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Port du masque : des Parisiens lucides et responsables

Je viens de passer deux jours à Saint-Mandé, une commune de 22 000 habitants enserrée entre Paris et le Bois de Vincennes. Je m’attendais à voir des gens masqués partout. Malgré la pression des autorités sanitaires et politiques, cela n’a pas été le cas, loin s’en faut…

Les arrêtés préfectoraux du 27 août 2020 imposent le port du masque à tous les piétons et conducteurs de deux-roues à l’extérieur en toutes circonstances sur l’ensemble du territoire de la capitale et des trois départements de la « petite couronne ». Seuls les cyclistes et les joggeurs ont été – dans un deuxième temps et après de très nombreuses et très vives protestations – dispensés du port de cet accessoire, manifestement incompatible avec la pratique d’une activité sportive. Cette décision drastique des préfets concernés*, prise en concertation avec le ministère de l’Intérieur, et pour Paris avec la maire de la capitale, a incontestablement le mérite de la clarté relativement à la situation précédente qui limitait le port du masque obligatoire à certains quartiers et rues de Paris et des villes environnantes.

Pour être claire, cette décision n’en est pas moins stupide dans sa globalisation dans la mesure où elle impose, de manière stricte, la même contrainte aux personnes qui se déplacent dans des zones à risque qu’à celles qui se tiennent à l’écart de toute menace de contamination par gouttelettes ou aérosols. Pour ces messieurs les préfets – manifestement porteurs tout à la fois de masques sanitaires et d’œillères idéologiques –, les rues commerçantes, les abords des marchés et ceux des centres commerciaux, ainsi que les lieux habituels de rassemblement et d’animation sont à mettre sur le même plan que les rues peu fréquentées, les vastes espaces boisés qui favorisent la distanciation, et même la voirie déserte des villes aux heures avancées de la nuit !

Eu égard à la psychorigidité du Préfet de Police de Paris, Didier Lallement, et à la discipline sans faille des préfets de département aux ordres, il n’y a rien là de très étonnant. Ces messieurs font carrière et, pour servir leurs ambitions, sont prêts à prendre des mesures sanitaires auxquelles ils ne croient pas eux-mêmes, mais qui ont l’immense mérite de déployer au-dessus de leurs têtes et de celle des caciques de l’exécutif un grand parapluie protecteur. Mis à part quelques intégristes du Conseil scientifique, et notamment son président, le très controversé Pr Jean-François Delfraissy, nulle personne sensée ne peut en effet croire, ne serait-ce qu’un bref instant, que marcher seul ou en famille dans une rue peu fréquentée ou une allée de bois déserte peut exposer à une contamination par la Covid-19.

Or, contrairement à ce que je m’attendais à constater à mon arrivée en région parisienne, les populations concernées ont délibérément choisi de ne pas se conduire en toutes circonstances en moutons obéissants et bornés. Dimanche, dans les allées et sur les pelouses du Bois de Vincennes, où nombre de Parisiens étaient venus de promener ou passer un moment ludique, ici en famille, là avec quelques amis, moins d’un quart des personnes présentes portait le masque, malgré les injonctions de MM. les préfets. Lundi, dans les rues, le masque était nettement plus porté, mais pas par tout le monde dans des conditions correctes, loin s’en faut. Grosso modo, les deux tiers des personnes observées portaient leur accessoire sanitaire conformément aux recommandations officielles.

Quant aux personnes composant le tiers restant, elles faisaient montre, parfois de manière ostentatoire, d’une grande désinvolture, les unes portant le masque au poignet, les autres sous le menton ou en laissant paraître le nez à l’air libre. Quelques rares « résistants » ne portaient même pas le moindre masque visible. Au risque, pourrait-on penser, de se voir condamnés à payer un PV de 135 euros. Que nenni ! A plusieurs reprises, j’ai vu des patrouilles de policiers. Et, divine surprise ! aucun des fonctionnaires en uniforme n’est intervenu pour verbaliser les « contrevenants », pas même pour leur donner une leçon de conduite sanitaire. Ce qui démontre, n’en déplaise à ceux qui aiment casser du flic, que l’on peut être policier et intelligent ; et comme un nombre croissant de concitoyens, refuser de céder sans discernement à tous les oukases.

Changement d’attitude dans le métro. Là, sans surprise, c’est l’écrasante majorité des voyageurs qui respecte le port du masque. Normal ! Outre le risque d’être verbalisé par un agent assermenté de la RATP ou de la Police Régionale des Transports, c’est la prudence sanitaire qui s’impose aux plus craintifs dans cet espace confiné qui constitue de facto un véritable bouillon de culture et où la promiscuité est une patente réalité.

L’impression générale que j’ai ressentie durant ces deux jours n’en est pas moins qu’un pourcentage significatif de nos concitoyens, y compris au cœur d’une « zone rouge », n’entend plus, dans les espaces extérieurs, se voir imposer le port du masque partout et à toute heure du jour et de la nuit. Les pouvoirs publics seraient bien avisés de réfléchir à cette fronde naissante et de s’en remettre, hors des lieux les plus exposés à la contamination, à la responsabilité et au civisme de chacun ! Si tel n’est pas le cas, c’est le rejet pur et simple qui pourrait prévaloir.

En l’occurrence, les préfets des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, ainsi que le préfet de Police de Paris pour la capitale.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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