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Noir c’est noir

Les mots passent désormais au crible d’idéologies toujours plus empreintes d’un extrémisme totalement exacerbé. Plus rien n’est possible désormais sans que vous soyez accusé par les uns puis par les autres d’intentions qui viseraient parait-il à nuire à une catégorie de la population, catégorie au demeurant qui en exclut les autres ou les assigne à un rôle particulier.

Ainsi, chaque groupe humain est maintenant non seulement porteur de toute l’histoire de ses ancêtres mais qui plus est, responsable devant l’histoire. À partir de ce postulat radical, plus rien n’est envisageable, à commencer par la coexistence en harmonie. Il y aura toujours un épisode désastreux à mettre sur le compte d’une communauté quelconque et celui-ci va revenir à la face d’héritiers lointains qui n’y sont pour rien.

Il est vrai qu’au bilan global, il y a des héritages plus ou moins pesants, plus ou moins porteurs de lourdes responsabilités. Pour ceux qui sont Européens de souche, il faudrait assumer les fautes d’un colonialisme qui a viré à l’esclavagisme en oubliant que cette horreur absolue n’a jamais été une exclusivité. L’histoire se focalise sur certaines périodes tout en obérant d’autres qui pourraient venir rompre cette commode victimisation anachronique.

Dans cette vague d’intégrisme racial qui contrairement à ses objectifs initiaux, entérine implicitement la notion de race sans que celle-ci ne se fonde sur aucune réalité biologique, les plus mauvaises intentions se cachent derrière des postures de principe. Elle fait amalgame de tout, mélange le passé et la langue, les tournures langagières et les pensées les plus sombres dans une inculture sidérante.

Le pauvre Léopold Sédar Senghor tout comme Aimé Césaire doivent s’indigner du haut de leur olympe littéraire qu’on ne puisse plus évoquer la négritude. Ils ont su transcender un mot terrible, l’élever au-dessus de la fange qui n’était que du seul fait des bourreaux. C’est en agissant de la sorte qu’on élève le débat non en jouant les compères la vertu pour éliminer du lexique un mot qui a largement dépassé sa seule désignation initiale.

Noir c’est noir au jeu des symboliques qui sont effectivement éminemment culturelles comme en témoigne Michel Pastoureau avec talent. Venir mettre du pastel ou nier l’utilisation des expressions relève du plus profond crétinisme. La langue est porteuse d’une histoire qui n’est jamais toute rose ni même blanche comme neige. Il appartient de lui laisser ses aspérités, ses horreurs, ses travers qui sont point d’appui pour une véritable réflexion qu’aucune prohibition ne pourra jamais permettre.

Noircir la page blanche même pour celui qui n’est que le porte plume d’un auteur factice n’a rien d’ignominieux. Quand la langue se métisse, le nègre est certes le créateur anonyme d’une œuvre signée par un autre mais il conserve toute sa tête et a le mérite de ne pas faire tapisserie dans les salons du livre où les dix petits nègres d’Agatha Christie doivent changer de titre pour en relancer la vente.

Voilà une nouvelle preuve de la dictature de la novlangue en Technicolor. On noie le poisson, on distille le poison d’une langue totalement aseptisée, privée de ses reliefs, de ses aspérités, des particularismes et des idiomes. Tout doit passer dans la moulinette de l’insipide, du conforme, du fade et sans saveur. Les mots eux-mêmes doivent passer les griffes des nouveaux tribunaux de l’inquisition. Le genre lui aussi doit se plier à cette censure de la bonne conscience.

À agir de la sorte, il faut non seulement déboulonner toutes les statues mais plus encore brûler tous les livres qui déplaisent à tel ou tel groupe de pression. Avant de publier un manuscrit, il faudra bientôt faire examiner son manuscrit par des avocats pourvu qu’ils ne soient pas marrons.

Noir&blanchement vôtre.

 

C’est Nabum

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