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Nul n’est m?chant volontairement

Image Flickr par neloqua

Ce texte portera sur le th?me : ??nul n?est m?chant volontairement??. Cette th?se d?origine socratique stipule que c?est l?ignorance qui est la m?re de tous les vices. ?J?analyserai cette id?e ? travers les th?mes du libre arbitre et de la libert? chez plusieurs philosophes : Socrate/Platon, Aristote, J?sus, Plotin, Spinoza et Osho.

Platon explique cette th?orie par la bouche de Socrate dans son dialogue Gorgias. Cette th?se est reli?e ? deux autres :

??Commettre l?injustice est pire que la subir; Quand on est coupable il est pire de n??tre pas puni que de l??tre. L?injustice est un vice, une maladie de l??me, c?est pourquoi nul ne peut vraiment la vouloir (on ne peut vouloir ?tre malade), et la punition, qui est comparable ? la m?decine, est b?n?fique ? celui qui la subit.??[1]

Il est question d?une punition constructive qui sert ? faire prendre conscience des cons?quences d?une mauvaise action et de la r?parer ou de la compenser. L?attitude commune, qui ?tait celle des sophistes, face ? la justice est de croire au contraire qu?il est pire de subir l?injustice que de la commettre et que les lois sont institu?es dans le seul but de notre commune conservation. Ainsi, nous ne sommes justes que par crainte d??tre puni, donc si nous pouvions ?tre injustes sans ?tre puni, on ne reculerait devant aucun vice pour dominer les autres. Nous serions injustes pour accomplir tous nos d?sirs.

Platon s?oppose syst?matiquement ? cette th?se, qui ne veut ??que l?apparence de la justice, l?impunit?, pour pouvoir accomplir n?importe quelle injustice.??[2] Il consid?rait que l?ignorance de ce qu?est le bien ou de la fa?on d?y parvenir, est la cause de ceux qui croient vouloir ?tre injuste. Ceux-ci confondent ??le bien apparent (le plaisir, la satisfaction imm?diate des d?sirs les plus d?r?gl?s) avec le bien r?el, la sant? de l??me?(…) ?tre injuste est faire son malheur en croyant se faire plaisir.??[3]

Cette th?se nous? m?ne aux questions m?taphysiques de la v?rit? et de la libert?, car cette argumentation se base sur la croyance que la v?rit? est une, donc universelle, c?est-?-dire que deux opinions contraires ne peuvent pas ?tre vraies toutes les deux en m?me temps concernant un m?me sujet. Ainsi, on ne peut pas affirmer que l?exercice de la vertu entra?ne la sant? de l??me et que la sant? de l??me s?acquiert gr?ce ? la satisfaction de tous nos d?sirs, puisque pour satisfaire tous nos d?sirs il faut parfois renoncer ? la vertu. Les opinions des sophistes et de Platon/Socrate ne peuvent pas ?tre toutes les deux vrais. Si nul n?est m?chant volontairement, alors sommes-nous libre et qu?est-ce que la libert??

Platon croyait que nous pouvons ?tre libre, pas libre de choisir, mais libre gr?ce ? nos bon choix. Nous avons un choix, mais il est illusoire, car avec une connaissance juste on agit bien et le mal est l?effet de l?ignorance. Ainsi, le bien a des cons?quences positives, le mal des cons?quences n?gatives. Donc, le bien nous rend heureux et le mal nous fait souffrir. Puisque tout le monde veut le bonheur et ?viter la souffrance, la connaissance d?une situation nous fera toujours faire les bons choix. Nous avons des choix, mais nous ne sommes pas libres en les faisant. C?est en faisant les bons choix que nous devenons plus libre, car nous augmentons notre capacit? d?agir et de pers?v?rer dans notre ?tre, ce qui est en accord avec notre propre nature. La nature humaine est d?agir humainement, c?est-?-dire vertueusement. Pour faire le bon choix, il faut conna?tre les lois de la nature, particuli?rement de la nature humaine et s?y soumettre en les utilisant ? notre profit, ainsi on ?limine les contraintes ? notre bonheur, donc on est plus libre.

Platon consid?rait la libert? en opposition avec l?id?e dominante de son ?poque, profess?e par les sophistes. Ceux-ci concevaient la libert? comme la satisfaction de tous nos d?sirs, donc l?absence de contraintes pour leur satisfaction. ? l?oppos?, Platon consid?rait que la satisfaction des d?sirs immod?r?s est esclavage, car nous sommes alors esclave de nos d?sirs, donc domin?s par eux. La libert? est la ma?trise de soi gr?ce ? la connaissance de soi, donc nous ne poss?dons aucune libert? de choix puisque l?effet qu?est le mal est d? ? la cause qu?est l?ignorance (personne ne veut ?tre esclave, donc ?tre esclave de ses d?sirs c?est ?tre ignorant de ce qui est bien pour soi-m?me), tandis que le bien est caus? par la connaissance ou l?opinion vraie. Le choix est illusoire parce qu?il existe uniquement ? cause de notre ignorance du meilleur choix. L?opinion vraie est la bonne r?ponse concernant un sujet pr?cis, c?est le bon choix, mais de fa?on fragile et accidentelle, car le choix n?a pas ?t? fait gr?ce ? une connaissance juste (pl?onasme) consciente de l??tre.

Si nul n?est m?chant volontairement, alors la haine et la vengeance sont des erreurs de jugement, la sagesse est donc d??prouver de la compassion envers les gens qui font du mal aux autres et par cons?quent ? eux-m?mes sans le savoir. En fait, la haine et la vengeance sont surtout dommageables ? celui ou celle qui les ressent, autant concernant son bonheur que sa sant?. Ce sont des ?motions autodestructrices, mais il ne faut pas les refouler parce qu?on les consid?re inacceptables, nous devons plut?t les exprimer sainement afin de les d?charger et de les dissoudre. La fa?on de faire est d?exprimer la charge ?motive verbalement, par des cris, des pleurs et des coups (sur des objets comme un matelas ou un coussin) dans un endroit appropri?.

Quelle utilit? a le libre arbitre (la libert? de choix de la volont?) ? part de justifier la responsabilit?-culpabilit?, et celle-ci ? part de susciter la condamnation? Celle-ci am?ne le m?pris et ne montre pas ce qu?est le bien. En aimant ceux qui font le mal, on montre ce qui est bien, tandis qu?en les m?prisant on tombe dans le vice qu?on leur reproche. Les moralistes consid?rent les mauvaises actions comme un vice de la nature humaine : celui qui agit mal est moralement condamnable parce qu?il est responsable-coupable de ses actions, il ne suit pas les conseils des moralistes, il n?utilise pas correctement sa volont?. Voici la critique de Spinoza envers les moralistes :

??Ils cherchent donc la cause de l?impuissance et de l?inconstance humaines, non dans la puissance commune de la Nature, mais dans je ne sais quel vice de la nature humaine et, pour cette raison, pleurent ? son sujet, la raillent, la m?prisent ou le plus souvent la d?testent: qui sait le plus ?loquemment ou le plus subtilement censurer l?impuissance de l??me humaine est tenu pour divin.??[4]

Platon croyait qu?il est pire de ne pas ?tre puni que de l??tre, car la punition constructive est un rem?de appropri? pour nous faire comprendre notre erreur. Une fois comprise nous profitons des bienfaits d?une conception juste. L?injustice s?me la confusion dans notre esprit, nous fait souffrir, donc nous rend malheureux, et l?impunit? nous emp?che de dissiper la confusion afin de comprendre l?erreur d??tre injuste.

Apr?s avoir fait le tour de l?argumentation socratique et platonicienne de cette th?se, ses fondateurs seront critiqu?s par Aristote, disciple de Platon ? l?Acad?mie. Aristote discutait de ce sujet dans son trait? ?thique ? Nicomaque.[5] Il croyait que ??nous pouvons nous abstenir d?une bonne action??[6]. Mais qui voudrait s?abstenir d?une bonne action, si toute bonne action est bonne pour nous-m?mes?

Aristote essayait de d?montrer que le vice est d? ? notre volont?, sinon l??tre humain ne serait pas le g?n?rateur de ses actes. Pourtant Platon ne niait pas cela, il disait seulement que le vice est d? ? notre volont? ignorante et que l?individu est g?n?rateur de ses actes, mais selon sa connaissance. Ainsi l?action de l?individu n?est que l?interm?diaire entre sa pens?e et la ou les cons?quences de l?action. Sa pens?e est telle que ses connaissances la d?termine, et les connaissances sont dues ? l?environnement socio-culturel et ? la g?n?tique propre de la personne.

Pourtant Aristote d?fini la libert? d?une fa?on tr?s semblable ? son ma?tre Platon. ? l?instar de celui-ci, il consid?rait qu?une action libre est dict?e par la raison (donc une connaissance ad?quate). La connaissance est encore l?instrument de la libert?: ??En effet, qui n?est pas ma?tre de soi est capable de d?sirer, non d?agir par libre choix; en revanche, qui est ma?tre de soi agit par choix d?lib?r? et non sous l?impulsion du d?sir.??[7] Encore une fois, le choix que nous faisons d?pend de notre degr? de connaissance et en accord avec son ma?tre, il consid?rait l?impulsion du d?sir comme esclavage.

Aristote croyait que la volont? choisie le vice ou le bien, ce qui est vrai, mais il faisait l?erreur de croire qu?une connaissance juste peut choisir le vice, donc il ne croyait pas que faire le mal nous rend malheureux, car qui voudrait ?tre malheureux volontairement? Personnellement, je crois que si on peut faire notre bonheur en faisant le mal, alors le bonheur et l?amour universel sont utopiques. Et si c?est le cas, adieu l?optimisme d?un monde meilleur, d?un id?al collectif r?alisable. Ainsi la vie est absurde et le fatalisme est la meilleure fa?on de penser?

J?sus aussi croyait que nul n?est m?chant volontairement, car ses paroles en sont la cons?quence. Il enseignait de s?aimer les uns les autres sans exception, de pardonner, que toute personne valait infiniment mieux que la pire de ses actions. Ainsi, si certains veulent le mal pour le mal en leur pleine conscience, pourquoi aimer ces ?tres mal?fiques? Comment pourrait-on pr?cher un tel id?al en pensant que les humains sont absolument responsables-coupables de leurs actes?

Plotin, dans son trait? (I, 8) De l?origine des maux, d?crit le mal comme un manque de mesure, illimit?, informe, d?ficient, ind?termin?, instable, passible, jamais rassasi?, pauvret? compl?te. Une telle conception ne con?oit rien d?autre que le manque de contenu intelligible. Notre pens?e est ainsi comme remplie d?ind?termination, obscurcie, affaiblie. On sait que Plotin reprend beaucoup des th?ses de Platon et celle-ci appuie la conception platonicienne que nul n?est m?chant volontairement, mais par ignorance, donc le mal est d? ? l?obscurantisme. Pour lui le mal n?a pas d?existence propre, il n?est que l?absence de bien. Celui-ci provient d?une activit? de l?esprit, tandis que celui-l? provient d?une passivit? de l?esprit qui subit ses d?sirs plut?t qu?il ne les cr?e par une raison saine comme le ferait le bien.

Spinoza, quant ? lui, consid?re qu?il faut comprendre ce qui cause les actions. Qu?un ?tre humain soit jaloux, cruel, ambitieux, l?che, injuste, etc., on peut l?expliquer de la m?me mani?re qu?on explique les lois physiques ou qu?un chien a la rage. On ne bl?me pas un chien parce qu?il a la rage, on ne bl?me pas la pluie parce qu?elle tombe quand il pleut : il faut chercher ? comprendre par les causes, pour pr?venir et pour gu?rir. On peut comprendre les mauvaises actions de la m?me fa?on. C?est ce qui explique le projet de Spinoza : ??ne pas rire, ne pas pleurer, ne pas louer, ne pas bl?mer, mais comprendre.??[8] ? quoi sert de m?priser l??tre humain qui agit mal, puisqu?il n?est pas responsable-coupable de ses actes, ?tant donn? qu?il agit selon sa connaissance d?ficiente (son ignorance). Et s?il agit selon une connaissance juste il fait le bien,? qu?il ne pouvait pas contourner, puisque bien agir c?est faire son propre bonheur, et personne ne veut ?tre malheureux. Mais, m?me si on n?est pas responsable-coupable de nos actions, car nous ne sommes qu?un maillon de la cha?ne de la causalit?, notre compr?hension de cette cha?ne peut nous en faire tirer profit. Ainsi ?tre libre c?est comprendre les lois qui d?termine la vie et notre bonheur et les utiliser ? notre profit. Donc, nous ne sommes pas responsables-coupables de nos gestes, mais on doit quand m?me subir les cons?quences de nos actions :

??(…) Mais je ne nie que, ? cause de cela, tous doivent atteindre la b?atitude : les hommes, en effet, peuvent ?tre excusables et cependant ne pas jouir de la b?atitude, mais souffrir mille maux. Un cheval, en effet, est excusable d??tre cheval et non pas homme : mais n?anmoins, il doit ?tre cheval et non pas homme. Celui qui devient enrag? par la morsure d?un chien est excusable, mais l?on a pourtant le droit de l??trangler. Et celui, enfin, qui ne peut gouverner ses d?sirs ni les ma?triser par la peur des lois est certes justifiable en raison de sa faiblesse, mais il ne peut cependant pas jouir de la tranquillit? de l??me, de la connaissance et de l?amour de Dieu, et il p?rit n?cessairement.??[9]

Cette th?se est reli?e ? une conception d?terministe du monde, mais sans fatalisme du point de vue de la conscience humaine, car notre connaissance nous permettra toujours d?agir en vue de notre bonheur. Nous pouvons cr?er notre vie selon nos pens?es. Si nous connaissions tout nous ferions automatiquement toujours les meilleurs choix. Notre ignorance nous donne l?illusion d??tre libre de faire des choix. Seule une conscience absolue, totale, parfaite, peut tout pr?voir. L??tre humain, nomme hasard ce qu?il ignore et libre choix, le dilemme quand il ne conna?t pas le bon choix. La libert? est red?finie, elle n?est plus l?ind?termination de la volont? confront?e ? un choix, mais l?absence de contrainte gr?ce ? l?application du bon choix.

La libert? pour un humain c?est de conna?tre, mais pour cela la connaissance doit ?tre possible, ainsi la v?rit? doit ?tre une, universelle. Ainsi, cette th?se r?fute le scepticisme, la sophistique, l?anti-cognitivisme moral et le relativisme moral. Les connaissances sont diff?rentes chez chacun ? cause de l?ignorance, mais si les gens connaissaient le meilleur choix, ils feraient tous le m?me. Ainsi le libre arbitre existe en tant qu?illusion (dans le sens o? la r?alit? est diff?rente derri?re les apparences) gr?ce ? l?ignorance, car la connaissance entra?ne un seul et m?me choix. Socrate et Spinoza enseignaient que la connaissance du bien entra?ne automatiquement sa pratique, car comment pourrions-nous accepter de faire ce qui est mal puisque le mal nous rend malheureux, sinon par ignorance que c?est mal pour nous-m?mes? Cette ignorance n?est pas seulement rationnelle, car la connaissance doit ?tre int?gr?e ?motivement avec assez de conviction pour compenser les passions contraires que nous subissons. Ce dilemme entre la raison et des passions qui lui sont contraires ou simplement entre des passions contraires peut donner l?illusion d?une libert? de choix, car nous avons conscience de nos d?sirs, mais pas des causes qui d?terminent notre choix?:

??C?est ainsi qu?un enfant croit d?sirer librement le lait, et un jeune gar?on irrit? vouloir se venger s?il est irrit?, mais fuir s?il est craintif. Un ivrogne croit dire par une d?cision libre ce qu?ensuite il aurait voulu taire. De m?me un d?ment, un bavard et de nombreux cas de ce genre croient agir par une libre d?cision de leur esprit, et non pas porter par une impulsion. Et comme ce pr?jug? est inn? en tous les hommes, ils ne s?en lib?rent pas facilement. L?exp?rience nous apprend assez qu?il n?est rien dont les hommes soient moins capables que de mod?rer leurs passions, et que, souvent, aux prises avec des passions contraires, ils voient le meilleur et font le pire : ils se croient libre cependant, et cela parce qu?ils n?ont pour un objet qu?une faible passion, ? laquelle ils peuvent facilement s?opposer par le fr?quent rappel du souvenir d?un autre objet.??[10]

Osho aussi consid?re que tout part de soi et que tout est li?, donc que faire du mal aux autres c?est faire son propre mal. Voici ce qu?il affirme ? ce sujet?:

??N?oubliez pas que lorsque vous cr?ez de la souffrance pour quelqu?un, inconsciemment vous cr?ez en m?me temps dela souffrance pour vous-m?me ? parce qu?une pens?e est une arme ? double tranchant. Elle vous blesse en m?me temps qu?elle blesse l?autre personne.??[11]

En conclusion, je consid?re que la v?rit? de cette th?se se ressent ? travers la beaut? de ses intentions et de ses cons?quences. Elle ?limine le cercle vicieux de la violence. Elle d?fend le bien, et d?sarme le mal par le bien. Cette th?se incite ? aimer, ? travers une tol?rance parfaitement ajust?e, o? le mal n?est pas la personne dans son int?grit?, mais plut?t sa pens?e et son action. ??Enseignons ce qui est bien et abstenons-nous de critiquer ce qui est mal??, disait Spinoza. Ce qui ne nous emp?che pas d?exprimer et d?expliquer le mal et ses cons?quences, dans le but de le comprendre et de le corriger. Le but est simplement d??viter de condamner les gens, ce qui suscite de la r?sistance plut?t que l?ouverture au changement.


[1]AMIEL, Anne, 50 grandes citations philosophiques expliqu?es, ?d. Marabout, 1990, p. 110.

[2] Ibid. pp. 110-111

[3] Ibid. p. 111

[4] SPINOZA, B., L??thique, 3e partie Pr?face, ?d. Gernier-Flammarion, 1965, p. 133.

[5] Aristote, ?thique ? Nicomaque, Paris, G-F Flammarion, 1965, pp. 74 ? 78.

[6] Ibid. p. 74-75

[7]Ibid. p. 69

[8] Ibid. de la note #1, p. 160.

[9] Spinoza, B., R?ponse ? H. Oldenburg, 1676, lettre LXXVIII, La Haye, Pl?iade 1954, p. 1351.

[10] Spinoza, B., L??thique, 3e partie, Pr?face, ?d. Garnier-Flammarion, 1965, p. 133.

[11] Osho, Tantra supr?me sagesse, ?d. Ronan Denniel, 2001, p.46.

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    J’ai écrit ce texte à l’université il y a plus de 10 ans et je suis toujours aussi convaincu que personne n’est méchant volontairement, fondamentalement, pour les raisons évoquées dans ce texte, et d’autres encore. L’être humain est fondamentalement bon, c’est la société qui le corrompt comme le disait si bien Jean-Jacques Rousseau.

    Par contre il y a un point dans ce texte avec lequel je ne suis plus d’accord. C’est la thèse de Platon qui stipule que la punition est bénéfique à celui qui la subit. Après réflexions sur le sujet, je suis devenu partisan d’une éducation sans punition ni récompense. Osho prétend que c’est en partie grâce à une telle éducation qu’il est devenu le grand maître spirituel qu’il était.

    Le Châtiment ou la punition peut avoir comme utilité de préserver la sécurité de la société, par exemple en emprisonnant un individu qui a commis un crime dangereux, mais il est faux de prétendre que cela lui sera bénéfique, ce qui est rarement le cas. L’adulte ou l’enfant doit apprendre selon les réactions des autres à ses gestes ou par la discussion, parfois en lui laissant du temps. On peut exiger qu’il corrige un préjudice causé, mais sans intention de punir, donc sans que cela n’ait pas de rapport avec la réparation comme l’envoyer dans sa chambre ou lui infliger un sévice corporel. Je termine sur une citation de Nietzsche à ce propos :

    « Le vrai remords est extrêmement rare, surtout parmi les forçats et les criminels; les prisons, les bagnes ne sont pas le milieu propice à la prolifération de cette espèce de ver rongeur. (…) Dans l’ensemble, le châtiment endurcit et refroidit; il concentre; il aiguise le sentiment d’être étranger; il augmente la force de résistance. S’il lui arrive de briser l’énergie et de conduire à la prostration et à l’avilissement, c’est là un résultat certainement encore moins réjouissant que l’effet courant du châtiment qui se caractérise par une gravité froide et sombre. Mais à considérer ces millénaires antérieurs à l’histoire de l’homme, on peut affirmer sans hésiter que c’est le châtiment qui a le plus fortement entravé le développement du sentiment de culpabilité, du moins chez les victimes de la force qui punissait. N’oublions pas à quel point le spectacle des procédures juridiques et exécutoires empêche le malfaiteur d’apercevoir ce qu’il y a de condamnable en soi dans son action : car il voit que l’on commet exactement les mêmes actions au service de la justice et qu’on les approuve alors, qu’on les commet avec bonne conscience : espionner, tromper, corrompre, tendre des pièges, tout l’art captieux et rusé des policiers et des accusateurs, et ensuite ces actions fondées en principes, qui n’ont même pas la passion pour excuse, et qui sont inscrites dans tous les types de châtiments, déouiller, faire violence, déshonorer, incarcérer, torturer, mettre à mort, – tout cela n’est pas rejeté et condamner en soi par les juges, mais seulement à certains égards et dans une certaine pratique. (…) En somme, l’effet que le châtiment peut produire, chez l’homme et l’animal, c’est d’augmenter sa peur, (…) le châtiment apprivoise l’homme, il ne le rend pas meilleur. »

    En définitive, la punition a apporter beaucoup plus de problèmes, dans l’histoire humaine, qu’elle n’en a réglée. En fait, en considérant que réparer un préjudice commis d’une façon juste et équivalente n’est pas une punition, mais une façon saine d’éviter la vengeance, alors la punition n’a jamais rien apporter de bon à la société. Elle ne fait qu’alimeter la haine, la vengeance et le malheur.

    Cordialement,

    Nicolas