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Philip Morris : tabac, cigarettes, et… morts de soldats au Sahel (2)

Hier nous avons vu la terrible hypocrisie des cigarettiers se mettre en place, avec l’alimentation par eux-mêmes du trafic de cigarettes dans le monde entier, étant par définition des multinationales du tabac. Parmi les incroyables engins dédiés à ce trafic, un vieil Antonov 2 s’est distingué ces derniers temps, en Roumanie ou en Ukraine. Son cas ne pouvait que nous intéresser bien sûr, et le voici, donc…

Les vieux coucous à la rescousse…

En Roumanie, pour y revenir encore, le trafic de cigarettes a donc toujours continué, ainsi soutenu, au point de devenir quasiment un sport national, et ce, depuis deux décennies maintenant. L’ingéniosité des passeurs étant devenue sans limites, avec comme exemple des voitures modifiées ou des rondins de bois patiemment évidés pour y loger les paquets (ici à gauche), comme découvert le 17 mars 2015 . Le trafic de cocaïne utilise les mêmes procédés, on le sait. En Amérique centrale, la cocaïne voyage en jets rapides à plusieurs centaines de milliers de dollars. Dans les pays de l’Est, le seul équivalent est le Yakolev 40, un triréacteur façon Falcon 50, capable de se poser sur des terrains non préparés, mais qui n’a jamais servi à trafiquer semble-t-il. Mais ces pays disposent en masse d’un engin d’une robustesse inégalable, construit depuis la fin de la guerre (1947) et qui est aussi le de plus gros biplan monomoteur au monde : l’Antonov II (ici à droite un modèle ukrainien). C’est aussi l’un des avions les plus lents au monde, mais que l’on trouve partout, car on en a construit plus de 18 000 !!! C’est logiquement devenu le véhicule aérien préféré des passeurs de tabac de contrebande : une nouvelle vie pour cet engin de plus de 60 ans !!! Une forme de retraite active, effectuée dans l’illicite !!

C’est ainsi aussi qu’au nord, à  la frontière ukrainienne, vers la Moldavie (et la Transnitrie) on rencontre toujours ces fameux Antonov, les champions… de la lenteur comme on l’a dit. Des avions plus petits.. et des plus anciens que leurs concurrents porteurs de coke d’Amérique. En 2016, par exemple, à Kremenets dans le district of Ternopil, on a arrêté un de ces vieux engins au bruit si reconnaissable (son moteur à 9 cylindres fait un vrai bruit extérieur de tracteur soviétique; – quel son – et à l’intérieur, ce n’est guère mieux !). Avion à tout faire, il sert aussi d’avion d’épandage, comme on peut le voir ici en Techéquie!! On a ainsi arrêté en 2016, rempli de cartons à cigarettes (cf ici à droite), l’UR-54843, ce PZL-Mielec An-2 ukrainien jaune canari et bleu (construit en Pologne, donc en 1979), qui était déjà en piteux état lorsqu’on l’avait photographié à Kharkiv en 1993, encore marqué « Aeroflot » et « CCCP » (ici à gauche) : c’est dire son ancienneté (dedans, c’est fou ce que ça secoue dans ce genre d’appareil !). Une contrebande avec une trapanelle géante, imaginez donc !!!

 

Un vieux coucou jaune et bleu que celui saisi : il avait été radié du registre ukrainien le 31 décembre 2008 !! Et il était longtemps resté stocké sur l’aérodrome de Tsuniv, Gorodok, dans la région de Lviv, où l’on continue à sauter en parachute du haut de ses confrères. On peut le voir ici évoluer juste avant de se faire prendre en 2016. Sur place, d’autres candidats à la même livrée semblaient prêts à prendre la relève, une fois l’hiver passé :

Le site qui évoque son atterrissage précise que les vieux coucous biplans ne sont que l’un des derniers avatars volants d’une contrebande ancestrale en réalité: « pendant plus de 25 ans, les cigarettes de contrebande, qui sont si bon marché en Ukraine, ont été transportées en utilisant diverses méthodes et canaux. Il prospère dans les régions de Bucovine, Volyn, Galichina et Zakapatye, limitrophes des États membres de l’UE. Située là où les frontières des cinq États se rencontrent, c’est la région de Transcarpathie, dominée par un terrain montagneux et semi-montagneux; le prétendu ouest sauvage ukrainien.  Il est également connu comme une frontière historique entre l’Europe centrale et orientale qui était contrôlée avant 1918 par l’Empire austro-hongrois. La Transcarpatie a une longue histoire et une longue tradition d’activités de contrebande à travers les frontières avec les États voisins ». Une carte (ici à gauche) montre bien son positionnement vital, coincé entre 4 pays : La Roumanie, la Hongrie, la Tchéquie et au nord la Pologne : logique qu’on y trafique, à cet endroit de passage !! L’endroit recoupe en partie ce que l’on a appelé brièvement la République houtsoule (en rose ici) qui a existé brièvement, 6 mois seulement, en 1919. Le même site, fort bien renseigné ajoute : « le premier An-2 s’est écrasé lors de la contrebande de cigarettes en mars 2015. Il a été rapporté que l’avion, volant à très basse altitude, est entré en collision avec une ligne électrique dans la région ukrainienne de Volyn, à proximité du village de Promen (district de Loutsk) immédiatement après il s’est écrasé (cf ici à gauche). Il avait été utilisé plus tôt comme avion épandeur agricole dans la région, puis il a commencé à être utilisé pour la contrebande de cigarettes, une activité beaucoup plus rentable. Cet avion a effectué plusieurs sorties de navette entre l’Ukraine et la Pologne, transportant des cigarettes fabriquées en Biélorussie. Le pilote a été tué dans l’accident, lorsque l’An-2 est entré en collision avec le sol, après avoir été complètement consumé par le feu peu de temps après. » Question réserves ce n’est pas ce qui manque en Ukraine, endroit où l’on ne tient pas toujours au propre les appareils utilisés comme des mules, tel ce énième Antonov (PZL-Mielec) An-2R immatriculé UR-40829 photographié le 23 October 2011 à Luhansk (Voroshilovgrad) – Ostraya Mogila (UKHO), en Ukraine toujours (faire plus sale s’avère difficile en effet) :

Là-bas, à Odessa, on n’hésite pas à le proposer en avion charter, présenté comme neuf et en tenue immaculée (celle qu’il n’arrive pas à garder avec son moteur toussotant et ses rejets de suie…« Le 25 février 2016, les garde-frontières ukrainiens ont signalé qu’un autre An-2 avait été arrêté, cette fois dans la région de Ternopil (c’est  notre premier exemple cité ici). L’avion a été utilisé pour transporter illégalement de grandes quantités de produits du tabac vers la Pologne voisine. Les forces de l’ordre ont également saisi 70 boîtes de cigarettes lors de ce raid et deux hommes, soupçonnés d’être les organisateurs de la chaîne de contrebande. En juin 2016, le Service de sécurité ukrainien (SBU) et la police nationale ont signalé l’arrestation de deux pilotes, de deux avions An-2 et d’une grande quantité de cigarettes de contrebande dans la région de Rovno, dans le village de Kasevka, à une distance de 30 nm (55 km). de la frontière avec la Pologne. Cette activité représentait un canal de contrebande transfrontalier bien organisé non seulement pour les cigarettes, mais aussi pour les migrants illégaux ». On note le double emploi de ces vieux coucous : quand ils ne font pas dans la cigarette, ils font dans les clandestins !!!

« Pour tenter de sceller la frontière, les autorités ukrainiennes ont commencé des patrouilles aériennes le long de la frontière. Au cours des neuf premiers mois de 2016, par exemple, plus de 30 vols de patrouille le long des frontières avec les États de l’UE ont été signalés. Un autre An-2 a été détecté abandonné par son équipage en 2017 près de la frontière avec la Moldavie. L’examen a montré qu’il porte un faux enregistrement civil (c’est l’UR-32573 ici à droite et à gauche), et il n’y avait pas de plan de vol rempli pour l’atterrissage dans cette région. En octobre de la même année, un autre An-2, portant l’immatriculation UR-82572, (faux encore une fois) chargé de cigarettes de contrebande, a été saisi près de la frontière avec la Roumanie. Sa cargaison comprenait 130 boîtes de cigarettes hors taxes. Deux pilotes ont été arrêtés avant de décoller d’un aérodrome improvisé près du village de Sokolovka pour un vol transfrontalier non approuvé vers une destination en Roumanie ». Ces engins sont décidément increvables, et il y en a partout qui subsistent.  Ils sont rafistolés er revolent comme par miracle : ci-dessous le PZL-Mielec An-2R HA-MHW, photographié en 1979 à Sofia dans un état déjà de vieillissement évident, et bien le revoici en 2020 à Dunaújváros – en Hongrie en bien meilleure condition :

Il servent à tout, a-t-on dit. Les avions hongrois de type An-2 impliqués dans un transfert de drogue c’est aussi une vieille histoire avec une sacrée exception, celle de l’appareil de 1962 immatriculé HA-ANC (vu ici ne 2003 à Budaörs et là en 2007 à Kaposújlak, tous deux en Hongrie) retrouvé de façon fort surprenante embourbé dans un fossé en 2008, dans la province de Ciudad Real… en Espagne, chargé de plus d’une tonne de haschisch et intercepté près de Valdepeñas. L’avion avait été suivi par un hélicoptère des douanes depuis Almeria (au sud du pays), la drogue ayant été chargée au Maroc !!! Ses deux pilotes étaient… mexicains et ils avaient été interpellés lors de leur atterrissage mouvementé… L’appareil avait ensuite été démonté, on suppose pour être renvoyé… en Hongrie (l’autre particularité de cet avion incroyable étant en effet qu’il se démonte en deux coups de clé de mécano, malgré ses 4 ailes distinctes, ou se retape tout aussi facilement avec peu d’équipement nécessaire au sol !). Mais que venaient donc faire des mexicains ici, la question reste posée !

Des avions aussi d’immigration !

Le « nid » de ces vieux An-2 increvables étant au Moscow Aviation Repair Plant Rosto (MARZ) de Chernoye. on y trouve même des versions récentes à revêtement de dacron et à turbine (l’original étant ici) !! Toujours en Hongrie, en janvier 2018, un de ces vieux engins vaillants a atterri un soir dans un champ près de Kallosemjen (Kalloshemen), amenant avec lui onze émigrés, 8 afghans et 3 vietnamiens !! Une autre forme encore de contrebande, mais d’êtes humains cette fois !!! L’avion ayant décollé là encore d’Ukraine !!! L‘appareil était l’UR-68106. Il a ensuite été démonté et emmené à Nyíregyháza.

 » Un incident similaire avait été signalé cinq mois plus tôt par les forces de l’ordre slovaques, qui avaient tenté de saisir un avion qui a franchi illégalement la frontière avec l’Ukraine le 4 août 2017. Atterrissant sur le terrain près du village de Gatalova, il a déchargé 10 migrants clandestins, tous ont déclaré être des citoyens indiens. Une patrouille frontalière a détecté visuellement l’avion volant à basse altitude la nuit à l’approche de la terre ferme, mais lorsque la patrouille s’est approchée du lieu d’atterrissage estimé, elle a vu l’avion décoller, disparaître dans l’obscurité pour rentrer en Ukraine. La patrouille a arrêté les passagers déchargés, qui ont été interrogés et immédiatement renvoyés en Ukraine. »

Les cigarettes ou les migrants, un trafic depuis « amélioré » par l’emploi d’autres engins à voilure tournantes: là encore un vieux coucou, comme ce Kmaov KA-26 très répandu pour les épandages, aux éléments reconnaissables dans les débris (bi-poutre, nacelles moteurs fuselés à l’arrière, train principal à jambes longues) mais aussi de bien plus neufs comme cet autre découvert, un Robinson 44 plus récent sans aucun marquage extérieur. Le site bien informé nous raconte ce à quoi ils avaient servi et d’où ils venaient : « en novembre 2016, les autorités slovaques ont signalé qu’un hélicoptère Mi-2 s’était écrasé près du village de Vishne-Nemecke, à environ 8 nm (15) de la ligne frontière (à droite le RA-1149 un appareil roumain du privé, entièrement noir !).Les corps de deux citoyens ukrainiens, probablement l’équipage de conduite, ainsi que les corps de six passagers ont été retrouvés à l’intérieur de l’épave. L’enquête qui a suivi sur l’accident a révélé que le Mi-2 était utilisé pour le trafic d’êtres humains de migrants d’Asie du Sud-Est, qui ont payé des frais aux trafiquants pour entrer illégalement dans l’Union européenne. L’hélicoptère a volé de nuit le 11 novembre 1016, dans le brouillard, à basse altitude et est entré en collision avec le relief en vol contrôlé. Il a décollé dans le district de Lviv et son bruit, lors du passage de la frontière dans la région d’Uzhgorod, a été entendu par une patrouille frontalière. Il n’y a pas de surveillance radar militaire dans cette zone, capable de détecter les aéronefs à voilure fixe volant à basse altitude, les hélicoptères et les drones des deux côtés de la frontière. »

« L’enquête a révélé que l’hélicoptère appartenait au club d’aviation SoyuzAero Eliit stationné dans le district d’Odessa. Son pilote était le directeur du club, tandis que le copilote était un autre citoyen ukrainien. Tous deux ont servi dans le passé dans l’armée ukrainienne. L’hélicoptère a perdu son immatriculation civile en 2013, tandis que sa navigabilité a expiré en 2011. Depuis lors, l’hélicoptère a continué à voler illégalement, principalement pour le tourisme ». A gauche sur l’ Odessa Gidroport (UKOE), un Antonov 2 immatriculé UR-40374. » Le voici à Lymansk en 2006. (ici le UR-32747 dans le même aéroclub de l’Hydroport).

« Un hélicoptère Robinson R-44, dépourvu de toute marque d’immatriculation (ici à gauche), a été arrêté dans la région de Moukatchevo en Ukraine, en avril 2016. Apparemment utilisé pour le trafic d’êtres humains vers la Hongrie, il a été emmené près du village de Tyrya Bystraya, à environ 16 nm (30 km) de la frontière avec la Slovaquie. La patrouille des garde-frontières du détachement de garde-frontières de Chop a arrêté trois citoyens ukrainiens près de l’hélicoptère après avoir donné des coups de semonce. L’un des citoyens arrêtés, un pilote, était bien connu des autorités locales chargées de la police, car il s’agissait de sa troisième arrestation pour vols transfrontaliers illégaux. Le code des peines ukrainien prévoit trois ans de prison ou une amende pour de telles activités. »

Des innovations locales : l’usage de drones (ou de chevaux) !!!

« Le commerce lucratif de la contrebande par voie aérienne en provenance d’Ukraine a vu l’utilisation d’avions d’aviation générale en plus d’hélicoptères légers, de planeurs à moteur / ULM et de drones de grande taille. L’utilisation d’UAV a été signalée pour la première fois en Ukraine en 2015. La Direction régionale de l’Ouest des gardes-frontières a déclaré qu’il n’y avait pas moins de 30 drones impliqués entre janvier et octobre 2015. Les drones utilisés pour ce travail pourraient être achetés en Ukraine pour un montant maximal de 10 000 USD, et un seul véhicule a pu livrer en un seul passage frontalier 10 à 15 cartons contenant chacun 10 colis. Le prix moyen d’un paquet de cigarettes (20 bâtons) du modèle «Prima» fabriqué en Ukraine en 2015 (ici à droite) sur le marché intérieur était d’environ 0,50 dollar, tandis qu’en Hongrie, il pouvait être vendu trois fois plus. Il y a donc une forte incitation à développer ce type d’activité en investissant dans des drones relativement peu coûteux avec une charge utile d’environ 5 kg (11 lb) (soit 20 boîtes ou 200 paquets) ». Pour lutter contre les trafiquants, l’armée ukrainienne a ressorti… ses chevaux, pour patrouiller en forêt… dans la région de Chernivtsi…  Parfois pour tomber sur d’autres chevaux tirant de bien étranges chargements ancestraux… de cartouches de cigarettes !!

« Les drones VTOL sont les plus demandés, mais le secteur de la contrebande a également vu l’utilisation de véhicules de type avion (à voilure fixe), la plupart d’entre eux étant des modèles fabriqués à la maison. Les plus gros drones de type avion utilisés, avaient une envergure de 4 m (13 pieds) et ont été signalés comme capables de transporter jusqu’à 50 boîtes (500 paquets) en un seul voyage. Des drones DJI de fabrication chinoise auraient également été utilisés en masse pour des vols à courte distance chargés d’une petite boîte de cigarettes, traversant la frontière et larguant leur chargement sur le territoire des États membres de l’UE. La détection nocturne des drones volant à basse altitude par les patrouilles frontalières des deux côtés de la frontière n’a été possible qu’en utilisant des équipements de vision thermique. Une utilisation très médiatisée d’UAV a été signalée en novembre 2018, faisant passer avec succès des cigarettes de l’Ukraine vers la Hongrie. L’UAV a été lancé à partir d’un champ ukrainien situé à environ 1,1 nm (2 km) de la frontière. Après avoir traversé la frontière, il a déposé son chargement sur un site pré-désigné avant de retourner en Ukraine pour le rechargement. Au moment où les passeurs ont été arrêtés par les gardes-frontières ukrainiens, plus de 4 500 paquets de cigarettes ont été trouvés dans leur bus ». Ici sur deux clichés le drone de bonne taille tombé à Gorbivtsi, en 2018.


« Un autre gros drone a été repéré par des patrouilles de garde-frontières près du village de Gorbivtsi et ils ont ouvert le feu pour l’abattre près de la frontière avec la Roumanie. L’examen du véhicule a révélé qu’il s’agissait d’une construction maison, dotée d’une capacité de charge impressionnante, conçue uniquement pour les vols de contrebande de cigarettes. La police des frontières polonaise a également signalé avoir capturé un drone de passeur, transportant 86 kg de marijuana depuis l’Ukraine. En 2019, il a été signalé qu’un fabricant de drones avait été arrêté dans la région de Grodno pour avoir vendu sa production à des passeurs. Il existe toujours une forte demande pour les drones VTOL, annoncés comme étant capables de transporter jusqu’à 44 lb (20 kg) à une distance de 5,4 mn (10 km). Le prix proposé était compris entre 7 000 et 9 000 dollars. Il comprenait des drones multimoteurs alimentés par des moteurs électriques et capables de voler à une altitude de 1 148 pieds (350 m), et également capables de fonctionner à des températures aussi basses que -10 0C. On estime que le retour de l’investissement dans un achat de drone pour le travail de contrebande de cigarettes prendra environ une semaine d’opérations transfrontières actives ».

Et ce n’est pas tout, côté engins volants : »les planeurs à moteur, également appelés ULM, sont parmi les plus anciens véhicules aériens impliqués dans des activités de contrebande en Ukraine. Abordables et efficaces, ils sont largement utilisés à des fins de contrebande de cigarettes en Ukraine. Cette catégorie de véhicules aériens est bon marché et facile à construire à la maison, généralement propulsée par un moteur de moto fonctionnant à l’essence. Le premier planeur à moteur saisi a eu lieu en 2015 par les gardes-frontières polonais près de la ville de Yaroslav. Il a volé d’Ukraine la nuit, laissant tomber une boîte de 10 000 cigarettes au-dessus d’une zone marquée par des lumières. Un autre planeur à moteur a été arrêté par les gardes-frontières ukrainiens et le service de sécurité de l’État le 24 octobre 2015, avec le pilote et ses deux assistants. L’avion est revenu d’une mission de contrebande de cigarettes en Hongrie pendant la nuit et son emplacement a été détecté à l’aide d’un équipement d’imagerie thermique. C’était près d’Uzhgorod, dans le champ à côté du village de Velikaya Dobron. Un minibus (1) a également été arrêté sur le site de débarquement, chargé de 12 cartons de produits du tabac, destinés au transport transfrontalier lors de sorties de suivi cette nuit-là. L’ULM à moteur artisanal, piloté par un pilote de nationalité hongroise, était capable de transporter jusqu’à 300 boîtes de cigarettes en une seule sortie. Lorsqu’il est passé du côté de la livraison, il a laissé tomber la charge de 50 pieds (15 m) d’altitude, sans avoir besoin d’atterrir. Selon les habitants, cette zone, à proximité des frontières avec la Slovaquie et la Hongrie, a souvent été utilisée pour la contrebande de cigarettes avec des ULM. Au total, le détachement de garde-frontières Chop en Ukraine a signalé la saisie de cinq planeurs à moteur en 2015, tous utilisés auparavant pour la contrebande de cigarettes vers la Slovaquie et la Hongrie voisines. Un autre ULM avec un chargement de cigarettes a été saisi en mai 2016 par la police ukrainienne, avec le pilote et son aide, à Lukovitsa. » En 2018, l’armée ukrainienne de Donetsk avait dû contraindre à atterrir un ULM local, qui visiblement servait aussi d’épandeur agricole, un modèle local Lilienthal Bekas, répandu à-bas, dont on ignore ce qu’il faisait ce jour-là à cet endroit. Drones, ULM, hélicoptères : à la frontière mexicaine, les trafiquants de haschich ou de cocaïne utilisent les mêmes méthodes. La similitude est flagrante.

Retour à la case Otopeni

Vingt ans plus tard le trafic à Otopeni ((2) voir notre épisode précédent), on se disait que l’aéroport ou le pays avaient dû, très certainement, abandonner le trafic de départ de cigarettes, à défaut de celui des armes. Détrompez vous, car en novembre 2018 on découvrait dans le nord du pays ce qui allait être la plus importante saisie jamais faite dans le domaine : « environ un million de paquets de cigarettes que trois citoyens polonais voulaient introduire illégalement en Roumanie, cachés dans des cloisons sèches et des boîtes de laine minérale, ont été retrouvés par les gardes-frontières des douanes de Siret, dans le nord du pays  (à la frontière avec l’Ukraine). Les trois citoyens polonais ont été renvoyés. Il y avait deux voitures transportant des boîtes de cloisons sèches et de laine minérale cachant 941 027 paquets de cigarettes de différentes marques, d’une valeur de 903 386 RON. Les cigarettes de contrebande ont été saisies, ainsi que les véhicules, tandis que les trois citoyens polonais ont été placés en garde à vue pendant 24 heures. Ils seront également présentés aux juges dans l’attente d’une arrestation préventive de 30 jours ». A l’aéroport même, c’est autre chose que l’on avait trouvé : « en revanche, les agents de la police des frontières ont découvert sur l’aéroport Henri Coanda (Otopeni) près de 3 kilos de cocaïne dans les bagages d’une Australienne venant de Lisbonne, ont indiqué des sources judiciaires aux médias locaux. Le dossier a été repris par les procureurs de la DIICOT. » 

Il nous faut demain aller plus en détails sur comment s’est organisé ce volte-face avec l’orientation résolue vers la contrebande. Nous irons visiter le Montenegro, pour commencer. Rassurez-vous, nous irons aussi au Mali, mais un peu plus tard, si vous le voulez bien…

 

(1) « Cinq véhicules transportant environ 6000 paquets cachés de cigarettes ont été arrêtés aux BCP de Porubne, Vylok et Uzhgorod par les gardes-frontières et les douaniers ukrainiens. Hier, lors de la fouille approfondie du microbus Mercedes, les inspecteurs de Porubne BCP ont révélé 1580 paquets de cigarettes Marlboro cachés par notre compatriote sous les panneaux décoratifs du véhicule. La valeur totale des cigarettes et de la voiture confisquées est de 250 000 UAH (hryvnia, la monnaie de l’Ukraine, ici 7500 euros). Aujourd’hui, dans la matinée, deux véhicules Mazda et Alfa-Romeo ont été confisqués. Leurs propriétaires, résidents de la région de Bucovine, avaient caché près de 1400 paquets de cigarettes Rothmans et Kent. La valeur totale des biens confisqués est de 13 000 UAH. À Vylok BCP, les gardes-frontières du détachement de garde-frontières de Mukachevo ont trouvé 500 paquets de cigarettes LM dans le réservoir de carburant d’un véhicule Audi. Le conducteur de la voiture était un ressortissant ukrainien. Une affaire administrative a été lancée contre lui. Les produits du tabac de contrebande et la voiture ont été confisqués. Leur valeur totale est de 35 000 UAH. Un ressortissant polonais a décidé de gagner de l’argent en faisant passer des produits du tabac dans sa voiture. Il conduisait un minibus Fiat de l’année 2005. Mais un chien renifleur a trouvé les cigarettes. Les gardes-frontières du détachement de garde-frontières de Chop et les agents des douanes ont mené une fouille approfondie et ont découvert des paquets de cigarettes 2425 LM, Winston et Mallboro dans le double plancher. La valeur totale des biens confisqués est de 75 000 UAH. »

(2) prêts à tout pour garder leur monopole, les cigarettiers poussent aujourd’hui tant qu’ils le peuvent la parade à la vaporette, façon maison avec la cigarette électronique à tabac chauffé (heated tobacco product ou heat-not-burn): « Philip Morris International a commencé la production de HEETS dans son usine d’Otopeni. Les produits seront vendus sur les marchés européens et asiatiques. En juillet, Philip Morris International a annoncé un investissement de 490 millions d’euros pour transformer son usine de cigarettes Otopeni en une unité produisant des réserves pour son produit chauffant sans combustion IQOS. De plus, l’entreprise a annoncé que l’investissement comprend la création de plus de 300 nouveaux emplois, qui rejoindront l’usine aux côtés des 670 employés actuels. Il s’agit de la première usine du groupe qui a commencé la production après avoir terminé le processus de transformation de la production de cigarettes à la nouvelle chaleur pour ne pas brûler les produits. «Parmi les usines qui ont démarré, cette année, le processus de transformation (…) l’usine d’Otopeni est la première à avoir démarré la production. L’usine roumaine desservira davantage de marchés dans l’Union européenne, mais aussi en Asie, les premières exportations se dirigeant vers le Japon », Herman van Staalduinen, directeur des opérations Philip Morris Roumanie. » En France, Philip Morris a déjà gagné médiatiquement : son  paquet de mini-cigarettes à chauffer n’est pas soumis à l’obligation d’emballage neutre !!! Incroyable !! Alors que le produit est tout aussi addictif sinon pire ! 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

 

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