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POLITIQUE QU?B?COISE DU M?DICAMENT

La m?decine du professeur Biron

Image Flickr par Fran?ois Hogue

POLITIQUE QU?B?COISE DU M?DICAMENT[1]
Une politique d?sastreuse r?v?l?e au grand jour par l?argumentaire ?conomique de Marc-Andr? Gagnon [2] qui r?pond ? nos questions

Des d?penses excessives, inutiles, ?vitables

Q – Dans quelle province les d?penses par habitant sont-elles les plus ?lev?es?

R ? Au Qu?bec. Nous avons analys? les chiffres disponibles (2007) et ils sont de $681 par personne, soit 13,4% de plus que l?ensemble canadien apr?s ajustement pour l??ge. ? titre de comparaison, les britanno-colombiens d?pensent 27,5% de moins que le pays tout entier, avec $432 par habitant, et ils sont aussi bien soign?s. L??cart entre ces deux provinces est donc de 57% pour les m?dicaments d?ordonnance et la Colombie-Britannique ?conomise ainsi $701 M par rapport ? la moyenne canadienne tandis que le Qu?bec d?pense $595 M de plus.

Q – Dans quelle province la croissance de couts pharmaceutique augmente-t-elle le plus vite?

R ? Au Qu?bec. En 1985, les couts des m?dicaments repr?sentaient seulement 8,3% des d?penses en sant?, puis ils sont pass?s ? 20,7% en 2008, battant ? cet ?gard toutes les provinces et le Canada dans son ensemble.

Q ? Qu?en pensait un ministre de la sant? du Qu?bec en 2009?

R ? Il disait ? la presse[3] que cela signifiait que les qu?b?cois avaient un meilleur acc?s aux m?dicaments par rapport aux autres provinces, qu?une plus grande consommation serait gage d?une meilleure sant?, et que cela pourrait entrainer des ?conomies en sant?[4].

Q ? Cette interpr?tation est-elle juste?

R- Elle ne tient pas la route. Des d?penses plus ?lev?es en m?dicaments d?ordonnance ne sont pas associ?es ? un meilleur r?sultat sur la sant?. L?esp?rance de vie en Colombie-Britannique est de 81,2 ans et au Qu?bec elle est de 80,4 ans (en 2007); les Maritimes ont les plus basses esp?rances de vie mais sont celles qui consomment davantage de pilules. Il est impossible d?affirmer qu?une utilisation accrue r?duit les d?penses dans d?autres secteurs. Une plus grande consommation peut refl?ter une d?t?rioration du niveau de sant? d?une population par baisse du niveau de revenu, par augmentation des in?galit?s de revenu et par un taux de ch?mage accru.

Q ? Quels sont les facteurs d?terminants des couts?

R ? Il y en a trois. La quantit? de m?dicaments consomm?s (dit effet volume, soit le nombre d?ordonnances multipli? par le nombre de pilules par ordonnance), le choix de classes th?rapeutiques ou de m?dicaments particuliers plus ou moins couteux (dit effet choix th?rapeutique) et le prix par unit? (dit effet prix).

Q ? O? le Qu?bec se situe-t-il au niveau de ces d?terminants?

R ? En t?te du pays. L?exc?s du volume prescrit contribue ? $308 M de plus que la moyenne canadienne, les choix th?rapeutiques plus dispendieux contribuent ? $40 M de plus et les prix consentis contribuent ? $247 M de plus. D?o? les $595 M exc?dentaires pr?sent?s ci-avant.

Contribution des nouveaux m?dicaments[5]

Q ? Comment expliquer les choix de m?dicaments plus couteux au Qu?bec?

R ? On consomme plus de nouveaux m?dicaments que dans les autres provinces. Nous sommes encore une fois les champions, en partie parce que nous acceptons sur le formulaire provincial 41,9% des nouveaux m?dicaments contre 23,8% pour le pays (en 2006). En Colombie Britannique on n?accepte de rembourser que 11,6% des nouveaut?s propos?es par l?industrie, soit 3,6 fois moins qu?au Qu?bec.

Q ? Serait-ce que nous remboursons davantage de nouveaux produits?

R – ? la demande du ministre de la sant?, des m?dicaments peuvent ?tre ajout?s ? la liste des m?dicaments rembours?s par le r?gime public malgr? des r?sultats d?favorables par l??valuation pharmaco-?conomique du Conseil du M?dicament. De plus, lorsque les r?sultats sont mitig?s, on constate plus facilement l?inscription des m?dicaments ? la liste des produits rembours?s.

Pour rappel, le Qu?bec a mis sur pied son propre Conseil du M?dicament en 2003. Cet organisme ?value chaque m?dicament pour recommander ensuite leur approbation sur les formulaires du r?gime g?n?ral d?assurance-m?dicaments. Les analyses du Conseil du M?dicament ne sont pas plus laxistes que celles du Programme commun d??valuation des m?dicaments au Canada conseillant les autres provinces, mais l?environnement politique am?ne ? interpr?ter de mani?re plus favorable ? l?industrie les r?sultats des ?valuations[6].

Q- Comment expliquer les prix plus ?lev?s des comprim?s?

R – L?effet-prix est positif pour le Qu?bec (+5,5%) en raison du moindre recours aux g?n?riques (+2.3%) mais aussi ?tant donn? que le prix d?un m?me m?dicament est plus ?lev? au Qu?bec par rapport ? la moyenne canadienne (+3,2%). Ce +3,2% semble repr?senter beaucoup plus les diff?rences dues aux frais d?ordonnance ?tant donn? la taille r?duite des prescriptions, qu?une variation dans les prix de sortie-usine des m?dicaments

Une anomalie bureaucratique

Q – Qu?en est-il donc de la taille des prescriptions d?livr?es en pharmacie?

R ? Au Qu?bec elle est de 37,4% moins ?lev?e que la moyenne canadienne parce que le r?gime public d?assurance-m?dicaments y impose des renouvellements mensuels. Pour des malades chroniques stables c?est une d?pense administrative inutile. Cela augmente les honoraires des pharmaciens, mais aussi leur travail, et contribue aux d?penses pour de simples motifs bureaucratiques, i.e. harmoniser les ordonnances avec les franchises qui elles, sont mensuelles. Dans les autres provinces on prescrit pour 3 ou 6 mois normalement, sans affecter la qualit? des soins.

Q- Que faire?

R- On pourrait abolir les franchises mensuelles et r?aliser des ?conomies substantielles. Une plus petite taille des prescriptions au Qu?bec occasionnait une multiplication de frais d?honoraires inutiles, de l?ordre de $144 M par ann?e.

Quand le minist?re du D?veloppement se sert du minist?re de la Sant?

Q – O? est concentr? le capital de risque au pays?

R ? 94% r?partis dans trois provinces?: Ontario, Qu?bec et Colombie Britannique

Q- Pourquoi le Qu?bec n?utilise pas son large r?gime public pour r?duire les couts d?achat?

R ? C?est l?exemple d?une province qui refuse d?utiliser son large r?gime public pour r?duire les co?ts des m?dicaments, cherchant plut?t ? d?velopper un leadership au sein du secteur pharmaceutique brevet? en cr?ant un environnement d?affaires dynamique et favorable aux investissements du secteur pharmaceutique

Q – Qu?est-ce que la loi des 15 ans?

R ? Encore une faveur bien ??distincte?? du Qu?bec aux industries?: on prolonge de quelques ann?es les droit d?exclusivit?. Un brevet a une dur?e de 20 ans; comme il faut 7 ans en moyenne pour parvenir ? la mise sur le march?, il reste environ 13 ans d?exclusivit? apr?s le lancement, et de prix ?lev?.

Q ? Avez-vous une explication ?

R – En vue de mieux attirer les investissements pharmaceutiques, le Qu?bec accorde un privil?ge ? l?industrie des m?dicaments brevet?s en remboursant les m?dicaments brevet?s ? leur plein prix pendant 15 ans, m?me si le brevet est expir?. Si le Qu?bec avait fait comme les autres provinces en abrogeant ce privil?ge accord? ? l?industrie, il aurait ?conomis? $102 M en 2007.

D?penses personnelles

Q – Les d?penses personnelles en m?dicaments prescrits au Qu?bec ont-elles augment? r?cemment?

R – Depuis le 1er juillet 2009, les franchises mensuelles sont pass?es ? 14,95$ et les quotes parts ? 32%, allouant des d?penses annuelles jusqu?? $954.36 par ann?e pour les individus.

Q ? Cet accroissement peut-il conduire ? des effets pervers?

R- Dans le pass? l?introduction de franchises et de quotes-parts dans le r?gime public d?assurance-m?dicaments qu?b?cois en 1996?1997 avait oblig? les personnes ?g?es et les personnes vivant de l?aide sociale ? r?duire significativement la consommation de m?dicaments pourtant essentiels. Les personnes ?g?es avaient r?duit de plus de 9% leur consommation de m?dicaments essentiels alors que la r?duction d?passait 14% pour les personnes vivant de l?aide sociale. Le gouvernement fut forc? ? revoir sa strat?gie et ? r?tablir la gratuit? le 1er juillet 2007 pour cette cat?gorie de citoyens.

Fixation du prix des g?n?riques

Q – Comment fixe-t-on le prix des premiers g?n?riques ? arriver sur le march??

R – Au Canada, la mani?re dont est administr?e la distribution des g?n?riques est franchement probl?matique, voire scandaleuse. Les prix de remboursement des g?n?riques sont fix?s en termes de pourcentage du prix des m?dicaments originaux. Par exemple, le premier g?n?rique sur le march? co?tera 25% du produit original en Ontario, 45% en Alberta et le Qu?bec b?n?ficie quant ? lui du meilleur prix disponible au Canada. Le prix en pourcentage est parfois r?duit si plus d?un g?n?rique arrive sur le march?.

Q ? Comment s?organise la concurrence entre fabricants g?n?riques et au b?n?fice de qui ?

R – Cette concurrence par les prix se fait toutefois au b?n?fice des pharmacies, plut?t qu?au b?n?fice des patients. Les manufacturiers g?n?riques se font donc concurrence en tentant d?influencer les pharmacies par d?importantes ristournes ou par des cadeaux. Si ces cadeaux ou ristournes sont normalement ill?gaux selon le code de d?ontologie des pharmaciens, on estime que 85% des pharmacies acceptent de tels cadeaux, cr?ant ainsi une forme institutionnalis?e de corruption dans le secteur des pharmacies.

Les ristournes accord?es aux pharmaciens, appel?es ? allocations professionnelles ? par certains et ? pots-de-vin ? par d?autres, correspondent ? au moins 40% des ventes en m?dicaments g?n?riques. Une pharmacie moyenne re?oit ainsi en moyenne annuellement $240?000 en revenus non-?thiques selon les codes de d?ontologie des pharmaciens. Ces montants devraient normalement b?n?ficier le consommateur, mais ce sont les pharmacies qui empochent les b?n?fices de la concurrence par les prix entre fabricants g?n?riques.

Les baisses r?centes de prix des g?n?riques visent ? ?liminer ce syst?me de ristournes, mais tant que les prix seront fix?s en pourcentage du prix du m?dicament d?origine, je doute que les ristournes seront compl?tement ?limin?es

Q ? Les formes g?n?riques sont-elles vraiment moins couteuses?

R ? En 2007 au Canada, $64,20 est le prix moyen d?une ordonnance mensuelle d?un m?dicament brevet?, contre $26,28 pour sa version g?n?rique.

Q ? Les qu?b?cois profitent-ils vraiment de cet ?cart?

R ? Non, car en moyenne le volume des ordonnances canadiennes sont dans 53% pour la forme g?n?rique mais dans seulement 42% au Qu?bec (en 2007).

Q ? Peut-on se procurer gratuitement la version compl?te de l?Argumentaire ?conomique pour un r?gime universel d?assurance-m?dicaments ?

R ? Bien s?r, par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPS)[7], par l?Institut de recherche et d?informations socio-?conomiques (IRIS)[8] ou encore sur le site pharmacarenow.ca

Pierre Biron

21 janvier, 2011


[1] Source?:Argumentaire ?conomique pour un r?gime universel d?assurance-m?dicaments par Marc-Andr? Gagnon avec la collaboration de Guillaume H?bert

[2] Professeur adjoint ? la School of Public Policy and Administration ? l?Universit? Carleton. Ses travaux actuels incluent l??conomie politique du secteur pharmaceutique. Aussi associ? au Centre d??tudes sur l?int?gration et la mondialisation (CEIM), chercheur pour le Edmond J. Safra Center for Ethics de l?Universit? Harvard, ainsi que pour le Pharmaceutical Policy Research Collaboration. Il d?tient un doctorat de science politique de l?Universit? York (Toronto), un Dipl?me d??tudes Approfondies (3e cycle) en Histoire de la Pens?e ?conomique de l??cole Normale Sup?rieure Fontenay/St-Cloud et de l?Universit? Paris-I (Sorbonne) ainsi qu?une ma?trise de science politique de l?UQAM/Montr?al.

[3] Robert Dutrisac, Le Devoir, 18 avril 2009 ??Consommation de m?dicaments?: Bolduc est fier du record qu?b?cois??

[4] Il cite les statines et les antihypertenseurs, o? le gaspillage en prescrivant des produits brevet?s plut?t que g?n?riques est notoire, en plus de l?occasionnelle poursuite de cibles extr?mes de la tension et de la cholest?rol?mie; sans compter l?usage, injustifi?, des statines en pr?vention primaire. Un leadeur d?opinion n?aurait pas mieux fait?

[5] Dont la plupart sont des innovations techniques plut?t que th?rapeutiques, ou des produits d?imitation, inutiles, pas plus efficaces, parfois plus toxiques, toujours plus ch?res, et ce, depuis 2-3 d?cennies

[6] Il en r?sulte une interf?rence avec la fa?on de pratiquer la m?decine, un engouement injustifi? pour les produits r?cemment brevet?s.

[7] ? l?adresse http://www.policyalternatives.ca/search/node/gagnon

[8] Dont le site est http://www.iris-recherche.qc.ca

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