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Plus ça change, moins ça change…

La ministre de la transition écologique était l’invitée d’Ali Baddou, sur l’antenne de France Inter, le 24 mai, (lien) et il faut applaudir son habileté à ne pas répondre aux questions posées.

Sa méthode est dévastatrice.

Il suffit de contourner la question posée, et de s’en poser une autre, à laquelle elle pourra répondre, et les intervieweurs auront beau jeu de réitérer la, ou les questions, Borne n’en démordra pas, malgré l’insistance des journalistes à lui reprocher : « vous n’avez pas répondu à la question ».

Et comment ne pas la comprendre, car le sujet est crucial, et la met en total porte-à-faux.

Nous sommes en crise, et l’économie en panne pendant deux longs mois a mis en loques l’économie du pays… mais en même temps, les français ont constaté les énormes changements qui se sont produits en si peu de temps : diminution drastique de la pollution, du bruit, recours à des moyens de transports doux que l’on croyait disparus… choix de privilégier les circuits courts, de consommer donc local, mise en place d’une économie parallèle et solidaire…etc.

 

Sauf que pour se sortir d’une situation qui va jeter dans la rue des milliers de français, et les réduire à la détresse sociale, avec des entreprises au bord de la faillite, bientôt privées peut être des « bienfaits » de la délocalisation, ils sont nombreux parmi les grands patrons à prôner une croissance exponentielle, et tant pis pour l’environnement, tant pis pour la transition écologique.

On comprend donc l’embarras de la ministre qui ne pouvait se résoudre à trancher le dilemme dans lequel les journalistes la plongeaient.

Quelques jours auparavant, le philosophe historien Marcel Gauchet était l’invité de la même antenne, et pour ceux qui ont envie de croire que « rien ne sera plus comme avant  », ça aura été la douche froide. lien

Bien sûr, il a très logiquement réglé son compte à un président qui se prend pour Jupiter, et qui prétendait avoir tout sous contrôle, mieux, qui assurait tenir les rênes du pays…

« l’état a été cafouilleux, mal organisé, au moins ». a déclaré le philosophe, ajoutant : « c’est la fin du pouvoir prétentieux (…) la défiance envers le gouvernement est ce qui caractérise le plus la France. (…) le pays a trouvé dans le macronisme une cible supplémentaire… » ;

Pour Marcel GauchetMacron avait incarné la promesse d’en sortir : « on se disait ça, cette fois on va reprendre le bon chemin », mais pour le peuple l’immense déception provoquée par le petit président tient au fait que cette promesse initiale n’a pas été tenue.

Le philosophe a regretté aussi la volonté d’infantiliser tout un peuple, et a constaté les errements d’un président qui naviguait à vue, quasi avec des œillères.

Et le philosophe de conclure : « ce n’est pas avec des médailles qu’on résoudra les problèmes de l’hôpital  ».

Et puis il voit assez mal le personnel soignant défiler le 14 juillet, entre les chars, et les canons.

Comment ne pas l’approuver quand on songe que la promesse des primes destinée au personnel sanitaire, promesse faite le 25 mars (lien) vient tout juste d’être actée… de plus elle est limitée aux départements « rouges »…

Il faut aussi rappeler que les « cadeaux » faits au personnel soignant n’ont pas été généralisés, et que les soignants à domicile en sont tout simplement privés.

« C’est comme si on avait rien fait » a regretté Pauline Bonnaudet, aide-soignante à domicile. lien

Mais le philosophe a aussi affirmé que nous ne repartirons pas à zéro, et que tout devrait reprendre comme avant, levant une énorme déception, celle d’un peuple qui avait envie de croire à la possibilité d’un changement. lien

Marcel Gauchet a insisté sur une réalité : en deux petits mois de blocage d’énormes changements se sont produits : découverte que les oiseaux chantaient, possibilité de travailler depuis chez soi sans perdre des heures de transport, moins de morts sur les routes, préoccupation des citoyens à se gérer tout seuls, quitte à fabriquer son pain.

Le virus a finalement réussi en deux mois là où des centaines de pétitions ont échoué.

Abandon, peut-être provisoire de la réforme des retraites, développement exponentiel de l’utilisation du vélo, diminution de la pollution, sauvetage du système sanitaire français, s’il faut en croire les promesses macroniennes.

Il faudrait donc faire une croix sur ce monde rêvé qui permettrait aux uns et aux autres de se rapprocher de la nature, de mieux s’y intégrer, d’empêcher que la planète continue de se réchauffer, provoquant des exodes dévastateurs, et rechausser les gros sabots de la croissance dévastatrice sur une planète qui ne sera jamais extensible ?

C’est en gros ce que défend le professeur Marc Fontecave, président de la FCF (Fondation du Collège de France) dans un article paru fin avril sous le titre « quelle mondialisation pour l’après-crise ? ».

« Le système capitaliste ne va pas disparaître tant qu’il n’y aura pas d’alternative, et il n’y en a pas pour l’instant, n’en déplaise à ceux qui en exigent sont remplacement. La mondialisation ne disparaitre pas non plus, qu’il s’agisse de la mondialisation financière, les capitaux continueront à circuler librement, de la mondialisation des produits, même si un besoin de souverainetés nationales exercera un effet de retour à la régionalisation de certaines productions, ou encore de la mondialisation des personnes, même s’il n’est pas impossible qu’une mondialisation numérique, déjà en route, bouleverse significativement les rapports humains à travers la planète, malheureusement à un prix énergétique exorbitant ». lien

Il ne doute pourtant pas un seul instant « que la température de la planète va continuer à augmenter, sûrement au-delà des 1,5 ou 2°… ».

Serions-nous condamnés à ce que tout recommence comme avant ?

Les français qui ont découvert que, pendant le confinement, il existait d’autres façons de consommer, reviendront-ils aux anciennes pratiques comme si rien ne s’était passé ?

Marie Tabarly sera déçue, elle qui espérait que « ce confinement pouvait servir d’électrochoc pour la sauvegarde de la planète ». lien

Pas fous, « les lobbies ont déjà commencé à s’attaquer aux règles environnementales : au nom de la survie de l’économie, et menacés par les répercussions de cette pandémie, ils exigent des reports, des moratoires, des annulations de taxes ou de mesures jugées trop coercitives et hostiles à la relance économique », comme l’écrit Gaspard d’Allens dans les colonnes de « Reporterre ». lien

La ministre de la transition écologique aura beau affirmer « la crise que nous traversons, en dépit de sa violence, ne remet pas en cause les priorités du gouvernement en matière de transition écologique… », (lien) il n’en demeure pas moins qu’un gros doute subsiste tant la parole de l’état a été prise en défaut, et ceci, bien avant la crise.

On pourrait aussi s’interroger sur l’incohérence de ce gouvernement qui continue, malgré le mea-culpa présidentiel, de se contredire… ainsi, il a décidé de considérer ce coronavirus comme « une simple grippe  »…droit du travail exige. lien

L’incohérence s’invite à tous les niveaux.

Ainsi, alors que la promiscuité fait son retour dans les transports en commun, les français ne sont pas autorisés à s’entasser sur les plages, ou dans les parcs…lien

La règle de la distanciation s’appliquerait donc dans le domaine des loisirs, mais pas dans celui du travail ?

Idem pour les lieux de cultes, ouverts eux aussi, alors que les bars et bistrots restent fermés.

Quant aux restaurants, il serait question de les ouvrir en juin, mais avec des règles draconiennes, 4 m² par client…

 

D’autant que les gestes psalmodiés par le gouvernement…les fameux « gestes barrière », sont loin d’être respectés par tous, y compris par celui qui prône la distanciation, le ministre de l’intérieur.

Il y a donc deux poids, deux mesures…et des escalades de promesses : alors que la « convention pour le climat » avec ses 150 français tirés au hasard, n’a toujours pas accouché de la moindre souris, (lien) le gouvernement annonce maintenant un « Ségur de la santé »… lien

Aura-t-il le même destin que le Grenelle de l’Environnement ?…l’avenir nous le dira.

Une défiance logique s’est profondément ancrée dans la tête des français, et la colère reste profonde et tenace, conséquence de la gestion désastreuse de la pandémie.

A ce jour, plus de 600 médecins ont déposé une plainte contre Édouard Philippe, et Agnès Buzyn, en dénonçant un « mensonge d’état ». lien

Comme dit mon vieil ami africain : « même si le gnou mange l’herbe, elle continue à pousser  ».

 

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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