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Philippe S?guin, l?encombrant gaulliste social et le r?publicain au parcours inachev

Un homme de r?flexion, d?une ?paisseur politique et intellectuelle reconnue, ? la pens?e ind?pendante, mais d?un potentiel qui n?a jamais r?ussi ? se transformer en victoire personnelle nationale. Une ?nigme de la vie politique fran?aise pour une figure majeure presque oubli?e depuis une d?cennie.

yartiseguin200901La nouvelle initi?e par RTL ? huit heures a brusqu? un matin couvert de neige sur Paris?: Philippe S?guin est mort dans le 7 janvier 2010 ? six heures quarante-cinq ? Paris (15e) ? la suite d?une crise cardiaque. Il ?tait encore pr?sent publiquement le 6 janvier 2010 ? Matignon lorsque le Premier Ministre Fran?ois Fillon pr?sentait ses v?ux pour 2010. Il sera enterr? le 11 janvier prochain.

Un roc qui s?en va

Philippe S?guin a ?t? l?une des personnalit?s majeures de la vie politique fran?aise depuis l?accession au pouvoir de Fran?ois Mitterrand en 1981 jusqu?? la fin du premier mandat?de Jacques Chirac en 2002. Et pourtant, m?me certains jeunes journalistes semblent montrer qu?il a ?t? oubli? par les m?dias, malgr? quelques ?pisodiques coups de gueule contre la situation financi?re d?plorable de l??tat.

J?ai eu la chance de l?avoir rencontr? ? plusieurs reprises ? partir du d?but des ann?es 1990 et si son visage intimidant et sa silhouette tr?s imposante pouvaient impressionner, c??tait avant tout la densit? de sa r?flexion politique et son ind?pendance conquise d?s le d?but de sa trajectoire qui apparaissaient en premier. Ind?pendance qui ne m?nageait pas certaines susceptibilit?s et qui l?emp?ch?rent sans doute d?atteindre les plus hautes fonctions de l??tat, ? savoir Matignon et l??lys?e.

Principal axe de sa doctrine personnelle, le gaullisme social, qui se conjuguait par un souci de pr?server la souverainet? nationale et la pr?occupation d?une n?cessaire solidarit? nationale aupr?s des plus d?munis. Rejetant les h?ritiers du gaullisme qu?il pouvait juger un peu trop lib?raux (Jacques Chirac, ?douard Balladur, Alain Jupp?), ses r?flexions ont abouti ? se placer comme le fer de lance du « non » lors du r?f?rendum sur le Trait? de Maastricht en septembre 1992 (il dira par la suite que la monnaie unique europ?enne ?tait finalement un succ?s et qu?il convenait de ne pas revenir au franc) et ? souffler ? Jacques Chirac le th?me tr?s porteur de la « fracture sociale » lors de la campagne pr?sidentielle de 1995.

Il ?tait capable de profondes transformations, m?me physique, puisqu?? partir de 1991, lorsqu?il a envisag? un destin pr?sidentiel, il avait r?ussi une cure d?amaigrissement draconienne, et depuis son retrait de la vie politique, en juin 2002, il avait laiss? pousser une courte barbe tr?s ? la mode chez les quinquag?naires.

Respect? comme un r?publicain incontestable, il ?tait aussi craint et ses collaborateurs ont souvent fait les frais de ses grosses col?res (capables de traumatiser les interlocuteurs).

Une jeunesse d?racin?e

N? ? Tunis le 21 avril 1943, orphelin de p?re, Philippe S?guin mena avec succ?s des ?tudes de lettres et de sciences politiques ? Aix-en-Provence puis r?ussit le concours de l?ENA (promotion Robespierre). Sorti parmi les meilleurs, il int?gra en 1970 la prestigieuse Cour des comptes (mais il aurait pr?f?r? le Conseil d??tat comme Jacques Attali, son condisciple).

Pendant les ann?es 1970, il collabora dans diff?rents cabinets minist?riels, jusqu?? devenir charg? de mission ? Matignon aupr?s du Premier Ministre Raymond Barre entre octobre 1977 et f?vrier 1978. Sa grande estime pour Raymond Barre rendit m?fiant Jacques Chirac sur sa loyaut?.

Parachut? dans une circonscription difficile ? ?pinal (il aurait pr?f?r? dans le Var), Philippe S?guin fut ?lu d?put? en mars 1978 (? 34 ans) et fit partie de cette nouvelle g?n?ration de parlementaires (avec entre autres Fran?ois L?otard) qui devinrent les principaux opposants aux gouvernements socialistes Mauroy et Fabius entre 1981 et 1986. Dans la lign?e des gaullistes sociaux comme Robert Boulin, Philippe S?guin n?h?sitait pas, quand il le fallait, ? lutter f?rocement contre ses adversaires, pimentant quelques s?ances de l?Assembl?e Nationale de son verbe r?sonnant.

Une volont? et un caract?re affirm?s

L?ind?pendance, c??tait sa prise de position, tr?s claire, en faveur de l?abolition de la peine de mort en septembre 1981 (Jacques Chirac aussi a ?t? abolitionniste).

En mars 1983, Philippe S?guin fut ?lu maire d??pinal, fonction qu?il fit renouveler jusqu?en 1997. Bien que membre du Conseil r?gional de Lorraine de 1979 ? 1983, il n?a jamais voulu prendre le leadership politique de la r?gion (ni du d?partement des Vosges « r?serv? » ? Christian Poncelet), pr?f?rant se consacrer enti?rement ? ses ambitions nationales.

? partir de 1984, la grande popularit? de Raymond Barre rendit difficiles les relations entre Jacques Chirac et Philippe S?guin, soup?onn? de barrisme rampant. Pourtant, Philippe S?guin n?allait pas cesser, par la suite, de faire acte de fid?lit? et d?all?geance ? Jacques Chirac jusqu?? l??lection pr?sidentielle de 1988.

Lors de la mise en place du gouvernement de Jacques Chirac au cours de la premi?re cohabitation entre mars 1986 et mai 1988, ce fut tout naturel pour Philippe S?guin de se retrouver l?important Ministre des Affaires sociales et de l?Emploi. Rappelons que peu avant les ?lections l?gislatives de 1986, Val?ry Giscard d?Estaing avait r?v?, faute de Matignon, d?obtenir un grand Minist?re de la Reconstruction nationale incluant les Finances et les Affaires sociales.

Gaulliste « de gauche », Philippe S?guin ne pouvait cependant voir d?un tr?s bon ?il les principales mesures du gouvernement Chirac comme la suppression administrative de licenciement (qu?il signa pourtant lui-m?me) ou la suppression de l?imp?t sur les grandes fortunes (r?tabli apr?s la r??lection de Fran?ois Mitterrand).

Paradoxalement, ces deux ann?es au gouvernement furent les seules o? Philippe S?guin ?tait aux affaires. Il n?y revint plus malgr? sa stature politique incontestable. Parmi ses collaborateurs, Roger Karoutchi (ancien ministre sous Nicolas Sarkozy), charg? de mission (puis chef de cabinet ? l?h?tel de Lassay puis conseiller politique de Philippe S?guin ? la pr?sidence du RPR).

Un leadership autonome

Apr?s l??chec cinglant de Jacques Chirac ? l??lection pr?sidentielle de mai 1988, le doute au RPR ?tait tr?s fort. Philippe S?guin en profita pour prendre deux initiatives au sein de l?opposition UDF-RPR qui allaient ?chouer.

La premi?re en avril 1989, en concertation avec Fran?ois Bayrou, le pla?a parmi les leaders des r?novateurs de l?opposition (en firent partie ?galement Fran?ois Fillon, Charles?Millon et Philippe de Villiers). L?objectif clairement avou? ?tait de changer de g?n?ration (en finir avec les « Chirac-Giscard-Barre » avec une ?ch?ance imm?diate, les ?lections europ?ennes de juin 1989, ? la suite des ?lections municipales de mars 1989 qui furent un grand succ?s pour les jeunes t?tes de l?opposition (Lyon, Grenoble, Toulouse, Annecy, etc.).

Si le mouvement des r?novateurs prit de l?ampleur gr?ce ? la popularit? de Michel Noir et de Dominique Baudis, il fut vite stopp? par les antagonismes europ?ens entre un Philippe S?guin souverainiste et un Fran?ois Bayrou f?d?raliste.

L??chec de cette tentative qui n?eut aucun lendemain provenait aussi de l?absence d?implication des deux h?ritiers majeurs de l??poque, Alain Jupp? (qui devint rapidement le rival r?current de Philippe S?guin au sein de la Chiraquie) et Fran?ois L?otard (qui se risqua ? une seconde tentative de r?novation avec Michel Noir et Mich?le Barzach une ann?e plus tard sans aucun succ?s m?diatique ni politique).

Seconde initiative sans lendemain organis?e par Philippe S?guin, la mise en place d?un courant souverainiste au sein du RPR en fin 1990 dans une alliance interne avec Charles Pasqua, gaulliste « de droite » qui ?tonna beaucoup les observateurs. Dans ses m?moires publi?es r?cemment, Pasqua affirma qu?? l??poque, ne croyant plus aux chances pr?sidentielles de Jacques Chirac et surtout, ? son identit? gaulliste, il trouva en Philippe S?guin un futur pr?sidentiable pr?t ? d?fendre un gaullisme authentique.

Dans ce courant, Philippe S?guin accueillit l?un de ses fid?les, Fran?ois Fillon, ainsi que Michel Barnier, et le p?re de Nathalie Kosciusko-Morizet (actuelle secr?taire d??tat). Ils n?obtinrent que 31% aux assises du RPR au Bourget le 11 f?vrier 1990.

Maastricht, tremplin pour une ambition pr?sidentielle

yartiseguin200992Encourag? par Charles Pasqua, Philippe S?guin ne prit toute son envergure qu?? partir du d?bat sur le Trait? de Maastricht proposant une monnaie unique europ?enne. Il r?clama un r?f?rendum le 5 mai 1992 dans un discours ? l?Assembl?e Nationale qui fit date. R?f?rendum finalement accord? par Fran?ois Mitterrand.

Son talent d?orateur et ses arguments bien aff?t?s contre la construction europ?enne lui donn?rent un r?le pr?pond?rant dans la campagne r?f?rendaire avec la cons?cration par le Pr?sident de la R?publique Fran?ois Mitterrand qui lui fit l?honneur d?un d?bat t?l?vis? contradictoire ? la Sorbonne le 2 septembre 1992.

Une cons?cration qui l?a pi?g? car la maladie de Fran?ois Mitterrand, ses nombreuses pauses pour soulager ses souffrances l?avaient dissuad? d?attaquer trop fortement et il se montra finalement assez mou dans un d?bat fort polic? (au grand dam de Charles Pasqua). M?me si le « oui » l?avait emport? (de tr?s peu), Philippe S?guin avait toutefois acquis une v?ritable stature de pr?sidentiable.

Choc frontal contre ?douard Balladur et Alain Jupp?

La victoire des ?lections l?gislatives de mars 1993 permit ? Philippe S?guin de devenir un Pr?sident de l?Assembl?e Nationale respect? et appr?ci? (il a ?t? ?lu au perchoir au second tour apr?s un premier tour face ? Dominique Baudis). Il choisit notamment Henri Guaino (actuel conseiller sp?cial ? l??lys?e) comme charg? de mission, tr?s bri?vement puisque Charles Pasqua le nomma ensuite ? son cabinet place Beauvau.

De mars 1993 ? juin 1997, il a cherch? ? moderniser l?institution parlementaire en obligeant les d?put?s ? venir plus souvent en s?ance, refusant le vote des absents et tr?s strict sur les temps de paroles (les Guignols de l?Info en fit alors un v?ritable cauchemar pour les d?put?s).

Plac? ainsi en position d?observateur, Philippe S?guin eut tout le loisir de combattre le gouvernement d??douard Balladur?: ??Balladur existe puisqu?il se trompe ? chaque fois qu?il prend une d?cision?? (cit? par « Le Monde » du 8 janvier 2010) .Il employa m?me des termes tr?s forts comme celui d?accuser le Premier Ministre de pr?parer un ??Munich social??.

Alors que son ancien comp?re, Charles Pasqua, retrouva ? ?douard Balladur quelques qualit?s (il le laissait tranquille au Minist?re de l?Int?rieur sans intervention de sa part), Philippe S?guin s?engagea pleinement dans la campagne pr?sidentielle d?sesp?r?e de Jacques Chirac, ? l?instar de tr?s rares responsables politiques (comme Alain Jupp?, Jean-Louis Debr?, Herv? de Charette, Charles Millon et Alain Madelin). M?me Fran?ois Fillon ne sut r?sister aux sir?nes balladuriennes.

La victoire inesp?r?e de Jacques Chirac en mai 1995 (alors qu?en janvier 1995, Nicolas Sarkozy imaginait m?me qu??douard Balladur serait ?lu d?s le premier tour) ne fut pas ? la hauteur des attentes de Philippe S?guin malgr? sa part d?terminante dans cette campagne. Son rival de toujours, Alain Jupp?, fut nomm? ? Matignon et lui restait au perchoir, la victoire d?rob?e.

Il ne sera jamais Premier Ministre

Le 21 avril 1997, Jacques Chirac fit la premi?re des deux b?tises de sa Pr?sidence. ? savoir, il d?cida de dissoudre une Assembl?e Nationale qui lui ?tait tr?s majoritairement favorable, sur conseil peu avis? de Dominique de Villepin et d?Alain Jupp?.

Pourtant, comme l?impopularit? commenc?e avec les dures gr?ves de 1995 contre la r?forme de la s?curit? sociale d?sarmait surtout le gouvernement d?Alain Jupp?, Jacques Chirac aurait plut?t d? choisir la seule option possible pour pr?parer les ?lections l?gislatives pr?vues en mars 1998?: le changement de Premier Ministre et la nomination incontournable de Philippe S?guin ? Matignon. C?est ce que Jacques Chirac a compris, mais trop tard, seulement entre les deux tours des l?gislatives (« pour convenances personnelles ») de juin 1997, o? Alain Jupp? renon?ait dans tous les cas ? diriger le gouvernement. Lionel Jospin b?n?ficia de cette v?ritable faute strat?gique. Et pour cinq ann?es d?une troisi?me cohabitation.

Patron ?ph?m?re du RPR

yartiseguin200938Philippe S?guin fut en juillet 1997 le recours irr?sistible du RPR et des gaullistes ayant ?chou? (de nombreux d?put?s sortants battus en voulurent ? Jacques Chirac de ne m?me pas avoir ?t? pr?venus de la dissolution). Philippe S?guin devenait en quelques sortes le « Michel Rocard du gaullisme », ? l?instar de Michel Rocard hiss? ? la t?te du Parti socialiste apr?s l??chec des l?gislatives de mars 1993.

Ce fut donc un bin?me qui se forma la t?te du RPR?: Philippe S?guin ? la pr?sidence et Nicolas Sarkozy au secr?tariat g?n?ral. Pendant vingt et un mois, ils travaill?rent ensemble en bonne entente malgr? des options id?ologiques, des alliances politiques et des personnalit?s tr?s diff?rentes. Parmi les actions entreprises, Philippe S?guin fit adopter le principe de l??lection directe par les adh?rents du pr?sident du RPR. Mich?le Alliot-Marie b?n?ficiera (seule) de cette mesure en 1999 (pour lui succ?der).

L??ch?ance cruciale pour lui ?tait les ?lections europ?ennes de juin 1999 qui s?auguraient tr?s mal?: Charles Pasqua, battu car balladurien, en disgr?ce d?finitive de la Chiraquie, et tr?s d??u par Philippe S?guin, d?cida de monter une liste aux europ?ennes avec les autres souverainistes, comme Philippe de Villiers qui avait eu de beaux scores en juin 1994 et avril 1995 (respectivement 12,3% et 4,7%). Le choc allait ?tre lourd ? g?rer entre S?guin et Pasqua, anciens alli?s.

Beaucoup de chiraquiens (comme Bernard Pons) ayant laiss? entendre que les deux listes refl?taient les m?mes id?es du RPR, Philippe S?guin d?missionna de la pr?sidence du RPR le 16 avril 1999 et renon?a ? sa candidature aux europ?ennes, constatant ??un contexte o? la loyaut?, la clart? et la transparence ne sont pas des vertus cardinales??.

Fin de carri?re politique chaotique

D?un point de vue personnel, il n?a pas eu forc?ment tort puisque Nicolas Sarkozy, assurant l?int?rim ? la t?te du RPR, a d? le remplacer tr?s vite ? la t?te de la liste et s?est retrouv? seulement ? ?galit? avec la liste Pasqua, un v?ritable ?chec. Mais aussi une estime r?ciproque entre Philippe S?guin et Nicolas Sarkozy.

Michel Rocard a perdu politiquement lors des ?lections europ?ennes de juin 1994. Sans combattre, Philippe S?guin a ?galement perdu politiquement toute possibilit? ?lys?enne lors des ?lections europ?ennes de juin 1999.

Dans cette affaire, la responsabilit? de Jacques Chirac ne fut pas vraiment nulle, car il pouvait craindre une candidature de Philippe S?guin pour l??lection pr?sidentielle de 2002 en cas de succ?s aux europ?ennes. Il n?en fut donc rien.

C?est pourtant Jacques Chirac qui remit en scelle Philippe S?guin pour les ?lections municipales ? Paris en mars 2001 malgr? les demandes d?investiture d??douard Balladur et de Fran?ois de Panafieu (qui sera candidate officielle en mars 2008). Philippe S?guin, assez peu cr?dible par son ancienne ?tiquette de maire provincial, mena une campagne tr?s mauvaise, desservie par la dissidence du maire sortant Jean Tib?ri, l?absence de soutien clair de Jacques Chirac et quelques ent?tements personnels sur le choix des candidats et des options du projet municipal qui aboutirent ? l??lection (historique) du socialiste Bertrand Delano?.

En juin 2002, Philippe S?guin renon?a ? se pr?senter aux ?lections l?gislatives, ayant d?ailleurs opportun?ment compris qu?il avait droit ? une retraite tr?s g?n?reuse (il a ?t? d?put? pendant vingt-deux ans). Il d?missionna aussi du Conseil de Paris (o? il pr?sidait le groupe RPR) pour refuser d?adh?rer ? l?UMP. Il abandonna donc toute activit? politique.

Cette retraite politique d??ut beaucoup de ses proches et en particulier Fran?ois Fillon qui l?aurait bien vu candidat ? l??lection pr?sidentielle en 2007 (il aura eu 64 ans, soit le m?me ?ge que Fran?ois Mitterrand en 1981).

Le supr?me commissaire aux comptes

Le 21 juillet 2004, il fut nomm? Premier Pr?sident de la Cour des comptes, le b?ton de mar?chal pour un haut fonctionnaire de ce grand corps de l??tat, succ?dant ? quatre autres ministres, Pierre Joxe (1993-2001), Pierre Arpaillange (1990-1993), Andr? Chandernagor (1983-1990) et Lucien Paye (1970-1972).

? ce poste, Philippe S?guin prit la posture qu?il pr?f?rait, celui de l?observateur donnant des mauvaises notes. Et l??tat, avec ses d?ficits publics r?currents, sa dette ?pouvantable et ses gaspillages, ?tait sa cible de choix, son cancre, au fil des rapports annuels qu?il publiait.

Toujours soucieux de la d?pense publique et de l?int?grit? des hommes, Philippe S?guin avait d?sapprouv? la nomination du d?put? Ren? Andr? ? la Cour des comptes, d?cid?e au Conseil des ministres du 27 septembre 2006 pour permettre au ministre Philippe Bas de se pr?senter dans la circonscription du nouveau ??conseiller ma?tre en service extraordinaire?? (comme l?a rappel? le chroniqueur Jean-Michel Aphatie).

Nicolas Sarkozy aurait propos? ? Philippe S?guin de devenir Ministre de la Justice au printemps 2007 mais il aurait refus? en consid?rant que ministre ?tait un poste trop incertain pour lui. En mars 2009, de nouvelles rumeurs faisaient encore ?tat de son retour au gouvernement.

Passionn? de football (il pr?sidait m?me la commission Grands Stades pour l?Euro 2016), Philippe S?guin ?tait un historien dans l??me, passionn? par la vie r?publicaine (il ?crivit la vie des Pr?sidents de l?Assembl?e Nationale) et paradoxalement promoteur de la r?habilitation politique de Napol?on III dans un ouvrage qui fit en 1990 beaucoup de bruit m?diatique, « Louis Napol?on le Grand« .

La classe politique unanimement en deuil

Les r?actions ? la disparition de Philippe S?guin ont ?t? ?videmment nombreuses et ?logieuses.

Le Pr?sident Nicolas Sarkozy a ?voqu? le ??temp?rament chaleureux et g?n?reux?? d?un homme qui ??a consacr? toute sa vie, toute l??tendue de ses talents et la force exceptionnelle de ses convictions ? la chose publique??. Il a parl? aussi de son ??souci constant de concilier sans jamais les opposer le progr?s ?conomique et la justice sociale, avec la pr?occupation chevill?e au corps d?une gestion rigoureuse des deniers publics??. (Il est cependant ?trange d?observer que dans le communiqu? de l??lys?e dat? de 9:56, il y a une erreur, faisant ?lire Philippe S?guin au perchoir en 1995 au lieu de 1993, qui n?a ?t? corrig?e qu?entre 15:30 et 16:00).

Le Premier Ministre Fran?ois Fillon a ?t? tr?s ?mu (jusqu?aux larmes) par la mort de l?un de ses deux parrains en politique, ??d?chirure avec des ann?es de complicit? politique, mais surtout personnelle??. Fran?ois Fillon a d?crit ??cette ironie tendre, qu?il me r?servait en me voyant assumer mes fonctions de Premier Ministre, lui qui me regardait toujours comme le jeune parlementaire qu?il avait choisi de prendre sous son aile??. Il a ajout??: ??L?aura et la culture de Philippe S?guin s?imposaient ? tous. Son autorit? et son rayonnement intellectuel ne laissaient personne indiff?rent. Chacun pressentait que dans son patriotisme ombrageux, il y avait en quelques sorte une part de notre histoire nationale.??.

L?ancien Pr?sident Jacques Chirac a publi? un communiqu? o? il a exprim? son ?motion?: ??Avec [Philippe S?guin], les mots de R?publique, de Nation et d??tat prenaient tout leur sens. Je perds, pour ma part, un ami pour lequel j?avais un grand respect et une profonde affection.??.

Un de ses pr?d?cesseur, Val?ry Giscard d?Estaing, a observ?, tr?s c?r?bral?: ??Il ?tait dans le sillon de ce que l?on appelle le gaullisme social??.

Un ??parcours exemplaire de rigueur et d?honn?tet? pour le Pr?sident de l?Assembl?e Nationale Bernard Accoyer. Une ??personnalit? forte, complexe, capable de r?sister, capable de dire non, mais, surtout, il y avait chez lui une certaine id?e de la France, un grand respect de la R?publique et, surtout, le d?sir ancr? profond?ment de faire en sorte que la France, la nation fran?aise, soit respect?e, forte et fi?re?? pour le Pr?sident du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debr?. Un ??homme ? caract?re exceptionnel?? pour l?ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin qui l?a ainsi d?crit?: ??Il n?avait peur de personne, il r?sistait ? tout, il avait de fortes convictions et beaucoup de courage, beaucoup d?audace.??. Et pour l?ancien Premier Ministre Alain Jupp? (coll?gue d?enseignement au Qu?bec), ??ce n??tait pas quelqu?un de facile, nous avons eu des divergences fortes, notamment sur l?Europe. C??tait une intelligence, c?est une grande perte pour la R?publique.??.

Selon son « complice » Charles Pasqua, ??il n?avait pas d?ambition personnelle, mais une ambition pour la France. Il avait l??toffe d?un chef d??tat.??.

Beaucoup de gaullistes sociaux furent ? son « ?cole » comme la Ministre de la Recherche Val?rie P?cresse (??une des plus grandes figures du gaullisme social, homme d?engagement, de caract?re et d?action??) ou le Pr?sident du S?nat G?rard Larcher.

Fran?ois Bayrou, son autre « complice » ? l??poque des r?novateurs, a vu en lui un trait qu?il appr?ciait bien?: ??Il ne renon?ait pas m?me s?il apparaissait seul contre tous. (?) Tout le monde entendait bien derri?re son grand rire une trace de m?lancolie. Cette f?lure sur fond de tristesse le rendait plus attachant aux yeux de ceux qui l?aimaient.??.

La gauche aussi a r?agi de fa?on tr?s consensuelle (sauf Lutte ouvri?re).

Ainsi, la premi?re secr?taire du PS Martine Aubry a d?clar??: ??Ces derni?res ann?es, gr?ce ? son travail admirable ? la Cour des comptes, il ?tait devenu pour la R?publique un sage dont la voix ?tait une r?f?rence et une boussole.??. Beaucoup d?autres leaders sont intervenus ?galement ? chaud sur cette brutale disparition, comme les anciens Premiers Ministres Lionel Jospin, Laurent Fabius et Michel Rocard, les anciens candidats ? l??lection pr?sidentielle Jean-Pierre Chev?nement et S?gol?ne Royal, et aussi l?ancien Ministre de la Justice Robert Badinter qui a expliqu? ceci?: ??Il ?tait l?un des rares qui maintenait au Parlement la tradition de l??loquence.??.

Tristesse partag?e?

Profonde tristesse donc, tant personnelle que nationale, pour la disparition d?un des derniers grands mastodontes politiques que la France ait connu dans sa p?riode postgaulliste.

Sinc?res condol?ances ? la famille.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 janvier 2010)

Pour aller plus loin?:

La disparition de Philippe S?guin (1).

La disparition de Philippe S?guin (2).

R?action de Nicolas Sarkozy ? la disparition de Philippe S?guin.

R?action de Fran?ois Fillon ? la disparition de Philippe S?guin.

Autres r?actions ? la disparition de Philippe S?guin.

L’enterrement de Philippe S?guin aux Invalides.

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