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Obama : quand les digues craquent

Un jour, quand les futurs Michelet chercheront la date exacte de la fin de l’?re que nous achevons de vivre, ils penseront ? la guerre en Irak, ? l’effondrement encore ? venir des march?s financiers… mais ils pointeront peut-?tre Katrina comme l’?v?nement d?clencheur. Vous vous souvenez de Katrina ?

New-Orleans a toujours v?cu dangereusement. Iberville, Bienville, Laffite. Elle est n?e et a grandi dans une cuvette, 2 ou 3 m?tres sous le niveau du Golfe, s’en remettant ? des digues pour ne pas ?tre inond?e. Les digues ont tenu bon si longtemps, qu’on en est venu ? croire que l’on ?tait ? l’abri des vents et mar?es. ? l’abri des ouragans. Bien des experts ont dit, ? maintes reprises, que New-Orleans ?tait  » une catastrophe qui ne demandait qu’? arriver », mais bof ! Est-ce qu’on arr?te la f?te, simplement parce que les experts ont des ?tats d’?me ? Jazz, Bourbon, Julep, Easy City !

« Katrina » a pass? et a fait c?der les digues. Des milliers de morts et il est improbable que New-Orleans ne redevienne jamais ce qu’elle ?tait. On peut reconstruire les ?difices, mais on ne fera plus confiance ? ces digues. On n’oubliera pas que, quand on en avait le plus besoin, elles ont ?t? emport?es par les ?l?ments. On ne dort pas tranquille quand c’est une digue qui a d?j? c?d? qui vous prot?ge. On se voit en dessous, avec toute cette eau par-dessus.

Des milliers de victimes ? New-Orleans, mais la premi?re dont il faut marquer le deuil, c’est la cr?dibilit? de l’Am?rique. Les ?tats-Unis sont apparus comme un pays sans chef, un bateau ? la d?rive dont tous les officiers sont en goguette. A r?ver jazz, bourbon, julep… ou Irak, Afghanistan, Al Qaeda, ce qui, quand le navire est en p?ril, est une distraction tout aussi condamnable. La cr?dibilit? de l’Am?rique n’est jamais redevenue ce qu’elle ?tait.

On peut bl?mer Bush, la FEMA, le gouverneur ou le maire, mais la r?alit?, c’est que tous ces gens et tous les autres autour d’eux, tous ces gens qui ensemble constituent l’?TAT se sont d?fil?s devant Katrina. Sap?e par les b?tises et le manque d’?thique de l’administration Bush, cette digue d’autorit? et de comp?tence, qui doit prot?ger une nation, a simplement c?d?. Quand on en avait le plus besoin, elle a ?t? emport?e par les ?v?nements.

Personne ne s’est pr?occup? d’?vacuer les Noirs de New-Orleans. On leur a dit de partir, puis l’on s’en est remis ? la pens?e magique. La pens?e magique que QUELQU’UN, QUELQUE PART allait s’en occuper. Pas soi, un autre. Chacun a rempli le bout de r?le de sa description de t?che, puis s’est empress? de prouver aux m?dias qu’il avait fait sa part, mais personne n’a cherch? une solution, personne n’a tent? de FAIRE quelque chose.

Peu de gens sont morts dans la temp?te elle-m?me ; ? 19 heures, on annon?ait que le pire ?tait pass? ! Les digues ? Quelles digues ? Puis l’eau a mont? et, pendant des jours, on a eu ce spectacle hallucinant de quelques h?licopt?res rescapant quelques personnes sous les cam?ras de CNN, pendant que les autres crevaient. Alors que n’importe quel Indien de l’Amazone aurait pens? ? construire des radeaux de fortune et ? quadriller la ville en ramassant tout le monde. La haute technologie ne peut pas remplacer l’intelligence ; elle peut la faire oublier.

Pour le transport des r?fugi?s, personne n’a pens? ? r?quisitionner les autobus de la Greyhound. Pas plus que les taxis : ils n’ont jamais entendu parler de la Marne. Pas plus que de lancer un appel aux simples citoyens, lesquels conduisent pourtant bien plus d’un million de grosses voitures dans un rayon d’une heure de route de la catastrophe. L’auraient-ils fait, d’ailleurs, qu’il est bien improbable qu’ils aient eu la comp?tence logistique de g?rer l’op?ration. L’ineptie et la d?sorganisation de ceux qui sont intervenus apr?s Katrina ont ?t? stup?fiantes. L’Am?rique a ?t? incapable de g?rer une simple distribution de cartes de d?bit.

Pour l’h?bergement, personne n’a pens? ? ouvrir les bases militaires, les ?coles, les ?glises, les ?difices publics. Personne n’y a pens? ou a-t-on simplement craint que tous ces Noirs et ces pauvres salissent les parquets ? Comme il semble bien que l’aient craint les citoyens de la petite banlieue bien blanche et proprette de Gretna, dont les policiers ont arr?t?, les armes ? la main, les rescap?s noirs de New-Orleans qui voulaient se r?fugier chez eux. Charit? chr?tienne ? Fraternit? ? Simple humanit? ? ? la t?l?vision, oui ; dans ma cour, non. Alors Superdome, Astrodome… le sc?nario des Rwandais sur les terrains de foot de Goma. On a viol? et on a tu? – toujours des Noir(e)s, bien s?r – dans les stades am?ricains, pendant qu’une Garde nationale blanche rigolait et tirait des bouteilles d’eau dans la foule comme des bananes dans un zoo.

Alors, ce n’est pas seulement l’?tat am?ricain qui a craqu?. Ce sont tous les lieux communs, les a priori, les id?es r?confortantes d’une Am?rique comp?tente, riche, organis?e et surtout SOLIDAIRE qui ont ?t? balay?es. Balay?s ? la face du monde entier. L’Am?rique croyait avoir exorcis? les vieux d?mons du racisme, des in?galit?s de classe et de richesse ; elle croyait avoir convaincu le monde qu’elle l’avait fait. Mais l’Am?rique bien pensante a r?agi ? la crise de New-Orleans avec arrogance, intol?rance et une abyssale incomp?tence. Toutes les digues des formations r?actionnelles soigneusement apprises et politiquement correctes ont saut? et l’Am?rique a vu qu’elle vivait plusieurs m?tres sous le niveau de la plus ?l?mentaire d?cence.

Ce n’est pas tant l’Irak que Katrina qui a port? le coup de gr?ce ? l’Am?rique. Comment un citoyen am?ricain noir, latino, autochtone peut-il aujourd’hui se sentir prot?g? ? Comment peut-on lui demander s?rieusement d’aller se faire trouer la peau pour la patrie en Irak, alors qu’il a vu l’Am?rique de l’individualisme et de la religiosit? bigote l’ignorer totalement quand il en avait besoin ? Comment un Africain, un Sud-Am?ricain un Arabe peut-il avoir du respect pour l’Am?rique ? M?me la derni?re digue, celle de la crainte r?v?rencielle de la puissance am?ricaine a ?t? battue en br?che.

Alors une id?e a germ? dans la t?te du Noir Obama, une petite bestiole d’id?e qui a essaim? dans la t?te des autres Am?ricains, noirs ou blancs, mais tous laiss?s pour compte par un syst?me inique : les choses devraient changer. NOUS POUVONS CHANGER L’AM?RIQUE.

Puis, contre toute attente, malgr? la corruption, la manipulation, la d?c?r?bration programm?e de l’Am?rique, d’autres digues ont commenc? ? craquer. Celles des pr?jug?s et du cynisme. Ce n’?tait pas encore gagn?, mais il devenait POSSIBLE qu’une grande vague d’eau propre, d?tourn?e d’un fleuve d’espoir qui n’avait jamais tari, vienne nettoyer les ?curies de l’Am?rique. Obama.

Mais on est ? reconstruire la digue. Toute l’Am?rique des pr?jug?s, de l’obscurantisme, la masse de ceux qui en ont fait le d?sastre que nous voyons aujourd’hui sont ? remettre pierre sur pierre pour bloquer la vague. Pour que les ?curies ne soient PAS nettoy?es.

L’Am?rique se pr?pare ? perdre sa derni?re chance.

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    Haha, Monsieur, vous me faites rire ! Pour croire que Sénateur Obama est rien qu’un autre représentative du système politique américain corrompu fichu capitaliste semble naïve.