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Les pauvres, mal aimés des banques centrales

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L’expérience inédite et quasi révolutionnaire de la Réserve fédérale américaine touche à sa fin. Cette institution courageuse et avant-gardiste qui, aux lendemains de l’implosion immobilière des subprimes et suite à la déconfiture retentissante de Lehmann, avait ramené ses taux à zéro avant de se lancer à corps perdu dans les baisses de taux quantitatives est désormais sur le point de normaliser sa politique monétaire. Pour solde, c’est des milliers de milliards de dollars qui auront été émis par la Fed pour acheter des Bons du Trésor et des titres immobiliers dans l’objectif de relancer le crédit, la dépense, l’investissement et – en finalité – la confiance et l’emploi.

 

Pourtant, les actions déterminées de la Fed – dont les effets collatéraux furent d’enrichir davantage les riches – auraient pu être bien plus efficace pour l’ensemble des acteurs économiques si elle s’y était pris autrement : en donnant directement l’argent à sa population. Ces trillions de dollars créés par la Réserve fédérale US, qui se sont principalement logés dans le système financier et investis sur les marchés boursiers, n’auraient-ils pas été plus bénéfiques pour l’économie réelle en ayant été destinés directement au contribuable ultime ? Une étude conduite par Mark Blyth, Professeur à la Brown University aux Etats-Unis, a effectivement révélé que l’ensemble de cette création monétaire – mais canalisée vers les citoyens – se serait traduite en une somme de 56’000 dollars reçue par chaque famille américaine ! Ainsi, au lieu d’engraisser une finance toujours plus vorace, au lieu de contribuer à créer une nouvelle bulle boursière et au lieu de propulser à nouveau le marché immobilier aux fondements même de la crise, cette enveloppe aurait pu bénéficier au consommateur de base américain, qui contribue à lui seul à hauteur de 70% du P.I.B. de son pays.

 

Les risques inflationnistes découlant de cette création et de ce don de liquidités seraient parfaitement maîtrisés. En effet, la banque centrale serait en mesure de fermer le robinet de ces liquidités en cas d’alerte ou de menace sur la stabilité des prix. En outre, les quantités crées par la Réserve fédérale seraient nettement moindres car elles n’auraient pas à passer par le tamis du système bancaire qui en conserverait la portion la plus importante, mais seraient destinées à une population qui en tirerait un profit immédiat. Par ailleurs, un effet optimal pour l’économie serait atteint en privilégiant les ménages modestes et la classe moyenne comme bénéficiaires de ces dons amenés à être entièrement recyclés dans les rouages économiques, au lieu d’en faire bénéficier les plus aisés ayant naturellement tendance à épargner, voire à jouer en bourse. C’est enfin un peu d’inégalités qui seraient résorbées – tout en douceur du reste-, car ces sommes destinées aux moins aisés ne seraient pas prélevées aux riches dans le cadre d’un processus de redistribution agressif, mais tout bonnement crées par une banque centrale qui, pour une fois, ferait usage de son pouvoir et de ses prérogatives dans l’intérêt du citoyen de base.

 

Ces idées ne sont pas nouvelles: elles ont été énoncées en d’autres temps, en d’autres lieux et en d’autres circonstances par Keynes et ensuite par Friedman. Elles sont techniquement réalisables, économiquement viables, et moralement souhaitables en temps de récession. Elles n’ont cependant jamais été appliquées car – hier comme aujourd’hui – elles rencontrent l’opposition catégorique, virulente et dédaigneuse de celles et ceux qui – au sommet de la pyramide – balaient d’un revers de main toute tentative de rendre la vie un peu moins pénible à celles et ceux qui – plus bas, voire bien plus bas encore – sont priés de verser du sang et des larmes.

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