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L’histoire des Irlandais au Qu?bec

 

La f?te des Irlandais remonte ? la nuit des temps. Ce peuple durement malmen? par l’Angleterre au cours de son histoire s’est bien int?gr? ? la nation qu?b?coise depuis les d?buts, il y a 400 ans. Ces filles et ces filles du tr?fle sont des gens vaillants, rieurs, col?riques et f?tards. Leurs contes, leur musique et leur culture ont envelopp? la soci?t? qu?b?coise.

Ils ont toujours entretenu des rapports privil?gi?s et tr?s ?troits avec les ?cossais, ces descendants directs des Vikings. Ils ont v?cu et partag? la m?me r?pression et la m?me pers?cution anglaise depuis la nuit des temps.

Les Irlandais et les ?cossais ont entretenu pendant plus de 700 ans des relations privil?gi?es avec la France. Marie Stuart (1542-1567) fut reine de France et d’?cosse. La nationalit? fran?aise ?tait automatiquement accord?e aux ?cossais et aussi aux Irlandais. L’immigration et les mariages mixtes sont courants. Les Irlandais et les ?cossais sont en majorit? catholiques et ils parlent fran?ais. Ces ? exil?s ? furent particuli?rement victimes de s?v?res r?pressions des Anglais sous Olivier Cromwell et Guillaume d’Orange. La victoire de Guillaume d’Orange (1690) a entra?n? la fuite de 30 000 officiers et soldats irlandais vers la France. Ils sont surnomm?s les Wild Greese (oies sauvages)!

M?me chose pour les ?cossais. Ils furent d?poss?d?s de leurs terres, de leur culture (langue, kilt) et durent s’expatrier et faire alliance avec la France et les Irlandais. Une grande mixit? s’ensuivit entre les Irlandais et les descendants directs des Vikings (Les ?cossais). Seulement un pr?fixe diff?rencie souvent le nom: MacDonald – McDonald.

Ils ?pousent des Canadiennes!

D?s les d?buts de la colonie de la Nouvelle-France, la population irlandaise et ?cossaise a ?t?? compos?e de r?fugi?s, de colons, de soldats et d’officiers. Majoritairement ces officiers et soldats sont catholiques et parlent fran?ais. Plusieurs ont ?pous? des Canadiennes. On les retrouve au Canada depuis les d?buts. Abraham Martin ?tait ?cossais, le Chevalier Johnstone est irlandais (Johnson),? Ramezay le gouverneur (Ramsay) est irlandais, Louis Riel (O’Reilley) est irlandais.

Sur les plaines en 1759 et en 1760, on les retrouve des deux cot?s de la barricade. Plus tard des garnisons enti?res s’?tabliront ? Qu?bec et marieront des Canadiennes. Les deux premiers gouverneurs : Murray est ?cossais? et Carleton, irlandais.? Les huit premiers maires de la ville de Qu?bec sont irlandais et plus tard, trois grands premiers ministres du Qu?bec seront irlandais (Johnson).

En 1847, les Irlandais repr?sentent 43% des citoyens la ville de Qu?bec. Majoritairement catholiques, de nombreux Irlandais ont ?pous? des Qu?b?coises et des Qu?b?cois avec la b?n?diction du clerg?.? Cette mixit? a sans aucun doute favoris? la renomm?e de la ville de Qu?bec qui regroupe ? les plus belles filles de la province ?.

Un apport consid?rable

L’apport de la soci?t? irlandaise ? la culture fran?aise est consid?rable. En 1815-1817, un grand nombre d’Irlandais ?migrent vers le Canada.? Plusieurs s’installent ? Qu?bec, dans les banlieues (Saint-Colomban, Sillery, Montcalm)? mais la majorit? s’installent et fondent des villages : Stoneham, Tewkesbury, Valcartier, Shannon.

En 1832, la ville de Qu?bec est peupl?e par 32 000 habitants, 8000 sont irlandais!

En 1845, l’Irlande, alors peupl?e de 8 millions d’habitants, ?subit? la grande famine provoqu?e par une contamination volontaire de la pomme de terre. Un million de personnes meurent de faim. Un autre million est condamn? ?? l’immigration forc?e par bateau. L’Irlande n’atteindra jamais plus les huit millions d’habitants. Sur une p?riode de deux ans (1844-46), 100 000 immigrants irlandais arrivent au Canada. Qu?bec est la porte d’entr?e. Les Anglais qui sont les propri?taires terriens, voient dans cette immigration forc?e une solution id?ale pour se ?d?barrasser? de la question de l’Irlande du Nord et en m?me temps, r?gler le probl?me de la r?volte et du d?s?quilibre ethnique dans sa colonie canadienne.

En 1847, 107 000 Irlandais partent d’Irlande pour le Canada sur 442 voiliers insalubres et impropres au transport des humains (c’est la destination la moins co?teuse). Le voyage dure huit semaines. Avant d’arriver ? Qu?bec, le typhus tue 4429 personnes en mer. On les balance par-dessus bord. En arrivant ? Qu?bec on enterre encore 1190 Irlandais morts sur les bateaux. 5424 mourront plus tard dans les baraques ? Grosse ?le.

 

De nombreux orphelins seront adopt?s par les familles qu?b?coises. Une croix celtique est offerte aux Qu?b?cois par l’Irlande en reconnaissance de leur solidarit?. Il faut cependant savoir que dans cette purification ethnique, il mourra le huiti?me de la population de la ville de Qu?bec en 1832 (4250).?? Plus tard, 10 000 autres Qu?b?cois et 8000 Montr?alais p?riront contamin?s? par les trois autres ?pid?mies successives de chol?ra et de typhus. Les plaines d’Abraham et le Mount Hermon servent? de lieu secret d’enfouissement. Le d?compte des morts qu?b?cois demeura confidentiel et secret d’?tat jusqu’? nos jours.

Cependant ces ?v?nements co?ncident avec la fondation en 1845 de la premi?re compagnie de fabrication de cercueils ? Qu?bec. La Compagnie Germain L?pine Lt?e en 1845. On donne un shilling comptant par corps que l’on empile dans un train de charrettes ouvertes. Les employ?s affect?s au transport des corps semblent immunis?s ? cause d’une grande merveilleuse antidote: la bagosse!. On fait la navette entre les ?glises, les ruelles, le cimeti?re du ?chol?ra? (Saint-Patrick) et les plaines d’Abraham. Les cloches retentissent en permanence et on craint que la population ne sombre dans la panique totale!

Les ravages caus?s par la maladie avivent les tensions ethniques ? Qu?bec. Tout comme les Hurons ont soup?onn? 200 ans plus t?t les Fran?ais d’avoir introduit une maladie inconnue qui tuait les leurs, les francophones de Qu?bec et le clerg? pensent que l’arriv?e de ces Anglophones ?infect?s? fait partie d’un stratag?me imagin? par les autorit?s coloniales. Les ?v?nements co?ncident aussi avec la r?pression de la? r?volte des Patriotes (1837-39) et les grandes r?formes qui suivent au Canada.

Bien des anc?tres irlandais

Aujourd’hui, on d?nombre encore 40% de Qu?b?cois qui peuvent retracer un anc?tre irlandais. Plusieurs orphelins et adultes ont ?t? accueillis par des familles qu?b?coises, mais plusieurs ont aussi francis? leur nom pour ?viter la discrimination anglaise.

Ainsi, les Carter sont devenus les Chartier, McGee-Mainguy, Sullivan-Sylvain, Leahy-Lahaie, O’Brien-Aubry, Moran-Morin, Cummings-Camane, Edmunds-Emond, Farnsworth-Phaneuf,? O’Gallager-Gallichan, O’Reilley-Riel, Clements-Cl?ment, Morane-Morin, Martin-Martin. Plusieurs autres ont cependant conserv? leurs noms, et ils ont laiss? leur empreinte dans la ville. Les Fitzpatrick,? Maguire, Frasers, McMahon, Boswell, Price, Otis. Il y a aussi les Johnson, O’Neil, Hardy, Dunn, Moore, Hamilton, Macdonald, Bond, O’Connor, Rooney…

Le 17 mars, c’est donc la f?te des fils et des filles du Tr?fle et de la verdure. C’est aussi le d?fil? de la Saint-Patrick pour 40% de Qu?b?cois d’origine, mais aussi pour les autres 60% d’Irlandais d’adoption. Car le 17 mars, tous les Qu?b?cois sont irlandais dans leur coeur, ? cause de la proximit? des liens qui nous unissent depuis 400 ans. C’est l’heure de la bi?re verte, des rimes et des danses et des m?lodies irlandaises. <I>When Irish Eyes are smiling<$>…

Pierre L?pine Sociologue, Ma, Ph.D

Qu?bec

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