle a la charge. Car, comprenons-le bien, la r?duction du taux d’int?r?t comme l’achat d’actifs dans le cadre de « QE » ne sont que des instruments. Ou plus pr?cis?ment des messages ?mis en direction des entreprises, des m?nages et des consommateurs qui sont destin?s ? les amener ? r? ?valuer leur diagnostic sur leur propre ?conomie.

Ce n’est donc que si le message est clair et sans ?quivoque que ces divers intervenants reprendront graduellement confiance et pourront anticiper avec s?r?nit? une am?lioration de leurs revenus autorisant la relance des investissements et de la consommation. Les instruments dont fera usage la banque centrale sont certes d?terminants. Pour autant – et pour se r?v?ler d’une efficacit? optimale-, l’emploi du levier du taux d’int?r?t et, ? plus forte raison, d’une arme aussi peu conventionnelle que les baisses de taux quantitatives, exige une manipulation tout en subtilit?. Ce dont la BCE semble ?tre totalement d?nu?e…

Voil? pourquoi la BCE est condamn?e ? ?chouer et, ce, m?me si elle devait se r?soudre ? appliquer les baisses de taux quantitatives. En fait, pr?cis?ment parce qu’elle devra s’y « r?soudre », dans le sens o? elle le fera sans conviction aucune, mais seulement contrainte et forc?e par les circonstances et par une irr?sistible pression. Comme ces armes non conventionnelles que sont les baisses de taux quantitatives ne sont qu’un levier permettant de conditionner les attentes et le moral des entreprises et des m?nages, leur simple mise en place par une BCE dont on saura qu’elle ne le fait qu’? reculons suffira ? en neutraliser les effets b?n?fiques. Notre Banque centrale europ?enne n’est h?las plus cr?dible, et les divers intervenants ?conomiques – de l’entreprise cot?e en bourse au consommateur ultime – doutent s?rieusement de sa volont? de casser la spirale r?cessionniste et de r?sorber le ch?mage.

Et pour cause! N’est-ce pas elle qui, au climax de la crise europ?enne en 2011 et ? un moment o? elle devait imp?rativement injecter des liquidit?s…devait au contraire remonter son taux directeur en pr?textant d’un regain des pressions inflationnistes ? N’est-ce pas elle qui fut si lente ? r?duire par la suite ses m?mes taux alors qu’il ?tait limpide que la pr?occupation imm?diate ?tait d’ordre d?flationniste? N’est-ce pas encore la BCE qui n’en finit plus de tergiverser ? propos de l’emploi d’une politique mon?taire peu conventionnelle, alors qu’elle doit faire face et rendre des comptes ? pr?s de 20 millions de ch?meurs europ?ens ?

Pour ?tre efficaces, des QE se doivent d’?tre renforc?s et accompagn?s d’une volont? in?branlable de la part de la banque centrale de poursuivre cette politique tant qu’un certain objectif macro ?conomique n’aura pas ?t? atteint. Comme la R?serve f?d?rale am?ricaine et comme la Banque d’Angleterre qui se sont fix?es des objectifs chiffr?s en mati?re de ch?mage et de P.I.B. avant d’interrompre leurs programmes de rachats d’actifs. Comme la Banque du Japon qui a promis un usage illimit? de ses munitions tant que l’inflation n’aurait pas atteint 2%. Autant de postures d?termin?es – voire agressives – ayant persuad? les entreprises comme les consommateurs de modifier leur approche et d’am?liorer leurs anticipations quant au redressement de leurs ?conomies respectives.

Apr?s des ann?es d’attitude vell?itaire, d’obsession inflationniste, de tergiversations et de diagnostics ?conomiques erron?s, n’attendons aujourd’hui nulle d?termination ou innovation de la part de la BCE. Qu’elle se lance demain dans des baisses de taux quantitatives n’y changera rien, car le c?ur n’y sera pas! Et son conservatisme est fermement ancr? dans la perception que se font d’elle les europ?ens.

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