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Maria Jos?, jeune hondurienne sur la route de l?enfer

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Propos recueillis par?Ilka Oliva Corado

5 novembre 2013?

. Il y avait des centaines de personnes qui se lan?aient ? l?assaut du train en marche, et moi aussi je devais grimper, mais je ne savais comment parce que j?avais peur de tomber sur les voies et que le train me passe dessus.

Passaient les wagons, les citernes,?les containers mais on conseille ? ceux qui s?en vont de monter sur un wagon ou sur le toit d?un container parce que les citernes, c?est tr?s dangereux, de l? bien des personnes sont tomb?es, et elles se sont tu?es.

 

J?ai travers? le rio Usumacinta ? Tenosique, Tabasco.?Je suis hondurienne, nous avions voyag? en camionnette jusqu?? c?t? d?el Pet?n, Guatemala et de l?, nous avons travers? sur un radeau. Mais ? peine avions nous mis les pieds au Mexique que d?j? la police nous demandait de l?argent, les autres personnes de mon groupe, oui, elles ont pay??; mais moi, j?avais seulement pour trois jours de nourriture et ils me l?ont prise et ils m?ont conduite ? part, vers la patrouille, l?, le chef des policiers m?a prise, il m?obligea ? lui pratiquer??le sexe oral et il me pris aussi, par derri?re, comme si je ne ressentais pas la douleur, comme s?ils pensaient que j?aimais ?a, qu?on me prenne, comme ?a, de dos, si vous aviez entendu ce qu?ils me disaient, ce sont des pervers, vous auriez du entendre ce qu?ils me disaient, que nous autres, les centram?ricaines nous venions au Mexique en qu?te, parce que nos hommes ne servent ? rien. Il me dit que nous ?tions toutes des putes, qui nous venions pour travailler dans des bars ? putes.

Ils me laiss?rent partir en me disant que si je racontais quoi que ce soit, ils me mettraient en prison pour une ann?e, et qu?apr?s ils me renverraient dans mon pays. Je savais d?j? que cela pouvait se produire, quelques-unes de celles qui rentraient dans mon quartier apr?s avoir ?t? ainsi d?port?es me l?ont racont?, c?est? ? cause de cela que j?avais fait l?injection, pour ne pas me retrouver enceinte si cela se produisait.

Carava

Caravane des familles de migrant(e)s disparu qparties d?Am?rique Centrale

 

J?avais 16 ans et j?avais laiss? mon b?b? de cinq mois aux soins de ma grand-m?re maternelle, c?est le fils de mon oncle Juan, le fr?re de ma maman, il m?a viol?e et mise enceinte, moi, j?ai tout de suite racont? ? mes parents ce qui c??tait pass?, mais ils me dirent que c??tait de ma faute, que je m??tais soumise, mon oncle ?tait d?j? mari? et il a quatre filles. Ils me dirent que si je disais quoique ce soit, ils me jetteraient dehors et quand les gens demandaient de qui j??tais enceinte, ils r?pondaient qu?ils n?en savaient rien parce que je ne voulais pas le dire.

J?ai eu mon enfant et je l?ai confi? ? ma grand-m?re qui m?a conseill? de partir pour les Etats-Unis afin de pouvoir l??lever. Je l?aime, c?est mon fils, le sang de mon sang, tu l?aurais vu, bien portant, et beau, pesant pr?s de 9 livres et il ressemble ? ma maman.?Je l?ai vu en photos.

Non, je n?ai pas ?tudi?, je travaillais dans une maquila (NdT?: fabrique des zones franches o? les ouvriers essentiellement des femmes sont surexploit?s, quasi incarc?r?s parfois), je coupais les doublures des pantalons de toile. Je n?ai fait que les primaires. La v?rit?, c?est que jamais je n?ai pens? ? aller ? l?universit?, cela vole trop haut pour moi, c?est pour d?autre sorte de gens pas pour ceux qui sont fauch?s comme nous, pour certains, ce qui les pr?occupe, est de se demander comment ils vont faire pour avoir ? manger, payer l??lectricit?, et l?eau, pour qu?elles ne soient pas coup?es?;

Mon fils, oui, je voudrais lui permettre d??tudier, parce que je ne voudrais pas qu?il reste stupide, comme sa maman, j?aimerais qu?il soit docteur, ou ce qui lui plaira, mais moi j?aimerais qu?il soit un de ces docteurs qui paraissent si ?l?gants quand on les voit dans leurs blouses blanches.

Bon, cela m?a fait mal de le laisser parce que c?est mon fils, mais d?s que je me suis retrouv?e enceinte de mon oncle, ma famille n?a fait que me chercher querelle, sans arr?t, ma maman me frappait, pour que mes chaleurs me passent, disait-elle, et elle plaignait mon oncle, le pauvret, qui avait ?t? oblig? par sa nature d??homme de me faire le mal. Moi, je ne pouvais pas vivre comme ?a, alors j?ai d?cid? de partir pour un mieux.

 

Cela a ?t? fort difficile de me d?cider ? sauter parce que le train allait tr?s vite mais si je ne le faisais pas, je resterais l?, et moi, ce que je voulais, c??tait d?arriver ? Maryland parce que l? vivait une tante qui est une s?ur de ma maman. Apr?s ce que me fit le policier, je ne pouvais plus marcher, on me renseigna une auberge pour les migrants, l? ils me re?urent et me donn?rent des m?dicaments contre la douleur, vous devriez voir quels gens, tellement b?nis qu?ils s?enl?vent le pain de la bouche pour le donner ? des inconnus. Je n??tais pas la seule m??tre fait violer, plusieurs autres avaient ?t? viol?es dans le train parce qu?une bande de cagoul?s le prit d?assaut, ils disaient qu?ils ?taient des Zetas. Ils demand?rent beaucoup d?argent en dollars et comme les gens n?en avaient pas, ils dirent qu?ils en jetteraient quelques-uns du train et que les autres, ils les tueraient ? coups de machette. Moi, j??ai vu deux hommes sans jambes parce que le train les leur a coup?es lorsqu?ils tomb?rent sur la voie, taisez-vous, c?est d?un sordide tout ?a.

?

 

 

 

(.La Bestia, la b?te est le nom donn? au trains qu?empruntent les migrants)

 

 

L?un vient peiner sur d?autres terres que les siennes par n?cessit?, voyez-vous, si chacun avait ? manger, il ne quitterait pas son pays. Quoique, regardez, moi j?avais ? manger, m?me si ce n??tait que des tortillas avec du sel, mais mon c?ur ne pouvait supporter tant de douleur, tant de mauvais traitements et d?humiliations, je devais rencontrer mon oncle quand il venait avec sa famille rendre visite ? la mienne, et sa femme, elle aussi savait ce qu?il m?avait fait et avait cess? de me parler, elle aussi rejetait la faute sur moi.

 

C?est alors que quelques filles me dirent qu?elles allaient prendre la route et me propos?rent de venir avec elles, nous sommes parties avec celui du passage , il ne nous a pas conduites plus loin que la fronti?re entre le Guatemala et le Mexique, l? nous pensions travailler, m?me ? ramasser les ordures dans les locaux en attendant, mais nous ?tions toutes d?cid?es ? partir. L?une avait plus d?argent que les autres et toutes plus que moi, c?est bien ? cause de cela que le policier m?a prise rien qu?? moi, elles, je ne les ai pas revues parce qu?elles sont mont?es dans le train.

Si quelqu?un d?j?, est en terre ?trang?re, et qu?en plus il n?a pas d?amis, vous comprenez, elles sont parties, elles ne m?ont pas attendue, alors qu?elles sont du m?me coin que moi, l? o? je vivais au Honduras, et en v?rit?, je ne sais pas ce qu?elles sont devenues, peut-?tre qu?elles vont bien, si elles n?ont pas ?t? s?questr?es ou si elles n?ont pas fini par l?, noy?es dans le rio Bravo.

Je me suis arm?e? de courage et je m?en fus d?termin?e et voyez-vous, s?il n?y avait pas eu un homme pour m?attraper par les cheveux, je vous dis que je serais tomb?e sur les voies, il me tira vers le haut et me coin?a dans l??chelle. Moi, je tremblais, effray?e voyant ce vol et ces gens qui s?accrochaient comme des d?sesp?r?s. Cela m?a renvers? l??me de voir tant de m?mes seuls, des fillettes de 6 ans qui allaient seulettes.

 

La gal?re nous tomba dessus apr?s que nous soyons entr?e ? Tamaulipas, quand le train s?arr?ta, des hommes nous attendaient, v?tus de noirs et bien arm?s avec des pistolets et des machettes, pour dieu, taisez-vous, des policiers et des soldats les accompagnaient, les malheureux ?taient de connivence, ils nous ont laiss? approcher et nous autres nous avons commenc? ? sauter des wagons et ? partir en courant entre les voies, quelques-uns sont partis vers la montagne, et voyez-vous, de la montagne sortirent encore plus de policiers et de soldats, la v?rit? est que beaucoup r?ussirent ? s??chapper parce que nous ?tions des centaines mais ? nous autres la malchance nous toucha. Nous sommes rest?s trois jours sans manger et supportant le soleil et r?sistant au froid, il a plu un jour entier, nous ?tions tremp?s comme des soupes.

Moi, je m?imaginais ce qu?ils allaient nous faire et je pensais ? mon b?b?, et je me demandais si je le reverrais et que moi, j?allais rester ici, sans personne pour me reconna?tre, sans enterrement et si loin de ma maison. Ils ont coup? les mains de beaucoup d?hommes parce qu?ils ne pouvaient?pas?payer? les cent dollars que les hommes en noirs leur demandaient, ils disaient qu?ils ?taient du cartel del Golfo, l? voyez, les policiers et les soldats ?taient tout excit?s, et tous frappaient les pommettes des migrants avec les crosses de leurs pistolets, les os tonnaient??quand ils les brisaient.

Ils leurs dirent qu?ils ne nous laisseraient pas partir vivants, mais que ceux qui payeraient ils ne leur toucheraient pas un cheveu et les laisseraient aller, alors qu?? ceux qui ne pouvait payer, ils leur prendraient tout. Ils nous viol?rent pareil, hommes et femmes, les hommes, ils les mirent ? quatre pattes et leur firent descendre leurs pantalons, ils les oblig?rent aussi ? sucer leurs engins, les oblig?rent ? avaler leur semence, et ensuite, ils leur tiraient une balle dans la t?te. D?autres, ils les viol?rent et ? la fin ils leur mettaient un piment coup? en deux au derri?re et leur disaient que c??tait pour qu?ils n?oublient pas comme ?tait forte la br?lure du piment mexicain. Vous les imaginez, remplissant leurs sacs de piments?? Ce sont des maudits.

auberge des migrants, tenue par le p?re Heyman Vazquez Medina

Nous, je ne sais pas en v?rit?, ce qui nous a sauv?s, parce qu?ils nous viol?rent aussi, j?ai perdu connaissance parce qu?ils ?taient nombreux, quand je me suis r?veill?e, j??tais ensanglant?e et il faisait d?j? nuit, on m?avait tra?n?e dans la montagne, nous ?tions plusieurs et nous n??tions pas capables de nous lever, figurez-vous que les femmes du village nous ont aid?s parce que, dirent-elles, les autorit?s ne se m?lent pas de ?a et que les pompiers n?aident pas et que?les h?pitaux ce qu?ils font quand arrive un migrant, ils le tuent et ils vont l?enterrer comme x ou y dans les fosses pour ne pas subir d?enqu?te d?aucune sorte.

Des villageoises nous ont aid?es et elles nous ont emmen?es dans leur maison et l? nous attendaient des ?tudiants en m?decine qui collaborent avec elles, ? beaucoup de celles d?entre nous qui avaient ?t? viol?es, ils avaient bris? une partie des os des hanches, les fillettes ne surv?curent parce que comme elles ne donnaient pas d?elles-m?mes, ils les d?fonc?rent.

Voyez, ils ont tu? une soixantaine de personne cette nuit-l? et?les nouvelles n?en dirent rien, aucune autorit? ne se m?le de rien.?Les habitants du village ce qu?ils firent c?est demander la permission au veilleur du cimeti?re et ils creus?rent une fosse, et l? ils mirent les corps dont beaucoup n?avaient plus de mains, et ? d?autres ils manquaient les yeux, certains ?taient tranch?s en deux, beaucoup avaient une balle dans la t?te.

Ils nous emmen?es ? 5 dans la m?me maison et les 5, nous nous sommes accroch?es les unes aux autres, avec force, vous voyez,??il y avait deux guat?malt?ques, une salvadorienne et nous ?tions deux Honduriennes. Nous sommes rest?es l?, ? r?cup?rer, notre famille des Etats-Unis envoya de l?argent pour payer ??el coyote?? (le passeur) qui nous fit franchir le rio Bravo. Les villageoises elles-m?mes, nous recommand?rent ce passeur, un bon gars, ils ne sont pas tous mauvais, vous savez.

Mur entre le Mexique et les Etats-Unis ? Grupo marxista

Mur entre le Mexique et les Etats-Unis
? Grupo marxista

Nous arriv?mes ? Brownsville, Texas. Chacune

d?entre nous fut recueillie par ses parents, l??change se fit dans le parking d?un lavoir dans un centre commercial. Ma tante n?a pas de papiers a cause de cela elle n?avait pas pu venir ? la fronti?re et c?est un ami ? elle qui lui fit cette faveur.

Il y a deux que je vis ici au Maryland, je travaille dans un h?tel avec ma tante, nous nettoyons les chambres, personnellement, j?en ai 18 ? nettoyer chaque jour, plus 8 salles de bain, de celles qui sont dans les couloirs, je gagne le salaire minimum.

J?aimerais envoyer chercher mon fils mais regardez, ce avec quoi je vis n?est pas suffisant, m?me si je me d?teste de ne pas ?tre avec lui, il est mieux l?-bas, je vais travailler ici parce que je veux qu?il aille ? l?universit? et je voudrais construire ma maisonnette, monter un commerce et rentrer chez moi, ?tre ici ce n?est pas une vie, on est comme des esclaves et on ne peut pas sortir parce que la police des migrants est de tous c?t?s , comme si nous ?tions des d?linquants.

Mes amies m?appellent au t?l?phone pour me demander des conseils parce qu?elles voudraient prendre la route du Nord, je leur dis de ne pas commettre cette folie au nom de Dieu, qu?ici on souffre trop mais elles ne me croient pas, elles pensent que parce que j?y suis d?j? je ne veux pas qu?elles viennent d?couvrir les Etats-Unis, elles disent que je m?y crois parce que je suis en train de construire la maison de ma grand-m?re.

Je ne peux plus dormir bien, j?ai des cauchemars et des insomnies qui me tuent, tout me revient, mais ils me disent que c?est normal et que cela arrive ? la majorit? de ceux qui viennent sans papiers

Oui, le soir j??tudie l?anglais, je vais ? l??cole pour adulte, c?est gratuit et il faut que je profite de cette opportunit?. Je souhaite avoir des papiers, mais la r?forme migratoire, comme le dit ma tante; est une vieille l?gende.

 

Traduction Anne Wolff

Source en espagnol?Mar?a Jos? (otro relato de Ilka Oliva) ? Resumen Latinoamericano

Pour en savoir plus, une s?rie d?articles sur?Espoir Chiapas ? Esperanza Chiapas?d?o? viennent les photos.

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http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-maria-jose-jeune-hondurienne-sur-la-route-de-l-enfer-121108396.html

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