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Politique et finance: relations incestueuses

Il fut un temps où ce qui était bon pour General Motors l’était forcément pour les USA. De nos jours, c’est ce qui est bon pour Wall Street qui l’est nécessairement pour les Etats-Unis qui, désormais, vivent sous l’influence d’une oligarchie financière. Car le puissant mythe des Etats-Unis «nation d’actionnaires» a vécu : les détenteurs de titres n’étant absolument plus représentatifs de la société américaine d’antan dans laquelle grand-papa achetait des actions en bourse pour son épargne familiale. Seuls les plus fortunés concentrent désormais en leurs mains ce privilège.

Alors que, dans les sociétés peu évoluées politiquement, le pouvoir se confisque par la violence ou par des menaces de violence. Il se transmet le plus souvent, au sein des nations émergentes, par la corruption et par le blanchiment. Nos démocraties, quant à elles, subissent de plus en plus la mainmise du secteur bancaire et financier, comme par exemple dans un grand pays comme les Etats-Unis où il pèse considérablement sur les campagnes électorales dont il est – de très loin – le plus important contributeur. De fait, et en dépit de la crise des subprimes ayant avant tout dévoilé la duplicité d’un système n’hésitant pas à mentir et à manipuler les faits pour son seul profit, le monde de la banque aux USA pèse aujourd’hui aussi lourd dans l’économie US qu’à l’époque de JP Morgan. Les grandes institutions financières américaines et la conviction des élites dirigeantes selon laquelle le libre flux des capitaux est vital pour pérenniser la puissance de la nation ont contribué activement à concentrer les richesses au sein de ce secteur et à lui conférer une force politique majeure. Voilà qui explique la relation incestueuse entre Wall Street et Washington.

N’est-ce pas un extraordinaire chassé-croisé qui se déroule sous les yeux d’un public relativement indifférent à une telle collusion ? Avec des personnages comme Robert Rubin, ancien patron de Goldman Sachs, qui fut Secrétaire d’Etat au Trésor américain avant de repartir comme Président de Citigroup. Ou son collègue Henry Paulson, ancien CEO de Goldman, avant d’être à son tour nommé Secrétaire au Trésor. Ou encore John Snow qui avait quitté Cerberus Capital Management pour être nommé lui aussi Secrétaire au Trésor. Sans oublier bien-sûr le légendaire patron de la Réserve Fédérale américaine, Alan Greenspan, ayant pris une retraite bien méritée…en qualité de conseiller spécial du plus grand groupe obligataire mondial, Pimco. En réalité, c’est toute une génération de législateurs et de politiciens qui est fascinée par Wall Street qui, pour ce faire, a également séduit la profession des économistes à qui il est très facile d’être transférés depuis leurs universités vers les banques centrales et vers les grands fonds spéculatifs. Monde étroit où tout le monde partage les mêmes vues, consacrant une alliance profitable à tous. En effet, les universitaires gonflent leurs revenus pendant que Wall Street gagne en légitimité. On comprend dès lors que nul n’ait bronché face à la déconfiture en 1998 du fonds Long Term Capital Management, dit «LTCM», qui devait sonner comme une répétition générale des subprimes de 2007. Plus importante start-up dans l’histoire mondiale des fonds de placement du haut de ses 1000 milliards de dollars, LTCM ne comptait-elle pas dans ses effectifs prestigieux deux prix Nobel d’économie, Myron Scholes et Robert Merton ? Ces mariages consanguins entre monde académique et monde de la banque confèrent légitimité et sérieux au monde de la finance et l’autorisent ainsi implicitement à toutes les prises de risque.

La politique ne serait-elle plus qu’une excroissance de la finance ? Quoiqu’il en soit, ce rapprochement entre ces deux univers joue un rôle central dans le déclenchement des excès, et donc des crises à l’impact mondial. Officiellement atteinte du syndrome de Stockholm, la politique s’est éprise de la finance qui l’a petit à petit privée de l’essentiel de ses pouvoirs. S’il est vrai que collusion entre pouvoir public et oligarchie est une constante débouchant systématiquement sur une confiscation des profits et sur une mise en commun des pertes, nos nations occidentales démocratisées semblent avoir emprunté le chemin des républiques bananières qui s’accommodent fort bien de la défense et de la préservation systématiques de certains intérêts privés par les pouvoirs publics.

 

Michel Santi

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