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Tabac, cigarettes, et… morts de soldats au Sahel (6)

Hypocrisie : c’est le mot qui revient à étudier le phénomène du terrorisme au Sahel. Les prétendus islamistes qui coupent les mains des voleurs et qui détruisent les bâtiments anciens, interdisent l’alcool et le tabac, sont des trafiquants de cigarettes ou de drogues. La lutte contre ces derniers, totalement intransigeants, se résume donc à leur élimination pour endiguer le fléau : ces gens-là étant tout sauf des démocrates, ils mettent en danger les Etats dans lesquels ils sévissent. Les cigarettes servant à acheter des armes, qui voyagent très souvent à leur côté. Le trafic de tabac est bien un élément important de l’instabilité chronique de la région !

Historiquement, le trafic entre l’Algérie et le Mali a toujours existé, nous rappelle ici Judith Scheele dans « Tribus, États et fraude : la région frontalière algéro-malienne » (sorti en 2009). A cette époque, le trafic s’effectuait dans un seul sens… et à l’inverse de celui des cigarettes aujourd’hui (…) : « dans le nord du Mali, qui dit commerce dit fraude : la loi algérienne interdit tout export vers le Mali, à l’exception des dattes de deuxième qualité et de quelques produits artisanaux dont personne ne veut. L’exportation de bétail malien vers l’Algérie est soumise à de nombreuses restrictions. Pourtant, à Kidal et chez les Arabes de Gao, on mange des pâtes algériennes, du couscous algérien, de la kisra (galette) faite avec de la semoule algérienne, des gâteaux secs algériens trempés dans du lait en poudre algérien. Quand, pour une raison ou une autre, les camions de l’Algérie, propriété du président de la Chambre de commerce locale, n’arrivent pas le matin, il n’y a pas de pain, faute de farine. Les camions, comme les voitures tout terrain qui les accompagnent, roulent bien sûr au gasoil algérien, dont une moitié est revendue en route aux « stations-services » aménagées en brousse (et où s’approvisionnent, entre autres, les véhicules de la douane malienne). Ce commerce est bien organisé, d’une façon semi-officielle et connue de tous : des entreprises algériennes basées dans les villes frontalières de Timiaouine ou, plus souvent, de Bordj Badji Mokhtar, commandent des marchandises, soi-disant pour la consommation locale . Sur place, ces marchandises sont chargées dans de petites voitures, parfois même sur des ânes ou des chameaux qui leur font passer la frontière, avant d’être déchargées dans les gaw’rij (magasins-forteresses-auberges) qui se trouvent à quelques kilomètres de là, du côté malien, d’où elles sont ensuite expédiées vers Kidal, Tombouctou et Gao ». Bref c’était plus que poreux et les algériens défilaient… lourdement chargés ! Le 18 août 2016, trois  contrebandiers sont arrêtés à bord de deux camions chargés à ras bord de 60 quintaux de denrées alimentaires destinées à la contrebande, plus une motocyclette, un détecteur de métaux et un téléphone satellitaire. L’un des deux est un vaillant semi-remorque Berliet, comme il se doit !

Et à ce moment-là, déjà l’Etat malien inexistant en pâtissait… « Sur le terrain, la situation est encore moins claire : agents de l’État et trafiquants, qui se considèrent comme autonomes, se côtoient dans des réseaux qui oscillent entre des logiques tribales et des mafias pseudo-étatiques. D’ailleurs, nombre d’agents de l’État du côté algérien et malien sont aussi membres de tribus et voient leur position comme un moyen de nourrir leurs solidarités en dehors du cadre étatique mais avec l’argent de l’État – tout comme les États régionaux savent prospérer, selon les indications locales, avec les fonds de la fraude ». La notion de tribu selon Judith Scheele étant bien différente de ce qu’on entendait par là, ici en Europe : « appartenance tribale, bien que souvent renégociée, identité arabe, excellence religieuse et fraude apparaissent ainsi comme inextricablement liées, quoique contradictoires. La « tribu » n’y est ni un retard historique ni un automatisme archaïque, mais une logique sociale et morale vivante, une aspiration à l’héroïsme, à l’honorabilité et à l’autonomie, dans une région où ces qualités semblent de plus en plus illusoires ». En somme, il y avait déjà là les sources de groupuscules soudés qui deviendront plus tard des cellules islamistes armées, selon le degré d’influence qu’un retour à une religion plus stricte apportera… ou non.

La position officielle chez les islamistes : ce qui est « haram »… ou pas ! 

Un islamisme archaïque de retour qui avait besoin d’argent (et d’armes) pour convaincre ou s’étendre dans les esprits, dans une région de communication orale uniquement. En 2013, voici comment on avait décrit les terroristes islamistes lors de l’arrivée des soldats français au Mali et ce qu’elle avait trouvé sur place : « avant de recourir à cette manne hautement plus lucrative que représente la prise d’otages, Aqmi – la branche d’Al-Qaïda au Sahel – s’est beaucoup financée avec le tabac, trafic mené en complément de celui de clandestins, d’armes et de drogue. Parmi les figures montantes de l’organisation, on parle beaucoup de Yahya Abou-El-Hamman – nouvel émir de l’immense zone sahélo-saharienne (de son vrai nom Djamel Okacha) – qui fut pendant longtemps l’adjoint de « M. Marlboro », alias Mokhtar Benmokhtar, cet algérien formé en Afghanistan dont les succès en matière de contrebande ont fini par lui valoir quelques soucis avec les autres dirigeants de l’organisation. C’est du moins ce que rapportent les fins observateurs de cette nébuleuse. En revanche, Ansar Dine qui milite pour l’application stricte de la charia, a fait savoir, par un récent communiqué, que les contrebandiers de tabac devaient quitter le nord du Mali. Pour appuyer ses dires, le groupe a médiatisé la saisie, en novembre dernier, de deux véhicules remontant vers l’Algérie avec un   chargement de « 200 sacs » de cigarettes. Ce qui, au regard de l’intensité des trafics en jeu, semble bien dérisoire ».

En somme, que les contrebandiers se prétendant islamistes faisaient comme les grandes marques de tabac quand elles brûlaient des cartons entiers de cigarettes au nom de la lutte contre la contrebande… qu’elles entretenaient en sous-main !! Officiellement, la cigarette avait été déclarée anti-islam, (« c’est haram ») alors que sous le manteau son trafic alimentait les caisses du mouvement ! Même Daech a fermé les yeux ! Tout en organisant en même temp de grands autodafés d’emballages de cigarettes comme ici dans leur fief de Raqqa en Syrie, le 2 avril 2014.!!

Quand ce n’était pas pour brûler des instruments de musique, déclarée impie sans plus de raison, à l’instar de leurs collègues talibans qui, en Afghanistan, avaient broyé les radios à transistors (et à manivelle !) larguées jadis par les avions US, des « transistors' » que les gamins adoraient tant… (ici à droite).

Quand Ag Ghali s’improvisait manager de groupe de rock touareg

Leur eschatologie morbide ne prônant que les plaisirs après la mort… (lire ici cette analyse) ces gens-là n’ont jamais été très drôles. Leur rigidité de pensée excluant tout humour, au nom d’un blasphème sous n’importe quel prétexte… des pauvres sires, en résumé ! Ah, ce ne sont pas des Eddie Constantine ça c’est sûr ! Pas le genre non plus à apprécier « Un Dimanche à Bamako » (jour de mariage !) la chanson d’Amadou et Mariam, un étonnant couple de musiciens aveugles qui ont fait fureur ici en Europe en 2005 (Victoire la Musique cette année là !) … ou encore moins le grand Ali Farka Touré, celui qui avait enregistré avec un certain Ry Cooder. Avec un certain succès ! Voire écouter Tinariwren... « les rock stars du désert », des touaregs. Plus ou moins découverts par l’anglais Justin Adams, copain de Jah Wooble (lui même pote de Holger Czukay, du groupe allemand CAN, pour faire avec lui en 1981 un morceau extraordinaire ensemble détournant un chant de muezzin !), un grand défricheur de musique africaine. Un gars dans les années 90, les avait aidés à commencer leur carrière en leur payant leurs instruments :  c’était alors le leader du Mouvement Populaire de l’Azawad et il s’appelait… Iyad ag Ghali  !!! Comme quoi, voyez, parfois la vie réserve de sacrées surprises !!!

C’est peut-être un des instruments incendié ici par ces azimutés de la calebasse de l’EI  :

 

Comme pour les radios, c’est ce que nous décrit Fazel Hawramy (Iraq Pulse) d’Al Monitor le 25 novembre 2016:  les gens ont continué à fumer… « malgré l’interdiction, de nombreux habitants de Mossoul n’ont pas abandonné, créant une économie souterraine de cigarettes sur laquelle l’EI finirait par capitaliser pour financer les affaires de son soi-disant califat. Les efforts visant à couper les finances du groupe ayant porté leurs fruits, les militants ont eu recours à des amendes et à des taxes sur ses sujets de plus en plus appauvris, y compris les trafiquants de cigarettes. Selon trois passeurs qui ont fui Mossoul et vivent maintenant dans des camps dans la région kurde, l’EI a fermé les yeux sur la contrebande et a attendu patiemment qu’ils accumulent des fonds avant de les détruire pour maximiser leur trafic. « Brûler des cigarettes c’était pour le spectacle », a déclaré Munir. « La réalité est que Daech fermait les yeux et a infligé une amende considérable aux passeurs. » L’EI a gagné des milliers de dollars chaque mois en amendes pour ceux qui vendaient des cigarettes illégalement rien qu’à Mossoul. Les petits passeurs ont été condamnés à une amende – allant de 30 $ à 50 $ – selon le nombre de fois qu’ils ont été arrêtés; l’amende pour les grossistes était beaucoup plus lourde. » 

L’EI et le trafic : une rare hypocrisie, là aussi

Le choix du trafic direct de l’EI, qui montrait pourtant en vidéo des narguilés cassés et des stocks de tabac qui brûlent (comme ici à droite), s’explique aussi par une autre constante : ceux qui se font prendre en train de traquer des cigarettes écopent de peines moins lourdes que pour d’autres trafics : « le rapport américain explique aussi que ce choix « daechien » a également pour corollaires le fait que le trafic de cigarettes de contrebande rapporte beaucoup plus que celui des armes ou de la drogue. De plus, les peines contre les trafiquants interpellés sont beaucoup moins lourdes que pour les autres trafics. Au maximum 5 années de prison ferme, au lieu de plus lourdes condamnations, voire la détention à perpétuité pour les trafiquants d’armes et de drogue » nous dit le SiteInfo (marocain), qui poursuit : « ainsi, le quotidien Assabah consacre un article à cette complicité criminelle. Il y est écrit que les faramineuses recettes des cigarettes de contrebande, clandestinement transportées entre les frontières de la Mauritanie, de l’Algérie et du Maroc, constituent les principales ressources finançant le prétendu « Etat islamique ». Ce sont quelque 13 milliards de cigarettes qui avaient transité d’Espagne vers les frontières des trois pays du Maghreb, en 2016, pour financer les organisations terroristes du Moyen -Orient, constate le rapport datant de 2017. De même que le dit rapport révèle que cet argent en devises étrangères provient des djihadistes de Daech afin que l’organisation terroriste puisse imposer son hégémonie dans les régions sensibles. On remarque que les attentat perpétrés, comme ceux que les différents services de renseignement ont réussi à avorter, ont fait diminuer le nombre d’enlèvements et les demandes de rançon, autres sources de rentrées d’argent de « l’EI ». Ceci, depuis que des pays occidentaux ont usé de plusieurs moyens pour dissuader leurs ressortissants de se rendre dans certaine zones de conflits armés et d’actes terroristes ». Ce qui n’empêche pas le fabricant anglais Imperial Tobacco (1) de blâmer l’EI pour une baisse de ses ventes….

Un subtil flou entretenu : le Coran, tel qu’en lui-même

Cela n’avait pas été sans circonvolutions, côté croyance : la cigarette n’existant pas en effet à l’époque du Prophète.  Il y avait eu quelques divergences entre les érudits musulmans au sujet de son statut légal. Pendant longtemps c’était resté chez les Oulémas un acte simplement blâmable (« makrouh« ), sans plus : aucune mention explicite du tabac n’est présente dans le Coran, débarqué en effet 7 siècles après l’existence du prophète Mahomet !!!  Comme le narguilé (pipe à eau, où l’on mélange souvent tabac et haschich), souvent présenté abusivement comme inoffensive côté santé, dont la condamnation véritable n’est venue qu’après que l’on ait montré la nocivité du tabac sur l’organisme… soit à une époque très récente, il a longtemps, comme en occident, été présenté plutôt comme une sorte de procédé récréatif ou médicamenteux, la phrase du Coran, comme des milliers d’autres, étant d’un flou remarquable à ce sujet : le prophète, selon lui, « ordonne le convenable, défend le blâmable, rend licites les bonnes choses, et interdit les mauvaises… » C’est un peu comme la musique et l’interprétation plutôt surprenante par un des docteurs de la foi de l’expression « discours plaisants (ou futiles) «  comme signifiant la chanson, qui doit donc être elle aussi selon lui interdite !!!  Ou quand la croyance devient de l’interprétation pure et simple. A droite le narguilé à la Cour royale de Mohammad Karim Khan Zand, le fondateur de la dynastie Zand de Perse en 1755 (mais celui-là ne s’était pas embarrassé de l’avis de son clergé). Le tabac devenant en fait progressivement « mauvais » et entrant dans la catégorie des « pêchés », véniel au début, puis progressivement mortel au fil du temps, dans tous les sens du terme ! En 2019 un maire d’une quartier de la capitale du Mali (Adama Bérété) a interdit en même temps la chicha et le Tramadol, l’une des drogues les plus courantes sur place. Une décision pas suivie d’effets il semblait bien, par la population, blasée…

Le cimetières des leaders islamistes

Beaucoup de chefs historiques ont disparu depuis, pourchassés par l’Opération Barkhane, ses 5000 hommes sur place et son matériel, dont des drones armés Reaper désormais. L’algérien Djamel Okacha, alias Yahia Abou al-Hamman (ou Abu Yahia, ici à droite), l’un des trafiquants les plus notoires, l’assistant » de Belmokhtar « Marlboro », sera en effet finalement tué six ans plus tard, le 22 février 2019, par les militaires français de l’opération Barkhane. Membre du Groupe islamique armé (GIA), adjoint d’Abdelmalek Droukdel (ici à gauche), il avait été nommé par Al-Qaida pour remplacer Abou Zeid, tué lui aussi plus tôt, dés la fin février 2013 dans l’adrar des Ifoghas, au nord du Mali, par l’armée française et l’armée tchadienne près d’Aguel’hoc, avec 43 de ses hommes, bombardés par des Mirage 2000 : c’est sa Kalachnikov favorite façon Ben Laden qui avait permis de l’identifier dans un premier temps avant les prélèvements ADN…(une photo sur téléphone portable, ici à droite, demandant à être confirmée, ci-dessous à gauche).

Bien avant cela, toute l’année 2007 avait été marquée par de violents combats entre des terroristes et l’armée, et ses hélicoptères lourds en Algérie, notamment dans la région de Yakouren, village situé à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger, en Kabylie.  Droukdel s’illustrant avec l’attentat du 11 avril 2007 à Alger qui a fait 11 morts. Les groupes s’étaient alors réfugiés au Mali, où l’organisation vacillait et se divisait (Droukdel  avait écrit à ce propos un document le  intitulé « Orientation du jihad dans l’Azawad ») : « à l’été 2007, Abdelmalek Droukdel (mort plus tardivement, le à Talhandak près de Tessalit au Mali,) retire la charge d’« émir du Sahara » et de chef de la « région IX » à Mokhtar Belmokhtar, qu’il juge trop indépendant, et la remet à Yahia Djouadi, alias Abou Amar. Droukdel divise la zone du Sahara en deux ; la première, comprenant le sud-ouest de l’Algérie et le nord du Mali et de la Mauritanie, va à Belmokhtar ; tandis que la seconde, comprenant le nord-est du Mali, le nord du Niger et l’ouest du Tchad, va à Abou Zeïd. Belmokhtar s’oppose à la décision du commandement d’AQMI d’implanter de nouvelles katiba dans le sud et rapidement une forte rivalité l’oppose à Abou Zeïd. Les désaccords avec ce dernier portent notamment sur la stratégie de financement ou sur les modes opératoires ». Une division qui a affaibli le mouvement et dont les effets se font toujours ressentir, les différents leaders ne tenant plus un discours commun.

Droukdel finira aussi par tomber, le à Talhandak au nord du Mali, situé près de Tessalit, où il s’était replié lors d’une opération héliportée française. C’était un des chefs d’AQMI qui a la plus longue longévité selon le journaliste algérien Akram Kherief et ça a été un coup dur pour AQMI. Il est quelque mois plus tard (signe de l’affaiblissement du mouvement qui peine à recruter) remplacé par Abu Obaida Youcef al-Annabi, à gauche ici, de son vrai nom Yazid Mubarak (ici ses différents patronymes). Un ancien membre du GSPC algérien (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), totalement dénué de charisme au contraire d’Ag Ghali.

Par « stratégie de financement », on peut entendre aussi usage ou non de la contrebande de cigarettes (ou de cocaïne) !!! Car Abou Zeid, revendiquant être un électron libre, un jihadiste « freelance », sans aucune affiliation véritable, formé par une figure tutélaire : Abderezak El Para, du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), préférait lui la prise d’otage, plus rémunératrice.

Les juteuses prises d’otages

C’est Abour Zeid notamment qui enlèvera les sept collaborateurs d’Areva et négociera âprement leur libération… contre rançon.  On lui attribue la mort du britannique Edwin Dyer et celle de l’otage français Michel Germaneau, probablement de maladie pour ce dernier… C’est lui aussi, selon JP Filiu, qui  » a ouvert le front du Niger, avec le kidnapping de l’envoyé spécial de l’ONU, de nationalité canadienne, libéré 22 avril 2009. C’était une première. Depuis, les embuscades se multiplient dans le nord du pays ». Des otages, mais aussi de la coke : Zeid retiendra 89 jours Pierre Camatte en otage. Camatte est ici en photo  à gauche en France à Liezey (près de Gerardmer) avec le gouverneur de Kidal Sidi Mohamed ag Ichrach, qui reprendra son poste en 2017 seulement.  Il en avait été chassé avec l’Etat malien en 2014. Il s’était vu interdire en effet l’accès de la ville par la Coordination des mouvements de l’Azawad (ou CMA) !!! Aujourd’hui, le CMA passe pour une organisation d’indépendantistes touareg et nationalistes arabes devenue plutôt « compatible » avec l’Etat, une belle évolution. Trop visiblement, il semble, pour les extrémistes restants, puisque son chef réputé conciliant Sidi brahim Ould Sidati (ici à droite), vient de se faire abattre lâchement devant chez lui… deux individus surgis à moto l’ont tué « à l’arme longue » selon des témoins. On voudrait entraver une réconciliation nationale en cours qu’on ne s’y prendrait pas autrement !! Et en effet : « issu de la communauté bérabiche et secrétaire général de l’une des deux branches du Mouvement arabe de l’Azawad (le MAA-pro indépendance), Sidi Brahim Ould Sidati avait représenté la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) le 20 juin 2015 lors de la signature de l’accord de paix et de réconciliation d’Alger, qu’il avait lui-même paraphé. » Il y en a qui ne souhaitent pas la paix, c’est très clair !

Le rôle trouble de français, la filière de la cocaïne qui s’y mêle

Le djihadisme se double d’un autre problème au Mali : celui de la circulation de la drogue et en l’occurrence de la cocaïne venue de l’Afrique de l’Ouest par avion, ou même parfois directement d’Amérique du Sud. Camatte ne semble pas être arrivé par hasard à Tarkint, là où s’était posé le Boeing du Désert, fin 2009… le « vrai » Air Cocaïne » !! Il était venu sans doute y surveiller (ou suivre) un autre français (personne n’avait vraiment cru à son histoire d’Artemisia miraculeuse – l’armoise annuelle) : Eric Vernet, membre du groupe de « réceptionnistes » du Boeing 727 bourré de cocaïne, (dont le maire de Tarkint, Baba Ould Cheikh trafiquant lui-même), un avion de grande taille dont ce n’était pas la première visite découvrira-t-on après coup. Un Vernet étroitement lié à un trafiquant, un bandit assassin appelé Miguel Angel Devesa Mera, un ex-policier espagnol.

Un Vernet que l’on a retrouvé depuis à Cotonou, au Bénin, s‘affichant ouvertement avec une société aérienne baladant les ministres VRP de Patrice Talon en gros Cessna 208…
Auparavant, au Mali, il utilisait un autre gros Cessna 208 mais de type Cargo (le J5-GAS), acheté à Lanzarote qui est reparti depuis aux Etats-Unis (chez Catalina Flying Boats, immatriculé N9187… ) après être resté longtemps immobilisé couvert de poussière de latérite sur son parking, au milieu des mouvements des Mirage 2000 et des Transall français débarqués à Bamako-Sénou (ici à droite) de l’Opération Serval  devenue Barkhane ….  Toute une saga décrite en long et en large ici, et restée largement ignorée de la presse, hélas : ses aventures valent largement celles de Pascal Saken et le Phocea… On m’ôtera difficilement de l’esprit que ses incroyables tribulations (on l’a vu à un moment en Irak, (cf ici à gauche !) aient pu passer sous les radars de la DGSE (lire ici)... C’est tout un univers de trafiquants que l’on a découvert là-bas avec des caïds français. Des trafiquants qui s’insinuent aussi dans le commerce, car il faut bien l’appeler comme ça, des otages !

Baba Ould Cheikh ayant été aussi « le médiateur dans la libération d’otages, d’abord en 2004 aux côtés de Iyad Ag Ghali à propos d’Allemands et d’Autrichiens enlevés en Algérie par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Puis en 2009 dans la libération du Français Pierre Camatte » selon RFI. Deux trafiquants comme intermédiaires pour libérer des otages et ponctionner au passage une quote-part, dont une partie s’est évaporée… on ne sait où (même si on en a une petite idée où elle a bien pu passer). Et un trafiquant français connu impliqué dans le trafic (et suivi depuis la France par la police comme on a pu le voir dans un  reportage TV assez ahurissant), Eric Walter Amegan, alias « Mika », recherché par Interpol, qui bénéficiera de l’aide de deux avocats français de renom pour s’extraire de prison : l’un est mort depuis (Verges), l’autre est devenu … ministre de la justice (Dupond-Moretti)!!  « Mika », qui fricotait avec la bande de Gilles Bénichou, croisé à Sally avec… Michel Neyret ! Nous allons voir plus loin que la filière sud-américaine d’apport s’était trouvée un relais efficace en la personne d’un trafiquant nigérien bien implanté en politique…

Le lien entre eux

Dans le livre « Notre guerre secrète au Mali: Les nouvelles menaces contre la France » de Isabelle Lasserre et Thierry Oberlé, on a l’explication de ce qui relie ces gens entre eux :  « à l’initiative de l’un de ses chefs, le mouvement s’était rapproché d’hommes d’affaires comme Mohamed Rouggy (retenez bien ce nom), le plus puissant baron de la drogue de Gao, ou Mohamed Ould Awainat, un chef berabiche, toujours du côté du manche puisqu’il fut successivement favorable au président ATT, ami des Touaregs au printemps 2012, lors de leur brève prise de contrôle de Gao, puis des islamistes du Mujao, mouvement qu’il contribua à financer. Emprisonné pendant un temps pour son rôle dans l’affaire d’« Air cocaïne », Mohamed Ould Awainat serait, au printemps 2013, à Bamako, où nul ne songe à l’inquiéter. « Cela n’a rien de surprenant. Des narcos et des financiers des groupes armés se baladent en toute impunité dans la capitale. Ici, on peut redevenir vierge grâce à ses relations, à sa famille ou aux gens que l’on a arrosés », note un policier européen en poste dans la région. Dans le milieu des grands commerçants du désert, les alliances varient au gré des rapports de force. Le cas de Baba ould Cheikh est exemplaire. L’homme a toujours su s’adapter. Maire de Tarkint, une bourgade proche de Gao, il est, lui aussi, soupçonné d’avoir assisté à l’atterrissage du Boeing d’« Air cocaïne ». Businessman avisé, il est le roi de l’import-export sur la route de l’Algérie. « Il loue des véhicules aux narcos pour transporter la coke. Il leur fournit la logistique nécessaire. Baba ould Cheikh est complice des trafiquants, mais ne touche pas à la marchandise », précise un policier malien sous couvert d’anonymat. « Il est multimilliardaire en francs CFA. Il possède 1 000 têtes de chameaux, des troupeaux de bétail et des flottes de camionnettes et de 4 x 4 », ajoute-t-il.

« Connu comme négociateur d’otages, le notable a noué des liens avec le terroriste contrebandier Mokhtar Belmokhtar, surnommé « mister Marlboro ». Durant des années, il a été l’un des intermédiaires attitrés du président malien ATT, qu’il pouvait joindre directement par téléphone. Sa carrière de médiateur a débuté dès la fameuse prise d’otages européens dans le Sahara en 2003. Une grande première. Le groupe islamiste armé algérien supervisé par Mokhtar Belmohktar avait enlevé des Allemands et des Autrichiens. Ils furent libérés contre une rançon d’environ 5 millions de dollars, selon la télévision publique allemande. Un versement effectué par l’État allemand notamment, qui ouvrit ainsi la voie au commerce des captifs européens. Plus récemment, ce « canal historique » est intervenu dans le processus de libération du Français Pierre Camatte, kidnappé le 26 novembre 2009 et récupéré à Bamako par Nicolas Sarkozy le 23 février 2010.’

L’assassinat de civils comme méthode de terreur


Il n’y a pas que la France de concernée. Abou Zeid mort, les américains voulaient la peau d’Okacha, alias al-Hamman depuis longtemps car il avait assassiné en 2009 en Mauritanie le travailleur l’américain d’une ONG,  Christopher Legget (ici à droite). Au prétexte qu’il prêchait sur place le christianisme !! En 2016, un autre américain, véritable missionnaire celui-là, Michael Riddering, 45 ans de Floride, sera tué avec 28 autres personnes au Burkina Faso lors d’une attaque sur 2 hôtels, revendiquée par Al-Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et Al-Mourabitoune. Deux ans avant déjà, en 2007, le même groupe avait assassiné la veille de Noël quatre français d’une même famille (Tollet), dont deux enfants (et blessé grièvement un 5eme, François Tollet, le père de famille) à Aleg en Mauritanie, interrompant l’année suivante la longue saga du Paris-Dakar, débutée en décembre 1978. Le principal suspect, « Abou Saïd », selon son nom de guerre est en fait Moustapha Ould Abdelkader, soupçonné d’être le commanditaire de l’attaque.  Il était sorti juste de son procès avec ses collègues salafistes mauritaniens, qui avaient été condamnés en juillet à un an de prison avec sursis pour s’être entraînés dans des camps de l’ex-GSPC en Algérie, on y revient encore une fois. Il avait été interpellé en 2005… En 2010, Mohamed Ould Chabarnou, Maarouf Ould Haiba et Sidi Ould Sidna, de la mouvance salafiste jihadiste proche du GSPC algérien, qui avaient fui au Sénégal après les meurtres, ont été condamnés à mort comme responsables du massacre. Deux avaient été retrouvés en Guinée-Bissau. Or les trois hommes faisaient partie de la katiba de Belmokhtar. Le fameux MBM, alias… « Mister Malboro » dont le groupe n’aurait pas existé sans l’apport régulier de l’argent de la contrebande de cigarettes  !!! Nous y revoilà !!! A la base du problème !!

Le principe demeure : dans l’Est du Burkina Faso, devenu l’une des régions les plus dangereuses, des visiteurs étrangers, des journalistes européens, dont deux espagnols (David Beriáin et Roberto Fraile, plus l’irlandais Rory Young, président et cofondateur de Chengeta Wildlife, une ONG de protection de l’environnement), venus suivre des gardes agissant contre des braconniers, en ont fait les frais. « L’attaque a été menée par des hommes armés circulant à bord de deux véhicules pick-up et d’une dizaine de motos, selon les sources sécuritaires, qui ont précisé que des armes et du matériel, des motos, deux pick-up et un drone, avaient été emportés par les assaillants. » nous dit France 24, qui ajoute : « Le Burkina Faso, frontalier du Mali et du Niger en proie aux attaques jihadistes, en est également la victime régulière depuis 2015. D’abord concentrées dans le nord du pays, limitrophe du Mali, les exactions attribuées à des groupes jihadistes, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) affilié à Al-Qaïda et l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS), ont ensuite visé la capitale et d’autres régions, notamment l’est et le nord-ouest ». Une attaque qui n’est pas sans rappeler celle du 11 août 2020 au Niger, et l’exécution de quatre touristes français de l’organisation humanitaire française Acted, ainsi que leur guide (cf les deux photos ici proviennent de cette attaque (2) ).

Un parfait exemple de la dérive islamiste, vu côté paysan

Le journal Le Monde nous a donné un parfait exemple précis, le 6 novembre 2019, à ce qui est arrivé à certains paysans lors du débarquement des islamistes qui avaient besoin de relais et étaient prêts à les payer pour les aider. Avec les revenus ici des divers trafics, dont celui des cigarettes !! C’est l’exemple d’Ibrahim, un des hommes d’Amadou Koufa, le chef de la katiba (unité combattante) de Macinan, « qui sème l’effroi dans la région au nom du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance djihadiste du Sahel, liée à Al-Qaida ». Koufa, le membre fondateur du « Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans » (JNIM) dont l’annonce avait été faite en mars 2017. On le voit ici en compagnie d’un allié qui tirait ses ficelles, le sinistre d’Iyad Ag Ghali, ancien contrebandier d’alcool et de cigarettes converti. Comme lui, c’est un membre de la secte dawa, Koufa est effectivement un prédicateur, un marabout, héritier de toute une famille de prêcheurs. D’où son charisme chez les Peuls, dont il fait partie. La secte reposant sur l’envoi de missionnaires chargés de convaincre les récalcitrants à la religion islamique (3)  !!!

Pourquoi était-il devenu djihadiste, lui, ce simple paysan retrouvé par LeMonde  ? C’est simple : « un jour, alors qu’Ibrahim fait paître ses moutons près du campement familial, des émissaires enturbannés viennent à sa rencontre. « Tu seras bien payé et tu te battras pour appliquer la charia [loi islamique] de Dieu », lui promettent-ils. Le berger, qui peine alors à nourrir ses six enfants, se laisse convaincre. « J’étais dans une telle pauvreté, je ne pouvais pas refuser », lâche le repenti dans un murmure, les yeux fixés vers le sol. Son revenu est multiplié par vingt : 300 000 francs CFA par mois (450 euros), une fortune pour cet homme qui n’a connu que la brousse. Mais la fortune a un prix. »… Car impossible après de rentrer au pays après avoir commis des exactions, il a dû se faire tout petit et il est devenu depuis pousse-pousse dans la capitale. Il a tué des gens, aidé… par de la drogue, dont on le gavait : « c’est à la même époque qu’Ibrahim part suivre plusieurs entraînements militaires dans la région de Gao, l’une des grandes villes du nord. Fin 2013, il rejoint un markaz (campement) implanté dans le centre du pays, au cœur d’une forêt située entre Douentza et la frontière avec le Burkina Faso. Une centaine d’hommes y cohabitent avec des aspirations diverses, par appât du gain ou désir d’appliquer un islam rigoriste. D’autres n’ont pas vraiment eu le choix : ils ne participent à la « guerre sainte » que pour protéger leur famille. Il y a des Songhaï, comme lui, des Touareg, des Bella ou encore des Bambara, l’ethnie majoritaire, mais surtout beaucoup de jeunes peuls acquis à la cause d’Amadou Koufa. « Koufa était un demi-dieu. Mes compagnons écoutaient ses prêches tout le temps sur leur téléphone portable (la photo à droite en provient), ils interprétaient littéralement chacune de ses paroles », raconte Ibrahim« .

Haro sur les Peuls, les ravages du Tramadol

L’engagement de notre peul deviendra vite meurtrier : « Ibrahim est alors de ceux qui mènent les « opérations punitives » dans la région de Douentza et il ne se sépare jamais de son « PM » : un pistolet-mitrailleur avec 36 balles. « Lorsqu’un village refusait de se soumettre, s’il collaborait avec les autorités, on recevait l’ordre d’aller tuer les gens et de brûler les maisons », raconte l’ancien combattant ».  En mars 2019, dans le village d’Ogossagou-Peul, dans la zone de Bankass, près de la frontière avec le Burkina Faso, on décomptera 135 tués. « La télévision montrant des images de cases incendiées, de bétail brûlé et de douilles de fusil dans le village ».

Pour arriver à motiver de tels actes, les islamistes ont alors recours à l’usage de drogues : « Un jour, son chef, un certain « Diallo », le convoque. Les ordres ont changé. Ibrahim était tireur, il doit dorénavant égorger les infidèles. « On nous gavait de drogues vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je n’étais plus moi-même. » Son cerveau est anesthésié par les comprimés de Tramadol et les injections qu’on lui administre. Alors, il « suit les ordres ». Combien d’innocents a-t-il assassinés ? « Plus d’une vingtaine. Je les ai égorgés comme si c’était des moutons », lâche Ibrahim... Comme « Ibrahim » est Peul, beaucoup de règlement de comptes après porteront sur cette communauté, accusée d’en vouloir aux autres, et accentuant encore les divisions du pays… drogué à la cocaïne et au Tramadol, un opiacé, le cocktail le plus courant. Combattant la douleur, le Tramadol laisse celui qui en prend avec l’impression d’être devenu invincible, mais moins que le Captagon, un peu trop médiatisé ces derniers temps comme « drogue des djihadistes« . Le Tramadol est en fait dix fois moins puissant que la morphine !

La drogue du terrorisme aveugle provient du Bénin, la mafia dans le coup

Une drogue fort prisée dans le désert, c’est certain. « Selon l’étude ENACT, le nombre d’usagers de drogues illicites en Afrique subsaharienne devrait augmenter de près de 150% d’ici 2050. En Afrique de l’Ouest, cela inclut les opioïdes sur ordonnance ou pharmaceutiques tels que le Tramadol. (à droite une saisie en Libye, en 2011)Le Bénin, déclaré deuxième destination mondiale du tramadol en 2016, sert de point de transbordement. Et le rapport mondial sur les drogues de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime 2019 montre une augmentation de l’utilisation non médicale du tramadol chez les conducteurs de véhicules utilitaires, les commerçants du marché et les étudiants au Ghana et au Nigéria. Le tramadol sert d’analgésique et a un effet calmant. Certaines personnes l’utilisent pour les aider à dormir. Cependant, à des doses excessives, il peut être un stimulant. Ceux qui l’utilisent à des doses excessives comprennent les migrants irréguliers qui se déplacent du Nigéria vers le Niger. La drogue leur donnerait de l’énergie pour parcourir de longues distances, en particulier à travers le désert du Sahara, ou pour travailler plus longtemps en attendant de migrer vers l’Europe. »  Des drogues administrées par des djihadistes d’un islamisme de pacotille, donc, leur religion leur interdisant d’y avoir recours !!

Un trafic de Tramadol où l’on retrouve un port, mais italien, celui moult fois cité déjà de Gioia Tauro, mais aussi la mafia de la Ndràngheta qui ne s’est jamais offusquée d’avoir à fournir l’Etat Islamique, malgré sa dévotion connue et affichée pour le christianisme traditionnel. Autre hypocrisie flagrante. A croire que dès que l’on parle religion, on affabule… et que l’on ne tient pas compte des règles de vie que l’on prêche soi-même !!! Le 3 novembre 2017, ce sont en effet 24 millions de cachets de Tramadol qui ont été découverts dans un container (ici à gauche)…  L’année précédente, c’est au port de Lomé considéré comme l’une des portes d’entrée du Tramadol sur le continent, l’on avait saisi 10 tonnes destinées au Nigéria… En janvier dernier c’était au Niger, à Niamey avec 110 800 comprimés (ici à droite), d’une valeur de 100 millions de FCFA (152 450 euros).

A la poursuite de Koufa

Le pparu aux côtés d’Iyad Ag Ghali, de Djamel Okacha, d’Abou Hassan al-Ansari (tué un peu plus tard, le 14 février 2018, c’est le chef militaire d’Al-Mourabitoune de Belkmokhtar, Mr Malboro) et d’Abou Abderrahman El Senhadji, alias Ali Maychou, tué le 8 octobre 2019) dans une vidéo annonçant leur union et le renforcement de leurs actions, donc.

Pendant plusieurs années on a donc traqué ceux qui commettent les exactions dictées par Koufa, issu du cercle de Niafunké, dans la région de Tombouctou, et Koufa lui-même, que l’on espère bien attraper définitivement un jour ou l’autre : dans la nuit du 22 au 23 novembre 2018, dans la région de Mopti au Mali, dans la commune de Farimanké, située dans le cercle de Youwarou, les forces françaises de l’opération Barkhane attaquent avec de gros moyens la katiba d’Ançar Dine, de la Macina (que Koufa a fondé). Mirage 2000, hélicoptères Tigre et Gazelle appuyés par des drones Reaper, des ravitailleurs C135 et des hélicoptères de transport ont été mis à contribution… pour un résultat probant selon l’armée française: au milieu de la trentaine de corps des combattants abattus, celui de Amadou Koufa aurait été retrouvé, ou plus loin en fait, dans dans la forêt de Wagadou, à une dizaine de kilomètres : un rude coup asséné ce jour-là au terrorisme pense-t-on alors. Iyad Ag Ghali est lui depuis longtemps réfugié en Algérie, d’où il continue à tirer les ficelles côté composante touareg. Mais cette même armée française déchante quand, le Amadou Koufa apparaît bien vivant dans une vidéo des islamistes… qui annoncent avoir liquidé un agent infiltré qui avait permis de localiser le camp de Koufa. Tout est à refaire ! L’influence de Koufa se faisant toujours sentir comme vient tout juste de le remarquer le Canard Enchaîné avec un pouvoir neuf qui semble aujourd’hui vouloir abdiquer devant les islamistes (4).

Le cocktail mortel malien

Au Mali, en 2020, c’était en tout cas toujours la même chose comme le dit parfaitement ce communiqué de presse en date du 19 mars dernier : « Bamako, 19 mars (AMAP). Les services douaniers ont saisi, ce jeudi, une importante quantité d’armes de guerre, de munitions et de cartouches de cigarettes, lors d’une opération dans le secteur de Bangoumana. Le contrôleur des douanes, Thierno Hadi Traoré, et ses hommes. en patrouilles dans la zone, ont ciblé un véhicule en provenance de la Guinée qu’ils ont soumis à une fouille minutieuse. D’après le contrôleur Thierno Hadi Traoré, le véhicule de transport avait à son bord un individu à l’attitude étrange et suspect qui semblait être agacé par la présence des douaniers. Ceux-ci ont décidé de poursuivre leur fouille jusqu’à mettre la main sur de grosses cartouches de cigarettes. Puis, ils y ont découvert des colis tout aussi étranges (la photo de gauche ici est celle d’une autre prise le 23 février: on y distingue, outre des mitrailleuses lourdes comme celles vues sur les Toyotas d’Ami, des obus de 120 mm destinés à devenir des IEDs, ceux qui tuent nos soldats en ce moment même).  (à gauche ici une explosion le 14 mars contre un VAB, à Gossi, près de Timbuktu, heureusement sans tués cette fois). « Il s’agissait, en fait, de couvertures qui dissimulaient deux pistolets mitrailleuses, quatre carabines de marque tchèque, un fusil et des munitions. L’individu suspect a essayé de fuir avant d’être rattrapé par les douaniers. Il détenait un son sac qui contenait beaucoup de munitions. Interrogé par les agents des douanes, il a reconnu être le propriétaire de toutes ces armes et munitions qui étaient, d’après lui destinées, à la Région de Mopti, dans le Centre du Mali, en proie à une grande insécurité. » Armes et cigarettes, le cocktail malien !

 

(1) Groupe anglais de tabac, devenu Imperial Brands en 2016, lié à ses tous débuts American Tobacco, mais qui n’a rien à voir avec Philip Morris. En récupérant Altadis, en 2008, l’ex Seita, Imperial a proposé les Gauloises, les Bastos ou les Gitanes françaises pour les ajouter à ses produits phares, John Player Special et Peter Stuyvesant. Selon Wikipédia, « en 2010, les 25 premières marques de Philip Morris International étaient Marlboro, L&M, Bond Street, Philip Morris, Chesterfield, Fortune, Parliament, Lark, Morven Gold, Dji Sam Soe 234, U Mild, Next, Optima, Red & White, Muratti, Diana, Merit, Champion, Virginia Slims, Apollo-Soyuz, Hope, Delicados, Longbeach, Minak Djinggo, Marathon ».

(2) comme cela évolue vite, c’est dans le même secteur qu’a été enlevé le journaliste du Point et de Libération, fin connaisseur de la région car il y vit depuis des années. C’est un de ceux qui a fait les meilleurs « papiers » sur la situation sur place. Il s’apprêtait alors à donner la parole à un leader de la région, en prime : Abdallah Ag Albakaye. Un groupe rival est donc peut-être bien à l’origine de sa prise d’otage.

(3) Dans le XIX à Paris, la mosquée du même nom avait fait parler d’elle :  « de 1989 à fin 2014, la mosquée est dirigée par l’imam Larbi Kechat. Il est arrêté en par le ministre de l’intérieur Charles Pasqua, incarcéré à Folembray, dans l’Aisne avant d’être relâché pour absence d’inculpation ». Il avait été accusé d’avoir des liens avec le FIS  et le GIA algérien. Problème : « il a également été au cœur d’un scandale après les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015. Parmi les fidèles de sa mosquée, les Frères Kouachi et la filière des Buttes-Chaumont venaient prier régulièrement devant ses yeux. « Je ne peux pas savoir qui vient prier », s’était défendu l’imam, pourtant proche de ses fidèles »... mais en nuançant ici et en condamnant fermement l’action.

(4) en date du 14 avril 2021:

Contenu de l’encart :

« Les djihadistes de la katiba Macina sont désormais autorisés à prêcher en armes et à imposer le port du voile aux femmes et aux filles dans les villages du cercle de Niono – région de Ségou, au centre du Mali. Dimanche 11 avril, un accord a été conclu entre les chasseurs traditionnels dozos et ces djihadistes liés à Al- Qaida, qui se sont engagés à ne plus commettre d’attentats. C’est l’aboutissement, selon Radio France Internationale (RFI), d’une longue négociation, menée pendant plusieurs mois. En réalité, celle ci n’a été possible que grâce à la bienveillance des militaires qui ont pris le pouvoir au Mali, en août 2020, et à celle de Mahmoud Dicko, Grand imam de Bamako (un wahhabite en fait, mais qui refuse la charia tout en étant plutôt d’humeur changeante, régulièrement, mais il a toujours soutenu Iyad Ag Ghali !) et guide spirituel de ces militaires, sans oublier la bénédiction réjouie du Haut Conseil islamique local.

Le 12 avril, invité à RFI, Boubacar Gaoussou Diarra, l’ambassadeur malien (nota : il vient de mourir, ce 26 avril), a confirmé l’approbation par son gouvernement de cet accord passé avec un groupe terroriste. Les critiques faites par Macron et par ses généraux aux dirigeants du Mali et du Burkina Faso, qui négocient activement avec les djihadistes de tout poil, n’ont vraiment été suivies d’aucun effet.

Comment a réagi le Quai d’Orsay, confronté à cette négociation et à la victoire des djhadistes ? Interrogés par le Canard, le 13 avril, les collaborateurs de Jean-Yves le Drian, dans l’embarras, préfèrent ne pas répondre à cette question. Et rappellent simplement : « Nous sommes engagés au Sahel à la demande des pays de la région (et) nous avons porté des coups importants au mouvement terroriste ». C.A.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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