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Netflix-Arte : quand une fiction est plus proche de la réalité qu’un documentaire !

C’est tout simplement sidérant. Un ami m’avait téléphoné il y a quelques jours, en me disant « tiens au fait tu as vu le doc d’Arte sur l’histoire du trafic de drogue car ça devrait t’intéresser, vu ce dont tu parles sur Cent Papiers ? » Je lui avais répondu que non, mais que j’irais jeter un œil, pour sûr, promis, vu le sujet en effet.

J’ai donc regardé ça hier soir, entre deux rédactions d’articles sur le Belize et le Quintana Roo, où les  jets bourrés de coke se crashent toutes les semaines ou presque comme vous le savez, en me lisant.  Après un premier épisode déjà douteux (1), je vous avoue que je suis littéralement tombé de ma chaise avec le second…

En voyant débouler devant la caméra un ex-directeur de la DEA (Robert C. Bonner) venu donner une version des faits totalement biaisée, celle dénoncée il y a 7 ans maintenant, déjà. Comment donc les réalisateurs ont-ils pu se laisser ainsi berner par ce qui est de la propagande pure est simple, me laisse pantois.

Surtout qu’en face, chez Netflix qui, on le sait, fait plutôt dans la fiction, on a proposé sur le même sujet – la mort mystérieuse d’un agent de la DEA-  un épisode de Narcos, le dernier de la saison 1,  (« Operation Leyenda ») et toute la saison 2, un récit finalement bien plus proche de la réalité (la saison 4 y revient aussi) ! Depuis quand la fiction est-elle devenue plus « historique » que le documentaire ? C’est le monde des médias et de l’information qui marche à l’envers là !!!  Ou plutôt, celui d’une désinformation gravissime, qu’il convient de dénoncer encore une fois !!!

C’est une affaire dans l’affaire, ce dont je vous ai déjà touché un mot il y a quelque temps ici-même. Une sombre, très sombre histoire, tellement sombre que dès que les USA ont l’occasion de l’occulter ou de la transformer à leur profit, ils n’hésitent pas à le faire.  Je vous l’avais expliquée en détail, cette affaire, il y a 5 ans déjà ici. Dans l’épisode « Coke en stock (CII) » de ma série (le 102 eme donc, aujourd’hui, on a dépassé le CCLXXX, soit le N°280 !!!).

Je vous la résume, donc, aujourd’hui : je m’étais à nouveau penché sur la question, à la suite d’une annonce fort surprenante : le trafiquant Rafael Caro Quintero, ex « most wanted fugitive » du FBI, arrêté et emprisonné pour 40 ans, venait à la surprise générale d’être libéré, en 2013, de sa prison mexicaine, après y avoir passé 28 ans et non 40. La décision, aberrante, avait beau avoir été cassée par la Cour suprême du Mexique, Quintero avait déjà pris vite fait l’avion et était déjà passé dans la clandestinité, pour être de nouveau recherché par lez FBI !!! Incroyable nouvelle !!!

Il n’avait d’ailleurs pas pris n’importe quel avion, comme j’avais pu aussi vous le dire. C’était un Hawker, immatriculé  XB-MGM… dont on a retrouvé l’épave calcinée en Apure, au Venezuela, le 6 novembre 2013:  un appareil prétendument abattu par l’aviation vénézuélienne et en fait incendié une fois tranquillement posé au sol… en pleine brousse (ici à droite).  Il était passé au préalable par l’aéroport de Queretaro où était monté Quintero, et avait été très certainement piloté par un pilote vétéran d’ElChapo appelé Víctor Calderón Cortéz (cf à droite), lui même retrouvé mort, carbonisé, dans un autre Hawker,
le N720JC, tombé en 2018 au Venezuela, dans la région d’El Pao (Pao de San Juan Bautista … (ici à gauche).   C’est comme ça, la carrière de Quintero est jonchée de cadavres, même la mort de son pilote a été accidentelle !!!

La découverte qui lui coûtera la vie

Rafael Quintero, à la réputation de tueur sanguinaire au service de Felix Gallardo, le chef du tout premier cartel de drogue mexicain, avait été rapidement rendu responsable de la mort d’un agent de la DEA, appelé Enrique Camarena, originaire de Mexicali, en Basse-Californie, et surnommé Kiki par tous ses collègues. Ce dernier, agent efficace, qui avait réussi à infiltrer le Cartel de Guadalajara, avait découvert en 1984 un endroit qui allait le mener en fait à sa perte.  Des étendues immenses couvertes par des filets pour ne pas être vues d’avion et hébergeant des centaines de milliers de plants de marijuana, dans un endroit appelé la Colonia El Búfalo qui couvrait au total plus de 1 000 ha répartis sur 13 chaos différents, (représentant 168 terrains de football mis côte à côte !) : une véritable industrie à ciel ouvert (mais avec filet au-dessus !) où travaillaient jusqu’à 10 000 personnes. Une étendue immense qui rapportait gros, très gros : on pense qu’à son apogée elle générait 8 milliards de revenus (actuels) aux trafiquants mexicains (nota : les photos couleurs proviennent d’une saisie plus tardive en 2011 mais selon le même principe, la seule d’origine est celle en noir et blanc en tête du chapitre). A gauche, c’est Enrique Camarena à Colonia Búfalo.

Ayant averti ses supérieurs de l’existence de cette incroyable usine à marijuana, Kiki Camarena venait en fait de signer son arrêt de mort. Il ignorait en effet qui il y avait exactement derrière cette gigantesque production de drogue. Il n’y avait pas que des trafiquants mexicains ! Quintero était  un entrepreneur avisé à sa manière : il revendait la cocaïne colombienne, mais il ne facturait pas de frais aux Colombiens pour le transport de drogues aux États-Unis : il conservait simplement pour lui une partie des expéditions, souvent jusqu’à 50%, qu’il revendait ensuite à son compte.  Il travaillait surtout, à cette époque… pour la CIA, qui voyait dans les revenus juteux de la marijuana de quoi alimenter ses caisses pour s’acheter des armes et les fournir aux Contras !!!  Devenu riche, surnommé « El Narco de Narcos », il volait en « jet » de l’époque, un AeroCommander 840 à turbines immatriculé TI-AQM (ici à droite).

La (première) fuite rocambolesque de Quintero

Lors de la découverte du cadavre de l’agent américain, torturé de façon inimaginable (2), Quintero avait vite fui, de peur d’être arrêté. Il s’était envolé en Gulfstream vers le Costa Rica, mais pas de façon très classique. C’est le pilote des coups tordus, Tosh Plumlee, qui l’avait vu emmené à bord d’un avion… de la CIA. Car à cette époque, Quintero était une pièce maîtresse de l’organisation Reagan, pour fournir de la dope, de la coke, celle qui nourrissait en argent pour acheter des armes aux contras dans leur lutte au Nicaragua. Son arrestation était l’œuvre d’une duplicité totale : c’était l’allié des américains, comme l’avait aussi été Ben Laden dans un autre registre (quoiqu’il trafiquait aussi de l’opium afghan) avant de se retourner contre eux. Un journaliste,  venu interviewer Plumlee, affirmera en effet ceci : « un peu plus tard, je trouvé des preuves plus intéressantes. Des copies d’une série de cartes livrés au gouvernement américain et classifiées jusqu’en 2020, montrant par quelles routes délimitées par Plumlee passaient les armes et la cocaïne transportée. L’entraînement des membres des forces des Contras nicaraguayens dans les ranchs de Caro Quintero étaient également détaillées. Ces cartes finalement m’ont convaincu que Plumlee était bien le pilote; L’homme qui était entré aux États-Unis transportant plus de 40 tonnes de cocaïne à la CIA, dans une période d’un an et, qui, en 1985, transporterait Caro Quintero au pays ».

Parmi les documents décrits dans l’article, se trouve une lettre signée Gary Hart, ancien sénateur démocrate, en date du 14 février 1991, envoyée au sénateur John Kerry qui deviendra plus tard le responsable du Subcommittee on Terrorism, Narcotics and International Communications au Congrès ! Hart y décrivait un entretien avec Plumlee de mars 1983, dans lequel ce dernier avait décrit point par point les opérations clandestines menées par la CIA. Parmi les détails donnés, un ranch près de Veracruz appartenant à Rafael Caro Quintero… Dans la lettre, Plumlee affirmait que ce n’était même pas la CIA la responsable, mais carrément et directement la Maison Blanche, le Pentagone et la NSC (la National Security Council) !!! Les côtés sombres de l’ère Reagan qui annonçaient celle de G.W.Bush !!!

Une scène rocambolesque

La scène du départ au Costa Rica de Quintero vaut en effet son pesant de mouron :  c’est un plan machiavélique qui avait été mis au point pour jeter en prison Quintero sans avoir l’air de le faire : « Au début de mars 1985, on a appris que Caro Quintero devait sortir de Guadalajara pour échapper à la chasse à l’homme qu’avait déclenchée le président américain Ronald Reagan en fermant la frontière américaine avec le Mexique, et des agents de la DEA ont couru à l’aéroport de la ville pour trouver des agents de la Direction de la Sécurité Fédérale du Mexique DFS et le jet Gulfstream de Caro Quintero. Selon Héctor Berrellez, investigateur principal de la DEA sur l’enlèvement, la torture et l’assassinat de l’agent Enrique « Kiki »,  Camarena, Caro Quintero est apparu à la porte de l’avion tenant une bouteille de champagne et en criant aux agents de la DEA fortement armés : « mes enfants, la prochaine fois apportez donc plus d’armes. » Les agents de la DEA en armes faisant une haie d’honneur à un narco trafiquant, avouez que c’est plutôt rare… Caro Quintero s’était d’abord envolé vers le Nord, vers Sonora, emmené par le pilote Costa Ricain Warner Lotz, pour aller voir son frère Miguel avant de rejoindre son ranch de Veracruz. De la frontière du Guatemala, un autre pilote, Luis Carranza, l’avait emmené au Costa Rica. Une fois là-bas, la CIA pouvait alors demander au Costa-Rica de l’arrêter…. pour mieux l’extrader ensuite vers les USA ! Au lieu de ça, Quintero fut renvoyé au Mexique par le Costa-Rica … raconte Plumlee (ici à droite il y a quelques années). Manque de chance pour les USA, l’homme était resté emprisonné au Mexique, à la grande déception de l’équipe du successeur de Reagan, à savoir G.H.Bush, ancien… de la CIA…

Un étrange article du New-York Times

Camarena avait été massacré, et la CIA le savait donc très bien, et pour cause. Elle avait laissé faire, les trafiquants, comme les policiers corrompus du narco-état qu’était alors devenu le Mexique. Dans ses dossiers révélés (« déclassifiés »), on trouve une autre affaire étrange : le récit, dans un journal, de la mort de deux autres résidents américain au Mexique.  C’est un extrait du New-York Times qui, le 19 juin 1985, parle de deux autres corps retrouvés enterrés à la va-vite par la police mexicaine (ici à droite).  Ceux de John Walker 36 ans, qui vivait depuis un an au Mexique et Alberto Radelat, 33 an,s de Fort Worth, Texas. Ils étaient allés déjeuner ensemble dans un restaurant, celui de La Langosta à Guadalajara vers 22h et avaient tout de suite commencé à parler haut et fort de drogues dans la salle à manger. Le premier aurait été un écrivain en train d’écrire une nouvelle sur les drogues au Mexique.  Caro Quintero aurait été présent sur place depuis un bon moment. Croyant, selon le NYT, avoir affaire à des informateurs, il aurait commencé à les battre, puis les aurait amenés à la cuisine de l’établissement pour les attaquer au pic à glace (imaginez la scène dans un restaurant). Ils seraient morts tous deux vers minuit. Enveloppés dans des nappes, leurs corps auraient ensuite été enterrés.  Le lendemain, Francisco Tejeda, un « associé » de Quintero, avait guidé les policiers vers les deux corps enterrés.  De là, les policiers avaient alors accusé Quintero d’homicide, via les autorités fédérales mexicaines. Voilà qui tombait bien…  car cette histoire assez abracadabrantesque (en quoi « l’associé » de Quintero aurait révélé la présence des corps sachant que ce faisant il risquait à coup sûr la sienne, avec Quintero ?) serait survenue justement APRES que l’on ait découvert les corps mutilés de Camarena et de son pilote qui avait subi le même sort que lui.  Comme si l’on voulait charger tant que faire se peut la mule de Quintero, dont la réputation de violence gratuite n’était plus à faire, pourtant !!!  Comme on n’avait pas de témoins de la première affaire, on en aurait donc créé une seconde, dans un endroit où il y a davantage de gens, et donc plus de témoins potentiels !!!  Non, franchement, ça ne colle pas !  Rien ne colle là-dedans !!!

La révélation

Qui avait donc tué Kiki Camarena ? Pas Caro Quintero, il semble bien en définitive ! En 2013, un magazine, Proceso le révèle, après une très longue enquête. Ce sont des enquêteurs de la DEA, Hector Berrellez qui déballe tout, en compagnie du pilote Tosh Plumlee et d’un troisième témoin de la DEA lui aussi : Phil Jordan le responsable du El Paso Intelligence Center au Texas ! (ci-dessous à droite avec « Kiki »).  « C’est moi qui ai dirigé l’enquête sur la mort de Camarena, » dit Berrellez, et il ajoute: «Au cours de l’enquête, nous avons découvert que certains membres d’une agence de renseignements des États-Unis, qui avait infiltré le DFS (la Direction mexicaine de la sécurité fédérale), ont également participé à l’enlèvement de Camarena. Deux témoins ont identifié Felix Ismael Rodriguez. Ils (les témoins) étaient avec le DFS. Et ils nous ont dit qu’en plus, il (Rodriguez) s’était identifié lui-même comme étant de « US l’intelligence. » « La CIA a ordonné l’enlèvement et la torture de » Kiki « Camarena, et quand ils l’ont tué, ils nous ont fait croire que c’était Caro Quintero afin de couvrir toutes les choses illégales qu’ils faisaient au Mexique avec lui -le trafic de drogue », souligne Jordan. Il ajoute: « La DEA est le seul (organisme fédéral) ayant le pouvoir d’autoriser le trafic de drogue aux États-Unis dans le cadre d’une opération d’infiltration » « L’affaire d’El Bufalo n’était rien comparé à l’argent de la cocaïne vendue pour acheter des armes pour la CIA. »  Selon le rapport, Kiki avait découvert que le gouvernement américain collaborait avec Quintero dans un échange d’armes à feu contre de la drogue. L’implication de la CIA dans l’assassinat d’un agent de la DEA est rien de moins qu’une divulgation qui affaiblit grandement le pouvoir ». En supplément, tout s’imbrique, car Rodriquez, le policier qui aurait assassiné l’agent de la DEA, avait des liens également avec le lieutenant-colonel Oliver North, responsable de l’affaire des Contras, qui deviendra consultant chez Fox News et George H. Bush, le père du prédécesseur d’Obama, qui a dirigé un temps la CIA, comme on l’a déjà précisé. A gauche, la famille de l’agent de la DEA, peu de temps avant sa mort. Sa femme attend alors leur troisième garçon.

Un de plus de libéré 

Un second accusé d’avoir tué Camarena a été discrètement libéré lui aussi en 2016.  Comme j’avais suivi l’affaire de l’envoyé malheureux de la DEA, cela m’avait aussitôt alerté. C’est devenu l’article « Coke en stock (CXVI-116) : aux USA, une libération discrète qui en dit long ». L’homme qui était juste sorti de la prison de haute sécurité d’Atwater, c’est Héctor Luis Palma Salazar, alias « El Guero » qui avait failli se tuer dans un crash de Learjet en 1995. Il avait été à la tête, avec un dénommé Guzman Loera (en fait El Chapo), du Cartel du Pacifique, réputé pour sa violence (il était derrière l’assassinat du cardinal Juan Jesus Posadas Ocampo en 1993).  Son histoire et ses meurtres (celui de sa femme, décapitée, et des enfants en bas âge de celle-ci, lancés vivants d’un pont !)) est affligeante. Les américains, avais-je écrit, en faisant libérer récemment tous ceux qui ont plus ou moins été accusés d’avoir assassiné l’agent de la DEA, s’en lavaient donc les mains des années après. Enrique « Kiki » Camarena, avait été assassiné, on le rappelle, au prétexte qu’il était sur le point de raconter ce qu’il avait découvert, à savoir que c’était bien la CIA qui chapeautait et contrôlait sur place le trafic de cocaïne au Mexique ! « Depuis plus d’un quart de siècle, le gouvernement américain a enterré toute information concernant l’assassinat de l’agent de la DEA Enrique « Kiki » Camarena commis à Guadalajara en février 1985. Pas étonnant: en découvrant le cloaque, le pire nom qui est apparu est celui la Central Intelligence Agency (CIA), impliquée dans les faits plus sombres de la drogue mexicaine » explique Proceso. « Tout finit par se savoir , ajoute le magazine :  « … pour clarifier immédiatement: l’assassinat de l’agent de la DEA Enrique Camarena par la CIA; l’assassinat du journaliste Manuel Buendia; la triangulation des ressources narco mexicaines et des Contras nicaraguayens avec l’aide de l’agence d’espionnage, la formation des mercenaires centraméricains dans les ranchs mexicains, à partir desquels, d’ailleurs, décollaient aussi des avions chargés de drogue vers les États-Unis; les noms des frères Raul et Carlos Salinas de Gortari, comme suspects dans des assassinats, la protection des criminels par la DFS …

Dans une interview avec Proceso, l’ex-agent Hector Berrellez parle de tout cela et confirme son affirmation selon laquelle la CIA a donné l’ordre de tuer Camarena et décrit étape par étape ce qui est arrivé »…. A droite, c’est Hecto G. Berellez, celui qui accuse la CIA d‘avoir laissé assassiner Camarena. Sur le sulfureux Félix Rodriguez (ici à gauche à la Maison Blanche avec Bush père), un ancien exilé cubain qui avait préparé l’invasion de la Baie des Cochons en 1961 et que l’on croisera à nouveau lors de l’assassinat du « Che » en Bolivie, lire ici son parcours sidérant… de tueur.

Trente-trois ans de prison pour un cheveu ?

Toute l’affaire Camarena est en effet cousue de fil blanc. Quintero n’a pas été le seul à avoir été accusé de son assassinat. Autre cas singulier de l’affaire, celui de René Verdugo Urquidez (ici à droite), lui aussi accusé d’avoir participé à l’exécution de Camarena. C’était sans conteste un trafiquant notoire, là-dessus il n’y aucun doute, tout le monde s’accorde et lui-même l’a avoué. Il avait été également mis en cause après la découverte d’un de ses cheveux, retrouvé le 12 avril 1985 par l’expert spécialisé Michael Malone, de l’Unité d’enquête du FBI, dans la propriété où le meurtre avait eu lieu. Or en 1995, le 16 avril, le même Malone avait été démis de ses fonctions car ses méthodes et ses témoignages ne s’étaient pas révélées fiables dans plusieurs affaires pénales auxquelles il avait collaboré. Bref, il avait « bidonné » pas mal d’affaires ! Notamment celle du meurtre et du viol d’une étudiante, Catherine Schilling, 21 ans, survenu à Rock Creek Park à Washington, D.C en juin 1981. Là aussi, les preuves retenues contre le présumé assassin, Donald E. Gates, consistaient en grande partie en des « témoignages d’un informateur gouvernemental rémunéré et de deux poils pubiens trouvés sur la victime qui étaient censés correspondre à ceux de Gates ». L’examen ADN tardif -en 2009- du sperme conservé, qui avait été prélevé sur le corps de la victime, avait été sans appel : il était innocent et venait de passer 27 ans en prison lui aussi !!! L’avocat d’Urquidez avait aussitôt déposé un recours… qui n’aura été entendu qu’en 2107 et Urquidez a été libéré l’année suivante, après avoir passé 33 ans en prison sur présentation de fausses preuves !!! Le juge Jhon A. Kronstadt chargé de statuer sur son sort, avait en effet fini par le libérer, pour « évanouissement des preuves » !!! A gauche, Gates à sa sortie de prison.

Désinformation

Comment alors a-t-on donc pu laisser passer pareille désinformation ? Comment les réalisateurs ont-ils pu laisser dire ce genre de choses dénoncées partout depuis 2013?  Y compris par la série américaine de Netflix Narcos : Mexico, laquelle (3), laquelle, au final, se retrouve plus proche de la réalité (4) que ce documentaire où la DEA et la CIA viennent complètement se disculper !!!  Le magazine les Inrocks, qui n’en rate décidément pas une (5), présente ainsi la chose : « après le succès énorme de séries comme Breaking Bad ou Narcos, il fallait bien que le documentaire se penche avec une rigueur scientifique sur le trafic de drogue… » Tu parles d’une « rigueur » !!! Les Inrocks, qui parlent de la série de Netflix comme un remake mexicain du Parrain (6).

En conclusion, voici l’avis bien mesuré de Thierry Noël, historien et spécialiste de l’Amérique du sud à ce sujet (et auteur de « La Guerre des cartels. Trente ans de trafic de drogue au Mexique « : « C’est un sujet extrêmement délicat et sensible, car il implique les Etats-Unis ! Le fait est qu’à l’époque, comme on l’établira plus tard, l’administration Reagan se trouve en train de financer et d’armer illégalement la rébellion anti-communiste nicaraguayenne, en faisant appel à des moyens contestables et notamment en mobilisant les réseaux de narcotrafic latino-américains. Ce qui inclut notamment les Mexicains et en particulier Miguel Angel Félix Gallardo, même si leur rôle est resté limité. Or, investi dans la lutte contre le Cartel de Guadalajara, l’agent Camarena aurait, a priori sans mesurer le danger, mis les pieds où il ne fallait pas… Sans aller jusqu’à affirmer que c’est la CIA (ou toute autre agence américaine) qui aurait décidé de sa mort, le fait que l’ombre des services américains plane au-dessus de cet assassinat, commis ou couvert, sans succès d’ailleurs, par certains de leurs contacts mexicains et autres… Le gouvernement américain aurait sa part de responsabilité dans l’affaire. Il faut bien sûr rester prudent, mais le fait est que c’est la conviction de plusieurs agents de la DEA et non des moindres, qui ont enquêté en profondeur sur l’affaire. Ils se sont vu interdire de pousser plus mais ont fini par lancer des accusations publiques en ce sens, une fois à la retraite. Le tout, sur la base de témoignages légaux et d’éléments à charge confondants. Bien sûr, les autorités américaines nient fermement toute implication !« … comme dans le documentaire, qui l’a de nouveau relayé !!!

Lire ici aussi ceci pour mieux comprendre encore cette ténébreuse affaire : c’est le récit de Charles Bowden qu’il a mis 16 ans à écrire. Avant de mourir, hélas.  Selon un rapport publié dans USA Today, celui de Berrellez, “ des agents et des procureurs du ministère américain de la Justice ont obtenu des déclarations des témoins impliquant un agent de la Central Intelligence Agency et un responsable de la DEA dans le complot visant à torturer et à assassiner Camarena ‘‘. La veuve d’Entrique Camarena, la mère de ses trois fils, Geneva « Mika » Camarena, a déclaré ce jour-là à la publication: «je veux que la vérité soit dévoilée. À ce stade, rien ne me surprendrait ». Chez elle, il y a un bronze, qu’elle apporte dans les écoles pour présenter les dangers de la drogue aux enfants.  C’est le buste de son défunt mari.

 

(1) on insiste, surtout l’américain Alfred McCoy, professeur d’histoire à l’Université de Wisconsin-Madison, très actif sur TomDispatch, sur le fait que les français auraient été « les seuls au monde avec la DGSE a organiser un réseau de drogue au plus haut niveau de l’Etat », avec la mise en place du réseau des corses de Paul Carbone à Marseille (à sa mort il avait eu droit à Tino Rossi chantant l’Ave Maria !) et plus tard la French Connection (où on retrouvera l’incroyable Charles Pasqua) oubliant totalement le rôle de la CIA aux USA dans ceux par exemple de la compagnie aérienne Air America, ou les vols de Barry Seal pour les Contras : c’est le deuxième scandale de ce document !  Incroyable propos ! L’homme est respectable, mais il semble avoir oublié une visite fort particulière chez son éditeur, Harper and Row, Inc. que lui avait rendue Cord Meyer, Jr, un ancien de la CIA (chef de l’opération Mockingbird pour contrôler les étudiants) dont la femme avait été citée lors de l’affaire de Dallas (Mary Pinchot Meyer:  c’était la maîtresse, une de plus, mais la plus intelligente certainement, de JFK, et on l’a retrouvée un jour assassinée au bord d’un canal !). Meyer, lui, avait alors dit, d’un ton suave, en lui offrant tout un lot de documents « du point de vue de la CIA », « vous ne voudriez pas publier un livre qui serait plein d’inexactitudes, embarrasser le gouvernement des États-Unis ou vous impliquer dans des poursuites en diffamation, n’est-ce pas? »… ce qui avait immédiatement arrêté toute parution de son livre en préparation… sur le rôle de la drogue à la CIA !!! L’article concluant « après une semaine de négociations, cependant, Harper et Row m’ont dit qu’ils ne seraient pas prêts à publier le livre… » Et c’est lui, qui aujourd’hui vient nous dire que nous français, avons été les seuls à faire dans le trafic de drogue étatique ??? On croit rêver là !!!

(2) « Camarena a été torturé au ranch de Miguel Ángel Félix Gallardo pendant une période de 30 heures, puis assassiné. Son crâne, sa mâchoire, son nez, ses pommettes et sa trachée ont été écrasés, ses côtes ont été brisées et un trou a été percé dans sa tête avec une perceuse électrique. On lui avait injecté des amphétamines et d’autres drogues, le plus souvent pour s’assurer qu’il restait conscient tout en étant torturé. Le corps de Camarena a été retrouvé dans une zone rurale à l’extérieur de la petite ville de La Angostura, dans l’État de Michoacán, le . » A droite les deux corps mutilés ramenés en ville après leur découverte.

(3) « Dans la continuité des précédentes saisons, celle-ci repose autant sur une logique de fresque épique que sur celle d’un récit documentaire, ponctué d’archives qui ancrent la série dans l’histoire récente du Mexique. »

(4) « On continue de suivre la route sud-américaine de la cocaïne, ­explique Eric Newman, l’auteur et producteur de la série que Le Monde a rencontré, en octobre, à Cannes, lors du marché inter­national des contenus audio­visuels (Mipcom). On voulait raconter l’histoire originelle qui ­allait mener à la guerre entre les cartels mexicains. » Comme les trois précédentes saisons, Narcos : Mexico se fonde sur une histoire véritable, celle du mano a mano entre Gallardo et « Kiki », « qui va mal se finir », prévient la voix off dès le début du premier épisode. « Nous avons une obligation de raconter la ­vérité », assure Eric Newman. La puissance de Narcos se situe dans sa narration, qui s’appuie sur des images d’archives donnant à cette fiction un côté documentaire »... Evidemment c’est aussi pas mal simplifié, bien trop manichéen, avec ce que l’on sait de l’affaire… mais ça n’est pas pire qu’un documentaire français qui s’éloigne par trop de la réalité !!!

(5) *https://www.lesinrocks.com/2020/03/25/medias/medias/drogue-chevenement-parodie-y-a-pas-que-du-coronavirus-dans-les-medias/

(6)*https://www.lesinrocks.com/2020/02/18/series/series/que-vaut-la-deuxieme-saison-de-narcos-mexico/

 

on peut relire :

Coke en stock (CII) : l’énorme mensonge de la CIA, qui remonte à la surface

Coke en stock (CXVI) : aux USA, une libération discrète qui en dit long

on peut aussi relire ceci, à l’autre bout du trafic il y avait une base militaire US, appelée El Toro, où est mort un homme, le colonel Sabow, dans de biens étranges conditions :

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xxxi-cocaine-airways-91579

 

document sur Tosh Plumlee :

https://www.tpaak.com/the-abort-team-story

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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