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Le kidnapping du Phocea (2) : l’installation au Vanuatu, le trafic de passeports

Avant de parler à nouveau du gigantesque voilier, nous voici à parler… vaches.  Derrière celui qui s’est brusquement déclaré propriétaire du yacht de luxe se cache en effet une personne intrigante, et le mot est faible quand on va lire ce qui va suivre.  L’homme, via son beau-frère, traîne déjà derrière lui (en 2012) une étrange histoire, liée à la gestion pour le moins cavalière des terres au Vanuatu, où les vestiges d’un pouvoir tribal permettent tout et n’importe quoi, ce dont des petits malins de la finance se sont bien sûr aperçus… en même temps que des petits malins russes… venus solliciter auprès des autorités une bien étrange revendication : celle de la reconnaissance d’une région « captée » non reconnue ailleurs dans le monde, l’Abkhazie; ce pays fictif au même titre que la Transnitrie, tous deux si chers à Moscou.  Les vrais-faux passeports Vanuatais étant donc l’objet d’un profond intérêt politique et… financier.

Des vaches ou les Hedge Funds ?

Le CV du beau-frère du nouveau détenteur du yacht géant d’origine française étant particulier, car fort éloigné du monde de l’agriculture selon le très renseigné Vanuatu Daily Digest, dont je recommande la lecture (en photo une de ses unes sur l’affaire du bateau échoué au Tonga !) ;  il ne semble pas beaucoup apprécier la présence de ces messieurs, « Queguineur, qui est arrivé au Vanuatu à la fin 2010, avec son épouse et sa famille, a obtenu sa citoyenneté en moins d’un mois.  Il a été bénéficié des règles constitutionnelles frauduleuses de la Commission de la citoyenneté du Vanuatu.  Peu de temps après, il s’est installé, et a commencé à diriger son entreprise quelque peu en cug8jcu8s4kdxqcpjwk19xtbpuw260x195sommeil, Agari Capital Management Ltd, créée en 2006 comme un fonds d’investissement à l’étranger pour certaines opérations.  La société ressemble à une arnaque classique dirigée par les deux hommes » avait-on pu lire…« Elle est située au centre commercial de Vila, et des installations sont partagées avec un autre présumé « investisseur ». 
Quegineur, lui, pendant ce temps, il est vrai, il le dit lui-même, « focalise ses investissements sur les défis énergétiques et environnementaux du 21eme siècle ». 

 

Pas de taxes ni d’impôts

k-logoLeurs publicités, à tous ces investisseurs, l’affirmaient en tout cas sans ambages : « le Vanuatu est un paradis fiscal, et des activités commerciales dans le pays ont été fortement influencées par ce statut. Un centre financier très actif est affecté à l’administration et à la gestion de sociétés offshore, trusts et des banques. Le « Finance Center Association » comprend les activités financières et autres équipements disponibles au Vanuatu résultant de son « pur » statut de paradis fiscal ; pur, parce que pour les résidents et non-résidents, il n’y a pas d’impôt personnel ou d’entreprise, pas de droits de succession ou de donation, pas de plus-values , pas de contrôle des changes. L’absence de ces impôts, droits et contrôles, couplé avec l’état de l’art et de la communication très développés des services professionnels, fait du Vanuatu un centre idéal pour les investisseurs étrangers à y déposer leurs fonds excédentaires pour investir ou pour fonder des sociétés off-shore faisant partie d’un système international plus vaste ou d’un réseau financier. Le Gouvernement de Vanuatu est très actif dans son soutien au « Finance Center Association » en raison de son importance pour l’économie du Vanuatu, et il s’est engagé à faire du pays un havre de paix d’imposition avant tout dans le Pacifique ».  Voilà qui doit attirer une certaine faune de milliardaires, en effet… de ne jamais rien payer comme taxes ou impôts !

Le trafic de passeports et l’invention de la « dette abkhaze »

carte_abkhazieAvec ces financiers boursicoteurs à l’affût, le Vanuatu avait de quoi se faire du mouron, en effet, car des journaux locaux, pendant l’affaire du Phocea, ressortiront un autre serpent de mer local:  « la rumeur locale chez les francophones allègue maintenant une participation de Phocea dans une question des dettes résultant de la reconnaissance de l’an dernier de l’Abkhazie«  (territoire entre la Georgie et la Russie, près de Sotchi).  Ce dont la presse locale s’était aperçue en taxant l’intriguant personnage d’emblée :  « Il s’agissait d’une question purement commerciale, supposée par ses auteurs d’en faire bénéficier le Vanuatu. Le renégat et cerveau de la visite du Phocea, M. Pascal Anh Quan Saken, a dit être impliqué dans la négociation d’un accord selon lequel ces dettes à intérêts russes et abkhazes seraient payées par les citoyens du Vanuatu et les passeports ».  En réalité, cette reconnaissance n’aurait été elle-même qu’une rumeur… l’origine de la rumeur ? L’argent, encore l’argent  : « Quatre nations ont déjà accepté : Russie, Nicaragua, Venezuela, et l’archipel Nauru dans le Pacifique. Et une cinquième était récemment annoncée par Soukhoumi (nota : la capitale de l’Abkhazie) : le Vanuatu, toujours dans le Pacifique. Mais la joie a été de courte durée, puisque le gouvernement de Vanuatu a fermement démenti cette reconnaissance, qualifiant même l’annonce de « diffamation » et d’ « irrespect ». Côté abkhaze, on assure avoir reçu un document signé du premier ministre de Vanuatu Sato Kilman, concluant trois mois de négociations. Soukhoumi a néanmoins accepté ce refus, avec une pointe d’amertume, en soulignant le rôle négatif, des diplomates américains. Pourquoi aller chercher si loin des soutiens diplomatiques ? Les îles du Pacifique ont en fait une longue tradition de monnayage de leur reconnaissance diplomatique ».  Le 11 septembre 2012, c’était le Koweit qui signait des accords diplomatiques avec le Vanuatu : une question d’argent ? Le Vanuatu possède des banques, certes.  Mais selon un rapport ravageur de 2006, elles servaient avant tout de machine à laver l’argent…. cachant tous les trafics, notamment d’armes.  Quant à l’Abkhazie elle-même, il ne faut pas l’oublier, c’est en quelque sorte un clone de la Transnitrie… un pays dont je vous ai aussi déjà parlé, où, résume l’Express, on trouve « des nouveaux riches, du business et de la spéculation foncière », tous en quête d’une île discrète pour y entasser leurs fonds. Y compris les célèbres mafias russes !

Une véritable mafia avait en fait sauté sur le Vanuatu

pattersonEt pour ceux qui n’y croient pas, qu’ils regardent d’un peu plus près les méthodes employées par cette mafia véritable :  » (…) dans une lettre à l’éditeur du Daily Post, Marie-Noëlle Ferrieux -Patterson, présidente de Transparency Vanuatu (ici à droite en 2013) révèle que son critique constant, l’ambassadeur plénipotentiaire d’Abkhazie, le détenteur d’un passeport illégal du Vanuatu, Juris Gulbis, est encore un autre Saken. Il est nommé en effet dans la même société que celle où l’on trouve Te Moli Vanaos Mol Saken Thi Tham Goiset (nous verrons plus loin qui c’est), et l’auto-proclamé propriétaire du méga-yacht Phocea, Pascal Anh Quan Saken, qui a déserté son équipage et le navire à la première vue de la loi et de l’ordre. M. Gulbis voit l’Australie et la Nouvelle-Zélande comme une menace pour notre indépendance. Ciel soit loué que l’Abkhazie distribue de l’argent juste par doses de 50 millions de dollars. Avons-nous nous vu déjà notre premier versement abkhaze de 50 millions ? ». Ferrieux-Patterson avait ce jour-là pointé du doigt l’endroit de toutes les compromissions au Vanuatu, avec tous ceux qui gravitaient autour de Te Moli Vanaos Mol Saken Thi Tham Goiset… vers qui tout convergeait. Patterson étant de loin la voix la plus raisonnable du pays, a dénoncé sans arrêt ces criants abus.

Une manipulation évidente 

emandleyDans le genre, Pascal Saken se montrera parfois procédurier, comme ce courrier délivré par la Police du Vanuatu qu’il a fait paraître sur son site (un site disparu maintenant) affirmant que rien de répréhensible n’avait été trouvé à bord du voilier, contrairement aux premières constatations… un courrier tardif, en date du 7 février 2013, qui avait comme signataires le commissaire adjoint de la police Arthur Caulton Edmanley et Ben Leeshi. Or ce dernier n’était autre que l’ancien directeur de la banque nationale, objet de nombreux litiges comme on le sait aujourd’hui. Le premier ayant été arrêté en septembre 2012 avec deux autres responsables, Pierre Carlot (commandant du Sud) et Tony Ata (l’ancien président de la Commission du Service de police) pour « mutinerie » envers leur supérieur, Ron TamTam ! Être soutenu par un mutin de la Police locale, quelle classe !!! Pensez donc d’un viatique !

L’ambassadeur d’un pays qui n’existe pas !

Juris Gulbis, l’autre soutien de Pascal Saken, était aussi aux Fidji avec des fortunes diverses… en y amenant ses amis… russes.  Bombardé « avocat » par son ami Saken, c’est lui qui avait menacé Agoravox de poursuites si mon texte, pourtant paru, restait en ligne. Agoravox s’était (hélas) exécuté, sans pour autant dénigrer le contenu de ce qui était paru. Mais depuis, au Vanuatu, bien des intrigues ont été percées à jour et sont connues.

Aujourd’hui, l’homme tient toujours une page Twitter, où il se présente comme « Letton par le sang mais Kazakh de naissance et anglo-eurasien par l’éducation et par nature ».  Au détour de ses twittos, on trouve la phrase » la Lettonie à tout ce qu’il faut pour devenir l’équivalente de Hong-Kong ou Singapour pour la Russie, et devenir une nation prospère »… et au détour d’un autre twitt « L’avion de Rogozin (le président nationaliste du parti politique Rodina -La Patrie- et du groupe parlementaire de Rodina à la Douma d’État de la Fédération de Russie et également vice-Premier ministre de la fédération de Russie) avait les signatures pour la réunification de la Transnistrie avec la Russie à bord.  la Moldavie a tenté de le bloquer. »  Il ressortait alors la vieille antienne de la Moldavie saboteuse de réunification avec la Russie ! Poutine, on le sait, a des vues depuis toujours sur la Transnitrie… et surtout il en a eu après le rattachement de la Crimée. Mieux encore : sur différents blogs, Gulbis se déclarait de façon surréaliste « ambassadeur plénipotentiaire itinérant du ministère des Affaires étrangères de la République d’Abkhazie dans la région Asie-Pacifique ». L’homme était donc l’ambassadeur d’un pays qui n’existe pas officiellement ! Une Abkhazie bien résumée ici par Paris-Match... en « paradis de la contrebande » !!! 

Nous étions bien tombés sur un drôle de nid, avec cette affaire du Phocéa aux bien étranges ramifications.

Tout aurait donc été pourri au royaume du Vanuatu ?

ti-tam-goisetDes pots de vins avaient donc été versés à des ministres corrompus, à l’évidence, depuis des années, au Vanuatu. Et ce jusqu’au plus haut rang gouvernemental, écrit le vigilant VanuatuDaily : « Le «smoking gun» revient au journal  l’Indépendant (« The Vanuatu Independent » en fait) pour son histoire la semaine dernière à propos du premier ministre Kilman qui a reçu 200 000 dollars de Pascal Anh Quan Saken; il y a un email joint à ce papier de Saken disant « Bro! Jamais! J’ai envoyé beaucoup d’argent à Mme Goiset pour payer les factures juridiques de Sato Kilman, lors de son combat contre la motion de «non-confiance» en avril 2011 !! Meilleurs voeux ». Le courriel contient des fautes de frappe et des erreurs grammaticales similaires à celles trouvées dans d’autres documents de Pascal Anh Quan Saken. The Independent se réfère également à une série de courriels qui auraient été envoyés de Bruxelles, où Anh Quan prétend avoir financé la restructuration de l’ambassade de Vanuatu. Ailleurs, il prétend avoir effectué ce travail après avoir obtenu son diplôme de l’Université Charles Henry Saken à Pango. Il souhaite restructurer la mission Vanuatu des Nations Unies. Il dit qu’il y travaille comme bénévole. On s’attend à davantage d’affabulations dans l’avenir sur le Phocea, car le gouvernement actuel continue à dissimuler une affaire qui a détruit toute sa crédibilité – en faisant des diplomates des personnes douteuses, avec des agendas cachés ». Les accusations, jugées fiables, avaient été reprises par Radio New Zealand  (RNZ) et d’autres médias. On notera au passage que Ti Tam Goisetd (ci-dessus lors de sa cérémonie d’investiture de chefferie) était aussi « ambassadrice itinérante du Vanuatu en Russie » et que son nom complet était « Te Moli Venaos Mol Saken Goiset » (Ti Tam étant un raccourci). Le ton commençait sérieusement à monter dans le pays, où l’on évoquait (enfin) la corruption dans les endroits les plus haut placés !!!! Alors que ce dernier menaçait d’intenter un procès en diffamation (et que l’ineffable Saken menaçait le site où j’avais mis en ligne ce texte !) les choses tournaient vite en sa défaveur… au point de le voir menacé d’être lui-même mené en procès avec les autres politiciens emportés dans une vaste purge anti-corruption. Le Vanuatu Independent pouvait écrire en décembre 2012 les craintes qu’il pouvait en effet avoir : « Dernière reproche de l’opposition : «À titre de Premier ministre. Sato Kilman a amené le discrédit au sein de la République et réduit la crédibilité et a souveraineté du Vanuatu au sein de la communauté internationale par la façon dont il conduit la diplomatie vanuataise. Par la vente continue des passeports vanuatais aux ressortissants étrangers, par la nomination népotique continue de ses copains à des postes diplomatiques, en continuant à établir des relations plus étroites avec l’Indonésie dans l’acceptation unilatérale de son statut d’observateur dans le Groupe Mélanésien de Fer de Lance et par la signature des accords de coopération au développement contre la volonté du Parlement et du peuple du Vanuatu». C’était bien un trafic de passeports. Les principaux bénéficiaire étant les chinois : « en 2011, un rapport sur la gestion de l’ambassade vanuataise en Chine pointait déjà les pratiques corrompues des fonctionnaires en poste. Mais le gouvernement de l’époque n’avait rien fait ».

Un laxisme à tous les étages : l’exemple de la banque et du bateau pirate

Au Vanuatu, tout était permis semble-t-il. Un français s’en est rendu compte, mais un peu tardivement. Ayant choisi de déposer ses économies dans une banque du Vanuatu, la « PPB ( pour Pacific Private Bank) », pour des raisons qui lui sont propres, l’homme préparait ainsi tranquillement sa retraite en allant s’installer à Phuket.  Désireux d’y faire venir son pécule, il téléphone à sa banque pour lui demander des nouvelles de son compte dormant.  On lui répond alors que “vous avez acheté un bateau en janvier, nous avons toute la correspondance liée à cette transaction…” explique ici non sans malice « radio cocotier‘ (de Nouméa, en fait Maxiweb) .  En demandant plus de détails, il s’aperçoit en effet que 103 580 € ont été effectivement virés sur un compte à Singapour, destinés à l’achat d’un bateau baptisé ironiquement “Pirate Hock” et non pas Hook (hock signifie aussi « endetté » !!!). La banque internet, créée en 1997, dirigée par Mantas Staliunas, venu de Vilnius, en Lituanie, existe toujours (mais Staliunas semble être rentré depuis au pays).

La décision qui secoue le pays en 2015

pipite-arrestIl faudra attendre encore un peu (trois années) pour que le bouleversement anti-corruption tant attendu se produise au Vanuatu…  avec un Kilman qui sauvera néanmoins sa tête, en acceptant seulement de démissionner d’office ses ministres corrompus (démissionnaire lui-même dès le 21 mars 2013, remplacé par Moana Carcasses Kalosil, il avait repris la tête du gouvernement le 11 juin 2015 : le pays est en effet une vraie girouette politique, avec toujours les mêmes qui « tournent » !). « Le mercredi 21 octobre 2015 (Flash d’Océanie) – La Cour Suprême de Vanuatu a condamné jeudi 14 députés et anciens ministres à des peines de prison ferme, dans une affaire de corruption perçue comme sans précédent dans cet archipel mélanésien ». « Dans cette série de sentences, d’une ampleur jamais connue dans la jeune histoire de cet ancien condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides, l’ancien Premier ministre francophone et jusqu’à récemment Vice-premier ministre Moana Carcasses, au centre de cette affaire de pots-de-vin et de corruption, a écopé d’une peine de quatre ans de prison fermes avec effet immédiat.  Le Président du Parlement, Marcelino Pipite (ici à gauche lors de son arrestation) qui avait profité de la récente absence du Président de la République pour proclamer une grâce pour lui-même et les treize autres élus, écope quant à lui d’une peine de trois ans de prison. La même sentence a été prononcée pour un autre ancien Premier ministre francophone, Serge Johor » (….). Ces condamnations sont considérées comme faisant date dans l’histoire de Vanuatu, devenu indépendant en 1980, après des années de pratiques douteuses de la part des politiques » ajoute sobrement Tahiti-infos, alors que sur place c’est un séisme véritable qui vient de se produire. Un phénomène inédit en effet dans un pays où la corruption des élites politiques a été reine pendant des dizaines d’années.. Mais alors que Kilman restait en place, en ayant réussi à traverser l’orage de l’affaire du Phocéa… décidément bateau maudit ! En place… jusqu’à la dissolution du Parlement le 24 novembre 2015… où il a été remplacé par Charlot Salwai, le 11 février 2016. Alors ministre des finances, lui avait été d’emblée beaucoup plus clair sur le cas du Phocéa : « l’ancien ministre des Finances, Charlot Salwai, qui s’est opposé aux précédentes tentatives d’enregistrement, affirme que le bureau qui a accordé la dernière inscription n’est qu’une affaire et ne représente pas l’autorité du Vanuatu. Il affirme qu’il reste que le Phocea est entré illégalement au Vanuatu et que les problèmes restent en suspens ». Résolu, il avait brandi l’ultime menace : « dans ce cas, nous devrions saisir le bateau et ce devrait être aussi simple que cela. Mais comment cela a été traité, on a collé presque tout le monde dans l’histoire du Phocea. Pour moi, il semblait que nos lois étaient faibles et je peux comprendre que certains ministères comme celui des Ports & Marine et des Douanes ne sont pas … ne s’estiment pas vraiment heureux. «  Quant aux sort de la fameuse Ti Tam Goiset, on l’étudiera ici un peu plus tard si vous le voulez bien (je vous ai prévenu, ce sera long…). En résumé, certains, en 2012, avaient été tentés de saisir le navire, pas moins. D’où la peur de ses propriétaires… du moins, on le suppose. Ces mêmes propriétaires qui vont se faire en fait berner… en beauté !

Une seule voix pour dénoncer ses pratiques douteuses

ferrieuxPeu de gens avaient jusqu’ici dénoncé cette corruption répandue partout dans le pays. Sauf Marie-Noëlle Ferrieux Patterson, l’une des plus belles voix politiques du pays, qui n’a jamais cessé de dénoncer les abus du pays : « la fin du mandat de la première médiatrice du Vanuatu permet de faire le bilan de ces travaux. Et ce bilan est impressionnant : d’abord par des enquêtes et actions qui ont certainement sauvé le pays de la faillite, notamment en 1995 l’affaire des « Lettres de crédit » de 10 millions de dollars , des bons de caisse de 10 milliards Fcfp garantis par l’Etat et remis à un escroc international par le Premier ministre Maxime Carlot et son ministre des Finances Jimmy Willie. Malgré les obstructions de la part des leaders politiques, Madame Patterson réussit à récupérer ces lettres de crédit avec l’aide de Scotland Yard et Interpol. Ensuite, pendant 5 ans, une interminable série d’enquêtes et publication révéla comment, pour son compte personnel et celui de ses « copains », une grande partie de la classe dirigeante mena un véritable pillage des ressources et des caisses du pays : l’octroi de prêts par le fonds de retraite aux familles des ministres, prêts jamais remboursés et qui mirent la caisse au bord de la faillite (ce qui déclencha des émeutes en 1998) ; la distribution de maisons sociales à leurs familles et « copains », le pillage de la caisse agricole, du centre d’élevage, de la société nationale de navigation ; la nomination d’escrocs asiatiques en tant que consuls à qui l’on confia la vente de passeports du Vanuatu ; la nomination à des postes clés de l’administration de « copains » escrocs fraîchement sortis de prison, etc. Mais il y a pire, tel la divulgation de la preuve que les fonds de l’aide française au Vanuatu pour la reconstruction des dégâts du cyclone de 1994 avaient été détournés sur un compte privé du Premier-ministre Maxime Carlot Korman pour son usage personnel ; le viol d’une femme par un ministre dans les locaux gouvernementaux, etc, etc ». On aura noté le terme « escroc asiatique » qualifiant sans hésiter notre héros du jour. Bref, elle avait décrit avant l’heure l’intégralité de ces individus !

Est ce que cela a cessé après ? 

arrestationLe Vanuatu Daily Digest, le 27 octobre 2012, avait ainsi relaté la dérive du trafic : « le Daily Post peut affirmer que 683 visas de résidence permanente ont été approuvés à Hong Kong pour les personnes «d’origine principalement asiatiques ». Le gouvernement devrait recevoir 154 millions de VUV pour l’octroi de ce statut (1,2 million d’euros). George Bogiri, DG de l’Intérieur, et l’agent principal des passeports Henry Tamashiro éludent la question en la présentant comme un simple cas de fournir une adresse résidentielle pour permettre aux asiatiques de résider dans la Zone économique spéciale de Hong Kong. « Plus de 600 cas ont été approuvés, mais à ce jour, pas un seul candidat n’a atterri à Vanuatu. Cela montre que les cas ne sont intéressés que par vouloir entrer à Hong Kong « . On s’attendait à ce que le trafic cesse, une fois Kilman remplacé par Moana Carcasses. Il n’en avait rien été, comme l’indique sèchement Radio Australia le 10 février 2014, puisqu’on a retrouvé le phénomène perdurant en Chine : « le chargé d’affaires du consulat vanuatais en Chine nie toute implication dans le trafic de passeports diplomatiques. Willie Toama affirme que tous les passeports vanuatais, qu’ils soient ou non diplomatiques, sont faits au ministère des Affaires étrangères à Port-Vila. C’est un nouvel épisode d’un scandale qui s’éternise depuis des années. En octobre dernier, l’opposition réclamait la démission du Premier ministre, Moana Carcasses, accusé d’être à la tête du trafic de passeports diplomatiques. L’opposition affirme que ces sésames qui offrent l’immunité à leur porteur, étaient vendus jusqu’à 69 000 dollars pièce, par le ministre des Affaires étrangères Edward Natapei et son directeur général, Johnny Koanapu. Accusations niées par les intéressés ».  Joe Natuman, nouveau premier ministre qui avait succédé à Moana Carcasses n’avait rien fait cesser : au contraire, même, car il avait simplement relevé les tarifs :(ici à droite son arrestation, le 24 octobre 2015) « Tout étranger peut acheter la citoyenneté vanuataise pour la modique somme de 310 000 dollars américains. Il ne devient pas citoyen de plein droit, il n’a pas le droit de vote, ne peut pas se présenter à des élections, acheter des terres et ses droits peuvent être révisés par une simple loi.  Le passeport est en vente pour tous les étrangers, mais ce système vise particulièrement les ressortissants chinois. Pour le moment, la vente des passeports vanuatais n’a pas rencontré beaucoup de succès. Seulement deux Chinois auraient investi dans la citoyenneté, un chiffre difficile à vérifier car le gouvernement vanuatais ne publie pas de statistiques » pouvait-on lire le 20 mai 2014.

Les faux passeports, une plaie qui ne touche pas que le Vanuatu

passport-vanuLa distribution moyennant finances de passeports n’est plus un phénomène propre au Vanuatu. « Plusieurs états insulaires des Caraïbes vendent des passeports offrant de nombreux avantages aux ressortissants de certains états. Un business lucratif mais qui pose des questions en matière de sécurité » pouvait-on lire récemment. De sécurité, oui, car des trafiquants de drogue ou d’armes ont vite compris l’intérêt pour eux, qui lui permettent de voyager en jet sans encombre, notamment. Pour certains petits pays, c’est même devenu une source d’argent d’appoint, à la place du tourisme, quand celui-ci décline en particulier (et au Vanuatu, ravagé par le cyclone Pam en 2015, les ressources touristiques se sont effondrées, hélas !) « Cependant, ces mésaventures ne semblent pas avoir découragé les dirigeants politiques de nombreux états de s’intéresser à cette pratique. Fin 2013, Malte a instauré une formule similaire tandis que l’Espagne, le Portugal et la Lettonie lançaient des programmes proches de ceux mis en oeuvre dans les Caraïbes, mais uniquement basés sur l’achat de biens immobiliers d’une certaine valeur (respectivement 160 000, 600 000 et 140 000 € pour les trois pays ». On aura noté le nom de la Lettonie, encore une fois apparu… Mais ces Etats qui avaient écouté ses sirènes financières commencent déjà à déchanter : « En Europe, la «hype» n’aura pas duré très longtemps: le Portugal vient de voter le 1er juillet le gel de l’octroi des documents contre investissements après un vaste scandale politico-financier qui a coûté sa place au ministre de l’intérieur. Et des mesures similaires sont envisagées dans les autres pays ayant opté pour cette solution, alors que des soupçons de corruption se font jour ». La Centrafrique, aussi… a aussi donné dans le genre.

Dernier épisode en date : la fausse ambassade au Ghana

usapassport-e1463356409607On peut toujours trouver pire encore. Et dans cette affaire devenue mondiale à base de trafic de passeports, une affaire tout aussi incroyable : ça s’est passé au Ghana…à Accra (la capitale), et ce pendant 10 années de suite : devant un bâtiment bien miteux une plaque apposée et un drapeau américain déployé sur l’immeuble annonçait une ambassade qui était… complètement fausse.  Et le manège a duré 10 années, pendant laquelle un gang de ghanéens et de turcs qui délivraient de faux passeports contre force billets.  A 6000 dollars le faux document, pendant 10 ans; le matelas confectionné devait s’avérer bien épais... Lors de l’enquête, une deuxième fausse ambassade, hollandaise celle-là aurait été découverte… décidément, l’affaire du Phocéa avait levé un beau lièvre, dont les ravages perdurent toujours… d’où l’envie bien sûr d’aller voir un peu plus loin encore ce qu’il en a été exactement en 2012 et où on en est aujourd’hui… et les surprises seront nombreuses, à coup sûr !

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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