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Paris : la Grande Biblioth?que Fran?ois Mitterrand

Les « Grands Travaux » : lors de la longue phase d’?laboration du programme de la « Grande Biblioth?que » qu’a voulu Fran?ois Mitterrand, bien des r?flexions ont ?t? avanc?es par les conservateurs sur les principes qui devaient pr?valoir pour la conservation des ouvrages ; ils ?taient nombreux ? rejeter les ?difices de grande hauteur pour d?fendre des solutions de stockage souterrain – raisons de s?curit? que d’aucuns jugeaient alors fantaisistes (on ?tait au d?but de la d?cennie 90). Mais le projet des quatre Tours de Dominique Perrault l’a emport? ; Fran?ois Mitterrand a d?cid? que des « Tours transparentes en verre blanc ouvertes comme des livres » seraient du meilleur effet le long de la Seine, et rappelleraient au monde ?merveill? sa longue pr?sidence pendant longtemps… La d?cision du Prince s’est donc impos?e sur des crit?res esth?tiques, avec l’appui des courtisans qui ont fait ce qu’il fallait en terme de communication pour « faire passer » le projet dans l’opinion en faisant liti?re des objections sur la vuln?rabilit? des ?difices de grande hauteur. Le chantier termin?, on peut constater que les Tours de « la BFM » ne sont pas transparentes, et ne sont pas plus des « livres ouverts sur les bords de la Seine » (? c?t? des c?l?bres bouquinistes), que ne le sont les HLM de la proche banlieue ; mais peu importe la r?alisation, ce qui importe en architecture c’est le concept ! Et n’est-il pas dans les pr?rogatives du Prince de le formuler !

Bill Gates a-t-il suivi ce d?bat franco-fran?ais ? Rien ne le prouve. Mais il a retenu la deuxi?me solution pour entreposer le fond photographique qu’il a constitu? – incluant la collection Khan -, en am?nageant une ancienne mine d?saffect?e. Le stock enfoui sous terre est ? l’abri de toute variation d’hygrom?trie, de temp?rature, de la pollution (y compris en cas de d?faillance des syst?mes de climatisation), et m?me, dit-on dans les milieux bien inform?s, des radiations (mais Il n’est pas certain que le fond photographique ressorte intact d’une attaque nucl?aire, ce qui ne serait pas tr?s important car on sera tous morts), et, effet collat?ral positif, des crashs d’avions suicides ! Ce choix para?t aujourd’hui sinon pr?monitoire, du moins tr?s pertinent.

A la suite des attentats de New York et de Washington du 11 septembre, les consid?rations de s?curit? reviennent au premier plan, avec des exigences encore plus fortes : aujourd’hui nous ne pouvons ?carter l’hypoth?se d’un avion-suicide qui viserait la Grande Biblioth?que pour tomber les Tours comme autant de quilles sur une piste de Bowling !

Doit-on alors consid?rer que la situation actuelle de conservation est d?finitive ? certainement pas ! D’autant que le co?t de fonctionnement de la Biblioth?que est tel, qu’un calcul ?conomique rapide d?montrerait qu’il est plus int?ressant de d?placer le fonds sur un autre site qui offrirait des capacit?s de stockage souterrain importantes. Vid?es de leur contenu, les quatre Tours (Four Towers) retrouveraient la transparence inscrite dans le projet initial – qui, pour le bonheur du po?te, se refl?tent dans l’eau grise et sale de la Seine… –, et on aurait l? une exp?rience unique : la « pure r?alisation d’un concept ». L’œuvre, r?alis?e selon les d?sirs du Prince, lib?r?e de toute fonction d’usage, n’aurait d’autre fin que d’exprimer une esth?tique, et d’immortaliser ce Prince – qui aimait tant r?ver ? l’au-del? sur les bords du Nil -, comme les pyramides des Pharaons, elles aussi vides de tout usage…
Mais soyons r?alistes, le temps de l’?motion esth?tique pure ne durera pas toujours. Bien des dangers guettent cet id?al ; par exemple les SDF squatteront les Tours comme tout immeuble laiss? vacant. Et bien d’autres p?rils les guetteront ! Il faudra donc trouver une destination ? cette œuvre architecturale unique (des livres ouverts etc., etc.) lorsque les bouquins auront ?t? mis en lieu s?r. Gageons que les id?es ne manqueront pas aux architectes qui aiment avant tout le d?tournement d’usage, du symbole, du sens ; mais gageons aussi que les marchands du temple sauront en tirer partie d?s qu’on leur proposera un bail – ce qui permettra de r?tablir les ?quilibres ?conomiques mis ? mal par tant d’avatars, et d’all?ger le budget du Minist?re de la Culture.

Les id?es viennent d’elles-m?mes ? l’esprit : on y organisera, par exemple, des visites avec des ?clairages multicolores, on distribuera du fast-food dans les jardins, il y aura des Casinos dans les vastes salles de lecture, des nurseries dans les luxueux bureaux de l’administration, une Grande Roue et des man?ges sur le parvis en bois pr?cieux, un H?tel de luxe avec des Salles de Congr?s modulables, un restaurant tournant gastronomique avec des prix astronomiques, de la baln?oth?rapie et de la remise en forme autour d’une Piscine olympique, des bo?tes de nuit et des call girls, etc. ; on y pratiquera le tennis le golf et le squash ; on tournera des films dans cette nouvelle Cineccita qui abritera le plus grand multiplex d’Europe ; il y aura un Centre commercial Duty Free pour le commerce de luxe, des Th??tres d’Art et d’Essai, un Op?ra populaire, une Ecole de commerce, une Caserne de pompiers, etc., etc.

Une destination aura ?t? enfin donn?e ? l’ouvrage, qui s’av?rera alors judicieusement con?u et rentable. Il ne sera plus une cible digne des nouveaux kamikazes qui veulent d?truire les symboles de la culture occidentale ; on se croira ? Duba?… dira le touriste en passant par Paris.

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