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Parmi les visiteurs de Normandie, beaucoup d’anciens avions… de la CIA ! (6)

Avec l’appareil suivant, nos soupçons se confirment :  pas mal de nos visiteurs normands de juin ont effectivement et largement servi les intérêts de la CIA.  L’un des plus beaux exemples portait une livrée militaire mais plus récente, des années cinquante, à base d’aluminium poli et de blanc sur le dessus.  Cet oiseau-là a brillé jadis d’une autre manière, en devenant un des avions les plus utilisés par une branche d’évangélistes qui existe toujours aujourd’hui (hélas !).  Des croisés d’un nouveau  genre, équipés très tôt de moyens de radio très sophistiqués, dont l’origine demeure floue.  Car la CIA s’est aussi longtemps acoquinée avec ces mercenaires de la religion, enrôlés à l’époque au nom d’un anticommunisme qui aujourd’hui paraît bien ridicule mais qui perdure.  « With God On Our Side » (1), comme le chantait Bob Dylan, c’est fou, en effet ce que l’on a pu faire.  Y compris des dessins animés, comme on va le voir aujourd’hui…

Le C-47A-60-DL 43-30665, surnommé Miss Virginia et immatriculé N47E, est l’un des plus beaux appareils venus nous voir le 8 juin dernier. Mais cet avion nous a semblé en quelque sorte bien trop poli (!) pour être honnête, comme nous allons le voir.  Celui-là, même sous un ciel gris d’Ecosse, il arrive en effet à briller (comme ici à gauche), comme ici lors de son passage à Pretswick avant d’arriver à Carpiquet, venu tout droit de Reikjavik. L’appareil étincelle dans le gris et au soleil tout aussi bien (cf les trois photos ici).  Comme dit mon collègue fan de DC-3, on donnerait le bon dieu sans confession à cet avion aux allures angéliques (un ange d’acier ou un archange à la Lucifer ?) :

Le hic, avec cet avion, car il y en a un, c’est… son propriétaire actuel, et même ses précédents, comme on va le voir.  Il a trempé dan une drôle d’histoire avec certains de ses collègues de la même époque.  Mais revenons d’abord sur son parcours :  c’est un C-47A-60-DL, sorti des ateliers de Long Beach en Californie, le 29 septembre 1943, il n’a pas participé au conflit et il est resté aux USA pendant la guerre. Envoyé au Training Command de 1944 à 1945, puis à l’Air Material Command de Davis Monthan, en Arizona, et après aux National Guards en Oklahoma, il a terminé sa carrière dans l’armée au sein de l’U.S. Army Proving Ground comme plate-forme de tests, jusqu’en 1966, date à laquelle il a été envoyé à Davis Monthan pour y être mis sous cocon avec d’autres collègues (photo ici à gauche) en attendant des jours meilleurs.  Ce sera pour lui le jour du seigneur !

Dieu est obligatoirement américain !

C’est sa seconde vie, sorti de ce fameux  cocon, qui va nous intéresser d’emblée (en attendant la troisième qui est l’actuelle).  De sa chrysalide est sorti en effet neuf années après sa mise à la retraite forcée, en 1975, un monstre d’un genre très spécial comme on va le voir, lié à une des pires opérations de manipulation des populations jamais faites (et qui, hélas, se poursuit toujours aujourd’hui !).  Car à partir de cette date, tout devient douteux chez lui. C’est en effet un pilote très spécial qui le fait re-décoller de Davis-Monthan :  Bernie May (ici à droite), un pilote qui est aussi un total illuminé religieux, devenu missionnaire totalement convaincu qu’il fallait à tout prix imposer une religion à des populations qui ne connaissaient pas Dieu.  Le sien, on l’a  bien compris : c’est un fondamentaliste chrétien, un évangéliste tendance forcené.  Très entreprenant, très suivi et supporté par toute une branche fort droitière du gouvernement US (et bien raciste, disons-le, car l’assistance, notamment médicale apportée n’est qu’une autre forme de domination et de réduction à un comportement précis), il vient de se mettre au service du Summer Institute of Linguistics qui est installé à Waxhaw, en Caroline du Nord, une bourgade minuscule, là exactement où il ramène le DC-3. L’avion a été acheté 95 466 dollars grâce aux fonds réunis par des fidèles de ce qui ressemble plus à une secte qu’autre chose. Il a été vendu comme surplus par le formulaire militaire 1348-1A, signé par la Division des Biens Excédentaires de l’AID.  Détail intéressant, le document de propriété de la FAA est signé par James Baptista et Ronald McIntosh. Baptista est un autre illuminé qui, aidé par la DeVry Corporation, fabriquant réputé de caméras, a commencé dès 1939 à faire des films de propagande religieuse (en même temps que James Friedrich de Cathedral Films). Un livre subtilement appelé « Celluloid Sermons » (cf ici à droite) explique parfaitement cette conquête à l’époque  des esprits par la pellicule, genre de Nouvelle Croisade assistée par la technologie, grâce au Tel N’See, un projecteur avec son synchronisé inventé par Baptista. Tous ses films sont des fables de catéchisme mal jouées, car notre réalisateur ne voulait que des croyants purs et durs comme acteurs, tous « Born Again  » et non des vedettes d’Hollywood.  En revanche, il s’intéresse très vite aux techniques sophistiquées… d’animation, celles du dessin animé à la Walt Disney  : « suivant le modèle de la caméra multi-plans de l’animateur  des studios de Disney (technologie qui a permis le développement d’images 3D), le personnel dévoué de Baptista a conçu et produit une caméra d’animation à trois niveaux dont la construction a duré six mois et perfectionné. The Thankful Dandelion (1946) (« Le pissenlit reconnaissant !) est l’un des premiers exemples d’animation religieuse, bien qu’une partie du film ait été tournée en noir et blanc, apparemment en raison de restrictions budgétaires. Encore une fois, le message évangélique est direct, indéniable et quelque peu comique, car le pissenlit discute du libre arbitre avec un lapin qui passe ». «Sais-tu, petit lapin, que garçons et filles ne peuvent refuser ce que Dieu a pour toi; peux-tu imaginer un pissenlit qui refuse le soleil ou la pluie ? »Le lapin ne peut que secouer la tête. À la fin, le pissenlit reconnaissant s’adresse directement aux téléspectateurs et demande aux garçons et aux filles : «Voulez-vous dire oui à Jésus ? Je vais enlever tous vos péchés et faire de vous le garçon ou la fille le plus heureux du monde ».  Ce bon oncle Walt avait un concurrent, encore plus anticommuniste que lui (ou encore plus anti-rébellion, anéantisseur de toute velléité de révolte, puisque c’est Dieu qui décide et organise tout !) !!  Walt Disney, on le rappelle, avait aussi bossé pour la CIA !  Ci-dessous le DC-3 de JAARS immatriculé N13JA, et nommé selon le commentaire qui accompagne sa photo au nom du « Chief Tariri, fier leader de la tribu des Shapra au Pérou ».  L’avion portera longtemps ce nom, même en changeant de propriétaire.

Lui c’est un DC-3-313B, converti en 1942 en C-49E-DO par Douglas à Santa Monica, pour devenir le C-49E 42-56618 de l’USAAF, qui après avoir été Penn Central Airlines (NC25696), Capital Airlines, Blaw Knox Corporation, deviendra colombien en HC-AOP en 1975  puis N13JA chez Jaars en 1984 (jusqu’en 1991), et plus tard encore le N107BK, le 5Y-BLL, le N301MF, le N200MF et le N200MX chez Cheyenne Airways Llc, Wilmington, Delaware, puis Bobby L. Willis, Kirtland, au Nouveau Mexique  et Bolack Tommy, Farmington, idem. Cheyenne Airways étant une énième société soupçonnée d’être le paravent de la CIA, dont le Piper Piper Navajo (N6463L) s’était écrasé près de Caracas, au Venezuela, le 28 avril 2011, son prédécesseur (N395CA) ayant été retrouvé chargé de 700 kilos de coke et de bidons d’essence.  A bord du second, on avait trouvé mort Alfredo Anzola, le spécialiste chez Smartmatic de la manipulation électronique des votes sous Chavez !

 

Plus intéressant encore, après avoir bien servi à évangéliser l’Amérique du Sud, l’appareil, surtout, y est resté.  Après être devenu en 1978 le N48065, le 4 novembre 1980, l’avion a été rayé des listes US et exporté en Colombie pour y devenir le HK-2540 puis le HK-2540P, inscrit au nom de « l’Instituto Linguistico de Verano », le paravent évident de Wycliffe en Colombie !  il était resté en effet sous le même opérateur (toujours enregistré sous le N°25261).  L’immatriculation colombienne n’était qu’un leurre. L’aéronef restait en effet exploité depuis Bogota (Colombie) pour le transport de missions de traductions de la Bible Wycliffe !!!  Le 12 décembre 1988, l’avion est revenu aux États-Unis et a été immatriculé N7043N par la FAA, puis le 5 mai 1989 il devient le N47E qui a hérité sans encombre d’un nouveau certificat de vol. En Colombie, fait à noter, des DC-3 volent toujours, aujourd’hui encore, tel le DC-3 HK-1115 aperçu ici à Villavicencio en janvier 2017, piloté par le Capitaine Joaquín Sanclemente qui affiche 18 000 heures chez Air Colombia… enfin volait :  il s’est écrasé juste l’année suivant le reportage, le 11 juillet 2018 !; le train s’étant replié en plein décollage !

Retour au bercail, après sa période « sombre » 

Notre DC-3 a hérité d’un certificat de vol et revient à Oskosh deux ans plus tard pour une visite, le 26 juillet 1991, cette fois en robe bleue clair et blanc avec une indication neuve sur l’empennage, et il revient au même endroit trois ans plus tard le 31 juillet 1994, arborant une nouvelle livrée mais toujours le même logo figurant au même endroit : cet avion était bien entretenu, à l’évidence.  Le voici quasi immaculé !  Le logo est celui de JAARS, une entreprise fondée par William Cameron Townsend, un ex-vendeur de Bibles devenu au début du siècle prédicateur au Guatemala, installé dans un premier temps à Santa Catarina pour évangéliser la communauté Kaqchikel, descendants des Mayas, à l’Ouest du Guatemala, dont il s’est efforcé de traduire le langage pour mieux proposer sa vision unipolaire de la religion.  Au Mexique, puis au Pérou, il fera de même en décidant de s’adjoindre l’aide des avions pour les convaincre davantage, en commençant par un Grumman Duck  piloté par Larry Montgomery de l’Army Air Corp Mission. En 1934, il crée le Camp Wycliffe dans l’Arkansas, nommé ainsi en hommage à John Wycliffe, le premier à avoir traduit la Bible en anglais !  Un brin centralisateur et méfiant, pour mieux relier ses différents camps épars d’évangélistes, il crée une radio en 1948, appelée fort logiquement la Jungle Aviation and Radio Service ou JAARS.  Nous y sommes, donc.  Voici l’explication du logo… 43 ans après sa création !  A partir de là, l’homme devient bien en cours à Washington et il côtoie des présidents, des sénateurs, des congressistes, tous persuadés du bien-fondé de son action… « sociale » auprès des indiens.

Sa flotte d’avions s’est bien étoffée après guerre et jusque dans les années 60 : outre le Grumman Duck appelé « Amauta », on trouve des Helio Courrier, avions ADAC très performants qu’on retrouvera au Viet-Nam chez Air America, des avions légers (des Aeronca Sedan), mais aussi un Grumman Albatross, un ancien de l’Us Air Force et deux PBY Catalina. Etrangement, les plus gros portant des cocardes  péruviennes, signes d’un accord national passé avec l’Etat.  La base péruvienne elle-même de Yarina Cocha est fluviale (le Catalina est à gauche sur terre, l’Albatross est plus au fond sur la droite). Sur cette photo de Catalina, on distingue le nom de Moises Saenz : c’est celui du sous-secrétaire à l’Education au Mexique qui va devenir le grand ami de Townsend et grandement lui faciliter la tâche dans le pays, devenu pourtant anticlérical par sa constitution de 1917  !  l’Albatross qui sert alors aux opérations spéciales en Europe et aux USA, entièrement peint en noir, est ici le N° de fabrication  7174 (MSN 224) modifié en Model G-341, et désigné SA-16B/ASW, plus tard appelé HU-16B, livré aux péruviens en 1963 sous l’identification FAP 519.  A droite ici c’est Beety Green, une femme-pilote recrutée par le JAARS en 1948 devant le Grumman Duck déjà cité. Il a servi d’attraction dans le parc Las Leyendas entre 1965 et 1977.

L’arbre qui cache la forêt (amazonienne)

L’appareil, donc, fait partie du JAARS, on vient de le voir.  Voilà qui demande quelques éclaircissements supplémentaires.  Sous couvert d’une aide linguistique aux pays peu développés, c’est en fait une façade fort tortueuse de la CIA, décrite ici parfaitement en mars 1981 par Louis-Jean Calvet dans Courrier International : « L’institut linguistique d’été (Summer Institute or Linguistics (SIL), ainsi nommé parce qu’il organise chaque été, dans différents pays du tiers-monde, des stages de formation à la description des langues locales, fut créé en 1934 par le pasteur presbytérien Cameron Townsend et légalisé en 1942 dans l’Etat de Californie. Cette même année, le SIL se doublait d’une organisation sœur, Wydcliffe Bible Translators (W.B.T.), et l’ensemble SIL-W.B.T. se consacre depuis lors un peu partout dans le monde à la traduction de la Bible ainsi qu’à l’évangélisation et à l’éducation des indigènes. Placé sous la direction scientifique du linguiste missionnaire américain Kenneth Pike, le SIL publie également quelques travaux sur les langues indigènes. En 1947, le groupe crée le Jungle Aviation and Radio Service (JAARS) qui lui fournit un appui logistique important, s’occupant des stations de radio, des transports aériens, de la maintenance du matériel, dans tous les lieux où sont implantés les missionnaires du SIL, et possédant en particulier un réseau aérien couvrant toute l’Amérique latine. Le docteur Townsend, aujourd’hui âgé de quatre-vingt-deux ans (nota : il est décédé depuis, en 2000), a reçu en 1980, au nom du SIL, le prix annuel d’alphabétisation international décerné par l’UNESCO. Mais, depuis quelques années, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent en Amérique latine contre l’action de l’institut, l’accusant de faire le jeu de l’impérialisme américain et d’entretenir des relations avec la C.I.A. En 1974, le général José Joaquim Matallana, directeur de la sécurité colombienne, déclare devant le congrès que le SIL « se livre au trafic d’émeraudes à Tunebia, au trafic de stupéfiants dans les plaines orientales, à la recherche et à l’exploitation des ressources naturelles, à la stérilisation chirurgicale et au contrôle obligatoire de la natalité dans les communautés de l’Arauca… » Et, en novembre 1975, le député colombien Napoleon Perea affirme qu’ « il y a des preuves de l’existence d’une base militaire dans la sierra de la Nevada ».  Sous couvert d’aide aux tribus démunies, c’est bien une guerre idéologique qui est mise en place !

Derrière lez JAARS, note ici Arvin Kumar, se dissimule en effet une croisade religieuse de faucons de la CIA et une remarquable organisation technique, avant-gardiste peut-on dire, dont on imagine mal en être capable, par son cryptage, une simple association religieuse.  Ces gens-là ont manifestement bénéficié de conseils fort éclairés, on imagine très bien d’où elle pouvait venir . »  La CIA a payé des salaires, des primes ou des dépenses au personnel religieux ou a aidé à financer des projets qu’ils dirigent. La plupart des individus ont été utilisés à des fins d’action secrète. Plusieurs ont participé à de grands projets d’actions secrètes du milieu des années 1960, visant à «concurrencer» le communisme dans le tiers monde…. Parmi les relations récentes, la plus dommageable semble être celle d’un prêtre américain au service de la CIA en tant qu’informateur sur la dissidence des étudiants et des religieux. Parmi les cas précédents, l’un illustre à quel point la CIA a utilisé des relations pastorales confidentielles. La CIA a utilisé le pasteur d’une église d’un pays du tiers monde en tant qu ‘«agent principal» pour mener à bien des projets clandestins, ainsi qu’en tant que surveillant, évaluateur, développeur d’actifs et recruteur. Il a rassemblé des informations sur les développements politiques et sur les personnalités. Il a transmis la propagande de la CIA à la presse locale. Selon la description du cas par la CIA, les analyses du pasteur étaient basées sur ses amitiés de longue date avec les personnalités, et les agents sous ses ordres lui étaient « bien connus dans sa vie professionnelle ». Au début, la CIA ne fournissait que des cadeaux occasionnels au pasteur en échange de ses services; plus tard, pendant plus de dix ans, la CIA lui a versé un salaire annuel de 11 414 dollars ». » Grâce au matériel radio sophistiqué du SIL, les messages envoyés par téléscripteurs (ici à gauche), les USA  se retrouvent fort bien renseignés sur les populations indigènes, en qui ils voient de possibles vecteurs d’idéologie de déstabilisation des pays andins.  Le procédé est partout implanté. En Inde, c’est en 1979 la féministe Gloria Steinem qui se retrouve avec des liens douteux, selon l’auteur, qui revient sur  ‘une organisation religieuse qui a reçu de l’argent de l’USAID et qui a joué un rôle de premier plan pour la CIA est l’Institut d’été de linguistique, devenu SIL International, qui a été créé pour traduire la Bible dans diverses langues et la distribuer dans le monde entier. En collaboration avec son organisation sœur, Wycliffe Bible Translators, et sa filiale, les services de l’aviation et de la radio Jungle (JAARS), qui exploite plusieurs stations de radio et d’aéronefs, SIL est devenue une force très puissante et destructrice dans le monde. Dans les années 1950 et 1960, l’établissement américain a vivement incité sa religion et ses valeurs occidentales à devenir la norme pour le monde entier. Le féminisme et le sexe étaient utilisés comme des armes contre des pays où les liens familiaux étaient forts et constituaient une ligne de défense contre les actions de ceux qui voulaient créer de l’instabilité dans la société. Dans les années 1970, plusieurs pays d’Amérique latine, dont la Colombie, le Mexique, Panama et le Pérou, ont imputé à la SIL de défendre les intérêts des agences de renseignement américaines (voir les câbles de Wikileaks, 1975 BOGOTA06132_b, 1975 MEXICO 05045_b, 1975 LIMA08739_b et 1976 LIMA01274_b, ici à droite) et le Brésil a expulsé les missionnaires du pays. comme étant un couverture pour les géologues recherchant des gisements minéraux dans le bassin amazonien. L’influence de SIL dans l’établissement américain était telle qu’ils ont pu contourner les diplomates et chercher directement des hélicoptères de l’armée pour mener à bien leur mission en Papouasie-Nouvelle-Guinée (voir le câble Wikileaks 1973 CANBER 02655_b). SIL a été accusé de trafic de drogue, de contrebande d’émeraudes et d’uranium, et même de guerre de germes qui a détruit de nombreuses tribus indigènes »… A gauche, un des deux Bell 206 Ranger (actuel !) utilisé par SIL en PNG. Ici, le site actuel de la JAARS. Avec cette image pitoyable qui la résume si bien…

Et ce n’était pas fini : « Un autre membre du comité était un professeur anti-hindou de Harvard et une chrétienne, Diana Eck,  qui travaillait autrefois pour le Conseil œcuménique des Églises, qui appelle ouvertement à l’évangélisation. Ce groupe est une organisation maîtresse pour les groupes religieux. John Foster Dulles, qui est devenu secrétaire d’État des États-Unis et qui était également le frère d’Allen Dulles, a joué un rôle clé dans sa création. En 1967, le Conseil national des Eglises, membre américain de l’organisation, a reconnu avoir reçu de l’argent de la CIA. Le magazine Ramparts (ici à gauche) a raconté une histoire sur des groupes de la NSA et de la CIA, ne leur laissant que peu de choix, sinon admettre leur relation avec la CIA. Le Conseil œcuménique des Églises collabore également avec l’Institut d’été de linguistique. Le Conseil œcuménique des Églises n’était pas le seul lien de Diana Eck avec un groupe d’agences de renseignement. Elle avait également obtenu son diplôme de maîtrise à l’École d’études orientales et africaines de Londres, institution réputée pour être infestée d’agents de renseignement britanniques. »Eck qui s’est toujours présentée comme partisane du « pluralisme religieux » ! A droite elle est avec Vern Barnet, de Kansas City, présentant en sa présence son livre « New Religious America ». Dedans, elle y annonce ce chiffre assez hallucinant : il y a désormais 230 millions de croyants en la Bible aux USA, soit 130 de plus qu’après guerre… pour Eck, il ne peut y avoir que la religion dans l’esprit des gens : son pluralisme, en fait, présenté comme novateur, est rétrograde, car il n’accepte pas la non-croyance !  On veut bien des autres religions, mais surtout pas de l’athéisme !!!  C’est toujours « With god on our side » celui qui concourt à tous les abus  ! ceux du « Pentecostalgone » » (à la place du « Pentagone ») …

La SIL, « on la trouve présente au Brésil, en Equateur, au Mexique et au Panama, et à un degré moindre en Colombie et au Pérou » avais-je écrit ailleurs, il y a dix ans déjà. « Or cette fameuse SIL avait été décrite en détail en 1976 par deux journalistes, Gerard Colby et Charlotte Dennett (2), comme étant une entitée masquant des activités plus que douteuses, sous l’influence de la CIA, révélées au fameux Church Committee du sénat US. Parmi les découvertes montrées aux sénateurs, le fait de posséder une radio fort particulière, la « Jungle Aviation and Radio Service » (ou JAARS), qui permettait au SIL d’échanger des données cryptées à l’insu des gouvernements qui l’hébergaient. L’outil idéal pour la contre-insurrection et l’espionnage ! Parmi les supporters de la SIL et ces principaux donateurs, les deux journalistes trouvèrent (3) la Standard Oil of New Jersey, la famille Pew, créatrice de la Sun Oil Company (Sunoco) et des Pew Charitable Trusts, la famille Rockfeller, mais aussi la « US Agency for International Development » (USAID), encore elle, et les militaires, avec leurs dons de matériels. L’un des plus actifs penseurs jusque les années 1950, chez Rockfeller, était John Mott, prix nobel de la paix en 1946, continuateur des  « Student Volunteer Movement for Foreign Missions » créées en 1886, en fait aussi un millénariste qui souhaitait évangéliser le monde en une seule génération. Vaste programme, et vaste ambition ». A gauche, John Mott recevant la Dstinguished Service Medal- du Library of Congress.

Tout cela je vous l’avais déjà dit, en effet, il y a 10 ans maintenant (déjà ?) avec la découverte d’une société d’aviation bien particulière s’intéressant à l’évangélisation d’Haïti (on en subit encore les conséquences aujourd’hui, je vais bientôt y revenir ici même tant les ravages y sont immenses). « Les avions d’Agape étaient pilotés par des pilotes expérimentés, dont Steve Huisman, le fils d’un évangéliste de la Wycliffe Bible Translators, justement, qui travaillait en même temps pour Dynamic Aviation. installée à Bridgewater en Virginie. Un double emploi, pour un agent double ? Très certainement, car Dynamic Aviation est une firme très, très, spéciale, en fait, volant régulièrement vers l’Afghanistan, équipée d’avions épandeurs et doté d’une flotte conséquente de King Air A90 (U-21) (4), bizarrement équipés de moyens de détections (5) dignes de ceux utlilisés par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. La firme en avait racheté en 1996 à l’armée US un stock de 124 exemplaires datant de la fin ces années 60. Des modèles similaires à ceux rencontrés chez Agape Flights, comme par hasard ».  Une bien étrange société  dont une spectatrice impromptue sera retrouvé morte par accident (bien entendu) : « une société qui volait donc fort peu, malgré des avions performants entreposés dans un hangar où il était quasi impossible de pénétrer, comme le racontait l’infortunée Agnes Imregh, d’origine hongroise, dont le Mooney N4126H de 1979 avait été réparé sur le petit aéroport de Floride« . »La patronne dynamique de NEC USA avait eu un mal fou à récupérer son appareil, en raison de la surveillance excessive à l’endroit où il était garé : dans le hangar d’Agape Flights, justement. La pauvre n’aura pas de chance et se tuera à l’atterrissage le 4 juin 2007 à Canton, dans le Massachusetts. Un aéroport connu (…) : c’est à quelques kilomètres de là que Mike Connell avait vu son appareil exploser. L’enquête sur le crash d’Agnes Imregh accusera le réglage de trim défaillant de l’aileron de queue, selon elle mal fait lors des dernières réparations… C’est fou ce à quoi peut tenir parfois la disparition de personnes qui ont vu trop de choses qu’elles ne devaient pas voir… » Et comme tout est bien lié ensemble, le nom cité de Dynamic Aviation nous permet de poursuivre l’étonnant CV de notre C-47 Miss Virginia, qui en était resté au JAARS.  Ayant eu son certificat  de vol renouvelé en 2005, il est effet acquis en 2010 par un « acheteur inconnu », qui se révèle être en fait… Dynamic Aviation, sous le nom de Dynamic Avlease Inc de Bridgewater.  La société qui construit ou plutôt modifie les Dash 8 (ici à droite) destinés à la surveillance ISR, notamment en Afghanistan !  Les mêmes qui aujourd’hui évoluent au nom de la CIA au dessus de la Libye, en partant de Souda Bay  (en Crète, comme l’exemplaire à gauche) ! Ah, il peut bien briller sous le soleil normand, notre Miss Virginia, mais c’est fou ce qu’il présente comme part d’ombre !

(1) on peut aussi relire ça.

(2) « Dennett est également une journaliste chevronnée, récemment installée à Beyrouth, où elle a couvert la guerre civile qui sévissait au Liban. Les auteurs ont trouvé que SIL était un véritable empire dont les activités missionnaires couvraient tous les pays du bassin amazonien, avec un réseau de bases qui ressemblaient davantage à des banlieues américaines clôturées par des piquets de grève qu’aux postes-frontières de l’économie mondiale qu’ils sont en réalité. SIL dispose même de sa propre force aérienne et de son propre système de communication, le service d’aviation et de radio Jungle (JAARS), qui lui permet d’agir de manière pratiquement indépendante des gouvernements des pays où il opère. Après des années de recherche, Colby et Dennett ont découvert un certain nombre de liens irréfutables entre les opérations SIL et les opérations de contre-insurrection américaines. Parmi ceux-ci, SIL a nié avec agressivité que les peuples autochtones du Brésil et du Guatemala étaient massacrés par les régimes militaires de leurs pays; il a permis que sa base en Amazonie équatorienne soit utilisée par les bérets verts qui peignaient l’Amazonie occidentale à la recherche de signes d’insurrection armée; et il a aidé l’armée de l’air péruvienne, qui avait napalmé les indiens maires et mounas « .

(3) « Si Colby et Dennett s’étaient simplement limités  à décoder le SIL, « Thy Will be Done » aurait déjà été un formidable exploit journalistique. Mais Les auteurs ont ensuite effectué des recherches sur les institutions américaines, privées et gouvernementales, qui fournissaient un soutien à la mission de SIL. Il s’agissait de Standard Oil of New Jersey, de la famille Pew, des créateurs de la Sun Oil, des Pew Charitable Trusts, de l’Agency for International Development des États-Unis et de l’armée américaine en faisant don de matériel militaire excédentaire. Même s’ils n’ont aucun « smoking gun » (évidence) reliant directement la CIA au SIL, ils ont toutefois trouvé plusieurs liens indirects et indirects, tels que le soutien financier d’une fondation qui a été ultérieurement révélée comme un front de la CIA et le fait que le principal pilote de JAARS, Lawrence Montgomery figurait sur la masse salariale de l’Agence. » Je reparlerai très bientôt de Dennett, ici-même.

(4)  dynamicaviation.com/intelligence.htm

(5)  dynamicaviation.com/airborne.htm

Document : un superbe reportage sur Air Colombia ici :

http://www.oldjets.net/air-colombia.html

Les avions montrés sont les HK-3359 , le HK-3293, le HK-1175, HK-3292.  On a plus l’impression d’un garage au fond de la brousse que d’un atelier d’entretien au bord d’un aérodrome… ci-dessous, pris par Bernd Sturm le HK-3292 en train de charger aux abords du village de Caruru le 31 janvier 2012, sur le Vaupès.  On remarque que l’avion sert à la fois aux paysans locaux et aux militaires.  On remarque aussi la piste du « Caruru Airport » : une bande de terre, inutilisable quand il pleut.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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Parmi les visiteurs de Normandie, beaucoup d’anciens avions… de la CIA ! (5)

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