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Philip Morris : tabac, cigarettes, et… morts de soldats au Sahel (5)

Le Sahel est traversé tous les jours par une meute de camions fumants qui laissent derrière eux des panaches de sable. Dans le désert aussi, les temps de transport de cette société pressée sont comptés. Certains transportent les cigarettes de contrebande dont profitent les djihadistes, qui les attendent en Libye ou en Tunisie. Parfois, certains viennent de loin, très loin. De l’Afrique de l’Ouest, sur sa côte sud, à savoir de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Bénin ou du Togo.  

Nous allons nous pencher aujourd’hui sur le cas du port de Cotonou, point d’arrivée de la cocaïne également. Parmi ces vieux camions, les vestiges de la conquête saharienne française : de vieux Berliet tous rafistolés, de vraies épaves roulantes qui continuent une carrière qui dépasse déjà un demi-siècle, pour un bon nombre d’entre eux…

 

Le « sale boulot » de British Tobacco : les Dunhills venues de loin, la filière « Berliet »

L’un des dossiers réuni par l’OCCRP décrit parfaitement le principe du trafic qui nourrit financièrement les djihadistes  :

« à Gao, une ville du nord du Mali qui a longtemps été sous le contrôle de groupes armés, un entrepôt qui distribue les cigarettes BAT fait un commerce dynamique. Ahmoudou Ag Attiane, un concessionnaire automobile local, a déclaré à l’OCCRP que des semi-remorques de 20 tonnes remplies de cigarettes arrivent généralement à l’entrepôt.

La plupart des cartons sont ensuite transportés par camion à 10 heures au nord de Kidal, qui est contrôlée par al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). » On note qu’ils partent de l’entrepôt de l’entreprise d’Etat….

 

Car on le sait, les djihadistes ont interdit la consommation d’alcool et de cigarettes, alors il faut bien ruser et ce sont eux qui rusent justement pour obtenir des profits de quelque chose que leur prétendue religion leur interdit officiellement:  «La loi est celle du [groupe AQMI] qui a le plus de pouvoir – les terroristes, les djihadistes – et ils ont interdit le tabagisme et aussi l’alcool. Donc, vous voyez, quelqu’un ne peut pas trop se montrer en ouvrant un endroit où tout le monde sait que c’est là que les cigarettes sont stockées, c’est là donc que les cigarettes sont vendues. «Tous ces gros commerçants ont des relations avec le grand patron de Kidal», a-t-il dit, «ce qui signifie qu’ils sont protégés.» Sid Ahmed, le porte-parole du MNLA, a ajouté sur ce point: «Les trafiquants passent une commande importante avec un marchand à Gao ou à Tombouctou. Les commerçants transportent [le produit] de Bamako à Gao et / ou Tombouctou. De Gao, il va en Algérie [et] en Libye et de Tombouctou en Mauritanie et en Algérie. » Au moins ça a le mérite d’être clair : c’est exactement le même chemin que prend la coke venue de l’Afrique de l’Ouest pour remonter en Europe… via le Maroc !!! Ici, en plusieurs exemplaires, le roi du désert à Kidal ça reste le bon vieux Berliet (à cabine M3)  ! L’héritier des 100 000 dollars au Soleil.  Bientôt une affaire de spéléologues (ou d’archéologues)  ! Les Berliet de la « mission Ténéré » filant vers le Tchad (on les retrouvera en 1973 pour le « Raid Afrique » (Abidjan-Marseille).

 

Et là, ce sont des cigarettes venues de plus loin encore car elles sont fabriquées… en Afrique du Sud celles-là: « la société qui gère l’entrepôt, SONATAM – la société d’État du tabac dont les actionnaires comprennent l’Impériale et la Libyan Arab African Investment Company – est le distributeur de BAT au Mali depuis des années. La plupart des cigarettes qui transitent par son entrepôt à Gao sont des Dunhills de l’usine BAT à Heidelberg, près de Johannesburg (ici à droite) qui ont représenté jusqu’à 37 pour cent des exportations totales de cigarettes de l’Afrique du Sud ces dernières années. Contrairement aux marques produites localement, les Dunhills sud-africaines sont livrées dans des emballages couverts d’avertissements sanitaires dans une langue européenne majeure, le français, connu dans l’industrie sous le nom de «label propre», ce qui signifie qu’ils peuvent être vendus sur le marché gris ». 

L’équation est simple : surproduction = commerce gris !!

Au passage on retrouve notre fin connaisseur des épisodes précédents, l’ancien cadre de l’industrie devenu « whistleblower » (lanceur d’alerte): pour lui, c’est la loi naturelle de la surproduction qui induit ce coulage d’excédents qui profite avant tout aux terroristes maliens : « David Reynolds, qui a construit le programme de Japan Tobacco International sur la lutte contre le commerce illicite du tabac, a déclaré que BAT en Afrique du Sud est «notoire» pour sa surproduction dans la région. «La règle est toujours la même: l’offre excédentaire et l’absence de contrôles locaux conduisent au commerce gris. Cela fait partie intégrante du modèle commercial de BAT – et d’autres fabricants de cigarettes – depuis des années », a-t-il déclaré. «Si vous combinez une grande marque internationale haut de gamme, ainsi qu’une offre excédentaire sur un marché marginal, comme le Mali, avec un label propre, vous avez toutes les caractéristiques d’un détournement intentionnel vers le commerce parallèle [illicite].»

Et la Sonatam, dans ce circuit, joue un fort mauvais rôle en se chargeant du « sale boulot », celui d’alimenter le terrorisme islamique dans une totale duplicité… « Des documents obtenus par l’OCCRP ont permis de mieux comprendre comment les Dunhills de BAT tombent aux mains de groupes armés dans le nord du Mali. Un document de 2013 montre que la SONATAM distribue entre 25% et 75% des trois marques de cigarettes BAT vendues au Mali. Trois de ses entrepôts et points de distribution se trouvent dans des zones contrôlées par les rebelles, notamment Gao, ainsi que Tombouctou et Mopti dans le nord du pays… » Pour mémoire, les 400 cartons « volés » dans ses entrepôts étaient des cartons de cigarettes Dunhill !! Et le « cambriolage » une sacré supercherie !!

Boco Haram également : la secte engrange 8 fois le budget de la Bissau avec les cigarettes!

Selon Soumeylou Boubèye Maïga, ancien ministre de la Défense du Mali,  la secte ravageuse n’échappe pas non plus au procédé : « Boko Haram a des ressources financières importantes qui proviennent principalement du contrôle que le groupe exerce sur un certain nombre d’axes et de circuits économiques, et puis du trafic de drogue et du trafic des armes. Quand on prend la carte, quand on regarde dans le sens est-ouest, Boko Haram sert d’élément important dans le transfert des drogues, en particulier de l’héroïne, depuis un certain nombre de ports d’Afrique de l’Est, comme Mombassa, Dar es Salam, et même plus loin le port de Durban, le groupe parvient à faire passer l’héroïne, via plusieurs ports du Nigeria, comme Calabar, Lagos, Port Harcourt, puis via un certain nombre de ports ouest-africains, et parvient à faire transiter la drogue jusqu’en Europe ».  Donc c’est un trafic qui rapporte au groupe beaucoup d’argent ». La secte dispose ainsi d’énormes moyens financiers. « Ça, c’est dans l’axe est-ouest. Dans l’axe nord-sud, son allégeance à l’Etat islamique lui permet d’être dans le transfert des armes à partir de la Libye. Au niveau régional, c’est au niveau du lac Tchad qu’un certain nombre d’activités économiques licites ont été totalement infiltrées par les gens de Boko Haram.Je pense notamment à la pêche, je pense un peu au pastoralisme. Ce qui fait que Boko Haram dispose aujourd’hui de ressources financières importantes qui lui permettent de monter des opérations, de les planifier, de les conduire et de les multiplier ». « 
Ce qui veut dire qu’il y a des liens entre Boko Haram et les mafias qui contrôlent ces ports » ? lui demande son interlocuteur : « Totalement » répond-t-il.  « Et à titre de comparaison, je peux vous dire par exemple que le trafic des cigarettes, qu’il faut aussi ajouter aux différents trafics contrôlés par Boko Haram, a généré plus de 800 millions d’euros de profits en 2015, et que le trafic de cocaïne a généré plus de 900 millions d’euros de bénéfices en 2012-2013″. Sur quelles zones ? demande-t-on : « Sur la zone Afrique de l’Ouest. A titre comparatif, le budget de la Guinée-Bissau, pour la même période, c’est 117 millions d’euros…

Un port-clé : Cotonou 

Visés, dénoncés, vilipendés, les fabricants ne sont pas décidés à se laisser faire, en Afrique comme ailleurs. A Niamey, le 2 novembre 2018 l’Observatoire du tabac en Afrique francophone (OTAF) dénonçait à juste raison le genre de réactions dont ils sont capables pour garder leur monopole : celui de deux ateliers organisés par les entreprises multinationales du tabac British American Tobacco (BAT), Imperial Tobacco (IT) et Philip Morris International (PMI) destinés à diffuser l’idée d’un tabac sans danger pour la personne. Du lobbying, le même qu’il ont développé jadis en Europe et qu’ils continuent toujours à promouvoir de la même façon en Afrique. Le premier atelier a eu lieu le 23 octobre à Lomé au Togo et le second, le 25 octobre à Cotonou au Bénin : ces endroits ne manquent pas d’intérêt puisque ce ce sont les deux principales portes d’entrée africaines de la contrebande !! Selon l’OTAF, « les opinions publiques africaines et les décideurs politiques doivent être informés que ces ateliers sont la manifestation d’une vaste campagne de tromperie, de désinformation et de diversion entretenues par ces multinationales. Elles essaient par tous les moyens de faire échec aux efforts internationaux de lutte contre le tabagisme et de lutte contre le trafic de cigarettes. »

Cotonou, où l’on vient d’inaugurer une infrastructure permettant d’accueillir des plus gros navires (jusqu’à 13 mètres de tirant d’eau, désormais). Le port étant géré, on le rappelle, par le groupe français Bolloré. « Le 18 juillet 2020, Bénin Terminal a accueilli le plus grand navire n’ayant jamais accosté au port de Cotonou, le « CCNI ARAUCO » (battant pavillon libérien). Long de 300 mètres, ce navire MAERSK de plus de 100 062 tonnes, battant pavillon hongkongais a accosté sur le quai N° 10 de Bénin Terminal. »  Avec ces 95 138 tonnes, l’engin peut accueillir 9000 containers. Il revient de loin, ayant été victime d’un terrible incendie au port de Hambourg le 3 novembre 2016. Il avait brûlé pendant 4 jours d’affilée ! Pour les nostalgiques, ici, les débuts du port en 1964 avec son wharf en bois… bien avant l’arrivée des containers !

En 2016 encore, en juin, on s’émeut autour du port : un journal vient de révéler que « 26 conteneurs de produits prohibés en l’occurrence des cigarettes ne répondant à aucune norme ont été arraisonnés au Port de Cotonou qui selon toute vraisemblance devraient être déversées sur le marché béninois ou dans certains pays de la sous-région.   Que reproche-t-on alors aux ministres de l’Intérieur Sacca Lafia et du Commerce Lazare Sèhouéto qui n’ont fait que leur job, celui de préserver les populations ? Nombreux sont les produits impropres à la consommation qui transitent par le Bénin en complicité avec des agents assermentés qui bafouent les règles républicaines au profit de leurs intérêts égoïstes (….). Ce qui a suscité de vaines agitations et de polémiques inutiles qui ne sauraient émousser les ardeurs des autorités actuelles du pays« . Les containers incriminés ont été conduits sous bonne escorte dans les locaux des CRS de Cotonou. L’esclandre est telle qu’elle oblige trois cigarettiers à sortir du bois et à pondre un long communiqué officiel en forme de mise au point teintée de menace de procès à venir envers celui qui a révélé l’affaire, via leur avocat, Maître Elvys Sèdjro Didé.  Ce sont la Société Générale de Tabac du Burkina Faso (Sogetab), la Société International Trading Company (ITC) et la Société Moussa et Fils du Niger. La défense s’articule sur une différence de normes  entre les pays, ces containers ne devant que transiter par Cotonou. Comme celle par exemple que doit contenir chaque paquet, qui varie selon les pays et les lois en vigueur…

C’est tellement mal ficelé que la première conclusion qui vient à l’esprit est celle de 26 containers de contrebande !!! « selon des sources bien introduites, les 26 conteneurs dont il s’agit ne respectaient pas les règlementations en vigueur aussi bien au Bénin que dans les pays virtuellement destinataires » rajoute le site dénonciateur. Les firmes ayant précisé que « les cigarettes retenues abusivement ne sont pas produites au Bénin et elles ne seront ni commercialisées ni consommées au Bénin.« . En ajoutant « leur qualité, qui est irréprochable » bien sûr !!!  Trois ans plus tard on revient avec un autre article lisible ici sur le commerce des cigarettes au Burkina Faso même : »Gold Seal (transportée ici à gauche à l’africaine à savoir en moto), Suyan, ZL, YES, Royals (répandue en Algérie), Time et Fupongwan (produite en Chine, cf ici à droite) sont entre autres marques de cigarettes de contrebande vendues au Burkina Faso.  La plupart de ces produits transitent par des pays voisins comme le Togo, le Bénin et le Ghana pour gagner le territoire burkinabè, à partir de la commune rurale de Cinkassé, dans la région du Centre-Est ».

« Dans cette ville limitrophe du Togo appelée « frontière rouge », selon un conseiller municipal de la localité ayant requis l’anonymat, des boutiques et des alimentations sont ravitaillées en tabac frauduleux par des contrebandiers.
Dans le commerce de Hamado (nom d’emprunt), par exemple, parmi les marques de cigarette de son étagère, une seule (Hamilton) avec l’image du fumeur sur l’emballage est homologuée ».

« Les autres marques sont des cigarettes de contrebande, parce qu’elles ne font pas partie de la liste de celles répondant aux normes d’homologation et de traçabilité établies par la Direction générale du contrôle économique et de la répression des fraudes (DGCRF). La différence entre une cigarette de contrebande et celle conforme aux textes en vigueur se remarque au niveau du prix du paquet et de son conditionnement. Selon les textes, le paquet doit contenir 20 bâtons de cigarettes comme le prévoit la loi 04-2010 du 25 novembre 2010 portant lutte contre le tabac« . Et là ce n’était manifestement pas le cas;  comme ça semblait l’être aussi trois ans avant… à Cotonou !

« Dans la région de l’Est, nos recherches nous permettent de constater, qu’entre mars et avril 2019, des quantités importantes de cigarettes YES et GOLD SEAL ont transité par Cotonou, avant d’être acheminées à Porga pour prendre la direction du Burkina Faso. Ces marques ne sont pas homologuées par la DGCRF qui fixe la liste des produits du tabac à jour, si l’on s’en tient à la règlementation burkinabè n°019-0005/MCIA /SG/ DGCRF du 25 janvier 2019. A titre d’exemples, le 11 mars, un camion immatriculé au Bénin, AR4489RB, et transportant un container identifié au n°GESU5334617 (il voyage beaucoup, comme ses confrères, il est ici répertorié à droite) avait comme contenu, 1100 cartons de cigarettes YES (nota : de Benson&Hedges une marque des années 60 déposée par le groupe Japan Tobacco  !!!). Sur le site de Porga attendaient deux autres camions burkinabè immatriculés 11 LP 97…BF et 11 KG 94… BF, chargés de cigarettes Gold Seal et ayant fait l’objet de déclaration de transit de douanes S27623 du 05/03/2019. Le contenu du container a été transféré dans les deux camions burkinabè. Un autre camion immatriculé 06 KG 30… BF transportant 1 840 cartons de produits Gold Seal estampillés « vente en RCI » a été arrêté le 17 avril par la Direction régionale du commerce, de l’industrie et de l’artisanat de l’Est (DRCIA), pour non-respect de l’arrêté de transit et de détention de faux documents. Le premier document porte le nom d’une société burkinabè, SI… PRO…. Le pays de destination est le Burkina Faso et le second document porte le nom de O. K. en Côte d’Ivoire avec toujours pour destination le « Pays des Hommes intègres ». Le camion a été acheminé à Ouagadougou dans la nuit du 24 au 25 avril par la DRCIA après avoir alerté sa hiérarchie, malgré des pressions, à en croire notre source. Le camion a finalement été récupéré par des agents de la douane au poste de péage de Ouagadougou. A ce jour, la douane est la seule à savoir ce qui est advenu du camion et de son contenu. Notre tentative de joindre le ministère du Commerce et la Direction générale des douanes (DGD) à travers des demandes d’interview adressées respectivement, les 18 et 19 juillet dernier, pour connaitre la suite donnée aux deux cas de trafic cités plus haut, sont restées lettre morte. »  Transportés… par des Renault-Berliet bien sûr comme ceux-ci, photographiés à Lomé. Le jaune canari étant à vendre, en 2020 : bel oiseau, hein… ci-dessous c’est un énième Berliet, un GBC 8 KT increvable de l’armée française, qu’il a équipée de 1961 à 1977 (il consomme 36 litres au 100 km !):

Cotonou-Anvers, les liens sulfureux, la démocratie perdante

Depuis cette époque, le port est surtout devenu le hub principal d’entrée de la cocaïne, on le sait : en octobre 2020 on y avait découvert  557 kg de cocaïne dissimulés dans un conteneur de cajou.  » Le conteneur arraisonné serait en partance pour le port d’Anvers en Belgique pour le compte d’une entreprise béninoise ». Un peu logique quand on sait que c’est ce même port d’Anvers International (PAI), via la filiale de conseil et d’investissement de l’Autorité portuaire d’Anvers, qui a été désignée par le Conseil des ministres du Bénin pour moderniser le port de Cotonou… Pour beaucoup d’observateurs: une porte ouverte vers le port européen le plus touché par le trafic de drogue !  En novembre 2019 un container de riz intercepté en Uruguay était destiné à Cotonou : il dissimulait 3 tonnes de coke ! Selon la Tribune nouvelle « le 20 novembre, 2019 trois tonnes de cocaïne dans un conteneur transportant du riz à destination du port autonome de Cotonou dans le port de Montevideo venait comme un cheveu sur la soupe renforcer le scepticisme des critiques des nouveaux gestionnaires du port de Cotonou et terni un peu plus la réputation du Bénin dans le secteur portuaire global. »

Une autre affaire avait fait la une, rappelle également La Nouvelle Tribune : (…) « à l’aube du vendredi 29 Octobre, 2016 un autre drame avait commencé dans le port de Cotonou lorsque les gendarmes de l’escadron maritime ont intercepté un conteneur en provenance du Brésil destiné à COMON-CAJAF, une société dont Sébastien Ajavon un homme d’affaires de premier plan au Bénin et qui s’est classé troisième aux dernières élections présidentielles est propriétaire.  À l’intérieur du conteneur, la police a déclaré avoir saisi 18 kilos de cocaïne pure d’une valeur estimée à environ 9 milliards de francs CFA (environ 14 millions d’euros).  Se prononçant sur la question en dernier ressort, le jeudi 28 novembre 2019, la cour africaine des droits de l’homme et des peuples a condamné l’État béninois à verser 36 milliards de francs cfa à Sébastien Ajavon créditant ainsi la thèse d’un «coup monté» pour écarter l’homme d’affaire de la vie politique ».

Le lien « direct » avec Anvers étant vécu chez certains comme une plaie, davantage que comme un bénéfice : « le 8 octobre 2018, Antoine Schuurwegen journaliste a RTL Info écrit ce qui suit  à propos du port d’Anvers en Belgique:

– « Le niveau de contrôle est moins efficace qu’à Rotterdam ou à Hambourg. Par exemple, quand un conteneur doit être scanné à Anvers, le conducteur à 2h30 pour se rendre au terminal de scanner. Cela laisse le temps au conducteur de se rendre aux Pays-Bas, de décharger la drogue et de revenir. A Rotterdam, le camion ne sort pas du terminal pour être scanné.

– Les travailleurs corrompus du port sont un rouage important du trafic. Anvers a la réputation d’avoir une logistique criminelle bien rodée. 

– D’après les uns, les montants de la corruption sont impressionnants : le coordinateur d’un terminal peut gagner jusqu’à 225.000 euros par conteneur, un conducteur de conteneur peut empocher entre 25.000 et 75.000 euros…

-Enfin une personne des ressources humaines qui aide à embaucher un membre de la mafia de la drogue pourra réclamer environ 10.000 euros par contrat. 

Depuis le début de l’année 2019, plus de 60 tonnes de cocaïne destinées à la Belgique ont été interceptées dans la Zone portuaire Anversoise. Leur valeur marchande estimée est de 3 milliards d’euros (50 euros/gr).  La drogue était cachée dans des conteneurs qui arrivent par bateau dans le port d’Anvers. Faisant ainsi d’Anvers une, importante porte d’entrée pour le trafic en Europe ». 

Au bout, nous dit fort justement Omar Arouna, c’est la démocratie qui est perdante dans ce système. « Ce qui est évident, le port de Cotonou a une importance stratégique dans la région, car il est l’un des principaux ports d’entrée de la sous-région, en particulier les pays du Burkina Faso, du Niger et du Mali (…) Au lieu de vouloir instaurer la loi du silence autour du problème, les réponses et les solutions des autorités, devraient inclure de manière cruciale la gestion de la sécurité portuaire. Il existe une relation directe entre la transparence, la corruption, l’impunité et le trafic de drogue. En effet, de manière générale, le trafic de drogue encourage la corruption en offrant des «ressources» a certains politiciens, homme d’affaires, responsables et fonctionnaires, affaiblissant les institutions du pays déjà vulnérables.  Cela équivaut à une violation directe de la démocratie et de l’État de droit. » 

Un fléau qui ne date pas d’hier, pour la coke 

Jeune Afrique avait titré en 2007 déjà « Coke en stock », avant même que je ne démarre ma propre série en 2010, à la suite de la découverte du Boeing incendié à Tarkint. Le texte fait figure aujourd’hui de parfait résumé de la situation concernant la cocaïne en Afrique de l’Ouest : « rares sont les Africains qui ont déjà vu la couleur de la cocaïne. À 80 dollars le gramme en moyenne, la poudre blanche est hors de portée de la quasi-totalité des habitants d’un continent où près de 50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Et pourtant, la coke passe de plus en plus sous le nez des Africains. Ces cinq dernières années, les saisies ont considérablement augmenté sur le continent : 5,7 tonnes rien que sur les huit premiers mois de 2007, 2,8 en 2006, 2,5 en 2005, 3,6 en 2004 contre 559 kg en 2002 (voir graphique p. 50). Le tout quasi exclusivement en Afrique de l’Ouest. En août, 360 kg ont été saisis au Bénin et 860 kg en Mauritanie. Les 27 juin et 1er juillet, 2,4 tonnes ont été découvertes sur une plage et dans une villa au Sénégal. Plus de 600 kg ont été trouvés en Guinée-Bissau en avril, et 500 kg au Cap-Vert en mars. Et dans les aéroports européens, il est devenu fréquent que la « came » saisie provienne du continent : 12 % en 2006, contre 9 % en 2005.  Mais l’Afrique ne produit et ne consomme que très peu de cocaïne. Comme le montre la version 2007 du rapport mondial sur la drogue de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), elle remplit depuis quatre ans un rôle utilitaire, celui d’un entrepôt entre lieux de production (Bolivie, Colombie, Pérou) et lieu de consommation (le Vieux Continent où, contrairement à l’Amérique du Nord, le penchant pour la coke va croissant). Une « plaque tournante », un « centre de trafic », un « eldorado des narcos », s’alarment les journalistes locaux qui, comme l’ONUDC, redoutent de voir la drogue finir par faire des adeptes chez eux. »

« Entre 2004 et 2005, le nombre de saisies de cocaïne effectuées par l’Espagne, principal point d’entrée des trafiquants en Europe, a augmenté de moitié. Pour infiltrer la marchandise sur le Vieux Continent, les trafiquants sud-américains sont donc contraints d’emprunter de nouveaux itinéraires. Et les États d’Afrique de l’Ouest apparaissent comme une étape idéale avant la destination finale : peu surveillés, par négligence ou manque de moyens, leurs côtes sont facilement accessibles aux bateaux de pêche ou de fret approvisionnés au Venezuela ou au Brésil (à moins qu’ils ne récupèrent leurs cargaisons jetées en mer par des avions). L’océan est le chemin le plus utilisé entre l’Amérique latine et le littoral ouest-africain. En juin dernier, les autorités vénézuéliennes ont toutefois saisi 2,5 tonnes de cocaïne à bord d’un avion privé en partance pour la Sierra Leone. Quand ils n’accostent pas directement, les « bateaux mères », comme on les appelle dans le jargon, sont déchargés, à quelques kilomètres des côtes ouest-africaines, dans des « bateaux filles », plus petits et plus rapides, ayant pour mission d’acheminer la marchandise à terre, où elle est ensuite stockée avant d’appareiller, quelques jours plus tard, pour l’Europe « (c’est décrit ici et là également . »Le tout ne peut se faire sans la complicité – bien sûr rémunérée – des autorités locales : les quelque 600 kg de stupéfiants saisis en Guinée-Bissau en avril 2007 ont été découverts dans une voiture conduite par des militaires, arrêtés puis relâchés. Et grâce à des réseaux de « narcos » sud-américains tissés sur place. C’est en Guinée-Bissau, l’un des pays lusophones de l’Afrique de l’Ouest, que ces derniers sont le plus visibles, leurs grosses villas cossues fleurissant dans la misérable capitale de ce « narco-État » en devenir. D’après le journal britannique Sunday Telegraph, la valeur de la cocaïne transitant chaque année en Guinée-Bissau s’élèverait à 200 millions de dollars, soit l’équivalent de son produit national brut (PNB). Comme pour la première étape du trajet, la coke repart généralement vers l’Europe par voie maritime (ici à gauche c’est Jose Americo Bubo Na Tchuto, le roi des trafiquants militaires en Guinée Bissau, qui sera arrêté sur un yacht…).. De telles odyssées donnent lieu à des saisies en mer orchestrées par les pays européens qui, grâce à un observatoire commun basé à Lisbonne et à un constant échange d’informations, repèrent les embarcations galeuses. En novembre dernier, à 580 kilomètres des côtes capverdiennes, les marines espagnole et britannique prennent d’assaut le Orca II, un navire venant de quitter Dakar à bord duquel a été chargée 1,3 tonne de cocaïne. Cinq personnes sont arrêtées : un Allemand, un Autrichien, deux Capverdiens et un Ghanéen. Les barons de la drogue préfèrent utiliser des navires battant pavillon africain pour endormir la suspicion des gardes-côtes européens, plus vigilants avec les pavillons sud-américains. Comme le Ceres II, immatriculé au Ghana, arrêté en juillet 2005 par la marine espagnole alors qu’il transportait 3,7 tonnes de cocaïne (cité dans ce rapport). De fait, les États africains n’ont pas toujours les moyens d’intercepter les cargaisons de drogue qui circulent le long de leurs côtes. En 2006, les 53 pays du continent en ont saisi, en tout, 2,8 tonnes, contre 9,8 tonnes pour l’Espagne dans les eaux internationales au large de l’Afrique de l’Ouest ». A droite la saisie de 1.900 kg de cocaïne dans le petit village côtier de Phrampan au Ghana en mai 2006.

Le lien vers l’Europe se  faisant après par le Maroc et la traversée de la Méditerranée en go fast marin : « le 30 décembre 2006, la marine espagnole a intercepté une vedette qui avait quitté le Maroc quelques jours auparavant pour recevoir en haute mer 3 tonnes de cocaïne venant d’un bateau qui avait lui quitté l’Amérique Latine. Lors de l’interception, les trafiquants ont jeté la plus grosse partie de la cargaison par-dessus bord. Finalement, les autorités espagnoles ont saisi 1,8 tonne de cocaïne et arrêtés 28 personnes en Galice. Lors de l’enquête, la police espagnole a pu établir que des trafiquants marocains spécialisés dans la contrebande par mer étaient impliqués. L’utilisation de vedettes a également été mentionnée, mais pas confirmée, au départ de Mauritanie »  avait écrit le même rapport…  Bref, le circuit d’apport était déjà cerné en 2007, et sa filière de distribution se calquait à partir des côtes de l’Afrique de l’Ouest sur celle florissante de la contrebande de cigarettes, fort active depuis 1995…

Un circuit qui se rappelle à nous régulièrement : quand on découvre 798 kg de coke à Dakar en 2019, on rappelle l’épisode des 2,4 tonnes trouvées à M’Bour en 2007. Mais la méthode a changé : la drogue cette fois était dissimulée dans des voitures, 15 voitures d’un lot de 24 véhicules neufs, sur un cargo venant du port de Paranagua (Brésil) et à destination de Luanda. (Angola).

Un avion dont d’autres ne veulent pas, même en cadeau…

Tout cela dans un état, le Bénin, qui a choisi une autre voie, en politique, depuis quelque temps déjà : Patrice Talon, réélu mollement, sans enthousiasme véritable malgré son score, (peu de béninois se sont déplacés) gère désormais son pays comme une société industrielle qui recherche de nouveaux débouchés ou signe des contrats juteux en abandonnant des lambeaux de souveraineté ici ou là. A ce stade, on peut tout craindre de l’écoute de sirènes commerciales attirantes. Cela peut devenir aventureux, connaissant les enjeux géopolitiques sur place. Comme le fait d’avoir accepté une compagnie de transport aérien aux éléments douteux (Air Taxi Bénin, plusieurs fois déjà cité ici).  Et surtout l’entrisme des chinois ! Les diplomates transformés en simples VRP commerciaux, tel est en effet le credo de Patrice Talon. Il goudronne son pays, certes, mais ça ne fait pas une politique intérieure suffisante… Ça ne fait pas non plus une patrie, ce genre de choses. Ce qu’il choie, ce sont… ses intérêts avant tout (ceux de la filière du coton, dont il est issu). Les voici, ses ambassadeurs tous devenus « le bras rallongé de la diplomatie économique » comme le dit abruptement un ministre à la presse. Ryad, Pékin, étant choyés en priori, (via le groupe de bâtiment de China Airport Construction Group Corporation, de Beijing ou les 50 milliards de francs CFA, qui devrait construire le nouvel aéroport international de Glo-Djigbé ou pour fournir de l’eau et les 10 milliards allongés pour les équipements de pêche, on ignore contre quelle compensation). Pour l’aéroport, il est estimé à 360 milliards de francs CFA d’investissements (environ 617 millions de dollars américains), dont 145 milliards FCFA (248 millions de dollars) de financement public, et 215 milliards FCFA (368 millions de dollars) du secteur privé, soit davantage. Ces deux pays étant ravis de s’implanter pour prendre la place des russes ou des américains. La Chine a tout compris en Afrique, mais Talon semble bien s’en ficher, pourvu qu’il en tire les marrons du feu au point de vue image de marque du président « innovant », en une sorte de Giscard africain. La Chine ne se contente pas de fournir l’aéroport et propose aussi les avions. Le premier de l’ère Talon est arrivé le 2 octobre 2020 sur l’aéroport Cardinal Bernadin Gantin de Cadjèhoun, en présence du ministre des transports Hervé Hêhomey (il avait été limogé en 2017 et il est revenu en poste pour aussitôt remercier son maître !). Un journal local commente : « ce tout premier avion, acheté pour le compte de la compagnie aérienne nationale, effectuera des vols commerciaux dans les pays de la sous-région, a-t-on appris. Mais la présence en effectif important des éléments de l’armée de l’air, laisse croire que cet appareil est acquis pour leur compte ». Drôle de comité d’accueil et étrange confusion des genres. Et drôle d’oiseau aussi : c’est un MA 600, (surnommé « Modern Ark », ce qui subodore un très vieux passé !!!) un biturbopropulseur… chinois de chez Xi’an Aircraft Industry Corporation. A moteurs américaino-canadiens : des Pratt & Whitney Canada PW127J. Une amélioration maison du Xian MA60, lui-même issu du bon vieil Antonov 24…. de 1959 !! Tout cela si l’engin a été véritablement acheté : la Chine en offert un de type MA60 aux îles Tonga en 2013 (ici à gauche). Sous la pression de la Nouvelle-Zélande, qui ne le trouvait pas assez sûr, l’engin a été renvoyé en  Chine en 2015 et remplacé par un ATR 72-600 plus fiable… En 2015, 17 MA-60 avaient eu des accidents en 6 années, surtout des bris de train d’atterrissage comme ici au Fuzhou Changle International Airport. C’est cela, la nouvelle diplomatie commerciale de Talon ? Risquée, non ?  Comme l’a été la tentative d’évincer un concurrent « le roi du poulet congelé » en farcissant un de ses containers de coke…  La cas Sébastien Avajon, ancien soutien de Talon, ainsi écarté, demeure bien tortueux, en effet. L’acharnement semblant perdurer, révélant une dérive autoritaire marquée (1)

Certains pays nordiques ont été accueillis à bras ouverts (la Suède pour l’agriculture, comme pour la Belgique aussi), ou… l’Estonie présentée comme  « championne du e-gouvernement », sans plus de détails. Est célébrée aussi la « modernité » du Rwanda (il n’y a plus de passeports nécessaires entre les deux pays).. » : là c’est le tourisme qui est pris en exemple, avec un parc national géré dans ce pays par une société privée, African Parks. L’industrie du tabac, elle, le tanne toujours et le presse de légiférer davantage: « Rémi Kpognlangni; le représentant de l’Initiative pour l’éducation et le contrôle du tabagisme (Iect) a indiqué (nota : en 2016) que l’enquête menée dans un rayon de cent mètres autour de neuf établissements scolaires de la ville de Cotonou, a révélé un total de 108 points fixes de vente de produits du tabac et en moyenne cinq vendeurs ambulants. Ces établissements scolaires visités étaient : les collèges Akpakpa centre et Zogbo ; complexe islamique Assafwa ; complexe scolaire protestant de Godomey ; complexe scolaire Wenser, les écoles primaires publiques de Cadjèhoun, de Houalakomey et Charles Guillot de Zongo ; l’école primaire privée Morija. M. Rémi Kpognlangni a par ailleurs fait remarquer avec beaucoup de regrets que nulle part dans ces établissements scolaires visités, il n’existe aucune affiche interdisant la vente du tabac… » (2) un éventail de lois de protection a bien été voté le 20 Septembre 2017, certes, mais le lobby du tabac est sans foi ni loi,.. on le sait !!! Et la corruption est encore loin d’avoir disparu dans le pays (quand ce n’est pas un leurre d’habile politicien !)  ! Selon l’Otaf, « l’objectif des industriels du tabac en Afrique est de poursuivre la conquête de nouveaux marchés avec un nombre croissant d’enfants et de jeunes et des pays qui connaissent une croissance économique élevée »…

The Talon Brothers

Un  Talon qui avait été rappelé ici sèchement à ses obligations, dès son arrivée au pouvoir, il y a cinq ans déjà  « en effet, la contrebande est en passe d’envahir le Bénin si des mesures urgentes ne sont pas prises.  Il est loisible de constater l’ampleur de la commercialisation de cigarettes venant  de la sous-région qui entrent illégalement dans notre pays ou y sont déversées par des réseaux mafieux sous prétexte de transit vers le Niger ou le Burkina-Faso. Il en est pour preuve que différentes marques de cigarettes sont vendues dans les marchés et les boutiques de nos villes à des prix défiants toute concurrence et ce, sans que les services compétents n’interviennent. Point n’est besoin de rappeler que la situation  socio-économique du Bénin est aujourd’hui très critique et  les causes fondamentales sont à rechercher dans le système de gouvernance.  Dans un pays où l’impunité, la corruption et le non respect de la loi règnent en maître, ce nouveau départ peinera à s’instaurer et à opérer des réformes salutaires pour un réel développement malgré la volonté manifeste du Chef de l’Etat et de son gouvernement. Le gouvernement a aujourd’hui besoin de relancer l’économie nationale à travers un assainissement et une restructuration des finances publiques. » Le  chef d’Etat béninois a choisi comme Conseiller sur la Santé (et la lutte anti-tabac) un médecin appelé … Aristide Talon : c’est en effet son propre frère (ici avec des représentantes de l’OMS !!!). Pas sûr que cette étonnante proximité se révèle totalement impartiale…

L’ingérence de l’industrie du tabac au Bénin, comme partout ailleurs, avait été signalée par l’African Tobacco Control Alliance (togolaise) qui édite un « indice d’interférence«  montrant le lobbying sur 9 pays d’Afrique : »au cours des dernières années, l’industrie du tabac s’est engagée dans plusieurs activités pour ralentir et affaiblir le processus de lutte antitabac au Bénin:

– A plusieurs reprises, il a tenté de s’immiscer dans les politiques de santé publique et les processus législatifs en bloquant le processus de révision de la législation antitabac au Bénin.
– Dans son édition du 29 avril au 5 mai 2013, l’hebdomadaire «le Groupe de Presse, la Gazette du Golf» publiait un article pour soutenir l’idée que la législation actuelle était plus qu’adéquate pour lutter contre le tabagisme au Bénin et, par conséquent, une nouvelle version conforme à la FCTC n’était pas nécessaire.
– En vue de projeter l’image de responsabilité sociale, l’industrie du tabac, à travers son programme de Responsabilité Sociétale d’Entreprise (RSE), a parrainé l’initiative Junior Achievement Afrique Francophone (JEAF) pour la formation des artisans.
– En octobre 2008, la British American Tobacco (BAT) a signé un accord avec le service des douanes du Bénin pour lutter contre le commerce illicite du tabac aux frontières alors qu’il existe de nombreuses preuves de l’implication de l’industrie du tabac dans de telles activités dans le monde entier.
– Lors de la Journée mondiale sans tabac 2014, British American Tobacco (BAT) a publié un communiqué de presse trompeur appelant l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les gouvernements à s’appuyer sur des produits du tabac «peu nocifs» comme les cigarettes électroniques pour lutter contre le tabagisme. » Le frangin (qui a fait ses études à Cuba) saura-t-il résister à ces sirènes ?

D’usine de tabac à Université, après une rocambolesque histoire

En 2017, quand il s’agissait de trouver un emplacement de plus de 7 hectares pour la nouvelle université Université d’Abomey-Calavi à Ouidah, c’est celui de British American Tobacco qui a été retenu. L’immense usine était en réalité à l’abandon depuis une décennie (ici à gauche, en projet de réaménagement de 2018). Elle avait dû fermer à la suite d’un litige avec une société burkinabé, NESKO (Distributeur exclusif des cigarettes de BAT depuis 2006) qui lui réclamait 11 milliards de francs CFA pour fraude douanière ! « Cette société, BAT doit plusieurs mois d’impayés qui se chiffrent en termes de milliards. En 2008 et contre toute attente, BAT rompt unilatéralement le contrat qui le lie à NESKO. Dans l’optique de rentrer en possession de ce qui lui est dû, NESKO porte le différend au niveau de la justice béninoise. Il obtient alors gain de cause  par une mesure conservatoire sur les comptes bancaires de la compagnie britannique (3,5 milliards) et sur les stocks de produits finis (1,5 milliards). Du coup, BAT se retrouve paralysée et l’Usine de Ouidah fermée depuis le 31 août dernier. Des tonnes de cigarettes sont actuellement en stockage mais ne peuvent être déversées sur le marché ou convoyées vers  les autres pays où BAT opère » avait-on pu lire en  2010. NESKO avait surtout de drôles de mœurs : en 2009, son président, Salif Koussouka Ouédraogo (ici à droite, présenté ici comme un « golden boy« ) avait été un temps mis en examen pour tentative d’assassinat sur Travaly Bandja, survenu dans la nuit du 8 au 9 octobre 2008. Bandja étant… un cadre représentant de British American Tobacco (BAT) au Burkina !!! Exilé au Bénin il est rentré réhabilité au Burkina en 2017, les poursuites ayant été annulées contre lui…  Cela donne après coup une idée de l’ambiance qui régnait chez BAT, surtout, avec cette fausse accusation et cette agression ratée rocambolesque !! 

La corruption au cœur du trafic

En 2012, Georges Berghezan, dans son remarquable dossier « Panorama du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest »  nous avait mis en garde contre la gangrène qui s’installait alors au Bénin. « En avril 2011, la police a saisi 200 kg de cocaïne qui venaient d’arriver au port de Cotonou à bord d’un cargo pakistanais. Le mois suivant, ce sont plus de 400 kg de la même substance qui ont été confisqués au Port de Cotonou par la police. Cette dernière affaire a entraîné plusieurs arrestations : deux convoyeurs et le destinataire, un homme d’affaires béninois, se sont retrouvés sous les verrous, mais aussi trois auxiliaires de justice qui avaient cru réaliser un profit facile en subtilisant une partie de la marchandise saisie et en la remplaçant par de la farine de maïs ! Cette anecdote est révélatrice de l’implication de nombreux fonctionnaires et responsables béninois dans le trafic de drogue. Des diplomates, des employés de la justice, des membres des hiérarchies militaire et policière auraient eu un rôle actif dans de nombreuses affaires. Une fois révélées, elles ont souvent été étouffées ou, en cas de recours aux tribunaux, les peines dont ont écopé leurs auteurs ont été particulièrement légères ».

Une méthode d’atténuation des faits qui protégeait des commanditaires lointains, installés en… Suisse : « d’autre part, en mars 2008 à Lausanne (Suisse), un réseau de trafiquants s’approvisionnant à Cotonou a été démantelé. Dans le cadre de cette affaire, une sexagénaire suisse a avoué avoir transporté, entre 2006 et 2008, un total de 82 kg de cocaïne à l’occasion de 17 voyages au Bénin et, semble-t-il, dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Au Bénin, un notable local, au cœur du trafic, aurait ensuite été arrêté et condamné. En Suisse, deux Africains, reconnus coupables d’avoir dirigé le réseau, ont été condamnés par la Cour d’assises de Genève à 11 et 13 ans de prison, tandis que les aveux de la ressortissante helvète lui ont valu de ne se voir infliger qu’une peine de 8 ans de prison »….

Le pli est encore loin d’être pris : selon The International Centre for Tax and Development (ICTD, « les décideurs ne sont souvent pas conscients des avantages gagnant-gagnant d’une augmentation de la taxation du tabac; c’est-à-dire augmenter les recettes publiques tout en réduisant la consommation et en améliorant les résultats de santé de la population. En outre, l’industrie du tabac fait très activement pression contre les taxes sur le tabac, plaide de manière fallacieuse le mauvais type de structure fiscale et propage de faux arguments sur les effets probables d’une augmentation des taxes, comme l’exagération de la probabilité d’une augmentation de la contrebande de tabac. Les pays ont souvent du mal à contrer les affirmations de l’industrie selon lesquelles les augmentations fiscales vont nuire aux pauvres, entraîner des pertes d’emplois et promouvoir le commerce illicite. »

Le Togo pas épargné non plus, le circuit lucratif des voitures d’occasion européennes comme blanchiment

Au Togo, même chose et même lien avec la Suisse (mais aussi avec le Liban comme on va le voir) : « le procureur général de New York a soulevé une affaire de blanchiment d’argent de la drogue qui porte sur environ un demi-milliard de dollars, géré depuis le Togo et qui passait par le Liban, la Suisse et les USA. L’homme clé de ce trafic, un Libanais du Togo, Oussama Salhab, (ici à gauche) serait, selon la justice américaine un « agent actif du Hezbollah ». Il disposait d’une structure d’import export en Suisse, dans la région de Zürich, dotée d’une filiale américaine. Selon les actes d’inculpation que s’est procuré le journal suisse Le Matin, les profits dégagés de la vente de cocaïne colombienne et d’héroïne afghane étaient utilisés pour acheter des centaines de voitures d’occasion et les expédier vers le Togo et le Bénin. Le produit de la vente de ces véhicules en Afrique de l’Ouest était ensuite acheminé par des passeurs vers le Liban où la justice américaine soupçonne fortement le Hezbollah d’être à la manœuvre en coulisses avec le concours de la Lebanese Canadian Bank (LCB). Oussama Salhab, depuis le Togo, entretenait des relations suivies avec plusieurs narcotrafiquants parmi lesquels Ayman Joumaa, allié aux Zetas mexicains. (Joumaa est aussi apparu dans l’affaire du Phocéa : il est lié au multi milliardaire Mohammed Karroubi, un Béninois d’origine libanaise)Il était également en contact avec un trafiquant international arrêté il y a quelques mois alors qu’il cherchait à organiser un trafic d’héroïne par avion du Ghana vers les USA. Selon le parquet de New York, « Oussama Salhab et sa famille détiennent et contrôlent Cybamar Swiss GMBH LLC, fréquemment utilisée pour organiser le transport des voitures en Afrique de l’Ouest ». Les autorités suisses ont maintenant neutralisé cette « lessiveuse ». Le site Republicofotogo ajoute : « Oussama Salhab avait comme partenaire un chrétien maronite, Maroun Saade, militant du Courant patriotique libre (CPL) du général Michel Aoun, allié du Hezbollah.« . On retrouve trace d’un dénommé Maroun Saade en 2011 comme ayant été accusé aux USA de fournir les terroristes en armes (des missiles) mais aussi de narcoterrorisme.  Il avait écopé en 2014 de 6 années de prison, mais il a été libéré en 2016. Comme lien direct, il y avait Imad Zbib présenté comme « un représentant éminent du Hezbollah au Togo » lors de son procès. « Selon les États-Unis officiels, Zbib est un proche associé de Salhab et a transporté des charges de deux à trois tonnes de cocaïne d’Amérique du Sud vers le Togo, dissimulant les transports de voitures d’occasion achetées sur des lots qu’il possède et transportant la drogue pour la vente en Europe ».

La famille Saade, c’est aussi la CGM et ses containers géants (cf celui à droite ici). Une CGM qui a eu bon dos en revanche en 2015 quand on a découvert que des trafiquants avaient usurpé le nom d’un de ses cadres marseillais pour transporter 2,3 tonnes de cocaïne vers les Pays-Bas, intercepté dans le détroit dans un cargo en fort mauvais état, le Carib Palm. Il venait directement du Venezuela, battant pavillon moldave, et devait se rendre en Pologne !! « Douze membres d’équipage sont alors arrêtés. Neuf hommes de la marine marchande ukrainienne ont déjà été condamnés en 2019 à des peines de 5 à 8 ans de prison. Selon l’accusation, ils ont été appâtés par un groupe criminel turc responsable du transport de la drogue qui, si le rafiot n’avait pas été contrôlé, aurait dû être récupérée par un bateau de pêche dans les îles néerlandaises de la Frise. »  » Les trafiquants ont multiplié sociétés, noms, adresses, intermédiaires et sous-traitants. Le cargo avait été acheté pour 650 000 euros par la société Blue Marine, domiciliée dans les Îles Marshall. Son président officiellement , un inspecteur de sécurité belge de 47 ans de la compagnie maritime CMA-CGM domicilié à Marseille… dont l’identité avait été usurpée. En réalité, un broker panaméen, Antonio Serrano Samudio, a joué les intermédiaires et acheté le navire pour le compte du donneur d’ordre turc Mehmet Murat Buldanlioglu. Ils n’ont jamais été arrêtés, ni les responsables turcs Omer Kant, Azmi Ceylan, Saban Madan, ni l’entremetteur ukrainien Yuri Lisovoy. » En février 2021, les dix marins ukrainiens, des lampistes, ont écopé de 10 à 30 ans de prison… le cargo, bien trop pourri de partout, a été démantelé à Brest, adjugé en 2017 au Recycleurs Bretons. On avait dû le remorquer de Boulogne-sur-Mer jusque Brest, tant il était incapable désormais de naviguer par ses propres moyens  !

 

(1) en écartant sans ménagement tous ses adversaires potentiels  : « le président, qui a fait fortune grâce aux intrants agricoles et à la filière coton, a vu tous ses principaux rivaux « sortir » de l’échiquier politique depuis son élection il y a quatre ans. Le banquier d’affaires et ancien premier ministre Lionel Zinsou, arrivé deuxième en 2016, a été condamné à cinq ans d’inéligibilité et à six mois de prison avec sursis pour « dépassement de frais de campagne ». Thomas Boni Yayi, ancien chef de l’Etat actuellement en exil au Nigeria, s’est éloigné de l’arène béninoise parce qu’il estimait qu’une frange du FCBE était instrumentalisée par le clan présidentiel. Komi Koutché, ex-ministre des finances, a quant à lui été condamné par contumace à vingt ans de réclusion pour « détournements » et a trouvé refuge aux Etats-Unis. Reste Sébastien Ajavon, cet homme d’affaires puissant qui avait favorisé l’élection de Patrice Talon en appelant à voter pour lui au second tour. Considéré aujourd’hui comme son principal adversaire, il a été condamné à vingt ans de prison pour trafic de cocaïne. Ses biens ont été saisis, ses sociétés mises en liquidation, et il vit désormais à Paris, où le statut de réfugié politique lui a été accordé.« Parce qu’il est opposant, Sébastien Ajavon est victime d’un acharnement judiciaire, affirment Marc et Julien Bensimhon, ses avocats. La justice obéit aux ordres, il n’aura fallu que quatre ans pour que le pays sombre dans la dictature. Si l’Ofpra a accordé l’asile à notre client, c’est parce que le Bénin n’est plus un pays sûr. » Les avocats ont saisi fin 2019 la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, basée en Tanzanie, pour dénoncer « la violation des droits politiques » de Sébastien Ajavon. Le 17 avril, la CADHP leur a donné raison et a ordonné la suspension des municipales afin de préserver la démocratie béninoise. Une semaine plus tard, le Bénin se retirait du protocole de la Cour qui permet à un citoyen de saisir son Etat. « Au risque de devenir un Etat paria, le Bénin se coupe de tous ses engagements internationaux, déplorent les deux avocats. Il faudrait une pression internationale pour stopper son recul démocratique. »

(2) le rapport de de la commission de l’Education, de la Culture, de l’Emploi et des Affaires Sociales de Rosine DAGNIHO et Claudine A. PRUDENCIO du 6 août 2017 sur le tabac préconisait  » l’interdiction des produits du tabac, ses dérivés et assimilés à l’intérieur et aux abords immédiats des établissements préscolaires, scolaires, centres de formation professionnelle, établissements d’enseignement supérieur, établissements de santé, infrastructures sportives, culturelles et les administrations dans un rayon de 500 mètres ;  l’interdiction de fumer dans tous les lieux à usage collectif fermés ou ouverts, qu’ils soient publics ou privés (lieux d’accueil du public, lieux de travail, moyens de transport et le cas échéant, tous autres lieux à usage public) ». 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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