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Parti th?orique fran?ais (1) : vers un nouveau congr?s de Rennes

Le 23 avril 2008, la commission de la r?novation du PS a adopt? un projet de nouvelle ‘d?claration de principes’ qui sera soumis au vote des militants socialistes le 29 mai 2008 puis ? l’approbation par la convention nationale du PS du 14 juin 2008.

Ce texte constitue en quelques sortes l’ossature id?ologique g?n?rale du Parti socialiste et n’a, pour l’instant, ?t? ?crit que quatre fois dans son histoire, SFIO comprise (en 1905, en 1945, en 1969 et en 1990).

La derni?re fois, en 1990, le nouveau texte (actuellement en cours et visible ici) avait ?t? r?dig? en vue de la pr?paration du fameux congr?s de Rennes qui officialisa les profondes divisions tant en termes d’id?ologies qui d’?curies pr?sidentielles dont le PS souffre encore aujourd’hui.

La nouvelle r?daction de son sch?ma directeur devenait indispensable avec les nouveaut?s depuis 1990 : la progression de la globalisation ?conomique et technologique (avec internet par exemple), la n?cessaire sauvegarde ?cologique de la plan?te et les nouveaux enjeux internationaux demandent en effet une r?ponse plus pr?cise des engagements g?n?raux des partis politiques.

Le MoDem avait adopt? lors de son congr?s fondateur ? Villepinte, le 1er d?cembre 2007, une charte. Le PS entend remodeler la sienne.

J’ai donc lu ce texte et je ne suis pas vraiment convaincu qu’il va permettre une clarification dans les esprits.

Aucune clarification id?ologique

Tout tourne autour du concept de r?alisme et d’id?alisme. R?alisme de la soci?t? actuelle, mondialis?e et parfois dure par ses asp?rit?s ?conomiques et sociales, mais id?alisme pour sa lutte encore programm?e contre le capitalisme.

En d’autres termes, on tourne autour du pot entre le concept d’?galit? et de libert?, deux concepts philosophiquement tr?s antagonistes, m?me si le mot ?galit? semble encore prioritaire.

La belle innovation introduite dans le texte est cette notion d’« ?conomie sociale et ?cologique de march? ». Qui remplace cette ancienne « ?conomie mixte de march? ». Et qui correspond ? un rapport critique au capitalisme : laisser la soci?t? ?conomiquement libre, mais r?gul?e dans le cadre d’une intervention de la puissance publique.

En ce sens, il n’y a rien de nouveau, ni sur de diff?rent, chez tous les partis gouvernementaux, y compris ceux de la majorit? pr?sidentielle actuelle qui n’h?sitent pas, malgr? leur vitrine soi-disant lib?rale, ? faire de l’intervention de l’?tat leur mode de gouvernance.

L’id?e que le PS entend faire passer serait contenue dans la formule de l’ancien Premier Ministre Lionel Jospin : « Oui ? l’?conomie de march?, non ? la soci?t? de march? ».

Si Alain Bergounioux, le secr?taire national aux ?tudes du PS, essaie de l’expliquer, personnellement, j’ai du mal ? la comprendre sinon qu’on peut y voir une fois encore la marque du premier secr?taire du PS, Fran?ois Hollande, qui a l’habitude de vouloir faire les synth?ses improbables pour ?viter tout ?clatement de son parti (on se rappelle qu’? l’?poque du congr?s de Rennes, Fran?ois Hollande ?tiquet? deloriste avait cr?? un courant appel? ‘transcourant’ qui lui permettait de ne prendre position ni pour Laurent Fabius, ni pour Michel Rocard, ni pour Lionel Jospin, ni pour Pierre Mauroy etc.).

Le credo maintes fois r?p?t? (? droite, au centre, comme ? gauche) « efficacit? ?conomique avec justice sociale » est remis au go?t du jour avec la ‘mode’ du d?veloppement durable, une notion suffisamment floue pour recouvrir tout et n’importe quoi, ce qui donne finalement la phrase tr?s consensuelle : « Il nous faut imaginer un mod?le de d?veloppement qui puisse allier action ?conomique, imp?ratif ?cologique et protection sociale », sans pour autant nous donner les clefs concr?tes d’un tel mod?le (a priori, la raison d’?tre d’un parti).

Des r?f?rences historiques

Le texte fait r?f?rence dans son pr?ambule ? la philosophie des Lumi?res, ? la R?volution fran?aise, ? 1848 (sans dire de quel moi il s’agit !), de la Commune, du Front populaire, de la Lib?ration, de mai 1968.

Les quatorze ans de Fran?ois Mitterrand et les cinq ans de gouvernement de Lionel Jospin semblent avoir ?t? oubli?s (abolition de la peine de mort ? part), pourtant, ces deux personnalit?s furent les seules ? avoir hiss? le PS au pouvoir apr?s l’?poque ancestrale de Guy Mollet…

Il ?voque aussi l’expression tr?s archa?que de « socialisme d?mocratique » (les communistes fran?ais avec leur ‘centralisme d?mocratique’ ou les anciens pays communistes d’Europe centrale et orientale avec leur ‘R?publique d?mocratique’ nous ont laiss? un go?t amer de cet adjectif).

Ce socialisme d?mocratique aurait l’ambition gigantesque de vouloir « ?tre une explication du monde, un avenir pour l’humanit? » avec des belles formules comme « aller ? l’id?al et comprendre le r?el » (ce qui me para?t tr?s contradictoire), ou encore, « inventer le futur et travailler dans le pr?sent ».

D?finitions du Parti socialiste et refus d’ouverture

La d?finition m?me du socialisme fait peur : « Le but de l’action socialiste est l’?mancipation compl?te de la personne humaine et la sauvegarde de la plan?te ».

L’adjectif ‘compl?te’ a de quoi effrayer quand on songe ? ce paradis terrestre qu’essayaient de faire croire ? leurs peuples certaines d?mocraties soi-disant populaires.

Sur plusieurs articles, le texte d?finit le Parti socialiste comme un parti r?publicain, la?que, r?formiste, f?ministe, d?centralisateur, attach? aux grands principes de la justice, europ?en, internationaliste, populaire, d?mocratique.

Par ailleurs, son dernier article (22e) explique qu’il n’a aucune intention de faire alliance avec un parti tel que le MoDem : « Le Parti socialiste veut rassembler toutes les cultures de la gauche. Il ne se r?signe pas aux divisions de l’histoire. Organisant en son sein depuis toujours un libre d?bat, il appelle tous les hommes et toutes les femmes qui partagent ses valeurs ? rejoindre ce combat. ». Fran?ois Bayrou et S?gol?ne Royal en sont donc bien avertis.

Quelques formules creuses ou pompeuses

Tout le texte est jalonn? de belles formules oniriques, souvent creuses parfois grandiloquentes. Quelques exemples :

« La d?mocratie repr?sente, ? la fois, une fin et un moyen. »

« Les socialistes portent une critique historique du capitalisme, cr?ateur d’in?galit?s, porteur d’irrationalit?s, facteur de crises, qui demeure d’actualit? ? l’?ge d’une mondialisation domin?e par le capitalisme financier. »

« Les socialistes d?fendent un mod?le de d?veloppement durable qui conjugue la croissance, l’innovation technologique, l’imp?ratif ?cologique, la cr?ation d’emplois, la protection sociale. »

Ce qui ne change pas beaucoup avec la version pr?c?dente de 1990 :

« [Le PS] met le r?formisme au service des esp?rances r?volutionnaires. »

« Dans le monde entier, l’id?al socialiste s’est empar? de l’imagination des peuples. »

Le PS restera donc une auberge espagnole

J’avoue qu’ici, j’ai fait exercice de critique quasi-syst?matique. J’ai d’autant plus exag?r? dans mon exercice de chamboule-tout que les chartes de valeurs ou les d?clarations de principes sont, par essence, tr?s g?n?rales, abstraites et consensuelles.

Il faut cependant bien reconna?tre que ce texte non seulement n’apporte rien de nouveau, mais annonce d?finitivement qu’il ne se passera rien au congr?s de Reims de novembre 2008.

Les altermondialistes et les socio-lib?raux pourront donc all?grement cohabiter au sein du Parti socialiste ? la devanture raval?e, aussi bien que les pro-europ?ens et les alter-europ?ens (pour ?viter le mot ‘anti-europ?ens’).

Un PS qui aura donc choisi de ne pas bouger, de ne pas clarifier ses fondamentaux id?ologiques, de ne pas quitter ses oripeaux du pass?, de ne pas supprimer sa schizophr?nie id?ologique, et de poursuivre sa mitterrandisation (‘je dis que je suis contre le capitalisme, mais je gouverne en le faisant progresser’).

Et qui, forc?ment, va focaliser son d?bat interne sur des questions de personnes et d’?curies pr?sidentielles.

Le PS va sans doute avoir de nouveau de grandes difficult?s ? convaincre une majorit? de Fran?ais qu’il serait pr?t ? gouverner au printemps 2012.

? moins que, dans leur infinie bont?, l’UMP, le gouvernement actuel et surtout, le Pr?sident de la R?publique actuel ne l’aident un tout petit peu dans cette t?che…

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 mai 2008)

Pour aller plus loin :

Texte du projet de nouvelle d?claration de principes du PS (23 avril 2008).

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