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Les milices au Michigan, une vieille histoire… d’extrême droite (5)

Alors que les groupes de milices se sont répandus aus USA, et notamment au Michigan qui a toujours été une terre d’accueil comme on l’a vu, on apprend que l’on vient d’arrêter 13 individus, issus d’une de ces milices (ou plutôt de deux) alors qu’ils envisageaient de kidnapper la gouverneure, en proie à lutter contre le Covid19 en prenant des mesures critiquées par les élus du Capitole local… ou par Donald Trump en personne. Si certains sont de sinistres inconnus, à part pour les services de police, d’autres on été déjà aperçus, en plein activité de déstabilisation du Michigan, lors d’une manifestation contre le confinement, au Printemps dernier. Ce n’est donc qu’une demi-surprise, même si personne n’avait jamais imaginé qu’ils puissent passer à de tels actes.. antidémocratiques. Qu’est ce qui bien pu les pousser à franchir les pas, voilà tout la question…

Des gens déjà repérés auparavant

Surprise pour certains donc, le 8 octobre dernier, avec l’annonce de l’arrestation de miliciens ayant tenté d’enlever carrément la gouverneure, Gretchen Whitmer, déclarés membres pour la plupart des Wolverine Watchmen, qui semblent donc de formation récente (mais sur des bases anciennes comme on l’a vu). Tout ce monde condamné, ou presque : la seule fausse note vient de Dar Leaf, le shérif élu de  Barry County, qui tente immédiatement de minimiser en parlant « d’arrestation »et non de « kidnapping », comme si les miliciens étaient des policiers ! Il déclare en effet que « beaucoup de gens sont en colère contre la gouverneure et veulent qu’elle soit arrêtée. Alors essayent-ils de l’arrêter ou s’agissait-il d’une tentative d’enlèvement ? Parce que vous pouvez toujours dans le Michigan si c’est un crime, faire une arrestation pour crime ». Citant le statut d’arrestation des citoyens de l’État, il a continué, » Cela ne dit pas si vous êtes un élu que vous êtes exempté de cette arrestation. Je dois regarder les choses sous cet angle et j’espère que c’est plus ce que c’est, en fait, ces gars-là sont innocents jusqu’à preuve du contraire, donc je ne suis même pas sûr qu’ils en ont fait partie » (1) ! C’est en ligne ici ! Mais on comprend vite son attitude et sa prise de position  : l’après-midi où il avait fait l’animateur de scène lors de la réunion des milices sous la bannière Michigan United for Liberty, les deux gros bras qui étaient à côté de lui étaient les frères jumeaux Null, Michael et Williams (2) !!!

Etait présent aussi, il faut le noter, au même endroit, Mike Shirkey, le sénateur républicain du Michigan, venu soutenir une manifestation… anti-Etat : comprenne qui pourra là-bas !!! Or ces deux lascars de 125 kilos chacun, membres du Michigan Liberty Militia (MLM), figurent en bonne place parmi les treize comploteurs arrêtés !!! Gag les concernant : les fameux MLM ne sont au total que douze dans leur milice à la noix ! On comprend qu’ils s’ennuyaient un peu dans leur équipe de bras cassés ! Accusés notamment d’avoir fourni du matériel pour commettre un acte de terrorisme, ils risquent en tout cas depuis 20 ans de prison. Et une autre peine encore, peut-être bien, quand on découvre qui a menacé des élus et insulté des policiers lors de l’envahissement du Capitole du Michigan: les deux mêmes gros bras !!!

La sénatrice Dayna Polehanki, qui les avait vu arriver sur elle, avait tweeté qu’elle était heureuse ce jour-là d’avoir avec elle un garde du corps muni d’un gilet pare-balles, on ne sait jamais (elle en garde un depuis dans son tiroir et vit dans la peur de leur retour !) ! Tout cela pour paraître avant tout, pour parader … et pour faire peur. Le sentiment créé étant fort motivant chez eux, augmenté par cet effet grand-guignolesque comme l’a si bien relevé  Mike Giglio du New Yorker : « les miliciens ont regardé du balcon du deuxième étage alors que les législateurs portant un gilet pare-balles poussaient à travers la foule en contrebas. Les images de la scène sont devenues virales. Ensuite, j’ai appelé l’un des chefs de la milice, Phil Robinson, à son domicile dans une petite ville à l’ouest de Lansing. « Je ne vais pas vous mentir, mec, » me dit-il. « Je me sens comme une star de cinéma. » Eh bien voilà c’est dit !!! Venus pour faire le buzz et de la publicité : la version 2020 des Douze salopards, tournée au Michigan ???

De l’anti-confinement à la sédition, acte 1 

La première des manifestations anti « lockdown » (confinement) était déjà une belle manipulation à bien y regarder :  et c’est le New-Yorker qui l’a bien vue comme telle (excellent article de  à lire ici) : lisez bien, tout y est, y compris la manipulation et les fieffés manipulateurs :  « dès le début, le président Trump a résisté à une stratégie nationale de pandémie centrée sur les ressources fédérales, préférant à la place que chaque État adapte sa propre réponse. Début avril, tous les gouverneurs américains avaient déclaré l’état d’urgence, une décision qui leur donnait le pouvoir d’émettre des décrets (ce qui, contrairement au processus législatif parfois fastidieux, peut permettre aux dirigeants de suivre le rythme de l’évolution rapide des circonstances). Au Michigan, la législature a voté à l’unanimité le 7 avril pour prolonger l’état d’urgence du gouverneur Whitmer – un rare exemple de consensus bipartisan. Le leader de la majorité au Sénat, un républicain (c’est Mike Shirkey !), a ouvert la session en chantant «C’est bien avec mon âme». Le lieutenant-gouverneur, un démocrate, a présidé le vote dans un T-shirt qui disait «tout le monde contre le covid-19».

L’opposition n’avait rien à voir avec le Covid19, c’était la gouverneure qui était visée et le confinement un simple prétexte : « le comité a été de courte durée. Deux jours plus tard, Whitmer a imposé des restrictions supplémentaires, qui allaient au-delà de celles de la plupart des autres États: elle interdisait les déplacements entre les comtés, de tout travail «non nécessaire pour maintenir ou protéger la vie», et la vente de peinture, de meubles et de fournitures de jardin. La semaine suivante, le Michigan Freedom Fund, une organisation conservatrice financée en partie par la secrétaire à l’Éducation, Betsy DeVos, a rassemblé des milliers de manifestants à Lansing. C’était la première grande manifestation anti-lockdown en Amérique, et non par hasard. Le Michigan, un État dynamique aussi divisé que diversifié, contient bon nombre des failles nationales que la pandémie a aggravées. » Cette institution surgie de nulle part a un vieux fond douteux en fait (ici à droite une manifestante complotiste anti-vaccins) : « le Michigan Freedom Fund a été créé en 2012 dans le but de faire pression pour une législation limitant les pouvoirs de négociation collective des syndicats. Un soi-disant projet de loi sur le droit au travail, qui interdirait de faire de l’adhésion syndicale une condition d’emploi, avait été promu par les Américains pour la prospérité, le groupe national de défense du Tea Party soutenu par les industriels milliardaires David et Charles Koch. Le gouverneur de l’époque, Rick Snyder (ici à gauche), était un républicain, et le jour où il a signé le projet de loi, Whitmer, alors sénateur de l’État, s’est joint à une manifestation bruyante à Lansing, qui est devenue brièvement violente ». Premier acte. On y ajoute cette note ironique relevée par le journaliste : « la première campagne pour le droit au travail a été menée, dans les années trente, par la Christian American Association, qui a condamné le New Deal comme un complot juif et le travail organisé comme une menace pour la ségrégation de Jim Crow, avertissant que les syndicats forceraient les Blancs et Travailleurs noirs à une alliance ». On note aussi que des gens n’avaient pas non plus apprécié cette intrusion antidémocratique ; ici à droite une personne âgée, part de la population la plus atteinte comme l’avait rappelé la gouverneure, qui avait visiblement trouvé la bonne formule face à ces imbéciles en armes…

Quand la manipulation devient flagrante 

« Le 30 avril, les législateurs du Michigan se sont réunis de nouveau pour voter sur la prolongation de l’état d’urgence de Whitmer une deuxième fois, et les manifestants ont de nouveau convergé vers Lansing. Beaucoup étaient armés » (on relèvera simplement ici le nombre de drapeaux pro-trump de cette manifestation hautement politisée). « Le Michigan est un État à port d’armes libre, et aucune loi n’interdit aux propriétaires agréés d’apporter des armes à feu dans la capitale. Des dizaines d’hommes armés de fusils d’assaut ont rempli la rotonde et se sont approchés des portes barrées de la législature. Face à une rangée de policiers, ils ont hurlé: «Laissez-nous entrer!»  (on note ici à gauche chez les protestataires un drapeau pro-Trump dans le lot avec juste devant un libertarien  Tea-Party)« Une photographie largement diffusée de la confrontation montrait un homme au crâne rasé et à la barbe blonde, sa bouche béante à quelques centimètres de deux jeunes policiers aux masques bleus, qui le regardaient fixement (cf ici à droite). L’historienne Heather (Cox) Richardson, dans sa populaire newsletter politique, a résumé ce que l’image représentait pour le public libéral: «C’est un homme qui regarde vers le bas, pas vers le haut, et qui veut avoir le pouvoir de décider si ses voisins vivent ou meurent.» Et créer exactement l’effet voulu, permettant à des manipulateurs (ici une manipulatrice) d’en tirer tout autre chose : « en fait, l’homme ne criait pas à la police, mais au sergent en chef de la Chambre des représentants du Michigan, David Dickson, qui se tenait à l’extérieur du cadre de la photo. L’après-midi précédent, Dickson et deux de ses collègues avaient expulsé de force trois manifestantes – dont Michelle Gregoire – d’une galerie publique donnant sur la sale de la Chambre. L’accès avait été restreint afin de maintenir la distanciation sociale; quand Grégoire et ses amis ont refusé de partir, Dickson a traîné Grégoire à travers les portes en lui disant: «Restez dehors. Une des femmes a filmé la rencontre et a posté la vidéo sur Facebook, à côté de la légende «Nous vivons en Allemagne nazie !!!» De nombreux manifestants à l’intérieur du Statehouse le lendemain avaient regardé le clip. Quand l’homme barbu a été photographié, il criait à Dickson: «Tu vas me jeter comme tu l’as fait avec cette fille ?»

La manipulatrice de l’information appelée Gregoire, ci-dessus active au mégaphone sur les marches du Capitole local, une très jeune mère de famille comme on l’a vu dans l’épisode précédent, n’a en effet cessé d’intriguer sur place. Au nom à la fois des libertariens comme on l’a vu, et d’une autre milice encore… celle des Home Guard, dont elle affirmait faire partie ! Une milice créée en 2014 que celle-là, et « dont la cause est juste », puisqu’elle le clame elle-même…. Elle qui s’affiche comme « la plus grande et la plus active de l’Etat« … sur la photo, ils sont… plus d’une soixantaine. Dont moins de 10 femmes… y compris la fameuse Gregoire (au premier rang et ici à gauche en agrandissement) :

Bienvenue chez les Nulls

Les voici tous deux, en tout cas, les nouvelles stars (massives, un double quintal de muscles ou d’anabolisants s’ils se sont fournis chez Alex Jones !) du petit écran, interviewés le 27 juin 2020 lors d’une manifestation Black Live Matter, venus selon eux « protéger » un statue du temps de la sécession dans l’Allendale Community Park du comté d’Ottawa. La statue controversée représente bien un jeune enfant esclave (noir) accroupi tenant une dalle de pierre sur laquelle est écrit: «Freedom To Slaves, 5 janvier 1863″, mais encadrant l’enfant il y a aussi celle de deux soldats, dont un est confédéré, symbole de l’esclavage !  Leurs propos étaient infâmants ce jour-là: selon eux, en effet, les manifestants de Black Lives Matter sont des «petits enfants soumis au lavage de cerveau» qui «tirent leur éducation du livre  Mein Kampf » (???), ajoutant que «chacun a droit à son opinion.  C’est pourquoi nous sommes constitutionnalistes, mais dès que vous devenez violent, cette violence devient incontrôlable. » Des « constitutionnalistes » se voulant placides qui envisageaient de « juger » eux-mêmes la gouverneure, après l’avoir kidnappée, certains du groupe ayant même souhaité et réclamé sa mort ? Et qui chez eux n’ont même pas un drapeau du pays  comme on va le constater ??? Mais de qui se moquent-ils ?

Quel beau double langage chez eux !!! Ce jour-là, ils ont oublié de le dire: Phil Robinson, le leader de leur milice, avait été photographié, mégaphone à la main (ici à gauche) en train de s’en prendre aux manifestants (non armés)… Il n’étaient pas venus (armés) que pour « défendre » le symbole, genre équipe « neutre » entre deux camps !!! Il étaient bien là comme contre-manifestants d’extrême droite !!!  Ce genre de groupe, comme on le rappelle ici, n’est jamais neutre en fait !!! Evidemment, la nouvelle de leur prestation réussie avait fait la joie d’un rédacteur de Breibart News, Kyle Olson, tout heureux de s’en prendre à Mitch Kahle, activiste du Michigan Association of Civil Rights qui avait souhaité l’enlèvement de la statue. A gauche, les deux drapeaux déployés devant la maison de Michael Null à Plainwell: celui du Gadsden Flag, des libertariens. et celui des III Percenters. Et aucun drapeau US actuel ! Pour des « constitutionnalistes », ça la fout mal…

De la folie pure !

Pas de surprise, en ce qui le concerne, donc ! Car afficher un drapeau de ce groupe des III Percenters, c’est aussi savoir, du moins on le suppose, qu’en 2017, un jeune homme de 23 ans originaire de Sayre, en Oklahoma, Jerry Drake Varnell (ici à gauche), avait été arrêté pour avoir tenté de commettre un attentat à la bombe à l’aide d’un véhicule bourré d’explosif, contre la BancFirst du centre-ville d’Oklahoma City, sur le modèle exactement de l’attentat de 1995 !!! Or Varnell s’est totalement identifié au mouvement Three Percenters dans une vidéo filmée par un agent infiltré du FBI, affirmant qu’il souscrivait à «l’idéologie III Percenters» et avait l’intention de «lancer la prochaine révolution» (son premier projet était de faire sauter le Federal Reserve Building à Washington, D.C !) Difficile de l’oublier : au moment où le groupe du Michigan Militia effectuait ses premières réunions en prévision du kidnapping au Michigan, Varnell était condamné au même moment à 25 ans de prison, pour  « crimes de complot visant à utiliser un engin explosif pour endommager un bâtiment utilisé dans le commerce interétatique et pour projeter d’utiliser une arme de destruction massive contre des biens utilisés dans le commerce interétatique »… !!! Dans son cas, le rôle d’un de ses amis instable mentalement, Brent Allen Elisens (ici à droite) fan comme lui de théories complotistes pêchées sur le net, devenu informateur du FBI, avait été perturbant : il avait été rémunéré 23 000 dollars pour son rôle. La bombe avait été construite dans un container stocké dans le jardin des Varnell (ici à gauche) avec l’aide d’un agent déguisé: elle était en fait inerte. L’exploitation de la la faiblesse d’esprit de ces jeunes immatures manipulables est aussi une arme, on le voit, pour le FBI comme pour les milices, qui ramassent indifféremment ce qu’elles trouvent, comme militants. Y compris des gens dérangés ! En août 2017, les voisins de la base militaire de Fort Riley au Kansas s’étaient plaints d’un énorme bruit : c’était celui de l’explosion d’une tonne d’ammonium-nitrate filmée et utilisée comme exemple pour le jury de la condamnation de Varnell !!!

Ce n’était pas non plus la première fois que l’on citait cette milice dangereuse en Oklahoma : le journal The Oklahoman via son journaliste Nolan Clay avait écrit  en avril 2017 que Jeremy Doss Hardy, un texan de 38 ans accusé de meurtre sur deux personnes (Kent Powell d’Arapaho, et Billie West de Lone Wolf) sur l’autoroute Interstate 40, » en décembre 2015, s’était identifié comme appartenant aux Three Percenters.” Il avait tiré au hasard sur plusieurs véhicules, sans raison aucune. Il a échappé à l’injection fatale mais à été condamné à vie, sans aucun espoir de rémission (« parole »). Les III Percenters n’avaient pas réagi à cette annonce pourtant catastrophique pour eux et leur adhérent à la gâchette facile  : dans leur esprit, c’est comme le héros mort au combat pour la cause… la leur !

Fondamentalement anti-démocratique : sédition, acte 2

C’est oublier encore qu’en mai dernier c’était encore eux derrière une action anti-démocratique évidente dans le Kentucky, en envahissant la propriété du gouverneur (démocrate) Andy Beshear, à Frankfort pour lui reprocher les mesures contraignantes contre le Covid-19 (c’était lors d’un des « Freedom Rally » sponsorisés par  les Tweets de Trump demandant à « libérer » les Etats). Beshear s’étant opposé régulièrement à l’Assemblée générale du Kentucky, à majorité républicaine, quand il était procureur et c’est aussi l’un des premiers à avoir décrété l’état d’urgence dans son Etat face à la Pandémie de Covid-19.  D’où le fait d’être pris pour cible aujourd’hui

Une fois avoir investi la place, les manifestants avaient pendu à un arbre une effigie portant le visage du gouverneur et une pancarte sur laquelle il était écrit « sic semper tyrannis » (« toujours pour les tyrans »)…
Le problème étant que ce jour-là figuraient dans la troupe des III Percenters deux élus républicains de l’État du Kentucky, Savannah Maddox (décrite déjà ci-dessus) et Stan Lee (ici à droite) ainsi que le sénateur de l’État, John Schickel… (encore lui !).

Celui qui avait accroché l’effigie n’était autre que Terry Bush, le secrétaire du groupe du Kentucky des III Percenters (3) qui a aussitôt été viré de chez Neil Huffman Auto Group où il travaillait, comme l’a confirmé le lundi suivant sa femme Patsy Bush…. le même qui avait posé en photo le sourire béat aux côtés de… Savannah Maddox (cf notre épisode précédent) !!! Son assistant se jour-là étant Wilmer “Allen” Martin de Frankfort; photographiés ici tous les deux en faisant le signe de ralliement (« OK ») des suprémacistes (en habitués de la gestuelle) !

Les Boogaloo Boys, à l’œuvre

Michigan, Kentucky et maintenant le Minnesota, les hommes en armes sont de sortie. Parmi eux les fameux « Boogaloo » qui clament vouloir « protéger » les manifestants et qui sont là en fait pour attiser le chaos. George Floyd a été étouffé par un policier à Minneapolis le 25 mai. Les 27, 28 et 29, la ville est secouée par toute une série d’émeutes, des magasins sont incendiés et un commissariat déserté par les policiers est attaqué et lui aussi incendié. Des heurts précédents et l’usage régulier de la force par la Police locale auprès de la minorité noire ont miné la confiance en elle des habitants. Pour tenter de remettre de l’ordre le  gouverneur, le démocrate Tim Walz, fait déployer 500 soldats de la  Garde Nationale de l’Etat après avoir déclaré l’Etat d’Urgence (Trump ne peut pas clamer qu’il est le seul à y avoir pensé !). Des faiseurs de troubles sont repérés, dont certains d’extrême droite, à l‘évidence, venus pour attiser le chaos. Pour Donald Trump, c’est le contraire, les incendiaires et émeutiers sont des « antifas » seulement : mais lui n’en a pas les preuves !  Le 29 il tweete sa phrase incendiaire, reprise de l’histoire des émeutes : « Any difficulty and we will assume control but, when the looting starts, the shooting starts ». Aussitôt retiré par Tweeter pour « incitation à l’émeute ».

A Minneapolis l’un d’entre ceux qui attisent la haine a été filmé par des résidents:  il était habillé tout de noir et muni d’un marteau (il porte aussi un parapluie et un masque respiratoire, soit un équipement anti-émeutes !), il a été pris  en train de casser des vitrines vidéo dans un magasin appelé AutoZone près du « fameux » commissariat de police incendié. Découvert, il avait menacé celui qui le filmait. Fin juillet, la police a fini par le cerner et le retrouver : il entretient des liens avec les Hells Angels locaux et l’Aryan Cowboy Brotherhood, un mouvement suprémaciste de bikers. Il a aussi participé au harcèlement d’une femme musulmane à Stillwater, dans le Minnesota en juin. La police révèle que des groupes suprémacistes blancs, dont les Hells Angels et les Aryan Cowboys, avaient discuté d’actions possibles en se faisant passer pour des manifestants, pour les discréditer.

Le 28 mai, un jeune homme de 26 ans, est repéré et filmé lui par les policiers en train de vider un chargeur de fusil semi-automatique de type AK-47 dans le bâtiment du troisième quartier du département de police de Minneapolis. A l’intérieur du bâtiment il y avait encore à ce moment-là des pilleurs.

En octobre (ce mois-ci donc), l’individu repéré en mai est enfin arrêté à San Antonio (au Texas) : il s’appelle Ivan Harrison Hunter.  On découvre qu’il fait partie des Boogaloo Boys, et qu’il est lié à un autre individu similaire appelé Steven Carrillo (un ancien militaire, étudié ici), avec lequel il a conversé par Twitter, en employant le vocable « Boog » comme signe de ralliement, ce qui ne peut être plus significatif. Or le dénommé Carillo est lui accusé d’avoir tué le 6 juin un policier (le sergent Damon Gutzwiller) après lui avoir tendu une embuscade, à lui et à un collègue, dans le comté de Santa Cruz ! Le 6 juin, date à laquelle Donald Trump nous avait joué tout son cirque avec sa Bible devant l’église de Washington toute proche de la Maison Blanche, pour jeter un peu plus d’huile sur le feu ! Juste après son forfait, Carillo avait écrit « Boog » avec le sang du policier, sur le capot de sa voiture, photographié la scène et l’avait envoyée à Hunter, qui lui avait demandé « Boog? », l’autre lui répondant froidement « fait » , en ajoutant « en mode masqué ». Or ce même Carillo (ici à gauche) était à l’époque déjà recherché pour un autre meurtre, datant du 29 mai, celui de David Patrick Underwood, un membre du Service de protection fédéral de la sécurité intérieure qui gardait le palais de justice d’Oakland. Les Boogaloo Boys sont bel et bien des gens dangereux ! Lors de l’hommage rendu à David Patrick Underwood, Mike Spence en personne avait affirmé qu’il était mort pendant les manifestations, alors que ça ne s’était pas passé ainsi. Et sans jamais évoquer non plus l’appartenance de son assassin à un groupe d’extrême droite ! 

En Californie, la course folle d’un (riche) III Percenters

Durant les journées de chaos qui ont suivi la mort de George Floyd, des manifestations pacifiques tenues par le mouvement Black Lives Matter ont aussi eu lieu. Le genre à ne pas être appréciées par les partisans de ce même chaos, qu’ils entretiennent dans l’espoir de faire basculer la démocratie qu’ils haïssent tant. Le 31 mai 2020, en Californie, à Old Pasadena, sur Colorado Boulevard et Fair Oaks Avenue, un gros pickup surélevé portant des drapeaux, à un croisement, fonce sur des manifestants, en évite de peu certains et s’enfuit. Selon le Daily Mail, le pickup de Hung muni à l’avant d’un pare-bœufs arborait trois grands oripeaux : « un drapeau US dit « Thin Blue Line  », un drapeau jaune « Don’t Tread on Me  » de Gadsden et un drapeau américain original  » 13 états  » de Betsy Ross alors qu’il entrait dans le groupe » (la totale !). « Le pickup avait été modifié avec une suspension surélevée, de gros pneus et un tuyau d’échappement amélioré, qui a expulsé un grand panache de fumée noire alors qu’il accélérait dans le groupe de manifestants qui se sont dispersés sur son chemin. Aucun blessé n’avait été signalé ». Le gros engin reconnaissable est rapidement identifié et stoppé (ici à droite), ainsi que son (jeune) conducteur. Il s’appelle Benjamin Hung, 28 ans et il habite à San Marino et sa famille fait visiter des vignes à Woodbrige-Lodi. Le 29 septembre, on retombe sur lui avec la révélation de ce que la police qui l’avait arrêté le jour-même, avait trouvé dans son véhicule (le temps de faire l’enquête, rien n’avait été dévoilé et ça se comprend). Dans l’arrière de son pick-up, il y avait en fait un fort effrayant arsenal (et même une étiqueteuse Dymo si vous regardez bien, en bas à droite) :

Il y a là avait des armes, mis aussi un mégaphone et un long tube de métal, le genre de truc à se transformer rapidement en pipe-bomb comme celle prisée par les terroristes domestiques d’extrême droite. Effrayant chargement, destiné selon ses aveux « à un centre d’entraînement situé dans le vignoble de sa famille« , à Lodi, région prometteuse en vin avant l’arrivée des incendies !! Des riverains avaient entendu des tirs réguliers à cet endroit, régulièrement et durant deux heures en général, au moins deux fois par mois.  Avant de se faire arrêter, Hung avait avoué avoir commencé à y construire un bunker. « Il aurait acquis l’arme à feu d’un ami qui l’a achetée pour lui dans l’Oregon, puis l’a transportée en Californie, a indiqué la police. L’ami a faussement déclaré qu’il était le cessionnaire de l’arme et Hung a gardé l’arme à feu chez lui à San Marino avant de l’apporter à la manifestation, ont-ils ajouté. La police a déclaré que Hung aurait également acheté au moins trois armes à feu supplémentaires dans l’Oregon, les aurait transportées en Californie en mars et rassemblait d’autres armes et équipements tactiques avec l’intention d’utiliser le vignoble de sa famille comme camp d’entraînement pour « se préparer à s’engager dans des troubles civils ». Il risque aujourd’hui au moins 5 ans de prison… Sur internet, il s’était pris en selfie, arborant fièrement.. un t-shirt des III Percenters ! Détail intéressant :. « C’est le fils d’Isaac et de Celia Hung, respectivement président et secrétaire de 157 California Reserve, Inc. Le couple possède un vignoble au 21200 N.Davis Road depuis 2013. (valeur : 1,1 million de dollars, ci-dessous) ». Selon une plainte fédérale déposée lundi devant le tribunal de district de Los Angeles, les Hungs possèdent également une maison à environ 4,5 miles au sud du vignoble« .

« La société Hungs, basée à San Marino, a également acheté une propriété de neuf acres à l’angle nord-ouest des routes Turner et Lower Sacramento – en face de l’ancienne usine General Mills – en 2017, avec l’intention de transformer le site en un hôtel de charme avec espace de vente au détail et immeuble résidentiel ». En réalité, le fiston des riches Hung lui aussi avait été surveillé et piégé par des agents du FBI, qui avaient échangé avec lui notamment en mars en pistant ses messages avec la nébuleuse QAnon. Dans l’un d’entre eux (ici à gauche), il acquiesçait à leur message de grande opération militaire imminente, leur dada entretenu depuis des mois, montrant encore une fois la dangerosité de ce mouvement complotiste complètement taré !

Le danger existait, et certains s’en inquiétaient

Avec  une étonnante coïncidence, la veille même de l’annonce de la découverte du complot, l’Etat fédéral avait stigmatisé la montée de la menace d’extrême droite aux USA via la voix de son représentant Chad Wolf (ci à droite). « Le 6 octobre, deux jours avant la nouvelle du complot de Whitmer, le Département de la sécurité intérieure (DHS) a publié sa toute première «évaluation de la menace intérieure» selon laquelle les extrémistes d’extrême droite (et leur milices) constituent la plus grande menace pour la patrie américaine, d’autres que les États-nations antagonistes (ici l’exemple effrayant des  néo-nazis du Tennessee).Le document de 26 pages avertissait de manière inquiétante que les extrémistes nationaux «pourraient cibler des événements liés aux campagnes présidentielles de 2020, aux élections elles-mêmes, aux résultats des élections ou à la période post-électorale» et qu’ils «pourraient se mobiliser rapidement pour menacer ou se livrer à la violence». Il a identifié les événements en plein air, «tels que les rassemblements de masse associés à la campagne, les bureaux de vote et les événements d’inscription des électeurs» comme «les points sensibles les plus probables d’une violence potentielle». Des actions qui ont déjà commencé en fait, certains bureaux de vote subissant des intimidations de la part des supporters trumpiens. le rapport visait nommément l’extrême droite raciste : « parmi les DVE (pour Domestic Violent Extremists , les extrémistes violents à motivation raciale et ethnique – en particulier les extrémistes suprémacistes blancs (WSE) – resteront la menace la plus persistante et la plus meurtrière dans le pays. Pointent d’autres menaces DVE qui dépendront probablement des problèmes politiques ou sociaux qui mobilisent souvent d’autres acteurs idéologiques vers la violence, tels que l’immigration, l’environnement et les questions de politique liées à la police ».  Les milices se focalisant sur la détention d’armes, on le sait. Comme ici celle de Georgie. Encore une III Percenter ! Ou des  milices qui ont sauté sur l’occasion du confinement pour décréter que ça allait à l’encontre de leur sacro-sainte liberté individuelle !!!

Parmi ces allumés venu pester contre le confinement, des élus également, comme cette affaire survenue en Ohio en juillet. Un Etat sensible, capable prochainement de jouer un rôle majeur lors de l’élection par son nombre de grands électeurs et sa division à 50% de ses électeurs, et dans lequel une responsable de com de l’Etat de l’Ohio avait constaté toute ébahie cette hallucinante dichotomie entre les scientifiques recommandant le port du masque et certains élus républicains, ayant pourtant de la bouteille,
relayés par des (jeunes) désinformateurs ineptes et inconséquents. Ainsi pour le cas de Mark Richardson, candidat républicain au Congrès, aperçu sur une affiche de manifestation anti-masque tenue le 18 juillet à Colombus. Le gars ayant joué du tambour sur les radios étant le jeune pseudo-journaliste autobombardé  Jack Windsor, celui qui avait auparavant clamé partout sur les ondes sans aucune formation sur le sujet que « les masques ne servent à rien », influencé lui-même par un autre journaliste discutable, Alex Berenson, habitué de Chez Fox News et très présent sur Twitter, hélas, ou applaudi par le Covid-sceptique Elon Musk. Sur l’affiche, un détail révélateur : « la sécurité sera assurée par des centaines de membres de « l’Ohio Militia »« aidés par des vétérans, des motards et des groupes de patriotes ».. Avec parmi ceux-ci, les Prouds Boys, débarqués avec leur foulard jaune distinctif (ici à droite) !!! Sur l’affiche aussi figurait en bonne place une phrase sur la défense du deuxième amendement, celui du port d’arme autorisé par la Constitution, hélas dira-t-on !

Il faut préciser que c’était surprenant de la part du DHS cette mise en garde  : « c’était une déclaration inhabituellement forte du DHS, qui, sous l’administration Trump, a subi des pressions pour minimiser la menace posée par les groupes suprémacistes de droite et blancs, selon d’anciens responsables du renseignement et des lanceurs d’alerte. (Trump et Barr pesant alors sur la seule menace antifa comme on l’a vu). Ces dernières années, le FBI n’a pas non plus donné la priorité à la violence de la suprématie blanche, même parmi les menaces locales, classant «l’écoterrorisme» comme le principal risque, a déclaré l’ancien agent spécial Michael German au comité de la Chambre sur la surveillance et la réforme en mai 2019 » (ici à droite on note la revendication « se préparer pour le pire des scénarios » qui n’augure rien de bon. Et pourtant, le lendemain même…

Les deux gros Null arrêtés (elle est facile, je sais); il nous en reste encore onze à étudier, de conspirationnistes, ce que nous verrons demain, si vous le voulez bien avec quelques surprises à la clé…

(1) cette loi existe, hélas, au Michigan (mais la gouverneure n’entre en rien dans les catégories énoncées, le shérif ne sait pas lire une loi, un comble, ou alors il tente de l’interpréter à sa façon)  :

764.16 Arrestation par une personne privée; situations.

Seconde. 16. Une personne privée peut procéder à une arrestation – dans les situations suivantes:

a) Pour un crime commis en présence d’une personne privée.

b) Si la personne à arrêter a commis un crime sans être en présence de la personne privée.

c) Si la personne privée est convoquée par un agent de la paix pour l’aider à procéder à une arrestation.

(d) Si la personne privée est un commerçant, un agent d’un commerçant, un employé d’un commerçant ou un entrepreneur indépendant assurant la sécurité d’un commerçant d’un magasin et a des motifs raisonnables de croire que la personne à arrêter a enfreint l’article 356c ou 356d du code pénal du Michigan, la loi n ° 328 des lois publiques de 1931, soit les articles 750.356c et 750.356d des lois compilées du Michigan, dans ce magasin, que la violation ait été ou non commise en présence de la personne privée.

La loi a été promulguée en 1927 et modifiée pour la dernière fois en 1988.

(2) Le 12 octobre, une pétition réclamait son départ à la suite de ses déclarations explosives. Avec à l’appui sa photo aux côtés des frères Null sur scène, au Rosa Parks Circle de Grand Rapids le 18 mai dernier…  avec à l’appui aussi une déclaration de Dana Nessel, le procureur général de l’État, qui avait cité  l’interview de Leaf dans un tweet: … « Permettez-moi de clarifier ceci: les personnes qui ne sont pas assermentées, les membres agréés d’un organisme chargé de la police ne peuvent et ne doivent pas « arrêter » le gouvernement avec qui ils ont des désaccords ». Et vlan pour Leaf.  La même avait juste après rappelé que Leaf n’était pas avocat, à sa connaissance.. et que ses propos étaient, je cite, »dangereux ».

(3) le « score » juridique des III Percenters est élevé, indique ici Political Research : « de nombreuses arrestations de Three Percenters et de ceux qui ont montré une affinité avec eux ont été documentées. Allen «Lance» Scarsella, qui a été arrêté pour le meurtre de cinq personnes lors d’une manifestation Black Lives Matter à Minneapolis en novembre 2015, avait montré une affinité pour les Three Percenters. De même que Jerad Miller, qui était auparavant au Bundy Ranch lui et sa femme, Amanda, ont été impliqués dans une embuscade de policiers en juin 2014 et une fusillade qui a fait cinq morts, dont les Millers (« Las Vegas Shootings »).. Le III Percenter Brad Bartelt a menacé de faire exploser un explosif artisanal sur le campus de l’Université d’État de l’Arkansas en décembre 2015. Brandon D. Gibbs, qui était lourdement armé et blindé lorsque la police l’a arrêté en décembre 2014 pour avoir menacé un responsable de la ville, avait également montré une affinité pour les III Percenters. Et en 2011, Frederick Thomas a été arrêté en Géorgie en tant que membre d’un groupe de miliciens, qui «prévoyait d’attaquer des villes comme Atlanta avec une ricine meurtrière, de bombarder des bâtiments fédéraux et d’assassiner des responsables de la police et d’autres.» Thomas aurait été inspiré par Vanderboegh et son roman en ligne Absolved; il décrit une future confrontation au cours de laquelle des militants ayant des vues du mouvement Patriot ont une fusillade avec les forces de l’ordre et prévoient d’assassiner des représentants du gouvernement ».

Article précédent:

Les milices au Michigan, une vieille histoire… d’extrême droite (4)

 

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