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Mario Draghi : drôle de futur président du Conseil italien !

Mario Draghi a été chargé par le président de la République italienne, Sergio Mattarella, de former un nouveau gouvernement, après la démission de Giuseppe Conte.

Le président italien aurait pu organiser des élections anticipées mais il a choisi Mario Draghi pour former un nouvel exécutif le plus rapidement possible…

L’organisation politique italienne fondée sur un régime parlementaire élu majoritairement au scrutin proportionnel favorise l’instabilité politique (d’où la courte durée en moyenne des gouvernements et leur nombre depuis 1945). Pour éviter de nouvelles élections, le président italien a préféré choisir Mario Draghi pour former directement un nouveau gouvernement.

Mais comme le souligne le Mouvement 5 étoiles (M5S), l’argument de l’unité et de la « bonne volonté » de chacun pour faire face à cette nouvelle crise gouvernementale et sanitaire a bon dos. Le chef des sénateurs M5S, Vito Crimi, a déjà annoncé qu’il ne jouerait pas le jeu d’un « gouvernement technique » provisoire, ajoutant : « ce type d’exécutif a déjà été adopté dans le passé, avec des conséquences extrêmement négatives pour les citoyens italiens. »

Selon le fonctionnement des institutions italiennes, c’est bien le président du Conseil qui détient le pouvoir exécutif. Si les ministres qu’il choisit doivent être validés par le président de la République, dans les faits, c’est bien le président du Conseil qui dirige le pays.

L’incarnation de la finance

Mario Draghi a fait ses études chez les Jésuites, licencié en économie et commerce à l’université de Rome  » La Sapienza  » en 1970.

– De 1991 à 2001, il a été directeur général du Ministère du Trésor, chargé des privatisations. A ce titre, il était membre du conseil d’administrations de plusieurs banques et sociétés en phase de privatisation (Eni, IRI, Banca Nazionale del Lavoro-BNL et IMI).

– De 2001 à 2005, il fut vice-président Europe de la banque Goldman Sachs, la quatrième banque d’affaires mondiale, qui a aidé la Grèce à dissimuler des milliards d’euros d’emprunts d’Etat.

Le « sauvetage » de la Grèce a été en fait une gigantesque opération de socialisation des pertes du système bancaire. Il s’agissait de transférer l’essentiel de la dette grecque – mais aussi espagnole et irlandaise – des mains des banquiers vers celles des contribuables. Il sera ensuite possible de faire assumer les frais de l’inévitable restructuration de ces dettes par les budgets publics européens.

Lors d’une audition par les députés européens, Mario Draghi soutiendra avoir travaillé uniquement avec le secteur privé alors qu’il était chargé aussi, selon les communiqués de Goldman Sachs, du travail avec les gouvernements et les agences gouvernementales (acteurs publics) et du développement stratégique en Europe avec les principaux dirigeants de la firme.

– Le 29 décembre 2005, il est nommé gouverneur de la Banque d’Italie par le président du Conseil Silvio Berlusconi pour un mandat renouvelable de six ans. Il prend ses fonctions le 16 janvier 2006. Fait notable, provenant du secteur privé, il est le premier gouverneur de la Banque d’Italie depuis 1960 à ne pas avoir fait l’intégralité de sa carrière à la Banque d’Italie.

Mario Draghi remplace Antonio Fazio, démissionnaire à cause de son implication dans une affaire de conflit d’intérêts. En tant que gouverneur, il se retrouve aussi membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne.

 Le 24 juin 2011, il est nommé par les dirigeants membres du Conseil européen à la présidence de la BCE. Le nouveau chef de l’institution succède à Jean-Claude Trichet le 1er novembre 2011.

Dès son arrivée à la tête de la BCE, il annonce une baisse d’un quart de point des taux d’intérêt, mesure qui est saluée par les marchés financiers. Le 6 septembre 2012, il annonce un programme illimité de rachat de dette des pays de la zone euro ayant du mal à se financer sur les marchés. Le 10 mars 2016, il annonce la baisse du principal taux directeur de 0,5 % à 0 %, ce qui signifie que la BCE prête dorénavant gratuitement aux banques.

La nomination de Mario Draghi clarifie d’une certaine façon les choses. La BCE défend non pas l’intérêt des citoyens et contribuables européens, mais l’intérêt des banques. Une étude britannique citée récemment par le journal Les Echos a le mérite de quantifier clairement le processus en cours. Cette étude indique que grâce aux « plans de sauvetage » de la Grèce et au « mécanisme européen de stabilité » mis en place par la BCE, le FMI et l’UE, « la part de dette hellénique aux mains des contribuables étrangers passera de 26 % à 64 % en 2014. Cela veut dire que l’exposition de chaque foyer de la zone euro va passer de 535 euros aujourd’hui à 1.450 euros ».

Son mandat, non renouvelable, se termine le 1er novembre 2019. Christine Lagarde le remplace.

Aujourd’hui donc, ce ne sont pas les électeurs italiens qui vont décider de l’avenir de l’Italie mais c’est Mario Draghi qui va essayer d’avoir toutes les clefs du pouvoir en main. Dès lors, une question se pose : l’Italie va-t-elle être gouvernée pour les Italiens ou pour la finance ? Un début de réponse n’a pas tardé : la Bourse de Milan a fortement progressé depuis l’annonce de la nomination de Mario Draghi par le président de la République italienne…

 

Albert Ricchi

A propos de Albert Ricchi

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Journaliste citoyen, mon blog est consacré à la politique, la démocratie, l'économie, l'environnement ainsi qu'à plusieurs réformes essentielles à entreprendre aujourd'hui afin de réconcilier les citoyens avec la République et la justice sociale.

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