Accueil / T H E M E S / CULTURE / Littérature / anecdotique / MH370 : bienvenue en absurdie (2)

MH370 : bienvenue en absurdie (2)

L’ouvrage de la journaliste Florence de Changy est calamiteux, orienté uniquement vers sa thèse forcée d’une chute du M370 dans les eaux vietnamiennes, selon elle. Comme rien ne le prouve, il lui a fallu broder et accumuler tous les racontars glanés ici et là pour tenter de nous prouver que c’est bien ça la seule solution, à cette fameuse disparition.  Quitte à transformer la réalité, quitte à relayer des sites infamants perclus de propos odieux (1). Rien n’a été soumis à l’esprit critique : tout est rédigé dans ce seul sens pour aboutir à cette seule conclusion qui ne peut satisfaire que les candides ou les désespérés recherchant une réponse à leurs tourments. Bienvenue en absurdie !

Surréaliste : « ceci n’est pas une recherche »

Chez elle c’est une technique : on part de rien car on n’a rien trouvé, mais elle le justifie à sa façon en affirmant que c’est normal, puisqu’on l’a dissimulé à dessein. Ainsi avec des pêcheurs vietnamiens, « prévenus » selon elle par leur gouvernement de faire attention aux possibles morceaux repêchables : « mais ils n’ont rien vu d’inhabituel dans leur zone de pêche. En fait, à part cet appel radio, ils n’ont rien remarqué d’autre qui puisse évoquer des recherches : pas de navires militaires, pas d’avions ou d’hélicoptères survolant la zone, rien. Et ils n’ont pas eu d’échos d’autres pêcheurs par la suite non plus. J’ai trouvé cela très curieux et je me suis demandé ce que cela voulait dire. Certes, la mer est immense, et quand on est au milieu de l’eau, on ne voit pas forcément un bateau qui n’est qu’à quelques milles nautiques de là ; mais quand même, les nouvelles voyagent vite, dans la mer comme dans le désert… Finalement, j’en suis venue à me demander si la grande opération internationale de recherches autour du dernier point de contact avait vraiment eu lieu. Au fond, on n’en a vu aucune photo, et les diverses marines officiellement impliquées ont surtout fait part de leur frustration. En revanche, peut-être que les recherches auxquelles ont participé les valeureux marins américains et les trois navires chinois se sont déroulées ailleurs : proche des côtes vietnamiennes certes, mais loin de la présence des médias. » Vous avez suivi le cheminement retors de pensée : ils n’ont rien trouvé officiellement, mais les médias n’y assistant pas pour le confirmer, ne les ayant pas suivis, c’est donc bien qu’il ont trouvé quelque chose !!! Mais qu’on ne l’a pas su !!! Ou pas vu, puisque dissimulé !!! Déjà vu des raisonnements tordus, mais là j’avoue que c’est grandiose !!! Et particulièrement ridicule !!! La photo ici à gauche n’est donc pas une pipe, ni un destroyer avec son Blackhawk de recherche visuelle : on nage en plein surréalisme avec De Changy !!!

Bienvenue en absurdie !

On en arrive à un autre sommet.  Et là encore on constate qu’elle n’a rien inventé : ou plutôt, qu’elle s’est contentée de recopier ce que d’autres ont totalement inventé à sa place !! D’abord il y a cette affirmation : « elle écrit qu’à 2 h 43, il y avait un message SOS du MH370 indiquant que la cabine de l’avion se désintégrait et demandait des installations d’atterrissage d’urgence. Le message Mayday a été entendu par un pilote de Vietnam Airlines qui volait à proximité, ajoute-t-elleSelon les rapports officiels sur la disparition de l’avion, le dernier message du cockpit du MH370 au contrôle aérien malaisien a été envoyé à 1 h 19 du matin. » D’où vient donc ce « message SOS » inventé de toutes pièces (les pilotes font encore du morse selon elle ?):  d’un complotiste répertorié : c’est Alex Siew qui l’écrit le 6 octobre 2104 « les pilotes du MH370 auraient crié lors de l’appel SOS qu’ils devaient abandonner et que la cabine se désintégrait. L’ensemble de l’appel SOS, y compris les parties brouillées, aurait été enregistré puis analysé et déchiffré ».

Après ça, ce même Siew est aussi celui qui affirme que le lieu du crash est alors cerné (au Vietnam bien sûr !), thèse que reprend intégralement dans la foulée  De Changy : « les Américains savaient dès le départ que le MH370 s’était écrasé au large de la côte sud du Vietnam. Ils ont pris l’appel SOS, savaient ce que les pilotes disaient lors de cet appel et ont très probablement suivi l’avion pendant au moins une partie de son plan d’IGARI sur le radar AEGIS de l’l’USS Pinckney. Un examen après coup des images et des informations obtenues de leurs satellites espions, achevé le 10 mars, aurait confirmé aux Américains que le MH370 s’était écrasé au large du Vietnam (????).  Les données d’Inmarsat auraient été transmises aux Américains dès le 9 mars, lorsque les transmissions après 1707 UTC ont été «découvertes» pour la première fois. Inmarsat et les Américains sauraient à partir des données que le MH370 s’était écrasé avant 1825 UTC, ils devaient regarder le Rx Dbm, le C / No et le BER et bien sûr ils auraient le «Contenu SU» de chaque transmission, y compris les différentes «transmissions de défauts» à 1 h 21 ou 17 h 21 UTC et la «Communication IFE» à 18 h 27 UTC. Pas plus tard que le 11 mars, les Américains disaient encore qu’ils pensaient que l’avion s’était écrasé juste au large des côtes du Vietnam (voir l’article du NYT du 11 mars lors de l’entretien téléphonique avec le commandant William Marks de la 7e flotte américaine). Les Américains ont pris la décision de dissimuler ce qui est arrivé au MH370, quelque temps plus tard le 12 mars, heure des États-Unis ». On a noté le jargon pseudo spécialiste pour étayer la thèse complotiste. Le petit hic, c’est que le Pinckney, le 19 février est encore à Victoria Harbour, à Hong Kong, où il stationne (et où on le prend en photo, amarré ici à droite attirant les bateaux de touristes)… Il était alors à 1065 miles nautiques et à 4 jours 1/2 de là à 10 nœuds de vitesse. Il était arrivé sur place dès le samedi 8, preuve qu’il était déjà en route auparavant. La Marine US l’avait reconnu sans hésiter : selon elle, « l’USS Pinckney (DDG 91), un destroyer lance-missiles de classe Arleigh Burke, est en route vers la côte sud du Vietnam pour aider aux efforts de recherche du vol MH370 de Malaysia Airlines, le 8 mars. Le Pinckney menait des opérations de formation et de sécurité maritime dans les eaux internationales de la mer de Chine méridionale. Le navire pourrait se trouver à proximité du jet manquant dans les 24 heures »…».

L’USS Pinckney, comme son collègue, n’est pas resté à demeure dans le Pacifique ou l’Océan Indien : c’est ainsi qu’on la recroisé récemment dans les Caraïbes, à aider des garde-côtes à prendre en chasse une autre type de proie, transportant une tonne et demie de cocaïne, ici le 14 mai 2020 :

On note surtout la faille du pseudo raisonnement : selon Siew, ce sont bien les données Immarsat qui ont localisé le crash au Vietnam : le problème c’est que De Changy les réfute… pour la localisation communément acquise d’un crash dans l’Océan Indien !!! Comme d’ailleurs tous les complotistes !!! Faudrait s’accorder là !!! Vers le nord, ce serait bon, mais pas pour le sud ??? Et nul part pour De Changy (à écouter ici ce qu’elle en dit) ! Car « Immarsat a recruté comme employé un conseiller d’Obama » ? Quel argument « convaincant » !!! On nage toujours en pleine absurdie !

Et quand y’en plus, y’en a encore: elle ressort le pseudo « qui sait », lui, mais qui ne peut pas parler bien sûr : « d’autres MH-istes ont choisi d’ignorer les données Inmarsat, les jugeant erronées ou incohérentes. C’est le cas de l’ancien militaire chinois, spécialiste des communications radio, Long Wen – un nom de plume – qui estime qu’elles sont au mieux une compilation de données provenant de plusieurs appareils, et que l’entreprise a pu être hackée. Se fondant sur un calcul de triangulation des dernières données radar, il est convaincu que l’avion s’est crashé au sud du Vietnam. »  Bingo, nous y revoilà ! C’est fou comme quoi on y revient toujours, à partir de bases aussi succinctes, à tous ces racontars ! Et comme elle n’illustre pas le propos de son chinois, je le fais à sa place (merci E.P. Jacobs). Les données radar sont « fausses », ce que ne cesse de dire De Changy tout le long de son livre, mais si on les « triangule » on obtient un résultat exact : les maths, en absurdie, sont euh… particulières, non ?

Le faux mayday, les codes idiots

Un commandant de bord, Kamil Abu Bakar ici, réfute complètement cet appel totalement inventé : « ensuite, il a été allégué que cinq minutes plus tard, à 2 h 43 du matin, le MH370 avait passé un appel de « mayday ». Normalement, cet appel d’urgence est émis sur la fréquence de détresse à 121,5 MHz et serait et devrait être clairement capté par l’ATC et tous les aéronefs dans un rayon de 200 milles marins. Aucun aéronef ni aucun centre ATC n’a, en toute certitude, répondu à cet appel de détresse, seuls des bruits brouillés ont été entendus, qui auraient pu provenir de n’importe quel appareil ou de tout autre aéronef. Quoi qu’il en soit, lors d’un appel Mayday, on s’attend à ce que l’avion informe clairement de l’urgence qu’il traverse et de son intention. En revanche, dans une situation aussi risquée, les pilotes ne se soucieraient de rien d’autre que d’atterrir n’importe où (même s’il aurait été difficile d’atterrir la nuit) ou de plonger dans la mer ! D’après sa chronologie, à 2 h 43, l’avion aurait dépassé depuis longtemps l’aéroport d’Ho Chi Minh, et l’aéroport le plus approprié et le plus proche pour effectuer un atterrissage d’urgence, s’il pouvait le faire, était à l’aéroport international de Da Nang. Mais Da Nang n’a rien su d’un l’avion venant pour un atterrissage d’urgence. » Selon le même Kamil, la thèse de De Changy est… absurde, tout simplement: « il est absurde pour un avion, après avoir été abattu par un avion de combat, un missile ou un nouveau système d’arme à guidage laser, de continuer à voler pendant une heure et d’atterrir quelque part », a ajouté Kamil. « Supposons que le MH370 ait atterri à Ho Chi Minh. Alors, où est l’avion ? Le Vietnam, un allié de la Chine, ne cacherait pas le Boeing 777. Allez, Changy. Est-ce que nous vous semblons aussi peu intelligents ? » A demandé Kamil.  «Quant aux remarques de Changy, les théories resteront des théories mais elles doivent être plausibles et non ridicules», a fait remarquer Kamil ». 

Pire encore avec les « codes » cités dans l’ouvrage par de Changy pour faire sérieux :- « Maintenant, disséquons la théorie selon laquelle l’avion a été détourné. Oui, je peux accepter cela, mais informer les autres aéronefs qu’il était sur Code Tango n’a pas de sens. Si les pilotes pouvaient encore passer un appel radio, pourquoi ils n’ont pas dit: «Malaysian three seven zero, nous avons été détournés». Et ils auraient dû, conformément à la procédure internationale, envoyer 7500 sur le transpondeur et l’ATC l’aurait capté. Mais ce code n’est pas apparu sur la console de l’ATC de Ho Chi Minh. De plus, le code Tango n’est pas connu des autres personnes, pilotes / équipages ou opérateurs, il s’agit d’une procédure de sécurité interne (exclusive). » (À ce moment-là, la compagnie aérienne n’a déclaré l’application du Code Tango.) » »  « Pas de sens », en effet : comme l’intégralité de l’ouvrage !

Des « manœuvres » militaires… mais sans la vedette du show

Selon notre conteuse de longues soirées d’hiver conspis, il y aurait eu pas mal de militaires dans le secteur. Dans son opuscule, De Changy ose aussi une formulation alambiquée pour le dire : »c’est une source dans le renseignement qui a parlé de la présence de deux Awacs américains (appareils radars) sur zone. Et oui, effectivement un exercice militaire aérien tripartite intitulé Cope Tiger (US, Singapour, Thaïlande) de plusieurs jours allait commencer quelques jours plus tard ». Encore une fois, la « source » restera… floue. Les habituels complotistes sont en fait ceux qui ont évoqué le rôle de l’AWACS dans le scénario élaboré. Parmi eux figure Jim Stone, de « CONSCIOUS AWARENESS FOR ALL« … En ce moment, celui-là est toujours bloqué sur les élections en ressortant du James O’Keefe, que l’on connaît parfaitement comme tricheur invétéré et fabricant de fakes news montées en épingle.

L’apparition comme un cheveu sur la soupe d’un Awacs s’est faite en effet ultra-vite chez lui :  « le vol 370 a vraiment été détourné par les AWACS et a volé à Diego Garcia, et il y a beaucoup là-bas pour le prouver ». « Il est prouvé que le vol 377 de la compagnie aérienne malaisienne a été détourné par un avion AWACS » a t-il écrit dès le 9 mars (le dimanche qui suit la disparition, annoncée le samedi : la phrase « il est prouvé » étant assez extraordinaire à ce stade !!!). Pour préciser juste après :  « mais l’avion a même disparu du radar civil bien que le radar militaire l’ait suivi pendant un temps complet maintenant admis d’une heure de plus. Qu’est-ce qui pourrait faire disparaître un avion d’un civil radar à 36 000 pieds mais toujours visible sur radar militaire? UNE CHOSE, et elle ressemble à un OVNI (comme certains l’ont spéculé) seulement il est attaché à un Boeing à réaction avec l’antenne sur un avion AWACS de l’U.S. Air Force. Le fait que ce jet manquant a disparu du radar civil mais est resté visible sur des radars militaires plus robustes prouve bien assez pour moi que c’était en effet un AWACS » (nota : lui aussi croit qu’un Awacs peut brouiller). « Un détournement, comme nous l’avons vu le 11 septembre où des avions AWACS ont été vus sur vidéo observant sinon contrôlant les collisions dans les tours jumelles. Une fois que l’avion a volé assez loin à l’ouest, les AWACS étaient évidemment suffisants pour brouiller les radars civils et militaires, probablement parce qu’ils sont entrés dans une zone où l’angle des deux signaux ont permis leur annulation simultanée. C’est là que l’avion a finalement  » disparu « pour toujours, une heure après la disparition «officielle». La disparition finale s’est produite à 29 500 pieds (9000 mètres) ».  Précisons tout de suite deux choses : l’AWACS ne fait que détecter et il ne peut rien brouiller, et le 11 septembre 2001 aucun Awacs n’était en l’air.  Aucun !!! L’auteur confond visiblement avec l’E-4B aperçu survolant le Pentagone après l’attaque (ici à gauche c’est lui, le « NOAC » pour National Operations Airborne Center, ex NEACP), le fameux « Domsday Aircraft », ce Boeing 747 emportant lui de très gros moyens électroniques de brouillage et d’interception.. mais qui est totalement démuni d’un radar lenticulaire sur le dessus : c’est donc une ineptie de plus apportée dans le dossier déjà bien chargé… Comment peut-on confondre ces deux avions est sidérant… de méconnaissance aéronautique !!!

Aucun Awacs à l’horizon : pas de sandwich aux lentilles !

Un avion découvert sur place car préparant selon De Changy l’opération « Cope Tiger », une réunion tripartite d’échanges entre façons de faire chez les militaires réunissant Thaïlande, Singapour et les USA, un meeting annuel organisé depuis des années maintenant: 25 exactement en 2019 (et donc datant de 1994, celui ci-dessous venu de Cadeau au Japon en Thaïlande, c’était en 2016, le 21 mars) !

Or là encore, notre journaliste se trompe sur plusieurs points. Premièrement, l’exercice prévu ne démarre que le lundi 9, et plutôt le 10 même, et les avions n’ont pas l’habitude de s’éterniser sur place, on le sait. Ceux venus des USA n’arriveront que ce jour-là.  Le hic, ce sont les avions arrivés côté US : « beaucoup de nos aviateurs sont des gardes traditionnels pendant toute leur carrière, parfois ici dans la même unité de la garde NOLA », a déclaré le colonel de l’armée de l’air Shawn Coco, commandant adjoint de l’escadre 159 FW. « Nous avons une demi-douzaine de patches F-15 Guard et tous sont représentés ici aux côtés des aviateurs de la Nouvelle-Orléans », a déclaré Coco. » Eh oui, pour cet exercice de 2014, prévu pour durer 10 jours, ne sont arrivés que des F-15 et des F-16 venus de Louisiane !! Pas un seul Awacs à l’horizon ! Le seul gros avion quadriréacteur aperçu sur place étant un bon vieux KC-135 singapourien, mais ne dégageant plus de fumée au décollage grâce à ses CFM-56 (ici à droite) ! La liste officielle le confirme : il y avait bien 76 avions au total, et 42 unités de défense de réunis,  avec 10 U.S. F-15C/D aircraft, et 15 F-16, 6 JAS- Gripen 39, 6 F-5, 5 Alpha Jets, 6 L-39, un seul C-130, un hélicoptère Bell 412, et un UH-1H de la Royal Thai Air Force. Plus un Saab 340 thaïlandais, celui-là aussi un avion radar (ici à gauche). La Republic of Singapore Air Force déployant 8 F-16s, 6 F-15SG, 6 F-5, un G550 (radar celui-là, ici à droite), un KC-135, et deux hélicoptère Puma AS332. Bon allez on se dit que comme il y en a eu avant d’exercice du même tonneau, appelé Cobra Gold du 11 février au 21, il y en restait peut être un dans le lot d’avion à radar lenticulaire. Manque de chance, cette fois-là c’était des FA-18C du Marine Fighter Attack Squadron 232, rattachés au Marine Aircraft Group 12, 1st Marine Aircraft Wing, III Marine Expeditionary Force et des Ospreys à décollage vertical pour des exercices au sol. Et aucun Awacs encore une fois ! Les chinois ayant participé exceptionnellement en envoyant une équipe « humanitaire » et « d’assistance civile » !!! Bref, aucun Awacs de présent sur place, étalé sur la période du 11 février au 21 mars 2014 !!! Alors d’où sortent les DEUX Awacs pour effectuer le « sandwich à la Florence », là j’avoue donner ma langue au chat. En tout et pour tout en Asie, les USA on déployé, depuis les années 90, 4 Awacs seulement dans la zone Asie-Pacifique, dont 2 à Kadena (Okinawa) et 2 en Alaska (Elmendorf AFB). Le , le modèle 77-0354 s’était écrasé à l’atterrissage… ses réacteurs ayant ingéré un groupe d’oies bernaches canadiennes qui passaient par là (cf le monument à droite). Bref pas d’Awacs en l’air le 8 mars à cet endroit, encore moins deux, privant l’auteure de son désormais célèbre sandwich aux lentilles !!! Ici un observateur attentif et raisonné qui dit la même chose que moi : pas d’Awacs en 2014 pour Cope Tiger !!! A gauche ici les deux seuls Awacs déployés au Japon; A côté d’eux, un E8C-J-Stars (pour Joint Surveillance Target Attack Radar System) à antenne en console ventrale longitudinale, pas visible ici. Lui surveille ainsi le sol avec ce radar actif AESA. Mais Kadena accueille encore d’autres avions comme on va le voir…

Jouer au chat et à la souris, c’est dangereux dans le ciel

Car en prime, l’ouvrage a raté une belle occasion de faire dans le complot. Les USA et la Chine s’observent par avion interposés, on le sait. Selon Kyle Mizokami, chez Popular Mechanics, c’est un avion « parti de Kadena » au Japon, un modèle RC-135W Rivet Joint identifié AE01CE en mode S sur un radar, qui aurait par exemple tenté de déjouer les radars chinois le 8 septembre 2020, en s’approchant de la côte chinoise vers Ryukyu, puis vers les îles Hainan, mais en prenant soudain l’indicatif d’un avion de la Malaysia Airlines (le 750548) pour passer plus inaperçu (le détail de la technique employée est ici). Ce sont selon lui les chinois (un think tank appelé South China Sea Probing Initiative) qui ont révélé le procédé, copies d’écrans montrées sur Twitter (ici à droite). Au lieu de faire penser à la même chose pour le B777 disparu, cela laisse augurer que les américains utilisent après-coup le procédé, pour rendre plus prudents les chinois qui auraient pu être tentés de l’abattre s’il s’approchait encore un peu trop sans prévenir… Des avions espions US ont déjà été ainsi abattus « discrètement » par l’adversaire, un Mig… russe, au-dessus de la mer de Barents (c’était un RB-47 – le 53-4281-, le 1er juillet 1960, avec 6 hommes à bord:  les 3 coincés dans sa soute d’espionnage sont morts, les deux pilotes et le radariste avaient réussi à s’éjecter). Ce jeu dangereux et assez irresponsable se perpétue donc, hélas… Il s’est même reproduit trois fois de suite, à chaque fois avec un « faux indicatif » malaisien différent, mais avec le même avion espion pour l’émettre. C’est un procédé commun en fait en espionnage chez les américains : la surveillance du Venezuela se fait de la même façon (ici à droite), dans le golfe Persique idem…  « Cependant, ce comportement ajoute sans aucun doute des risques importants et des facteurs instables à la sécurité aérienne mondiale, ce qui entraînera des erreurs de jugement, et sont susceptibles de mettre en danger de vrais aéronefs de passagers civils, en particulier ceux des pays usurpés » commente-t-on ici. Et ce genre de choses, qui aurait pu apporter de l’eau à son moulin, notre complotiste est passée à côté (ci-dessous la base en avril 2018, avec trois emplacements par Rivet Joint et un qui était de sortie semble-t-il) !!

Le pire résultat de ce mauvais jeu, on le connaît : celui du Boeing 747 coréen abattu par erreur par les Sukkhoi Su-15 russes, le

Pas de thèse complotiste sans le mot Mossad

Pas de conspiration sans les mots Soros, Rockfeller, Rothschild ou Mossad, voire Israël, c’est un principe majeur car les 3/4 des conspirationnistes ont une fibre antisémite prononcée : tous les malheurs du monde venant des juifs, selon eux. Là encore on peut compter sur les mêmes. C’est donc l’un d’entre eux, et l’un des pires, qui s’y colle :  Christopher Bollyn (ici à gauche), un antisémite patenté, obsédé par le 11 Septembre (et sa voix française, l’ineffable Chantal Dupille, alias « eva R-sistons » : elle qui évoquait ici « le « milliardaire » clairvoyant  Trump… » ). C’est nécessairement devenu grandiose côté spéculation chez lui… attention tenez vous bien : « les américains ont intercepté un boeing 777 se dirigeant vers la Hague (La Hayes) avec un transpondeur off où se déroulait le sommet sur le sécurité nucléaire. Une frappe aurait permis de casser l’accord Brzezinsky-Téhéran, après que la partie Russe soit mise en état de furie absolue en Ukraine. L’idée des israéliens était de détourner un avion de type 777, capable de transporter des charges nucléaires et puis d’en utiliser un similaire, maquillé comme celui de la Malaysian Airline afin de frapper des cibles occidentales au Moyen orient ou en Europe »... euh, on reste bouche bée là devant à la fois la complexité de l’opération et le but visé, ou les dégâts collatéraux diplomatiques. Ou l’imbécilité à vouloir le décorer à tout prix des couleurs de Malaysia Airlines qui ne dessert que Londres en Europe, ou Paris, via un A380… Bien sûr, aucun B777 n’a été ainsi « intercepté » de la sorte. Un racontar de plus !

Mais plus loin on découvre l’idée tordue cachée derrière ce scénario qui ne tient pas débout : « Tel Aviv dispose depuis novembre 2013 d’un appareil boeing 777 immatriculé N105GT GA Telesis Boeing 777-2H6(ER)-cn 28416 / ln 155 âgé de 15 ans correspondant exactement à celui de la Malaysian Airline. Cet avion est entreposé dans un hangar à Tel Aviv. Cet avion a été entreposé sur une base militaire française entre Tarbes et Lourdes dans les Hautes-Pyrénées le 4 octobre 2013. Un fief de la DGSE et du Mossad (??? les israéliens adorent le cassoulet c’est bien connu !). Puis l’avion s’est envolé vers Tel Aviv le 4 novembre 2013. Pourquoi Tel Aviv entreposerait un avion similaire à celui du vol MH 370 Kuala Lumpur-Pekin ? » C’est vrai, ça pourquoi, au fait ???

L’avion « toulousain », c’est une histoire vraie : on l’a même pris en photo au décollage à Tarbes le 4 novembre 2013 (ici  à gauche). C’est l’ex 9M-MRI de Malaysia Airlines. Tarbes où se situe TARMAC Aerosave qui pendant la pandémie n’a pas chômé. (en stockage). La société est spécialisée dans le démontage des avions et le recyclage de leurs éléments. Le voici donc parti en fin de vie pour Tel-Aviv, acheté par la société GA Telesis (il avait fait une belle frayeur à ses pilotes en début de carrière le 3 novembre 2006). Les B777 sont désormais âgés et remplacés par des avions plus performants qui consomment surtout moins. La Malaysia Airlines a mis au rencart tous ses B777 en 2016, deux ans seulement après la catastrophe, tous remplacés par des Boeing 737-800 (ici à gauche) !!! La ligne actuelle que faisait le MH370 est elle-même aujourd’hui assurée par un Boeing 737 ! Les voici en partance dans des mouroirs comme ici à Tulsa pour les vieux Airbus.. ou sur la base de Phoenix Goodyear en Arizona pour le 9M-MRH devenu 2-MMRH (Isle de Man !) et terminé N318MY, racheté le 23 février 2016 pour pièces par Delta Air Lines.

Ou notre B777, acheté comme cellule de tests pour des modifications et non plus pour revoler. L’idée étant d’en faire un gros avion cargo, ce qui nécessite de tester sa résistance de fuselage si on le découpe pour lui accoler une large porte (ici sur un 737-800). A 102 tonnes de charge, le B777 va plus loin. C’est en tout cas le contrat signé entre Malaysia et GA Telesis, installé en Floride, qui propose Israel Aircraft Industries (IAI) pour le démanteler. D’où son envoi à Tel Aviv, où GA Telesis récupérera en fait seulement les moteurs au final : « IAI a également acheté la coque pour son évaluation et son analyse pour savoir s’il existe un potentiel de conversion de cargo ou de pétrolier de la plate-forme 777. » Ce n’est pas un mauvais calcul, pour remplacer la flotte de 747 cargos (Boeing’s 747-400, 747-F et les vieux MD11) : l’avion est aussi large, l’US Air Force empêtrée dans la fabrication de son ravitailleur, et des sociétés privées comme Omega Air Refueling tapent à la porte du marché (lire ici sa saga). Un nouvel arrivant est possible. Si l’option ravitailleur a été plus longue à convaincre (2), pour finalement échouer, en cargo c’est une véritable réussite : IAI est devenu le spécialiste du genre (elle en a converti 260 à ce jour !). La filiale spécialisée d’IAI s’appelle Bedek (ajouter une porte cargo sur un avion n’est pas une mince affaire, comme elle le montre ici sur un 737). En février 2019, GA Telesis rachetait 4 autres B777 cette fois à Cathay Pacific. Et le 2 mars dernier toute « une flotte de 777-300 » pour de la location ou des pièces détachées. Un gros client s’affiche en liste d’attente le 28 octobre pour trois avions 777-300 plus longs : Kalitta Air, dont on connaît bien les exploits ici… Le 18 août 2020, enfin, AirBridgeCargo, une division du célèbre Volga-Dnepr Group russe, croisé ici souvent dans des transports d’armes, recevait son premier IAI B777F (le VQ-BAO, ici à droite) transformé par IAI. Bref, on est tombé sur une coïncidence, le marché de la conversion en cargo étant en plein boom !!! Ci-dessous, l’arrivée à Tel-Aviv le 6 août 2020 du premier Boeing 777-300 à convertir, via un vol parti au départ de San Bernardino : c’est l’ERSF N557CC, un ex-Emirates (A6-EBB).

Du complotisme pur jus 

Il faudrait quand même se rendre compte que derrière ce complotisme se cache une volonté politique : celle des faiseurs de peurs, liés à des fascisants notoires. L’une des sources qui revient dans le livre est Before It News (ou ses auteurs habituels) ; autre site d’extrême droite qui ramasse tout ce qu’il trouve et le balance tel quel : pédophilie, illuminatis, antisémitisme, on a le droit au panel habituel. Au bout de trois sujets, c’est Georges Soros ou les Rockfeller les responsables…  comme d’hab (ou le Mossad !)  !!! J’avais jadis déjà croisé son chemin, à ce site de désinformation, avec des avions civils qui auraient été « volés » en Libye, selon lui. « Des avions « disparus » qui s’ajoutent au grand mystère du Boeing malaisien, où, sans trop de surprise, la même théorie d’un détournement pour servir d’avion kamikaze aux USA avait surgi… en provenance directe de sources similaires ! C’est l’incontournable « Before It News » qui avait évidemment rapporté l’idée, reprise illico chez « AlterInfo », le site créé par David Duke, le leader du KKK ! Là encore, on avait noyé le poisson avec des considérations techniques ineptes « Des sources militaires US confirment que le Boeing 777 MH-370 a été détourné et a ravitaillé à Diego Garcia. Nos sources affirment que l’avion est reparti de Diego Garcia vers le Moyen Orient. Les ingénieurs de Rolls Royce qui monitorent les moteurs de l’appareil en live refusent de communiquer sa position mais nous savions que des français, des anglais et des allemands participaient à ce nouvel 11 septembre 2001. Notre étonnement vint de Pékin qui a immédiatement pris les dispositions ignorant les americains, anglais, français, australiens, allemands. Les preuves sont suffisamment convaincantes, mais cela nous a valu quelques nuits blanches ces derniers temps. Des sources US non militaires travaillant dans l’aviation civile pour des compagnies asiatiques, volant sur le même type d’appareil, confirment également ce que nous disions, elles affirment pouvoir accéder aux données anglaises de Rolls Royce et les communiquer au grand public très rapidement afin de localiser l’avion » . Tout cela était bien entendu faux, archi-faux (un nouveau 11 Septembre, pas les calculs de Rolls-Royce)… mais repris quand même un peu partout. D’autres théories délirantes ont été faites, et recopiées même telles quelles ici sur Agoravox par certains candides. C’est le président de la commission de Sécurité intérieure à la Chambre des représentants américaine, Michael McCaul, qui reprendra l’idée d’un détournement de l’avion de Malaysia Airlines pour en faire un « missile de croisière« , géant, selon ses dires. Une proposition sidérante et pourtant trouvée « justifiée » par le magazine français Le Point, bien à côté de ses pompes ce jour-là, lui aussi !! McCaul, un républicain texan, très riche, qui est aussi depuis des années le directeur du House Committee on Homeland Security, et qui avait tout intérêt à évoquer une lourde menace s’il voulait un renfort en hommes ou en matériels pour la sécurité intérieure du pays, dont il a la charge … McCaul, un obsédé de la sécurité intérieure, parlant de l’arrivée bientôt de l’ISIS à l’Ouest...le grand foulard rouge agité de nouveau, le nom « Al-Qaida » constamment aux lèvres.. ou chez d’autres, tel Michael Oren, historien israélien, devenu ensuite ambassadeur aux USA, (et aujourd’hui député) qui n’a guère fait mieux dans le style : ce dernier avait clamé sur CNN que l’avion du vol MH370 avait été détourné pour attaquer… Israël ! Le vice président invisible de Before it News a choisi son pseudo (joué par Stephen Nichols) dans le soap opéra Days of Our Lives, an American soap opera depuis 1965. Espérons que le (mauvais) feuilleton MH370 ne dure pas aussi longtemps !  A noter que j’avais à l’occasion repéré tôt Sebastian Gorka, conseiller mouillé dans l’affaire des contacts russes, venu se mettre en valeur lors des derniers meetings de Donald Trump, ici à droite… (et découvert avant même l’élection de ce dernier, donc !).

A l’origine, un auteur sulfureux

La thèse de l ‘avion abattu n’est pas celle non plus de Florence De Changy : ça a été au départ formulé par le dénommé Nigel Cawthorne, un anglais auteur de « Flight MH370: The Mystery« , sous titré « the greatest mystery since the Mary Céleste« . Il s’est rendu célèbre avec une série appelée « The Sex Lives of »; comprenant les papes, les grands dictateurs, les rois d’Angleterre, etc… ou « The Mammoth Book of Inside the Elite Forces »; un bouquin aussi sur Jack L’éventreurle pompon étant sur l’inévitable « Tesla: The Life and Times of an Electric Messiah ». Ils ne nous éviteront rien, décidément, ces complotistes  !!! Cawthorne, à l’évidence, a exercé une influence énorme sur De Changy : lorsque son ouvrage paraît très tôt, en avril 2014, rien n’a encore été découvert sur des plages de l’Océan Indien : il écrit donc « après tout, aucun débris n’a été retrouvé dans le sud de l’océan Indien, ce qui est suspect.» A la limite on l’excuserait alors, il ne savait pas ce qui allait se produire deux ans plus tard. Mais on peut difficilement lui pardonner la suite : «je ne dis pas que c’est ce qui s’est passé, ajoute l’auteur, mais si une boîte noire est trouvée (au large de l’Australie) qui dit qu’elle provient du vol MH370 ? Une autre boîte noire pourrait avoir été jetée en mer, à 1000 miles de Perth pendant que les recherches se focalisaient sur la mer de Chine», a-t-il aussi écrit. Et là on s’aperçoit que c’est la trame de toute la pensée de De Changy : ce qui a été découvert au sud, c’est du faux, et c’est pour masquer une vérité qui pour elle ne peut s’y situer, exactement comme l’a écrit Cawthorne six ans avant !!! Nous revoici donc des années en arrière. A faire le même sur-place, hélas !

En cherchant bien le début de ce délire…

En fait, autant vous l’avouer, mea-culpa, j’ai aussi mis moi-même le feu aux poudres conspis un soir d’avril 2014, le 24 exactement, sur Agoravox. Ayant hérité d’une news inattendue et intrigante tard le soir, en fouinant sur le net, j’avais aussitôt réagi et bâti en moins de deux heures un article intitulé « Vol MH370 : une découverte étonnante… et un mystère de plus ! » Résultat : plus de 109 000 hits, la première fois que je franchissais le score des 100 000 dans ce site désormais rongé de l’intérieur par l’extrême droite. Ma théorie, car ça en était une, simplement, partait de la découverte d’un extincteur d’avion particulier, fort semblable à celui d’un B777: l’avion n’avait donc peut-être pas pris la direction indiquée, selon moi, si ce morceau lui appartenait (il semble bien que non, les siens sont différents en fait !). J’avais aussitôt enchaîné sur un feu de soute possible… et des batteries jugées « inflammables« .. phénomène qui avait failli tuer deux pilotes d’UPS en 2006, en avait tué deux autres à Dubaï le 3 septembre 2010, sur un Boeing 747-400F (toujours de chez UPS !) et la possibilité que le MH370 ait donc fait un « tout droit » en mer d’Andaman, au lieu de partir plein sud. Ci-dessous la game Ametek des extincteurs pour avion dont l’exemplaire au centre ressemble au découvert, les fixations en moins :

A gauche ici ce sont ceux de la firme AAE qui fournit les B-737, les DC-9 et MD88 les Fokker 70, les Airbus A320 et les vieux 727 (100 et 200) plus le Lockheed 1011).

Puis un deuxième article, le 3 juin avec la déposition de Katherine Tee (avec un beau pataquès de ma part sur le nom de son mari). J’avais alors écrit « si le témoignage éclaire assez peu sur les conditions mêmes de la catastrophe observée, il indique cependant que l’avion était toujours en feu à une altitude bien inférieure à celle des autres appareils circulant ce jour-là, et qu’il brûlait intensément tout en se maintenant en vol. » Et de citer déjà aussi la thèse de Chris Goodfellow, commandant de bord (celle de l’incendie de soute ou de cockpit)… Mais comme j’avais indiqué les Maldives dans le premier, c’est parti en quenouille, on a eu droit après à la théorie de Diego Garcia, à laquelle je n’ai jamais cru (même si j’aime bien Marc Dugain comme auteur, en littérature !)… puis à tout et à rien, aux habituels soucoupistes, aux illuminés, etc… ou aux remises en cause perpétuelles de faits indubitables ou aux super-armes… ridicules.

J’ai repris le collier bien plus tard (en novembre 2018) avec une nouvelle découverte, celle de morceaux de drone, toujours du côté des Maldives. Un bout de Reaper, indéniablement. « UHK97000-12, ce qui est en effet le numéro de fabrication d’un Reaper… enregistré à la FAA sous une immatriculation classique, N308HK « … celui-là certainement basé aux Seychelles. J’ai ensuite effectué une très longue recherche sur la circulation des armes via des avions civils, mais qui s’est révélée infructueuse à propos de la Malaysia Airlirnes (en revanche j’ai retrouvé de cas assez pendables, comme des abandons de 747, en Malaisie, justement, laissés à leur sort en train de pourrir sans que personne ne les réclame…). Le pays est vraiment la proie des magouilleurs en tous genres !!

Une armée dilettante, un pays comme une passoire 

Bref, toujours pas de solution à cette énigme. Pour moi, aujourd’hui, il n’en reste que deux, de probables : un acte délibéré du pilote principal, que je n’exclue donc pas totalement (son imposant simulateur (3), ici à droite, demeurant fort troublant à vrai dire, mais on a raconté bien des choses à son propos, et surtout toujours le même embarrassant individu, hélas (4)). Ou bien l’ultime combat de ce dernier et de son copilote contre l’incendie, thèse qui a toujours eu ma faveur, mais qui s’est déplacée depuis de la soute au cockpit lui-même, durant ma réflexion. Tout le reste n’est que le vaste étalage d’une inconséquence et d’une incompétence telles qu’aucun des pays concernés ne souhaite parler par peur du ridicule, ou de laisser passer l’idée de leur impréparation notoire à une attaque, militaire ou terroriste. Allez donc avouer à vos concitoyens que le week-end, personne n’est là pour protéger le pays !!! Ou que l’on continue à transporter des choses sans les vérifier à bord des avions : ce n’est pas fait pour rassurer le public, ça !

Un journaliste a bien résumé cet aspect de dilettantisme gravissime inavouable en allant enquêter sur place, sur la base de la Royal Malaysian Air Force (RMAF) de Butterworth;, près de Penang. Particularité, par accords passés, les australiens y sont présents aussi, et de façon permanente. « Pour son enquête, Olivier Sibille est allé à Penang rencontrer un ancien pilote de chasse qui a fait toute sa carrière à Butterworth, le major Ahmad Zaïdi. Celui-ci a une autre explication, bien plus simple. « En temps de paix, tout le monde rentre chez lui le soir. Il nous faut jusqu’à deux heures pour réagir. Tous les pilotes rentrent chez eux. Il n’y a plus une seule équipe. » Faut-il conclure à une erreur de l’armée ? « Bien sûr. C’est une grosse bourde. Une défaillance de la hiérarchie. Notre gouvernement aurait dû en tirer les conséquences, mais personne n’a démissionné. » Voir ici ce reportage sidérant de Complément d’Enquête avec un ministre de la défense malaisien (Hishammuddin Hussein) qui se moque carrément du monde et de son interviewer… de façon totalement cynique !!! Il dit à un moment avec le sourire « vous me dites qu’on a a abattu l’avion, c’est ça ?  Ce sont les américains  qui font ça, pas nous…« . Si le ministre s’y met aussi, au complotisme !! L’avion est passé juste au-dessus de la base et pas un seul chasseur n’a décollé !! Un mot vient alors aux lèvres du commentateur : « absurde » !!! Ah, tiens, lui aussi pense la même chose…

Non, il n’y a certainement pas eu d’entente géostratégique pour dissimuler une erreur militaire, pas de cargaison mirobolante à bord, simplement des Etats qui savent désormais les faiblesses de chacun, et qui ont d’un commun accord décidé de ne pas trop en parler de peur de trop se découvrir mutuellement. Les radars ne voient pas tout, ils sont mal calibrés, ou trop souvent en maintenance, alors qu’ils coûtent des sommes exorbitantes, les pays ont du mal à entretenir leur flotte aérienne militaire; etc… Leur soldats sont mal formés, ou tout bonnement aux abonnés absents le week-end, et ainsi de suite… Leur réactivité se noie dans leurs politiques autoritaires où l’initiative individuelle qui pourrait sauver des vies ne sera jamais prise, par peu du carcan de l’autorité et des représailles à venir. Les USA n’y échappent pas : ils n’ont pas assez de présence radar aéroportée dans la région, par exemple, alors que la Chine est en train de construire une armée gigantesque et devient une menace bien plus grande que ne l’est la Russie dans le secteur. Et leurs énormes satellites ne peuvent pas tout faire, même si l‘un d’entre eux en fait beaucoup, déjà… sinon, ils ne joueraient pas autant à se faire peur avec leurs Boeing River Joint déguisés électroniquement en avions civils !!!

Ça tombe toujours dans l’Océan Indien… 

Tout cela pour retomber il y a fort peu de temps, sur un autre drone semblable, toujours aux Maldives !!! Eh oui, car un énième drone a été retrouvé en miettes (ci dessus) … et couvert de balanes et d’anatifes , (des lepas (5)) lui aussi (comme le flaperon de la Réunion (6). C’est récent et ça s’est passé cette fois sur l’île de Dhaalu dans l’atoll Meedhoo le 12 novembre 2020. Une portion d’aile arrachée a été extraite de l’eau, sur une plage, l’aile gauche de l’engin, et le capot de l’entrée d’air du moteur, tous deux des morceaux du d’un drone de type Reaper (armé donc) ne portant aucun insigne ou immatriculation distinctifs, ce qui est… normal en fait sur ce genre d’engin lorsqu’il est américain. Les balanes fixées sur l’intrados exclusivement (le morceau s’est promené dans l’eau à l’envers) laissant imaginer un certain bout de temps passé dans l’océan pour l’aile. Et donc aussi un crash survenu souvenir loin de ces côtes des Maldives ! Il s’ajoute aux nombreuses pertes de ce genre d’engin, et on ignore qu’est ce qui a bien pu causer sa perte. Les débris semblant montrer une destruction sans trace d’incendie. Une énième perte de contrôle à distance, sans doute. Les drones déployés dans l’Océan Indien surveillent en priorité les côte de l’Afrique de l’Est, pour la piraterie et le trafic d’armes, fort présent comme on le sait, mais aussi les traces en mer de la présence des sous-marins chinois, une nouvelle menace elle aussi fort présente comme je l’ai déjà souligné ici.

Et un dernier gag dans le même genre : un autre drone, une cible connue pour avions chasseurs (la BQM-167A, très reconnaissable avec son réacteur sous son fuselage), a été retrouvé le 19 mars dernier sur une plage US, celle d’Ocean Ridge au sud de la Floride… L’armée US en a répandu partout en fait comme celui-ci retrouvé près de Guam le 8 janvier 2013, il avait été lancé le 19 septembre 2012 et s’était égaré ensuite. En septembre 2020, c’est au Japon qu’on a avait retrouvé un MQM-107E, bien reconnaissable, lui aussi, à Taketomi Island, près d’Okinawa. Un engin taïwanais cette fois !!! On rappelle que la rencontre inopinée avec un avion commercial est de l’ordre de l’impossible avec ces engins : ils volent nettement plus bas et sont aussi nettement plus lents. Et les tirs ont lieu dans des zones du ciel bien déterminées, heureusement…

PS : j’ai une suggestion pour le prochain livre de Florence De Changy : l’un des deux copains de patrouille maritime, l’USS Kidd, à défaut d’avoir abattu le MH370, a fait récemment (en juillet 2019) au large de la Californie des rencontres passionnantes… et, cette fois-ci, ça ce ne semble pas être un coup de l’armée américaine (selon le Daily Mail l’USS Pinckney était aussi sur place)  !!!  Aux dernières nouvelles également, Florence De Changy a été une nouvelle fois encensée… dans le Daily Mail, qui a abandonné deux minutes les aventures d’Harry et Meghan, qui occupent un bon tiers de ses pages journalières, pour juger son livre « a splendid book — and highly recommended, » elle-même étant taxée de « remarkably thorough researcher ». C’est l’avis, il est vrai, d’un grand fan de Star Trek…  : on comprend mieux pourquoi en regardant ces extraits d’une interception ratée d’engin volant (Enterprise ayant un gros point commun avec un Awacs en effet, extérieurement)  !

(1) le pire exemple et le plus tortueux des complotistes dont elle utilise les écrits et sans conteste Jim Stone. Celui-là est allé loin dans la fabrication de « preuves ». Chez lui ça tourne en effet au délire de fort mauvais goût. Pour nous convaincre que l’avion s’est posé à Diego Garcia (et qu’il est reparti plus tard… en trouvant 80 tonnes de carburant on ne sait où…), il a inventé une histoire ahurissante, mettant en scène… une victime (c’est ça l’odieux du principe). Il s’agit de Phil Wood, l’infortuné ingénieur IBM américain, adorable personne pleurée par tous ses amis et sa copine Sarah Bajc. Selon lui, il aurait trouvé sur 4 Chan un message et une photo émanant du téléphone portable de la victime, dissimulé par lui aux ravisseurs. La photo c’est celle-ci :  ne cherchez pas plus loin elle est effectivement toute noire. Mais selon le posteur de 4Chan (le site qui a promu je le rappelle la secte QAnon), les données EXIF de la photo indiquaient une localisation « près de Diego Garcia« . Le texte qui y était inclus ajoutant qu’il était « prisonnier » et avait été « drogué » (pour accéder aux données EXIF avec un simple téléphone sous Androïd c’est ici !). Le cliché aurait été daté du 18 mars. Le post avait été déposé dans le forum « Politically Incorrect » de 4Chan, autrement dit celui des pires délires outranciers… n’empêche, il avait été cru tel quel repris et amplifié par ce fabricant de fausses news de Jim Stone !! Sidérant !!! Et particulièrement infect !

(2) ça s’était finalement conclu en mars 2015 avec un contrat… brésilien, pour l’achat de trois tankers sur la base de Boeing 767-300 et non de B777, pour remplacer ses quatre KC-137 plus que vieillissants. Bedek ferait le premier et les suivants seraient adaptés par TAP Manutenção e Engenharia Brasil. Mais le contrat est ensuite tombé à l’eau, Bolsonaro à son arrivée choisissant plutôt l’Airbus A330 MRTT (Multi Role Tanker Transport), beaucoup plus onéreux… Depuis, tout semble être resté en plan.

(3) il a été saisi par la police malaisienne et non par le FBI comme ça a pu être dit (pour mieux correspondre pour sûr à la thèse d’un complot des USA…). C’est le New-York Magazine qui a raconté que le FBI avait trouvé un trajet similaire à la fin de l’appareil dans le disque dur de l’ordinateur du pilote. Comment le « FBI » aurait pu en conclure sans avoir vu le PC, cela reste aussi une histoire… douteuse. Or, qui trouve-t-on comme rédacteur signant le texte du New-York Magazine ??? Non ne cherchez pas très loin : c’est signé… Jeff Wise, encore une fois, la peste qui a contaminé tout ce dossier !!! Incroyable !!! Pire que le choléra ! Une pandémie journalistique à lui tout seul !!!

(4) ce très bon  texte de The Atlantic signé de l’expert William Langewiesche est plutôt convaincant sur la thèse du suicide du pilote. Le seul hic c’est qu’il est tombé lui aussi dans le panneau tracé par Wise sur le « FBI » : « les examens médico-légaux du simulateur de Zaharie par le FBI ont révélé qu’il avait expérimenté un profil de vol correspondant à peu près à celui du MH370 – un vol au nord autour de l’Indonésie suivi d’une longue course vers le sud, se terminant par un épuisement du carburant au-dessus de l’océan Indien »… voilà un bel exposé qui retombe à l’eau !

(5) ce qui est sidérant chez elle, c’est sa capacité à dire le contraire d’une interview à l’autre avec un aplomb pas possible. Vous vous souvenez du coup du flaperon : elle en a dit, mordicus, « qu’aucun essai n’avait été fait » à son sujet. C’est ici au Figaro et ça s’entend clairement à 6’02 du début !!! Or, plus récemment, chez Frédéric Taddéi, sur Europe 1, là voilà qui parle « d’un test » en précisant que « le flaperon d’essai ne flottait pas comme l’original » !! Exactement ce que le testeur (David Griffin) avait noté au début de son essai (lire ici son expérience) !!! Et exactement le contraire de ce qu’elle a claironné auparavant … après ça, c’est le coup du « sandwich » d’Awacs qu’elle étale, auquel croit aussi Taddeï, qui en fait même le « nœud gordien » de l’affaire. Lui aussi, c’est zéro pointé en connaissance d’aviation !!! Il parle ensuite de « matériel volé aux américains » et « qui ne doit pas atterrir en Chine…. » sans qu’elle ne bronche : logique c’est ça, sa thèse principale, justement !!! Et de ressortir enfin pour conclure le fameux message de « désintégration », inventé de toutes pièces par un complotiste déjà décrit ici comme faiseur de fakes… De travailler pour RT ne l’a pas arrangé, celui-là, franchement : gonflants, d’un bout à l’autre, l’un comme l’autre !!!

(6) voici ce qu’elle avait confié à CNEWS en 2016 à leur propos : notez la référence au milieu du propos : « peut-on connaître les caractéristiques précises des anatifes récoltés sur le flaperon ? Selon certains spécialistes mondiaux de ces petits crustacés, interrogés par le journaliste américain Jeff Wise, les anatifes observés sur le flaperon n’ont pas plus de six mois. Encore une fois, pour démentir ces rumeurs, il ne tient qu’à la France de communiquer ouvertement, précisément, scientifiquement. J’ai contacté certains des experts sollicités pour ces analyses. Aucun n’a répondu. La communauté de scientifiques bénévoles qui se dédient à élucider ce ‘mystère’ attend ces réponses depuis huit mois. » Encore une fois , sa source principale est bien… Jeff Wise; l’inventeur de l’atterrissage au Kazakhstan du MH370  ! Parlez d’une référence !!! Chez De Changy, ses racontars mirobolants on eu un impact sur la presse à grand tirage avide de scoops, digne da sa littérature en fait. Dans l’infâme Daily Star anglais, rendu célèbre par ses articles délirants sur la disparition de la petite Madeleine McCann, ou par ses modifications de photos d’avion ayant soi-disant traversé le nuage de cendres de l’éruption de l’Eyjafjallajökull en Islande, c’est devenu ça, comme présentation de son livre, le 24 janvier dernier : tout y est faux, l’usage prétendu d’un rayon laser -la thèse prônée par De Changy – ou celui de la photo d’un morceau de fusée à la place de l’avion ! Sidérant !!!

 

Document à regarder, ici d’une durée d’heure, signé Bernard Chabbert, une valeur sûre, très pédagogue comme à son habitude (souvenez-vous à la TV il y a quelques dizaines d’années « Pegase »). Tout savoir au passage sur le « chef d’œuvre de bon sens aéronautique » qu’est le B777 selon lui.  Très didactique (son propre fils Antoine est formateur sur B777 !), avec plein de détails passionnants. Ça, c’est du sérieux !!! Notez que ça a été réalisé en 2015, avant la découverte des débris !

 

Article précédent:

MH370 : bienvenue en absurdie (1)

 

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

Le kidnapping du Phocéa (10): la fin lamentable d’une double escroquerie

Et voilà, c’est fini. Définitivement cette fois, le beau bateau ne s’en relèvera pas, victime ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.